Lauze (pierre)

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Toit de lauzes

La lauze (ou lause, ou encore lave en Bourgogne) est une pierre plate de schiste, de calcaire, de basalte ou de gneiss, dont la surface est très importante par rapport à l'épaisseur et qui est obtenue généralement par clivage et utilisée principalement pour les toitures et les dallages. Les lauzes sont extraites généralement de carrières dites « lauzières » (« lavières » en Bourgogne) ou de pierriers naturels ou proviennent de l'épierrement des champs. La lauze est plus épaisse que l'ardoise.

Certaines lauzes peuvent être faites de phonolite, notamment dans le Massif central, ou de pierre de Brando en Haute-Corse (pour le dallage et le pavage).

Les lauzes étaient employées dans les Alpes (en Savoie et en vallée d'Aoste), dans le Massif central (notamment en Lozère et dans l'Aveyron), en Dordogne, dans le Lot, en Côte-d'Or, en Haute-Saône, et dans la partie schisteuse de la Corse.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Pierre-Yves Lambert[1] donne une origine celtique au mot *lausā > lauze (tout comme au terme ardoise).

D'après Littré (1867), « lause » serait emprunté à l'ancien provençal lauza, « dalle, pierre plate », peut-être issu du gaulois (celtique) *lausa.

En occitan, lausa désigne 1/ une pierre plate pour couvrir (une lause) ou pour daller (une dalle), 2/ une ardoise ; le diminutif est lauseta, l'augmentatif lausàs ; lausar, c'est 1/ couvrir de lauses ou de dalles, 2/ couvrir d'ardoises ; lausaire est le couvreur ou l'ardoisier[2] ; lausejar, c'est « carreler ». En francoprovençal, on trouve loze pour « ardoise, lauze ».

Toponymie[modifier | modifier le code]

En toponymie, nombreux sont les lieux-dits représentant le nom de la lausa, « la plaque de pierre », « la dalle », mais aussi « le terrain maigre et pierreux » : La Lauze à Belvédère dans les Alpes-Maritimes, La Lauze à Saint-Pons dans les Alpes-de-Haute-Provence, La Lauze Nègre et le Pas de la Lauze dans l'Hérault, etc. Jacques Astor note la forme marseillaise lava, de même sens que lausa, et le dérivé gascon lavàs, lavassa désignant la roche schisteuse, représentés par Le Pic de Labas-Blanc dans les Hautes-Pyrénées, et le nom de commune Labassère, dans le même département[3].

Emploi dans l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Des auteurs anciens, MM. Du Rondeau et Dewez, assurent que dans l'Antiquité les Gaulois de la Gaule Belgique (incluant l'actuelle Picardie) couvraient parfois leurs maisons avec une pierre blanche et tendre qu'on sciait par tranches, en guise de tuile, soit plate, soit arrondie[4].

Répartition géographique et mise en œuvre[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Pour la couverture d'un bâtiment dans le Massif central, plusieurs poses existent selon les ressources en matériaux disponibles :

Toit-citerne couvert de lauses calcaires (lausás de caūsses) au Larzac, sud Aveyron, Massif central.
Lauses de schiste (lausás de sistre) dans le sud Aveyron, Massif central.

En Savoie, la lauze fut souvent utilisée brute alors qu'il était plus courant de la tailler et de l'amincir en Corse et dans les Cévennes. Les lauzes se posent sur une volige, et un mortier les y fait adhérer, puis elles sont clouées.

En Bugey et dans le Vercors, les lauzes sont utilisées en rive de toiture et sur les rampants des murs pignons où elles forment un motif d'escalier ou pas d'oiseau. Leur fixation se fait alors en les maçonnant directement sur le haut de la maçonnerie. Ce type de motif, suscitant fréquemment des infiltrations d'eau pluviale, et les veines d'extraction étant presque toutes abandonnées ou épuisées, est en régression dans l'architecture locale. Elles sont également utilisés comme clôtures ou marquent les limites des propriétés.

Plus au nord, sur le plateau de la Vôge, entre les départements des Vosges et de la Haute-Saône, on utilise des pierres plates en grès qui sont appelées localement des « laves »[5].

Toit en « laves » de grès, dans la commune des Voivres (Vosges).

À Viens, dans le Vaucluse, subsistent quelques anciennes granges à grain des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, bâtiments rectangulaires allongés, en maçonnerie liée au mortier de chaux, à la toiture à deux pentes couvertes en lauses calcaires sur une voûte clavée en berceau[6].

Dans la montagne de Lure, dans les Alpes-de-Haute-Provence, des bergeries en pierre de la fin du XIXe siècle ont une couverture de lauses sur voûte clavée en berceau : pour éviter que le bout apparent des claveaux ne vienne poinçonner les lauses qui les recouvrent, le couvreur a répandu sur l’extrados une couche de petites pierres et d’argile mêlées, obtenant ainsi une meilleure répartition du poids des lauses sur les claveaux tout en assurant aux lauses une assise stable[7].

En Bourgogne, les lauses ou « laves » de couverture reposent directement sur une voûte ou sont soutenues par une charpente et un voligeage. Ce dernier procédé existe dans toute la Bourgogne pour couvrir les grangettes ou maisonnettes de vigne à une ou deux pentes. La pose de laves sur voûte se retrouve dans des édifices mineurs (chapelles)[8]. En Côte-d'Or, des laves sont utilisées pour la couverture des cabottes, cabanes de pierres sèches servant autrefois aux vignerons à remiser leurs outils. Le carrier extrayant des laves est dit « lavier »[9].

Dans le reste de l'Europe[modifier | modifier le code]

Italie[modifier | modifier le code]

En Vallée d'Aoste, région alpine de culture francophone, les lauzes sont largement diffusées. L'administration régionale prévoit dans certains cas l'octroi d'une contribution pour l'installation des lauzes, surtout pour les édifices des centres historiques des villages valdôtains.

Les toits en lauzes du fort de Bard (Vallée d'Aoste).

Balkans[modifier | modifier le code]

Dans les Balkans, et en particulier dans les Rhodopes (Thrace Occidentale), dans le pays Pomak, les toits traditionnels sont presque systématiquement en lauze, à l'exception du versant égéen (Grèce), où celle-ci laisse la place à la tuile romaine.[réf. nécessaire]

Contraintes[modifier | modifier le code]

Construction d'un toit en lauzes à Evolène (Valais)

Au-delà d'une certaine altitude, la culture du seigle et des autres céréales source de chaume n'est plus possible, ce qui a contraint les habitants d'altitude à trouver un remplacement pour couvrir leurs bâtiments. Ils utilisent alors les matériaux directement à leur disposition. La lauze a pour avantage d'offrir une grande résistance aux intempéries, aux incendies et une grande longévité mais elle ne protège pas du froid en raison de son importante conductivité thermique.

La lauze constitue par conséquent un matériau de couverture lourd. Elle ne saurait donc reposer que sur une grosse charpente, très solide, afin de supporter son poids. En Savoie, le bois choisi était un résineux, surtout l'épicéa en raison de sa souplesse. Le mélèze, pourtant plus solide et plus résistant aux moisissures et aux insectes, était moins souvent utilisé car moins souple et plus cassant. En Corse, c'est le châtaignier qui s'est imposé, en raison de sa robustesse.

En construction moderne, la lauze se fait plus rare du fait de son prix, bien plus élevé que toute autre forme de couverture, telles que l'ardoise ou la tuile. De plus, c'est un matériau difficile à travailler et qu'il faut laisser carbonater quelques années avant emploi. Les lauzières françaises sont quasiment toutes fermées (cf. Sainte-Croix-à-Lauze). Les lauzes extraites des carrières en exploitation étant insuffisantes (Montdardier dans le Gard pour la lauze calcaire), il faut aujourd'hui en importer de Norvège, d'Italie ou de Chine. L'autre option est de réutiliser et retailler les lauzes ayant déjà servi sur d'autres bâtisses.

La lauze reste cependant traditionnelle sur de nombreux chalets savoyards, suisses et valdôtains, bien qu'elle tende à être remplacée par des tôles d'acier zingué peintes. En Corse également, on utilise largement la lauze, certaines communes allant jusqu'à l'imposer dans leur plan d'occupation des sols. Autrefois, les lauzes assuraient à elles seules l'étanchéité, aujourd'hui une première étanchéité en feuille élastomère est placée sur un platelage et les lauzes sont posées sur un second platelage reposant sur l'étanchéité par l'intermédiaire de tasseaux.

Des tuiles de ciment, en imitation de lauzes, sont aujourd'hui disponibles dans le commerce.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions Errance (1994).
  2. Vocabulaire occitan-français de l'architecture rurale en pierre sèche, in L'architecture vernaculaire rurale, 1980 ; aussi L'architecture vernaculaire, tome 16, 1992 (réédition).
  3. Jacques Astor, Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du Midi de la France, Éditions du Beffroi, 2002, rubrique LAUZE, p. 439.
  4. Dewez, Histoire générale, I, 4000. Pline, liv. XXVI, ch. 22 et non pas liv. III, comme au passage allégué : In Belgica provincia candidum lapidem serra, qua lignum, faciliusque etiam secant ad tegularum et imbricum vicem : vel si lebeat ad quae vocant pavonacea tegendi genera, cité par le Baron de Reiffenberg, in Sur la statistique ancienne de la Belgique (Seconde partie, lue en séance à l'Académie le 2 novembre 1832), voir page 76.
  5. Le site de la lave de grès
  6. Les granges de Viens (Vaucluse) : étude architecturale et morphologique.
  7. Vocabulaire de la maçonnerie à pierres sèches, rubrique « Poinçonnement ».
  8. Maurice Berry et Pierre-Claude Fournier, Les couvertures de laves, in Les Monuments historiques de la France, Paris, 1959, No 1, janvier-mars, pp. 26-30.
  9. Elisabeth Reveillon, Cabanes de pierres sèches, dans Canton de Nolay, architecture et œuvres d’art, catalogue de l’exposition de Nolay, juillet-août 1981, Secrétariat régional de l’Inventaire général de Bourgogne, Dijon, 1981, pp. 98-105.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Berry et Pierre-Claude Fournier, Les couvertures de laves, in Les Monuments historiques de la France, Paris, 1959, No 1 (janvier-mars), pp. 26-30
  • Émile Bonnel, Les couvertures de lave en Bourgogne, dans Les monuments historiques de la France, n. s., vol. 10, 1964, fasc. 1, pp. 21-26
  • Michel Carlat, Les toits de lauses en Ardèche, Haute-Loire et Lozère, in L'architecture rurale en pierre sèche, t. 2, 1978, pp. 88-93
  • Charles Talon, Les toits de lauses du plateau de Crémieu et le dernier couvreur spécialisé dans ce genre de toiture, in Evocations, Bulletin du Groupe d'études historiques et géographiques du Bas-Dauphiné, 21e année, 1978, No 4, pp. 125-131
  • Robert Guinot, Les toitures de lauses, in Périgord-Magazine, No 197, juin 1982, pp. 8-9
  • Christian Lassure, Le "toit de lauses en tas-de-charge" du Quercy : réalité ou mythe ?, Etudes et recherches d'architecture vernaculaire, No 2, 1982, 27 p.
  • Claude Gendre et Christian Lassure, Couvertures de lauses et systèmes porteurs (XVIIe-XIXe siècles), chapitre de Contribution à l'étude de l'héritage architectural d'un village du haut Conflent : Sansa, Etudes et recherches d'architecture vernaculaire, No 3, 1983
  • Benoît Delarozière, Laves et laviers de Bourgogne, dans Lithiques, du minéral au mental, No 6, 1989, pp. 21-32