Laurent Prévost

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Laurent prevost)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Prévost.
Laurent Prévost
Fonctions
préfet de la Martinique
En fonction depuis le 30 mars 2011
Prédécesseur Ange Mancini
Biographie
Date de naissance 8 juin 1967
Lieu de naissance Boulogne-Billancourt

Laurent Prévost, né le 8 juin 1967 à Boulogne-Billancourt, a été nommé préfet de la région Martinique le 30 mars 2011, succédant à Ange Mancini.

Origines et formation[modifier | modifier le code]

Laurent Prévost est né le 8 juin 1967 à Boulogne-Billancourt. Il est licencié en droit, ancien élève de l'Institut d'études politiques de Paris et de l'ENA (promotion Gambetta, janvier 1991 - février 1993).

Carrière dans la fonction publique[modifier | modifier le code]

Il est nommé directeur du cabinet du préfet du Var, puis du préfet de l'Oise, secrétaire général de la préfecture de la Lozère puis de la préfecture de Martinique entre 2002 et 2005, directeur adjoint du cabinet du secrétaire d’Etat chargé de l’outre-mer, directeur de cabinet du ministre des départements d'Outremer en 2008 puis préfet de la Haute-Marne en 2009 et de la Martinique en 2011. A la date du 1er août 2014 il est nommé directeur de la direction générale de la sécurité civile et de gestion des crises.[1].

Préfet de région de la Martinique[modifier | modifier le code]

Nomination et entrée en fonction[modifier | modifier le code]

Après un parcours en préfectorale et en administration centrale, il est nommé préfet d'un département d'outre-mer. Dans le cadre d'un mouvement préfectoral limité[2], un an environ avant l'présidentielle de 2012, il est nommé en mars 2011, préfet de la Martinique[1] et succède à Ange Mancini[3].

Le journaliste du Monde, en exposant le contexte social de ce territoire pour ses prédécesseurs, résume ainsi la difficulté d'être le représentant de l'État français, en Antilles : « Un préfet dans les îles, qu'on le veuille ou non, garde un relent de gouverneur, de fonctionnaire colonial avec casque »[4]. Dans les faits, le préfet y conserve un rôle particulier. Et Laurent Prévost est confronté dès son arrivée à des conflits sociaux[5].

Le préfet prend connaissance de ses interlocuteurs politiques, et, compte tenu des échéances politiques à venir (présidentielle et législatives) commence à agir sur des thèmes classiques et consensuels, de lutte contre la fraude (prestations sociales indûment perçues, fausses déclarations d'impôts, travail illégal, arnaques aux allocations chômages)[6],[7], sur lequel il reviendra régulièrement[8], de protection des populations en cas d'alertes cycloniques et de tempêtes[9],[10], et de santé publique[11].

Dans le cadre des campagnes électorales, Laurent Prévost prépare particulièrement fin 2011 et début 2012 la venue sur les îles de personnalités politiques françaises de premier plan. Même s'il s'agit a priori de tâches de maintien de l'ordre relativement classiques, la pression médiatique est grande et les préfets en poste en 2011 gardent en mémoire la visite chahutée de Nicolas Sarkozy dans la Manche, le 12 janvier 2009 et ses conséquences pour le préfet de ce département[note 1]. Nicolas Sarkozy s'est déjà rendu plusieurs fois en Martinique durant son mandat présidentiel, en 2008, en 2009 et en janvier 2011, déplacements sous la houlette du prédécesseur de Laurent Prévost. Il n'y revient pas. Par contre, d'autres candidats marquent aussi leur intérêt pour les Antilles. Notamment, le candidat socialiste François Hollande fait un passage en janvier 2012 et le candidat Modem François Bayrou en mars 2012. Mais le déplacement paradoxalement le plus délicat pour le préfet est celui de son ministre de l'Intérieur et de l'Outre-Mer, Claude Guéant, en février 2012, moins d'une semaine après une polémique l'ayant opposé au député martiniquais et président de la Région Serge Letchimy à l'Assemblée Nationale[note 2]. Une cinquantaine d'indépendantistes manifestent leur désapprobation sur ce passage de Claude Guéant à la sortie de l'aéroport Aimé Césaire de Fort-de-France, en huant le cortège ministériel. Les élus de gauche boycottent cette venue, à l'encontre de toute «tradition républicaine». Mais le préfet et le ministre jouent la prudence sur le choix des lieux : le ministre se rend tout d'abord au commissariat principal de Fort-de-France puis à la préfecture toute proche. En fin de soirée, il embarque durant une heure à bord d'un véhicule de la brigade anti-criminalité, descendant à deux reprises de son véhicule pour saluer des policiers. Seule audace, en milieu de soirée, le ministre improvise une séquence d'échanges avec des martiniquais à proximité de la place de la Savane[12]. Quelques mois plus tard, les élections présidentielle et législatives du deuxième trimestre 2012 sont en Martinique un succès pour la gauche et les indépendantistes[note 3].

Actions dans le domaine économique, social et environnemental[modifier | modifier le code]

L'emploi sur l'île reste une vrai préoccupation, avec 60 % des moins de 25 ans au chômage[13]. Une des questions fondamentales qui se posent aux élus et au préfet est la politique de développement économique de la Martinique[14]. Elle est en partie à reconstruire. La politique traditionnelle de la France, l'exportation massive de produits agricoles (sucre et banane en particulier), est remise en cause par la fin de politiques protectionnistes (imposée par l'OMC[14]), et ceci est renforcée par l'impact sur la qualité environnementale des pesticides utilisées pour ces cultures (chlordécone notamment[15]). De nouveaux axes sont à mettre en valeur, en prenant en compte la concurrence des états voisins dotés souvent d'atouts naturels similaires. Le tourisme, mis en avant depuis quelques décennies, est sans doute un de ces axes mais ne peut être le seul[14],[note 4]. Dans ce cadre, le préfet a un rôle particulièrement important pour déterminer avec les élus les projets les plus pertinents et pour orienter l'action de l'État. Il est également l'autorité de gestion chargée de la bonne utilisation des fonds européens de développement[16].

Avec l'arrivée au pouvoir du Parti socialiste en France en mai et juin 2012, Laurent Prévost, non concerné par la valse des préfets, reprend un travail sur les sujets économiques et sociaux pour lesquels l'attente est forte. Il met au point avec le conseil général « une convention d'un montant de 1,5 million d'euros pour un projet qui vise à (re)dynamiser le Nord-Caraïbe »[17]. Il fait le point avec les collectivités locales sur les plans d'action en cours, schéma de cohérence territoriale, Programmes locaux sur l'habitat et autres projets[18],[19]. Il signe une convention-cadre, entre l'État, le conseil régional et le conseil général qui prévoit 1 500 emplois d'avenir en Martinique, utilisant ce nouveau dispositif d'aide à l'emploi du gouvernement de Jean-Marc Ayrault[13]. Il prend des dispositions sanitaires suite aux impacts des pollutions dus aux pesticides[20],[21]. Il lance également de nouveaux programmes dans le domaine du logement[22].

De façon plus structurelle, il constitue et anime une commission tripartite sur le passage de la Martinique à un statut de Collectivité unique, catégorie de collectivité territoriale française créée dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales votée en 2008 et avalisée pour ce territoire des Antilles en 2011[23]. Cette commission, qu'il anime, réunit des représentants du conseil régional, dont le président Serge Letchimy, des représentants du conseil général, dont sa présidente Josette Manin, et quelques représentants de l'État autres que lui (le recteur, et, dans ses services, le directeur régional des finances publiques ainsi que le directeur de l'environnement, de l'aménagement et du logement)[24].

Il esquive cependant les questions relatives à la situation des Haïtiens sans-papiers vivant dans sa juridiction[25]. Et, sur le développement durable, toujours, il ne réussit pas à instaurer un dialogue fluide avec certaines associations telles que l’association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais (Assaupamar) qui interpelle l'État et les élus, notamment sur la gestion de l'eau, sur la composition du comité de Bassin, créé par la loi sur l'eau du 3 janvier 1992 ou sur les contrôles et dérogations sur les épandages[26]. Et des décisions de la préfecture, favorables aux planteurs, sur l'autorisation d'épandages, sont annulées par le tribunal administratif, obligeant le nouveau ministre de l'outre-mer, Victorin Lurel, à déclarer qu'« un bilan des dérogations à l'interdiction des épandages aériens sera établi »[27].... comme le demandait l'Assaupamar.

En décembre 2012, un conflit se déclenche chez les marins pêcheurs, avec blocage du port de Fort-de-France. Ce conflit est la conséquence des mesures d’interdiction partielle de pêches en raison de la contamination par le chlordécone. Les pêcheurs réclament une aide d’urgence. Trois chambres consulaires et trois organisations patronales demandent à l’intersyndicale « de privilégier le dialogue pour ne pas alourdir une situation économique déjà très difficile et de libérer les accès au terminal portuaire », sans être entendues[28]. Deux premières réunions s'organisent avec Laurent Prévost[29]. Et une nouvelle réunion, préparatoire à un accord, proposée Laurent Prévost est rejetée par l’intersyndicale[28]. Finalement, une ultime négociation, toujours animée par Laurent Prévost aboutit le 31 décembre 2012[30]. Mais cette grève dégrade encore les résultats de l'exercice 2012 pour le port de Fort-de-France. Celui-ci change de statut début 2013, devenant un grand port maritime, avec un nouveau directoire dont le préfet fait partie[31]. Ce changement de statut doit le préparer à jouer, dans les Caraïbes, un rôle de hub après l’ouverture fin 2014 du nouveau canal de Panama élargi. Cette grève des marins pêcheurs de fin décembre 2012, déclenchée par la crise de la chlordécone qui mine ce territoire depuis les années 1990 et 2000[15], met également en exergue un des problèmes non réglés dans le renouvellement nécessaire de la politique de développement de l'île[note 5].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Venu à Saint-Lô dans la Manche présenter ses vœux au monde enseignant, le chef de l’État s'était retrouvé dans un bâtiment encerclé par des manifestants, le sifflant. Quinze jours plus tard le préfet de la Manche avait été muté.
  2. La polémique entre Serge Letchimy et Claude Guéant, début février 2012 à Paris, était née de la phrase du ministre lors d'un colloque organisé par l'association étudiante de droite UNI : « Toutes les civilisations ne se valent pas ». Lire les articles Wikipedia de ces deux personnalités pour leurs échanges à ce sujet, en France métropolitaine, quelques jours avant ce déplacement de Claude Guéant en Martinique.
  3. Se référer aux articles Wikipedia détaillés  : Élection présidentielle française de 2012 (cf.Carte) et Élections législatives de 2012 en Martinique
  4. Le tourisme en Martinique a vu également son image ternie par les mouvements sociaux des années 2000. Un climat social plus serein est sans doute une des conditions pour relancer cette activité (cf. Tourisme durable en Martinique.
  5. Lire aussi l'article d'Hervé Brival dans le quotidien Le Monde du 25 mai 2010 sur la difficile mutation des planteurs de bananes, suite à la contamination des sols par le chlordécone, pesticide dangereux pour la population. Hervé Brival est à la fois correspondant du quotidien Le Monde en Martinique et du quotidien France-Antilles régionalement.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Sources sur Laurent Prévost classées par date de parution.

Sources sur le contexte économique, social, politique et environnemental en Martinique, classées par date de parution.

  • Benoît Hopquin, « Ange Mancini, préfet de la Martinique ! », le site du quotidien Le Monde,‎ 17 mars 2009 (lire en ligne).
  • Madly Fomoa-Adenet, Valérie Angeon et Jean-Marie Breton (dir.), Patrimoine, tourisme, environnement et développement durable,‎ 2010, 440 p., « Développement territorial et mise en patrimoine des ressources, réflexions à partir de quelques expériences dans le secteur touristique en Martinique ».
  • Pierre Angelelli et Fred Celimene, Les fonds structurels 2007-2013 dans une région ultrapériphérique de l'Union Européenne : qu'est-ce qui ne vas pas avec les fonds européens en Martinique, Université des Antilles,‎ avril 2010, 46 p. (lire en ligne).
  • La rédaction du Monde et l'AFP, « Le Sénat avalise le modèle de la collectivité unique pour la Guyane et la Martinique », le quotidien Le Monde,‎ 12 mai 2011.
  • AFP, « Alerte cyclonique en Martinique. », le quotidien Le Figaro,‎ 2 août 2011 (lire en ligne).
  • Anne Rovan, « La gauche locale boude la visite de Guéant en Martinique. », le quotidien Le Figaro,‎ 12 février 2011 (lire en ligne).
  • Paul Benkimoun, « Les effets néfastes du chlordécone sur le nourrisson », le quotidien Le Monde,‎ 18 septembre 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]