Laurence Anyways

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Laurence Anyways

Réalisation Xavier Dolan
Scénario Xavier Dolan
Acteurs principaux
Sociétés de production Lyla Films
MK2 Productions
Pays d’origine Drapeau du Canada Canada
Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 168 minutes
Sortie 2012

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Laurence Anyways est un film franco-canadien, écrit et réalisé par Xavier Dolan, sorti en 2012.

Le film a reçu le prix de meilleur film canadien au festival international du film de Toronto et le grand prix au festival du film de Cabourg, ainsi que le Prix collégial du cinéma québécois en 2013 ; il est aussi présenté dans la sélection Un certain regard du festival de Cannes 2012.

Synopsis[modifier | modifier le code]

C'est l'histoire d'un amour impossible entre une femme et un homme, après que celui-ci a décidé de changer de sexe. Dans les années 1990, Laurence décide de devenir une femme mais, paradoxalement, tente néanmoins de sauver sa relation amoureuse avec Fred (Frédérique), laquelle accepte fort mal la décision de Laurence et la cascade des désagréments qu'elle suscite.

Résumé[modifier | modifier le code]

Le film commence par un retour en arrière de dix ans… Laurence est un prof de lettres hétérosexuel et très amoureux de Frédérique (Fred) avec qui il vit. Le jour de ses trente-cinq ans, il avoue à Fred qu'il considère que son corps d'homme ne correspond pas à ce qu'il se sent être en fait : une femme, et qu'il a décidé de mettre son aspect physique en accord avec sa personnalité profonde, c'est-à-dire de s'habiller en femme et d'en devenir une. Fred ne comprend pas cette décision, elle lui dit qu'il aurait dû la prévenir qu'il était homosexuel. Il lui répond avec force qu'il n'est pas homosexuel, mais qu'il en a marre de se réveiller le matin dans un corps d'homme, alors que ça ne correspond pas à son vrai moi. Il s'habille donc en femme, se maquille, et assume ainsi ce qu'il dit être son identité profonde, dans sa famille, son quartier, les rues et cafés de Montréal et jusque dans son milieu professionnel, envers et contre tous. Cependant, tandis qu'il passe petit à petit par les étapes classiques du changement de sexe, portant notamment les cheveux de plus en plus longs, Laurence continue d'être fou amoureux de sa Fred, même après leur rupture, après qu'elle s'est mariée et qu'elle a eu un enfant.

Quelques années passent. Laurence publie un recueil de poèmes et, à cette occasion, retrouve Fred qui lui retombe dans les bras. Elle annonce à son mari qu'elle part en tournage, alors qu'en fait les deux amants font une escapade sur l'Île au noir.
Ils se séparent définitivement lorsque Laurence dit à Fred qu'il s'attendait à ce qu'elle abandonne toute sa vie (de femme mariée) pour lui, et que Fred apprend à Laurence qu'à l'époque où il est « sorti du placard », elle était enceinte de lui et que du coup, elle s'était fait avorter. Leur amour aura duré, avec des pauses, plus de neuf ans.

Laurence s'est finalement fait opérer et a choisi, à quarante ans, de « descendre la pente » en tant que femme, comme déclaré à une journaliste qui l'interviewe à l'occasion de la sortie du roman autobiographique qu'elle (anciennement il) vient de publier.
Quelque temps après, depuis une terrasse voisine de la sienne, un tout jeune homme lui dit « Bonjour Madame » et lui fait comprendre naïvement qu'il vient de tomber amoureux d'elle. Le visage de Laurence, pour la toute première fois du film, fait comprendre qu'elle est heureuse (flattée, amusée…) de plaire à un homme.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Melvil Poupaud tient le rôle principal.

Production[modifier | modifier le code]

Melvil Poupaud, qui tient le rôle principal, voit ce film comme un film important dans sa carrière : « Je crois que j’attendais ce grand rôle depuis longtemps en fait, ça m’a reboosté, ça m’a redonné de l’énergie pour tourner avec d’autres cinéastes[2]. »

Accueil[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Après la projection au festival de Cannes, le critique de cinéma Olivier Père juge le film enthousiasmant[3]. Sur Slate.fr, Jean-Michel Frodon regrette que le film n'ait pas été sélectionné en compétition officielle[4]. Julien Gester dans le journal Libération considère Laurence Anyways comme le plus beau film de Xavier Dolan[5]. Le critique Durendal affirme au cours de plusieurs de ses vidéos que Laurence Anyways est le film l'ayant le plus subjugué au cours de sa vie.[réf. nécessaire]

Box office[modifier | modifier le code]

Laurence Anyways réalise 104 872 entrées en France après trois semaines d'exploitation en salles[6].

Controverse[modifier | modifier le code]

À l’occasion du Festival de Cannes 2012, Xavier Dolan s’est vu remettre la Queer Palm, un prix distingué pour les films altersexuels. Le jeune réalisateur a refusé cet honneur, la percevant comme un marqueur d’exclusion.

« Que de tels prix existent me dégoûte. Quel progrès y a-t-il à décerner des récompenses aussi "ghetoïsantes", aussi "ostracisantes", qui clament que les films tournés par des gays sont des films gays ? On divise avec ces catégories. On fragmente le monde en petites communautés étanches. La Queer Palm, je ne suis pas allé la chercher. Ils veulent toujours me la remettre. Jamais ! L'homosexualité, il peut y en avoir dans mes films comme il peut ne pas y en avoir[7]. »

Ces propos confiés à Télérama en 2014 ont déclenché une polémique dans plusieurs médias internationaux. Selon lui, cette récompense impose une étiquette à Laurence Anyways; un film sur l'amour, la liberté et le progrès. « Certains prétendent que la transsexualité serait le dernier tabou. Mais le vrai sujet du film ne serait-il pas plutôt la réinvention de l’amour après la transformation du genre ? Car si la thématique identitaire est encore présente chez Dolan, ce n’est pas le cas de la question homosexuelle[8] ». En ce sens, ce film soulèverait le questionnement universel du flottement identitaire. Ce refus d'accepter la Queer Palm a pour but d’empêcher la catégorisation systématique des films gays et lesbiens.

En contrepartie, de nombreux membres de la communauté LGBT furent profondément choqués par les propos de Xavier Dolan. Selon Romain Vallet, rédacteur en chef du mensuel lyonnais Hétéroclite, l’opinion du réalisateur est très tranchée : « Est-il vraiment nécessaire de reprendre ainsi le vocabulaire des pires homophobes? Qu’est-ce, au juste, qui justifierait une répulsion aussi viscérale ? »[9]. Ce questionnement démontre la colère de certains membres de la communauté LGBT: on ne comprend pas ce rejet catégorique pour la remise d'un prix et encore moins cette répulsion "viscérale".

En octobre 2014, Xavier Dolan se rend sur le plateau d’On n'est pas couché, une émission diffusée par France 2 pour la promotion de Mommy. Questionné sur la polémique, il explique son point de vue sur la culture queer:

« En 2014, après des décennies de combats pour l'égalité, pour avoir davantage de droits, davantage de visibilité, davantage de liberté individuelle, qu'on nous reconnaisse comme une communauté, qu’on écrase ces tabous-là, qu’on démystifie des a priori, qu'on éduque les gens sur ce qu’est l’homosexualité ; je pense que de souligner, à grand trait de marqueur épais, les cinéastes qui - surtout pour un film comme J’ai tué ma mère, où on parle d’un personnage homosexuel de la même manière dont on parle d’un personnage qui serait défini par une religion, une race, quelque chose donc que moi, je considère cinématographiquement parlant, de secondaires. On parle ici de l’amour maternel, de l’amour filial. Ce n’est pas un film sur ce sujet. Et le fait que la Queer Palm existe pour récompenser des films de la communauté homosexuelle, je n’ai aucun problème avec ça. Ce qui moi me gêne, c’est qu’une autre communauté, qui chercherait à accéder à ce cinéma-là, qui pourrait être tentée, qui pourrait se dire curieuse d’en savoir plus, d’en découvrir, puisse trouver rédhibitoire une enseigne comme ça, un libellé, qui rive encore le clou, et qui dit: « film gay », ou « film LGBT », ou « film queer ». […] J’aimerais comprendre en ce moment en quoi une récompense comme ça aujourd'hui est utile. Ça m’énerve car je m’attaque à une communauté bienveillante. [Ces récompenses] renforcent la muraille autour de la communauté gay, elle empêche la communauté hétérosexuelle et les autres communautés, et pourquoi même parler de communauté ? […] C’est ça qui m’énerve[10] ».
-Xavier Dolan

Cette explication permet de comprendre que l'attribution de certains prix tend à séculariser les œuvres dites « marginales ». La volonté esthétique de Xavier Dolan est de dénoncer une isolation de la communauté LGBT.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nomination[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il remplace Louis Garrel qui était initialement prévu.
  2. « Melvil Poupaud dans Laurence Anyways : « J’attendais ce grand rôle depuis longtemps » », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne)
  3. Olivier Père, « Cannes 2012 Day 4 : Paradies : Liebe d'Ulrich Seidl (Sélection officielle, en compétition) ; Laurence Anyways de Xavier Dolan (Sélection officielle, Un Certain Regard) », Blog d'Olivier Père,‎ (lire en ligne)
  4. Jean-Michel Frodon, « Cannes 2012: Beautés asiatiques et tornade québécoise », Slate.fr,‎ (lire en ligne)
  5. Julien Gester, « Homme à femme », Libération,‎ (lire en ligne)
  6. « Laurence Anyways » (consulté le 11 août 2012)
  7. Sandrine Marques, « Polémique autour des propos de Xavier Dolan, « dégoûté » par les prix récompensant les films gays" », Le Monde,‎ , p.12
  8. Zoé Protat, « Ecce Homo », Ciné-Bulles, no 30,‎ , p.16-17
  9. Romain Vallet, « Queer Palm: Les propos de Xavier Dolan sont consternants », sur www.yagg.fr,‎
  10. Laurent Ruquier, « "Xavier Dolan & Anne Dorval "Mommy" - On n'est pas couché 4 octobre 2014 #ONPC" », sur www.youtube.com, France 2,‎
  11. a et b « Laurence Anyways doublement primé au Festival de Cabourg », Le Devoir,‎ (lire en ligne)
  12. Odile Tremblay, « Le Festival de Toronto couronne Xavier Dolan : Laurence Anyways, meilleur film canadien », Le Devoir,‎ (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]