Lauze (pierre)

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Lauzerie *
Logo ministere culture et communication (Marianne).png Inventaire du patrimoine culturel
immatériel en France
Toit de lauzes
Toit de lauzes
Domaine * Savoir-faire
Localisation Aquitaine
Dordogne
Saint-Geniès
* Descriptif officiel Ministère de la Culture et de la Communication (France)

La lauze (ou lause, ou encore lave en Bourgogne) est une pierre utilisée pour la couverture des toitures. Les roches sédimentaires sont très utilisées dans le sud ouest et le centre de la France, et notamment le calcaire ou le grès, alors que les roches métamorphiques remportent la préférence des régions de montagne. Cela est dû à la proximité des différents types de roches disponibles. Granite, calcschiste (dite de Bergame), orthogneiss (dite de Luserne) voir même quartzite, ont la préférence dans les alpes et autres massifs montagneux[1] La surface importante par rapport à l'épaisseur est obtenue généralement par clivage (pierre schisteuse) et utilisée principalement pour les toitures et les dallages. Les lauzes sont extraites généralement de carrières dites « lauzières » (« lavières » en Bourgogne) ou de pierriers naturels ou proviennent de l'épierrement des champs. La lauze a un débit centimétrique et est plus épaisse que l'ardoise au débit millimétrique.

Certaines lauzes peuvent être faites de phonolite, notamment dans le Massif central, ou de pierre de Brando en Haute-Corse (pour le dallage et le pavage).

Les lauzes sont toujours employées dans les Alpes (en Savoie, en vallée d'Aoste ou en Valais), où les pouvoirs publiques incitent l'utilisation de ce matériau pour la construction ou la rénovation[2]. Elles sont également présentes dans le Massif central (notamment en Lozère et dans l'Aveyron), en Dordogne, dans le Lot, en Côte-d'Or, dans la Haute-Saône, et dans la partie schisteuse de la Corse.

Le savoir-faire de la couverture d'un toit en lauzes est répertorié dans l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme est attesté en français pour la première fois en 1801 au sens de « pierre plate utilisée comme dalle ou tuile » (Stendhal, Journal, p. 40)[3].

D'après Littré (1867), le terme lause serait un emprunt à l'ancien provençal lauza, « dalle, pierre plate », peut-être issu du gaulois (celtique) *lausa. Par ancien provençal, on entend l'ensemble des dialectes qui sont aujourd'hui connus sous le nom générique d'occitan.
Pierre-Yves Lambert donne une origine celtique au mot *lausā > lauze (tout comme au terme ardoise)[4]. Il reprend en cela les études antérieures qui lui attribuent cette origine, cependant qu'Alain Rey remonte encore antérieurement à une langue pré-celtique[5].

En occitan, lausa désigne : 1/ une pierre plate pour couvrir (une lauze) ou pour daller (une dalle), 2/ une ardoise ; le diminutif est lauseta, l'augmentatif lausàs ; lausar, c'est : 1/ couvrir de lauses ou de dalles, 2/ couvrir d'ardoises ; lausaire est le couvreur ou l'ardoisier[6] ; lausejar, c'est « carreler ». En francoprovençal, on trouve loze pour « ardoise, lauze ».

Toponymie[modifier | modifier le code]

En toponymie, nombreux sont les lieux-dits représentant le nom de la lausa, « la plaque de pierre », « la dalle », mais aussi « le terrain maigre et pierreux » : La Lauze à Belvédère dans les Alpes-Maritimes, La Lauze à Saint-Pons dans les Alpes-de-Haute-Provence, La Lauze Nègre et le Pas de la Lauze dans l'Hérault, etc. Jacques Astor note la forme marseillaise lava, de même sens que lausa, et le dérivé gascon lavàs, lavassa désignant la roche schisteuse, représentés par Le Pic de Labas-Blanc dans les Hautes-Pyrénées, et le nom de commune Labassère, dans le même département[7].

Emploi dans l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Des auteurs anciens, MM. Du Rondeau et Dewez, assurent que dans l'Antiquité les Gaulois de la Gaule belgique (incluant l'actuelle Picardie) couvraient parfois leurs maisons avec une pierre blanche et tendre qu'on sciait par tranches, en guise de tuile, soit plate, soit arrondie[8].

Répartition géographique et mise en œuvre[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Pour la couverture d'un bâtiment dans le Massif central, plusieurs poses existent selon les ressources en matériaux disponibles :

Toit-citerne couvert de lauses calcaires (lausás de caūsses) au Larzac, sud Aveyron, Massif central.
Lauses de schiste (lausás de sistre) dans le sud Aveyron, Massif central.

En Savoie, les lauzes sont souvent utilisées brutes. On les retrouve surtout dans les hautes vallées alpines de Maurienne ou de Tarentaise, où le bois devient rare à cause de l'altitude. Elles offrent une bonne résistance mécanique à la neige ainsi qu'aux intempéries. En Savoie comme dans la vallée d'Aoste, de nombreuses communes imposent son utilisation dans leur DTU, et certaines offrent des subventions pour contrebalancer le coût élevé de ce matériau. Les lauzes en orthogneiss (dite de Luserne) provenant d'Italie, et en particulier des carrières de Barge et Bagnolo Piemonte et celles en micaschiste (dite de Morgex) provenant de la vallée d'Aoste, supplantent de plus en plus la lauze dite de Bergame, qui est une ardoise sombre, extrêmement dure et fine en calcschiste, et qui provenait des gisements locaux des massifs de schistes lustrés. La protection environnementale élevée de la région de part sa proximité immédiate du parc national de la Vanoise a fait disparaitre les carrières exploitant cette gamme de lauzes locales. Du fait de leur poids important, le platelage préparé avec soin et constitué d'une armature de sapin ou d'épicéa reconnu pour son élasticité à la charge, et recouvert de lambourdes de mélèze pour garantir une excellente tenue à l'humidité et aux attaques fongiques. En Corse et dans les Cévennes, il est plus courant de tailler et d'amincir les lauzes. Elles se posent sur une volige, et un mortier les y fait adhérer, puis elles sont clouées.

En Bugey et dans le Vercors, les lauzes sont utilisées en rive de toiture et sur les rampants des murs pignons où elles forment un motif d'escalier ou pas d'oiseau. Leur fixation se fait alors en les maçonnant directement sur le haut de la maçonnerie. Ce type de motif, suscitant fréquemment des infiltrations d'eau pluviale, et les veines d'extraction étant presque toutes abandonnées ou épuisées, est en régression dans l'architecture locale. Elles sont également utilisés comme clôtures ou marquent les limites des propriétés.

Plus au nord, sur le plateau de la Vôge, entre les départements des Vosges et de la Haute-Saône, on utilise des pierres plates en grès qui sont appelées localement des « laves »[9].

Toit en « laves » de grès, dans la commune des Voivres (Vosges).

À Viens, dans le Vaucluse, subsistent quelques anciennes granges à grain des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, bâtiments rectangulaires allongés, en maçonnerie liée au mortier de chaux, à la toiture à deux pentes couvertes en lauses calcaires sur une voûte clavée en berceau[10].

Dans la montagne de Lure, dans les Alpes-de-Haute-Provence, des bergeries en pierre de la fin du XIXe siècle ont une couverture de lauses sur voûte clavée en berceau : pour éviter que le bout apparent des claveaux ne vienne poinçonner les lauses qui les recouvrent, le couvreur a répandu sur l’extrados une couche de petites pierres et d’argile mêlées, obtenant ainsi une meilleure répartition du poids des lauses sur les claveaux tout en assurant aux lauses une assise stable[11].

En Bourgogne, les lauses ou « laves » de couverture reposent directement sur une voûte ou sont soutenues par une charpente et un voligeage. Ce dernier procédé existe dans toute la Bourgogne pour couvrir les grangettes ou maisonnettes de vigne à une ou deux pentes. La pose de laves sur voûte se retrouve dans des édifices mineurs (chapelles)[12]. En Côte-d'Or, des laves sont utilisées pour la couverture des cabottes, cabanes de pierres sèches servant autrefois aux vignerons à remiser leurs outils. Le carrier extrayant des laves est dit « lavier »[13].

Dans le reste de l'Europe[modifier | modifier le code]

Italie[modifier | modifier le code]

En Vallée d'Aoste, région alpine de culture francophone, les lauzes sont largement diffusées. L'administration régionale prévoit dans certains cas l'octroi d'une contribution pour l'installation des lauzes, surtout pour les édifices des centres historiques des villages valdôtains.

Les toits en lauzes du fort de Bard (Vallée d'Aoste).

Balkans[modifier | modifier le code]

Dans les Balkans, et en particulier dans les Rhodopes (Thrace Occidentale), dans le pays Pomak, les toits traditionnels sont presque systématiquement en lauze, à l'exception du versant égéen (Grèce), où celle-ci laisse la place à la tuile romaine.[réf. nécessaire]

Contraintes[modifier | modifier le code]

Construction d'un toit en lauzes à Evolène (Valais)

Au-delà d'une certaine altitude, la culture du seigle et des autres céréales sources de chaume n'est plus possible, ce qui a contraint les habitants d'altitude à trouver un remplacement pour couvrir leurs bâtiments. Ils utilisent alors les matériaux directement à leur disposition. La lauze a pour avantage d'offrir une grande résistance aux intempéries, aux incendies et une grande longévité mais elle ne protège pas du froid en raison de son importante conductivité thermique.

La lauze constitue par conséquent un matériau de couverture lourd. Elle ne saurait donc reposer que sur une grosse charpente, très solide, afin de supporter son poids. En Savoie, le bois choisi était un résineux, surtout l'épicéa en raison de sa souplesse. Le mélèze, pourtant plus solide et plus résistant aux moisissures et aux insectes, était moins souvent utilisé car moins souple et plus cassant. En Corse, c'est le châtaignier qui s'est imposé, en raison de sa robustesse.

En construction moderne, la lauze se fait plus rare du fait de son prix, bien plus élevé que toute autre forme de couverture, telles que l'ardoise ou la tuile. De plus, c'est un matériau difficile à travailler et qu'il faut laisser carbonater quelques années avant emploi. Les lauzières françaises sont quasiment toutes fermées (cf. Sainte-Croix-à-Lauze). Les lauzes extraites des carrières en exploitation étant insuffisantes (Montdardier dans le Gard pour la lauze calcaire), il faut aujourd'hui en importer de Norvège, d'Italie ou de Chine. L'autre option est de réutiliser et retailler les lauzes ayant déjà servi sur d'autres bâtisses.

La lauze reste cependant traditionnelle sur de nombreux chalets savoyards, suisses et valdôtains, bien qu'elle tende à être remplacée par des tôles d'acier zingué peintes. En Corse également, on utilise largement la lauze, certaines communes allant jusqu'à l'imposer dans leur plan d'occupation des sols. Autrefois, les lauzes assuraient à elles seules l'étanchéité, aujourd'hui une première étanchéité en feuille élastomère est placée sur un platelage et les lauzes sont posées sur un second platelage reposant sur l'étanchéité par l'intermédiaire de tasseaux.

Des tuiles de ciment, en imitation de lauzes, sont aujourd'hui disponibles dans le commerce.

Couverture d'un toit en lauze[modifier | modifier le code]

Préparation à la couverture d'un chalet traditionnel en Haute-Maurienne en épaisses lauzes (4-7 cm) d'orthogneiss

Le savoir-faire de la couverture en lauzes est particulier, il demande beaucoup de patience et la connaissance de la pierre est primordiale.

La couverture d’un toit en lauzes se fait suivant plusieurs étapes, à commencer par la taille des pierres. Les lauzes sont extraites de blocs de pierre d’environ 40 kilos à l’aide d’une méthode et d’un matériel très précis et anciens[14].

C’est une pierre assez lourde, dont le poids est estimé à 700 kilos au mètre carré (ce qui implique d’avoir auparavant prévu une charpente solide). La patience est de mise quand on sait que le rendement de pose est d’environ 1 m² par jour et par poseur (ce qui explique en partie le coût élevé d’une couverture en lauzes). La pose se fait par l’insertion des lauzes entre des lattes de bois servant de support.

La couverture en lauze est cependant en voie de disparition en France du fait de ses nombreuses contraintes (poids, coût, durée de la pose). De nos jours, les lauzes sont bien souvent remplacées par des pierres ou d’autres matériaux moins coûteux et moins contraignant à entretenir.

Références[modifier | modifier le code]

  1. les différentes lauzes utilisées pour la couverture en montagne
  2. Une aide pour les restaurations de toitures traditionnelles
  3. CNRTL, lauze [1]
  4. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions Errance (1994), p. 196.
  5. Dictionnaire, le Robert
  6. « Vocabulaire occitan-français de l'architecture rurale en pierre sèche » in L'architecture vernaculaire rurale, 1980 ; aussi L'architecture vernaculaire, tome 16, 1992 (réédition).
  7. Jacques Astor, Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du Midi de la France, Éditions du Beffroi, 2002, rubrique LAUZE, p. 439.
  8. Dewez, Histoire générale, I, 4000. Pline, liv. XXVI, ch. 22 et non pas liv. III, comme au passage allégué : In Belgica provincia candidum lapidem serra, qua lignum, faciliusque etiam secant ad tegularum et imbricum vicem : vel si lebeat ad quae vocant pavonacea tegendi genera, cité par le Baron de Reiffenberg, in Sur la statistique ancienne de la Belgique (Seconde partie, lue en séance à l'Académie le 2 novembre 1832), voir page 76.
  9. Le site de la lave de grès
  10. Les granges de Viens (Vaucluse) : étude architecturale et morphologique.
  11. Vocabulaire de la maçonnerie à pierres sèches, rubrique « Poinçonnement ».
  12. Maurice Berry et Pierre-Claude Fournier, Les couvertures de laves, in Les Monuments historiques de la France, Paris, 1959, No 1, janvier-mars, pp. 26-30.
  13. Elisabeth Reveillon, Cabanes de pierres sèches, dans Canton de Nolay, architecture et œuvres d’art, catalogue de l’exposition de Nolay, juillet-août 1981, Secrétariat régional de l’Inventaire général de Bourgogne, Dijon, 1981, pp. 98-105.
  14. Fiche d’inventaire de la « Lauzerie » au patrimoine culturel immatériel français, sur culturecommunication.gouv.fr (consultée le 21 avril 2015)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Berry et Pierre-Claude Fournier, Les couvertures de laves, in Les Monuments historiques de la France, Paris, 1959, No 1 (janvier-mars), pp. 26-30
  • Émile Bonnel, Les couvertures de lave en Bourgogne, dans Les monuments historiques de la France, n. s., vol. 10, 1964, fasc. 1, pp. 21-26
  • Michel Carlat, Les toits de lauses en Ardèche, Haute-Loire et Lozère, in L'architecture rurale en pierre sèche, t. 2, 1978, pp. 88-93
  • Charles Talon, Les toits de lauses du plateau de Crémieu et le dernier couvreur spécialisé dans ce genre de toiture, in Evocations, Bulletin du Groupe d'études historiques et géographiques du Bas-Dauphiné, 21e année, 1978, No 4, pp. 125-131
  • Robert Guinot, Les toitures de lauses, in Périgord-Magazine, No 197, juin 1982, pp. 8-9
  • Christian Lassure, Le "toit de lauses en tas-de-charge" du Quercy : réalité ou mythe ?, Etudes et recherches d'architecture vernaculaire, No 2, 1982, 27 p.
  • Claude Gendre et Christian Lassure, Couvertures de lauses et systèmes porteurs (XVIIe-XIXe siècles), chapitre de Contribution à l'étude de l'héritage architectural d'un village du haut Conflent : Sansa, Etudes et recherches d'architecture vernaculaire, No 3, 1983
  • Benoît Delarozière, Laves et laviers de Bourgogne, dans Lithiques, du minéral au mental, No 6, 1989, pp. 21-32

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Fiche d’inventaire de la « Lauzerie » au patrimoine culturel immatériel français, sur culturecommunication.gouv.fr (consultée le 21 avril 2015)