Le Bœuf sur le toit

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Le Bœuf sur le toit
Image illustrative de l'article Le Bœuf sur le toit
Intérieur du Bœuf sur le toit en 2007.
Présentation
Coordonnées 48° 52′ 17.2″ N 2° 18′ 37.2″ E / 48.871444, 2.31033348° 52′ 17.2″ Nord 2° 18′ 37.2″ Est / 48.871444, 2.310333  
Pays Drapeau de la France France
Ville Paris, 8e
Adresse 34 rue du Colisée
Fondation 1922
Site web www.boeufsurletoit.com
Informations
Chef cuisinier Émilien Windels
Spécialité(s) la chair de tourteau à l'avocat ; le homard bleu de Bretagne rôti au beurre de Cognac ; la côte de bœuf de Charolais affinée trente jours ; la tarte sablée aux framboises, chantilly de mascarpone et émulsion de fruits rouge

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Le Bœuf sur le toit
Le Bœuf sur le toit
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Le Bœuf sur le toit
Le Bœuf sur le toit

Le Bœuf sur le toit est un cabaret parisien inauguré le 10 janvier 1922[1] par Louis Moysès dans le 8e arrondissement. Il fut notamment le lieu de rendez-vous de Jean Cocteau et de l’intelligentsia parisienne de l’entre-deux-guerres.

Origine[modifier | modifier le code]

En 1919, à son retour du Brésil, où il avait été impressionné par le folklore et une chanson populaire de l’époque, O Boi no Telhado, le compositeur Darius Milhaud avait formé à Montmartre, avec ses amis compositeurs, un groupe appelé ultérieurement « Les Six ». Il proposa cette mélodie à Jean Cocteau, principal animateur du groupe, pour le projet de ballet-concert que celui-ci conçut de réaliser avec ces amis pour prolonger le succès de Parade. Le ballet adopta le titre Le Bœuf sur le toit, traduction littérale du nom de la chanson brésilienne. À partir de février 1921, on put souvent entendre Milhaud en interpréter, en compagnie de Georges Auric et d’Arthur Rubinstein, une version à six mains à la Gaya, un bar situé au 17 rue Duphot appartenant à Louis Moysès[2]. La présence de Cocteau et de son cercle rendit la Gaya très populaire et, lorsque Moysès transféra, en décembre 1921, son bar 28 rue Boissy-d’Anglas, il le renomma le Bœuf sur le Toit, sans doute pour s’assurer que Milhaud, Cocteau et leurs amis l’y suivraient[3],[4], ce qu’ils firent. Le Bœuf était né. Cet établissement est devenu, au fil du temps, une telle icône culturelle que la croyance commune à Paris, fut que c’était Milhaud qui avait nommé son ballet-comédie d’après le bar, alors que c’était le contraire[5].

Historique[modifier | modifier le code]

Le Bœuf sur le toit connut, dès son ouverture, un succès immédiat, pour devenir rapidement le centre de la société de cabarets de Paris sur laquelle il régna tout au long des années vingt[5],[6]. À la soirée d’ouverture, le pianiste Jean Wiener, que Moysès avait amené avec lui de la Gaya, jouait des airs de Gershwin, accompagné au tambour par Cocteau et Milhaud. Selon Maurice Sachs, le public présent à la soirée d’ouverture comprenait Picasso, Diaghilev, René Clair et Maurice Chevalier[7].

Le Bœuf sur le toit attirait les artistes de tous genres. L’œuvre dadaïste désormais célèbre de Picabia L’Œil cacodylate[8] trônait sur le mur dominant sur la scène, mais le Bœuf sur le toit se consacrait principalement à la musique et on pouvait y entendre Jean Wiener jouer Bach, le pianiste virtuose Clément Doucet jouer Cole Porter ou Marianne Oswald interpréter les chansons de Kurt Weill. On y rencontrait Stravinsky, Francis Poulenc ou Erik Satie[3].

En 1928, le propriétaire Louis Moysès fut obligé de déménager vers un nouvel emplacement, et le Bœuf sur le toit a déménagé à plusieurs reprises depuis sa création, toujours dans le même quartier[9] :

  • 28 rue Boissy d’Anglas (1922), dans un immeuble du XVIIIe siècle ;
  • 21 rue Boissy d’Anglas (1927) ;
  • 28 rue Boissy d’Anglas (1927) ;
  • 33 rue Boissy-d’Anglas (1928) ;
  • 26 rue de Penthièvre (1928) ;
  • 43 bis de l’avenue Pierre-Ier-de-Serbie (1936) ;
  • 34 rue du Colisée (1941), où il se trouve toujours actuellement.

Maurice Sachs évoque le Bœuf sur le toit dans nombre de ses écrits, notamment dans Au temps du Bœuf sur le toit, paru en 1939 aux éditions de La Nouvelle Revue critique. D’après des témoignages déposés lors d’un procès au parquet d’Essen, Herschel Grynszpan et Ernst vom Rath s’y seraient rencontrés, avant que Grynspan ne tire sur vom Rath, en 1938, à l’ambassade d’Allemagne à Paris, peu de temps avant la nuit de Cristal. Les nombreuses délocalisations se sont avérées ruineuses pour l’esprit effervescent du cabaret d’origine. Le Bœuf sur le toit existe toujours aujourd’hui comme restaurant huppé[10], mais le charme, le cachet social, le milieu avant-gardiste et l’atmosphère bohème ont disparu[5].

Lexique[modifier | modifier le code]

Comme Paris était avant tout la ville du jazz[6], les musiciens de jazz des autres clubs de Paris se présentaient après leurs heures au Bœuf sur le toit pour jouer jusqu’à tard dans la nuit. De là vient l’expression utilisée jusqu’à ce jour par les musiciens français « faire un bœuf[5] » pour désigner une jam session.

Habitués[modifier | modifier le code]

Le Bœuf sur le toit a été, depuis son ouverture, l’épicentre du Paris des années folles. Il a toujours été envahi par le beau monde et de la crème de l’avant-garde. Parmi les clients et artistes célèbres susceptibles d’être vus au Bœuf sur le toit, on compte : Louis Aragon ; Georges Auric ; Marcel Aymé ; Joséphine Baker ; Jane Bathori ; Tristan Bernard ; Paul Bourget ; Constantin Brâncuși ; Georges Braque ; André Breton ; Albert Camus ; Georges Carpentier ; Blaise Cendrars ; Coco Chanel ; Charlie Chaplin ; Maurice Chevalier ; René Clair ; Paul Claudel ; Jean Cocteau ; Henri Collet ; André Derain ; Serge de Diaghilev ; Christian Dior[11] ; Clément Doucet ; Louis Durey ; Léon-Paul Fargue ; André Gide ; Youra Guller ; Ernest Hemingway ; Arthur Honegger ; Agnès Capri ; Max Jacob ; Marcel Jouhandeau ; Marie Laurencin ; Darius Milhaud ; Paul Morand ; Mistinguett ; Marianne Oswald ; Francis Picabia ; Pablo Picasso ; Francis Poulenc ; Jacques Prévert ; Yvonne Printemps ; Raymond Radiguet ; Maurice Ravel ; Pierre Reverdy ; Alfonso Reyes ; Arthur Rubinstein ; Erik Satie ; Catherine Sauvage ; Igor Stravinsky ; Germaine Tailleferre ; Tristan Tzara ; José Berghmans ; Jean Wiener[3],[2],[4],[6] ; Yves Saint Laurent avec Karl Lagerfeld et Victoire Doutreleau.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Monique Schneider-Maunoury et Dominique Le Buhan, avec Henri Sauguet, préf. Georges Bernier, Au temps du Bœuf sur le toit : 1918-1928, catalogue de l'exposition à la galerie Artcurial en mai-juillet 1981, Paris, Artcurial, 1981, p. 8.
  2. a et b (en) « Cafe Music », dans Time Magazine, 26 octobre 1931.
  3. a, b et c (en) Laurent Gloaguen, « Au temps du Bœuf sur le toit : 5. Maurice Sachs », dans Daniella Thompson, The Bœuf Chronicles, sur Musica Brasiliensis, 24 juillet 2004.
  4. a et b Richardson et McCully 2007, p. 209.
  5. a, b, c et d (en) Daniella Thompson, « How the Ox got its name, and other Parisian legends », dans The Boeuf Chronicles, 5e partie, sur Musica Brasiliensis, 6 mai 2002.
  6. a, b et c Appignanesi 1975, p. 123.
  7. (en) Maximillien de Lafayette, « Places and Hang Out », dans Fabulous Times, Places and People: Paris in the 20s and 30s, sur The Globe Weekly News.
  8. (en) Daniella Thompson, « Au temps du Bœuf sur le toit : 3. The bar-restaurant », dans The Bœuf Chronicles, sur Musica Brasiliensis, 4 août 2003.
  9. Georges Viaud et Florence Coupry, « Au temps du Bœuf : Les adresses du Bœuf », sur le site officiel du Bœuf sur le toit.
  10. (en) « Bœuf sur le toit Brasserie in Paris », Places in France.
  11. Musée Christian-Dior Granville, Florence Müller et al., Dior, le bal des artistes, Versailles, ArtLys,‎ mai 2011, 111 p. (ISBN 978-2854954418, présentation en ligne), « Le Bœuf sur le toit », p. 25

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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