Lavapiés

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40° 24.51′ N 3° 42.06′ O / 40.4085, -3.701

Rue Zurita, dans le quartier de Lavapiés

Lavapiés est une rue, une place, une station de métro et un quartier de Madrid en Espagne.

Origines[modifier | modifier le code]

À l'origine, Lavapiés était le quartier juif de Madrid. De nos jours, l'Église de San Lorenzo occupe l'emplacement où se situait la synagogue du quartier. On y accédait depuis la Plaza de Lavapiés par la rue qui s'appelle aujourd'hui calle de la Fe (littéralement Rue de la Foi), autrefois calle de la Sinagoga. On reconstruisit le quartier à partir de 1391 en lui adjoignant, sur ordre des Rois Catholiques, une muraille dont les portes se fermaient à la tombée de la nuit, au motif, selon les historiens, de protéger ses habitants plutôt que de les isoler. La même année, la communauté juive fut victime d'un pogrome ; les exactions les plus importantes eurent lieu dans les actuelles rues de la Fe, Salitre, Ave María, Sombrerete et Jesús y María[1].

De nombreuses familles juives continuèrent à vivre dans le quartier de Lavapiés jusqu'à l'expulsion de tous les juifs d'Espagne en 1492 (date de la fin de la Reconquête). Seuls certains notables juifs furent autorisés à vivre en dehors de Lavapiés, notamment des médecins afin de pouvoir assister leurs malades pendant la nuit. À ces exceptions près, l'expulsion décrétée par les Rois Catholiques vida Lavapiés et Madrid de sa population d'origine juive. Bien plus tard, on assistera au retour d'une population juive en provenance de Lisbonne, d'Égypte, de Tunisie et d'autres pays d'Afrique.

Près de la calle del Salitre, on a découvert les vestiges de ce qui pourrait être un cimetière hebraïque antérieur à l'expulsion de 1492.

Origine du mot Lavapiés[modifier | modifier le code]

L'origine du nom de Lavapiés pourrait être liée à l'existence d'une fontaine qui se situait sur la place et où s'effectuaient les ablutions, la purification rituelle des extrémités inferieures avant l'entrée au temple (de lava- : lave et -piés : pieds). En tous les cas, l'existence d'une fontaine importante sur la place est attestée jusqu'au XIXè siècle. Lavapiés est bien le nom original du quartier : l'ancienne dénomination El Avapiés est en fait una correction abusive de Lavapiés, qui lui est antérieur.

Tradition[modifier | modifier le code]

Les surnoms Manolo y Manola que l'on donne aux castizos madrilènes (personnages typiques du folklore madrilène) proviennent de Lavapiés et l'on imagine que cette coutume tire son origine de la prolifération des prénoms Manuel et Manuela avec lesquels on baptisa de nombreux juifs afin de leur permettre d'échapper à l'expulsion de 1492. C'est de cette même époque que date le mouvement de christianisation des vieilles rues maures, dont le nom changea afin d'exalter la ferveur religieuse de façon outrancière (calle Ave María, de la Fe, Amor de Dios, etc.). Traditionnellement, les manolos sont les rivaux des chulapos et chulapas originaires, eux, du quartier de Malasaña situé un peu plus vers le nord. De nos jours, on emploie les deux termes de manière indistincte pour désigner les habitants arborant, de temps à autres, le costume traditionnel madrilène.

Escuelas Pías

L'abandon d'après guerre[modifier | modifier le code]

Déjà à l'époque juive, le quartier de Lavapiés était considéré un faubourg et ce statut à part s'est maintenu au fil des années jusqu'à une époque récente. Il suffit, pour se faire une idée de la manière dont il a été négligé, de mentionner qu'on y trouve le seul monument public madrilène faisant mention de la Seconde République espagnole alors qu'elles furent systématiquement détruites durant les quarante ans de dictature franquiste : il s'agit d'une inscription portée sur la fontaine de la petite plaza de Cabestreros. De même, les ruines de l'ancien couvent et collège des Piaristes situé sur la place de Agustín Lara furent laissées à l'abandon le plus complet jusqu'à il y quelques années : ce bâtiment, comme d'autres édifices religieux de Madrid, fut incendié par des partisans de la CNT au lendemain du déclenchement de la guerre civile espagnole, le 19 juillet 1936, après avoir essuyé les tirs que phalangistes et sacerdotes, favorables au coup d'Etat, destinaient à la population qui passait dans les rues adjacentes[2]. Cependant, contrairement à tous les autres édifices, il demeura dans l'état où l'incendie l'avait laissé jusqu'en 2002, où il fut réhabilité pour accueillir une bibliothèque.

Transformation[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1980, Lavapiés était un quartier dans lequel vivaient exclusivement des personnes âgées qui habitaient de vieilles maisons de dimensions modestes construites autour d'une cour. C'est pour cette raison que l'on a pu parler de bidonville (chabolismo) vertical. L'abondance de bâtiments abandonnés et de logements à faible loyer attira à cette époque puis dans les années 1990 une multitude de jeunes gens disposant de peu de ressources, et parmi eux de nombreux adeptes du mouvement squat (ou okupas) : Lavapiés a certainement été la partie de Madrid avec la plus grande densité de logements squattés et de "centres sociaux occupés" ouverts au public dans lesquels eurent lieu les toutes premières expériences d'occupation de la capitale[3]. De nos jours, la spéculation immobilière et la répression policière ont quasiment eu raison du mouvement squat, mais le quartier continue à être celui qui possède l'activité associative et politique la plus dynamique, mêlée à une vie de quartier des plus denses.

Dans un second temps, et pour des raisons identiques, on assista à l'arrivée de centaines d'immigrants de provenance diverse (Amérique latine, Chine, Afrique du Nord, Afrique noire, sous-continent indien, etc.) : on estime qu'environ 50 % des habitants du quartier n'est pas d'origine espagnole. De fait, certains événements comme le Ramadan ou le nouvel an chinois ont une résonance plus importante dans Lavapiés que, par exemple, les fêtes de Noël.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nostalgias y visicitudes de los judíos argentinos en Madrid, página 121.
  2. C'est de cette manière que le raconte Arturo Barea dans son ouvrage autobiographique La forja de un rebelde, vol. III. La llama, Madrid, Bibliotex (Biblioteca El Mundo), 2001, págs. 122–124. Barea affirme que le bâtiment servait déjà depuis un moment de poudrière à la Phalange qui, en outre, y dispensait des formations militaires sous couvert d'une association catholique. Le 19 juillet 1936, une mitrailleuse ouvrit le feu depuis la tour du collège en direction des rues Embajadores et Mesón de Paredes, tuant un passant et en blessant cinq autres.
  3. Citons parmi eux le fameux Laboratorio qui se situa à différentes époques dans les locaux de l'ancienne école vétérinaire (au numéro 68 de la rue Embajadores), dans l'immeuble d'habitation abandonné de la plaza de Cabestreros, au numéro 103 de la rue Amparo puis finalement dans deux petits locaux de la rue Ministriles puis de la rue Olivar.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Veksler, B. (2004). Lavapiés: pasado, presente y futuro de un barrio cosmopolita. Madrid : Vision Net. ISBN 84-9770-993-4
  • Veksler, B. (2004). Nostalgias y visicitudes de los judíos argentinos en Madrid. Madrid : Editorial Vision Libros. ISBN 84-9821-205-7

Article connexe[modifier | modifier le code]