Le Bourgeois gentilhomme

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Le Bourgeois gentilhomme
Le bourgeois gentilhomme, comédie-balet faite à Chambort, pour le divertissement du Roy, 1673
Le bourgeois gentilhomme, comédie-balet faite à Chambort, pour le divertissement du Roy, 1673

Auteur Molière
Genre Comédie-ballet
Nb. d'actes 5
Durée approximative 3h55
Musique de scène Jean-Baptiste Lully
Lieu de parution Versailles
Date de parution 1670
Date de la 1re représentation en français 14 octobre 1670
Lieu de la 1re représentation en français Château de Chambord
Compagnie théâtrale Troupe de Molière

Le Bourgeois gentilhomme est une comédie-ballet de Molière, en cinq actes (comportant respectivement 2, 5, 16, 5 et 6 scènes)[1] en prose (sauf les entrées de ballet qui sont en vers), représentée pour la première fois le 14 octobre 1670, devant la cour de Louis XIV, au château de Chambord par la troupe de Molière. La musique est de Jean-Baptiste Lully, les ballets de Pierre Beauchamp, les décors de Carlo Vigarani et les costumes turcs du chevalier d'Arvieux.

Dans cette pièce, Molière se moque d'un riche bourgeois qui veut imiter le comportement et le genre de vie des nobles. Ce spectacle est très apprécié par la Cour et Louis XIV, qui le redemande plusieurs fois.

Un chef-d'œuvre du genre[modifier | modifier le code]

Monsieur Jourdain
« Suivez-moi, que j'aille un peu montrer mon habit par la ville. » (Acte III scène 1)

Cette pièce incarne le genre de la comédie-ballet à la perfection et reste l'un des seuls chefs-d'œuvre de ce genre noble qui ait mobilisé les meilleurs comédiens et musiciens du temps (avec Lully notamment). L'une des raisons du succès qu'elle remporta immédiatement est le goût de l'époque pour ce qu'on appelait les turqueries. L'Empire ottoman était alors un sujet de préoccupation universel dans les esprits et on cherchait à l'apprivoiser.

L'origine immédiate de l'œuvre est liée au scandale provoqué par un ambassadeur turc. Lors de sa venue le 5 novembre 1669, Louis XIV reçoit Soliman Aga, un envoyé du sultan de l'Empire ottoman. Le Roi-Soleil a déployé tout le faste dont il est capable pour impressionner l'ambassadeur turc. Son brocart d'or est tellement couvert de diamants qu'il semblait « environné de lumière ». Pourtant au sortir de la réception, l'invité aurait dit à des proches : « Dans mon pays, lorsque le Grand Seigneur se montre au peuple, son cheval est plus richement orné que l'habit que je viens de voir. ». L'anecdote fait le tour de la Cour et Louis XIV, piqué au vif, cherche un moyen de ridiculiser les Turcs dont l'ambassadeur a osé ne pas être ébloui par le Roi-Soleil.

Molière, auteur, metteur en scène et comédien, est, depuis plusieurs années, proche du roi et c'est lui qui va se charger de régler les comptes en prose et en musique. Il se met au travail avec le musicien Jean-Baptiste Lully pour créer la pièce du Bourgeois gentilhomme.

Intrigue[modifier | modifier le code]

Étant un bourgeois, M. Jourdain entend acquérir les manières des gens de qualité. Il décide de commander un nouvel habit plus conforme à sa nouvelle condition et se lance dans l'apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa condition de gentilhomme.

Il courtise Dorimène, amenée sous son toit par son amant, un comte autoritaire, qui entend bien profiter de la naïveté de M. Jourdain et de Dorimène.

Sa femme et Nicole, sa servante, se moquent de lui, puis s'inquiètent de le voir aussi envieux, et tentent de le ramener à la réalité du prochain mariage de sa fille Lucile avec Cléonte. Mais ce dernier n'étant pas gentilhomme, M. Jourdain refuse cette union.

Cléonte décide alors d'entrer dans le jeu des rêves de noblesse de M. Jourdain, et avec l'aide de son valet Covielle, il se fait passer pour le fils du Grand Turc. Il obtient ainsi le consentement de M. Jourdain, qui se croit parvenu à la plus haute noblesse après avoir été promu « Mamamouchi » lors d'une cérémonie turque burlesque organisée par les complices de Covielle.

Personnages[modifier | modifier le code]

Monsieur Jourdain : J'enrage.
Nicole : De grâce, Monsieur, je vous prie de me laisser rire. Hi, hi, hi.
Le Bourgeois gentilhomme
(gravure de Moreau le jeune)

M. Jourdain est un personnage créé et joué par Molière lui-même. C'est le personnage principal du récit, il est l'étudiant en « gentilhommerie ». Il est amoureux de la marquise Dorimène. Il est vaniteux, naïf et capricieux.

Mme Jourdain est, dans l'ensemble des personnages féminins de Molière, une figure singulière. Elle apparaît dans peu de scènes de la comédie, et quand cela arrive, c'est toujours pour s'opposer à son mari soit en face, soit par des coups bas. C'est le personnage le plus « vieux jeu » de la pièce, mais elle n'est jamais ridiculisée et a quand même joué un rôle d'intrigante envers monsieur Jourdain à la fin de l'histoire.

Lucile est la fille de M. Jourdain. Elle représente dans cette pièce, un des principaux contrastes. Elle garde les aspects fragiles de la jeune fille amoureuse, naïve.

Nicole, la servante, forte de son rire et de son caractère paysan, parle devant son maître d'une façon décontractée et sans complexe, comme la plupart des servantes apparaissant chez Molière.

Cléonte est le cliché de l'amoureux honnête homme, devenu dans Le Bourgeois gentilhomme, un jeune libertin jouant un amoureux transi prêt à tout pour que son amour soit réciproque, même à se déguiser en imaginaire fils du Grand Turc.

Covielle est le valet de la pièce, il est à Cléonte ce que Nicole est à Lucile. Mais son rôle bascule : il n'est plus le valet balourd et devient le maître de la comédie de la « turquerie ».

Dorante joue un rôle déconcertant. Intrigant et sans scrupule, c'est aussi le complice du piège organisé par Covielle et Cléonte. Il obtient ce qu'il veut en manipulant les autres.

Dorimène est une veuve qui se permet de tout faire, malgré tous les efforts de M. Jourdain. Elle sous-entend à l'acte III qu'elle va épouser Dorante et confirme ses dires à l'acte IV.

Le Maître de musique est un homme pratiquant l'art pour gagner de l'argent. Il considère M. Jourdain comme un moyen facile de s'enrichir, et s'oppose en cela au Maître à danser, qui profite des largesses de son élève mais voudrait qu'il soit capable d'apprécier la danse à sa juste valeur.

Le Maître d'arme enseigne le maniement du fleuret à monsieur Jourdain. Très sûr de lui et de la supériorité de la science du combat, il provoquera une dispute entre lui, le Maître à danser et le Maître de musique par son mépris pour leurs arts. L'ensemble tournera à la bagarre quand le Maître de philosophie, plus rhéteur que véritable philosophe, décrètera la suprématie de ce qu'il appelle philosophie, quand on voit qu'il ne fait qu'apprendre à monsieur Jourdain les mouvements des lèvres intervenant dans la prononciation des voyelles et de quelques-unes des consonnes.

Le Maître tailleur profite de la naïveté de M. Jourdain, en lui affirmant que ses vêtements sont portés par les gens « de qualité » pour le convaincre de les acheter et de les porter lui aussi, malgré leur ridicule.

Les Garçons tailleurs au service du Maître tailleur, extorquent également de l'argent à M. Jourdain par la flatterie en le gratifiant de divers titres de noblesse : « Ma foi ! s'il va jusqu'à l'Altesse, il aura toute la bourse. »

Deux laquais

Expression populaire[modifier | modifier le code]

Dans l'acte II, scène IV, Monsieur Jourdain apprend, au cours d'un échange avec son maître de philosophie, qu'il dit de la prose depuis longtemps, sans le savoir :

« Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela. »

Par extension, Monsieur Jourdain désigne quelqu'un pratiquant une activité sans même avoir connaissance de son existence.

Représentations[modifier | modifier le code]

J. B. Lully

Cette pièce fut représentée pour la première fois le 14 octobre 1670, devant la cour de Louis XIV, au château de Chambord par la troupe de Molière.

Jouée en 2005 par Le Poème harmonique (Benjamin Lazar, metteur en scène avec Cecile Roussat, captation par Martin Fraudreau), elle est représentée comme au temps de Louis XIV, avec la prononciation du XVIIe siècle.

En 2006, Alain Sachs en donna une représentation en décors et costumes modernes avec Jean-Marie Bigard dans le rôle de Monsieur Jourdain.

En 2009, la compagnie des voyages imaginaires, de Philippe Car en propose une adaptation dans laquelle une partie des rôles sont interprétés par des pantins et des robots. Cette transcription de l'intrigue dans l'univers du théâtre japonais Bunraku innove également par sa distribution très réduite, les acteurs manipulant les autres personnages animés, et le Grand Turc devenant le Grand Truc.

Le spectacle complet a été repris en 2010 à Versailles, dans une production de Vincent Dumestre et de Benjamin Lazar.

En 2011 François Morel joue le rôle-titre dans une mise en scène de Catherine Hiegel.

La même année Denis Podalydès met en scène le spectacle dans sa version comédie-ballet avec Christophe Coin à la direction musicale et des costumes de Christian Lacroix dans une production du Théâtre des Bouffes du Nord.

Musique[modifier | modifier le code]

Par l'Advent Chamber Orchestra

1. Ouverture
2. Gravement
3. Sarabande
4. Bourrée
5. Gaillarde Canarie
6. Gavotte
7. Loure
8. Air des Espagnoles
9. Menuet 1 & 2
10. Chaconne des Scaramouche, Trivelins
11. Marche pour la Cérémonie des Turcs
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Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. la comédie fut d'abord jouée en trois actes. Quoique transformée en cinq actes dès 1671, elle fut imprimée en trois actes par Ballard jusqu'en 1681 (Le magazine de l'opéra baroque (consulté 22 octobre 2010))

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