Lavandière de nuit
Les lavandières de nuit, ou lavandières de la nuit selon les sources, sont des personnages de légende. Suivant Collin de Plancy :
- « En Bretagne, des femmes blanches, qu'on appelle lavandières ou chanteuses de nuit, lavent leur linge en chantant, au clair de lune, dans les fontaines écartées; elles réclament l'aide des passants pour tordre leur linge et cassent les bras à qui les aide de mauvaise grâce.»[1]
Selon le dictionnaire Littré :
- « Nom donné en Normandie et en Bretagne à des fées qui, d'après la superstition populaire, battent le linge avec une main de fer dont elles assomment le curieux indiscret. »
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Une légende très répandue [modifier]
En fait le mythe des lavandières de nuit est présent dans de nombreuses régions, sous des noms divers :
- Angleterre : Night washerwoman
- Bretagne : Kannerez-noz (breton)
- Écosse : Bean nighe
- Île de Man : Ben niaghyn
- Irlande : Bean niochain
- Pays Basque : Lamina
- Portugal : Lavandeira Da Noite
- Suisse romande : Gollières à noz
La légende [modifier]
Les lavandières nocturnes appartiennent à la grande famille des dames blanches. Si la raison de leur présence connait de nombreuses variantes, elles ont pour l'essentiel des caractéristiques communes :
- Elles ne se manifestent que la nuit, et plutôt les nuits de pleine lune ou de la Toussaint.
- Elles n'apparaissent qu'aux hommes seuls.
- Elles sont un mauvais présage et sont dangereuses si on les approche.
- Elles sont souvent âgées, d'un aspect pitoyable, mais restent robustes.
- Elles sont les fantômes de femmes mortes qui reviennent pour expier une faute dont l'origine varie :
Les mères infanticides [modifier]
Selon George Sand, les lavandières de nuit sont des mères qui sont maudites pour avoir tué leurs enfants:
- « Les véritables lavandières sont les âmes des mères infanticides. Elles battent et tordent incessamment quelque objet qui ressemble à du linge mouillé, mais qui, vu de près, n’est qu’un cadavre d’enfant. Chacune a le sien ou les siens, si elle a été plusieurs fois criminelle. Il faut se garder de les observer ou de les déranger ; car, eussiez-vous six pieds de haut et des muscles en proportion, elles vous saisiraient, vous battraient dans l’eau et vous tordraient ni plus ni moins qu’une paire de bas. »
Comme l'écrit Maurice Sand :
- « À la pleine lune, on voit, dans le chemin de la Font-de-Fonts (« Fontaine des Fontaines ») d’étranges laveuses ; ce sont les spectres des mauvaises mères qui ont été condamnées à laver, jusqu’au jugement dernier, les langes et les cadavres de leurs victimes. »
Les lavandières malhonnêtes [modifier]
Selon une autre tradition, il s'agit de lavandières qui étaient chargées de laver le linge des pauvres. Par cupidité, elles remplaçaient le savon par des cailloux avec lesquels elles frottaient le linge. Non seulement celui-ci ne pouvait redevenir vraiment propre, mais il était terriblement abimé par ce traitement. Pour les punir de ce forfait, elles ont été condamnées à laver éternellement des linges qui restent sales.
Les lavandières du Languedoc [modifier]
Selon les légendes des Corbières occidentales en Languedoc, les fées lavandières peuplent les grottes et les endroits ténébreux, sortent la nuit et vont laver leur linge avec des battoirs d'or dans le Lauquet (rivière affluant de l'Aude) ou les ruisseaux voisins. Elles sont terrifiantes d'aspect et peuvent avoir deux têtes. On les trouve largement représentées dans toutes les Corbières occidentales et le Limouxin (Rennes-les-Bains, Sougraigne, Fourtou, Laroque-de-Fa, Ginoles, Couiza, Limoux, Brugairolles, Malviès, etc.)[2].
Les laveuses de linceuls [modifier]
Selon une tradition bretonne, il s'agit de défuntes qui ont été ensevelies dans un linceul sale[3]:
| Breton | Français |
|---|---|
|
Quen na zui kristen salver |
Jusqu'à ce que vienne un chrétien sauveur |
Les travailleuses du dimanche [modifier]
Il s'agirait de lavandières qui auraient transgressé la règle religieuse du repos dominical et, de ce fait, seraient condamnées à travailler pour l'éternité (on retrouve des éléments proches dans les légendes de naroues, naroves ou naroua de certaines vallées savoyardes [4].).
Les risques encourus [modifier]
Lorsqu'un passant s'approche, les lavandières lui demandent de les aider à essorer en les tordant leurs linges ou linceuls. Il faut alors impérativement le tordre dans le même sens qu'elles pour qu'elles se lassent et abandonnent. Malheur à celui qui se trompe, il a les bras happés et brisés par le linge qui finit par l'entourer jusqu'à l'étouffer. S'il refuse de les aider elles l'enroulent dans les linges et le noient dans le lavoir, tout en le frappant avec leurs battoirs.
Les origines de la légende [modifier]
George Sand indique elle-même l'origine triviale de cette croyance :
- « Nous avons entendu souvent le battoir des laveuses de nuit résonner dans le silence autour des mares désertes. C’est à s’y tromper. C’est une espèce de grenouille qui produit ce bruit formidable. Mais c’est bien triste d’avoir fait cette puérile découverte et de ne plus pouvoir espérer l’apparition des terribles sorcières, tordant leurs haillons immondes, dans la brume des nuits de novembre, à la pâle clarté d’un croissant blafard reflété par les eaux. »
Dans La civilisation celtique, Françoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc'h font quant à eux le rapprochement avec le mythe de la déesse celte Morrigan, qui annonce la mort du héros Cúchulainn en lavant ses vêtements ensanglantés dans une rivière[5].
Dans les arts [modifier]
Peinture [modifier]
- Les Lavandières de la nuit - Yan' Dargent - huile sur toile 75 x 150 cm - 1861 - musée des beaux-arts de Quimper.
- Les Lavandières de la nuit - Victor Lemonnier - Dessin à la mine de plomb - vers 1880.
Musique [modifier]
- A Lavandeira Da Noite par Carlos Nuñez & Noa dans l'album Os Amores Libres.
Littérature [modifier]
- Les Lavandières de la nuit - Bayle Stéphanie - Bénevent - 2003
Notes et références [modifier]
- Collin de Plancy, Jacques Albin Simon, Dictionnaire Infernal, Plon, 1863, p. 267
- Jean Guilaine, Récits & contes populaires du Languedoc, T2, éditions Gallimard, 1978 (ISBN 9782070580088)
- Emile Souvestre , "Le foyer Breton", éditions Coquebert, 1845
- « Des Parques aux fées et autres êtres sauvages : naroues, naroves et naroua savoyardes », par Christian Abry et Dominique Abry-Deffayet in Le Monde alpin et rhodanien, revue régionale d'ethnologie n°1-4, Grenoble, 1982, p. 247
- La Civilisation celtique, avec la coll. de Françoise Le Roux, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8)
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- George Sand, Légendes rustiques, (1858), éditions Verso, Guéret, 1987
- Jacques Auguste Simon Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal, Plon, 1863, pp. 267-268
- Paul Sébillot, Légendes locales de la Haute Bretagne T1, Société des bibliophiles Bretons, Nantes, 1899, p. 143.
- Victor Brunet, Contes populaires de la Basse Normandie, Emile Lechevalier, 1900, pp. 59-64
- Paul Sébillot, Le folklore de France - T2 - La mer et les eaux douces, E. Guilmoto, Paris, 1906, p. 423 et suivantes Lien Gallica
- Émile Souvestre & Pierre d'Anjou, Contes de Bretagne, Ancre de Marine, 1946, pp. 115-122
- Jean Cuisenier, Récits et contes populaires de Normandie, Gallimard, 1979, pp. 99-102