Croix basque

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Croix basque ou Lauburu

La croix basque, ou lauburu en basque, est une croix formée par quatre virgules, chaque virgule étant constituée de trois demi-cercles (un premier haut de demi-cercle suivi d'un bas de demi-cercle, plus un deuxième bas de demi-cercle, deux fois plus grand, au bas des deux autres et les reliant).

Étymologie[modifier | modifier le code]

La terminologie croix basque est récente[1]. Durant la première moitié du XXe siècle, les chercheurs parlaient de turbine (Alfredo Baeschlin[2]), d'hélice (Frankowski), de signe oviphile (Louis Colas), de svastika (P. Vovard), svastika courbé[3] ou de croix à virgules (Philippe Veyrin[4],[5]).

Ce n'est que depuis les années 1950 que le lauburu prit son nom basque définitif et devint un symbole identitaire fort du Pays basque[1].

En basque, lau signifie quatre et buru tête.

Localisation et dispersion[modifier | modifier le code]

Même si ce symbole est très présent dans le Pays basque français et espagnol (partie nord de la Navarre, ainsi qu'en Biscaye, Alava et Guipuscoa[1]) et tout au long de la chaîne des Pyrénées, on le retrouve également en Alsace[1], gravé sur des maisons datant de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.

Dans le Pays basque français, le symbole est le plus fréquemment représenté en Basse-Navarre[6].

Origines[modifier | modifier le code]

Les origines et la symbolique de cette représentation ont suscité de nombreuses recherches et hypothèses, parfois contradictoires, qui ne débouchent, encore aujourd'hui, sur aucune certitude. On ne connait pas les raisons qui amenèrent les Basques à utiliser ce symbole, et à l'exposer sur leurs maisons et leurs stèles funéraires. On ne peut émettre que des hypothèses, biaisées par notre environnement, notre savoir et notre sensibilité d'aujourd'hui[1].

Notons tout d'abord qu'on ne connait pas, au Pays basque, de représentation de lauburu antérieure à la fin du XVIe siècle, la plus ancienne authentifiée étant celle d'une maison de La Bastide-Clairence, datée de 1560[1]. Il est vraisemblable que des croix basques plus anciennes aient existé, mais les graveurs ne dataient pas systématiquement leurs œuvres, qui, d'ailleurs, ont pu être perdues ou sculptées sur des supports qui n'ont pas résisté au temps (peinture extérieure ou gravure sur bois).

L'hypothèse indo-européenne[modifier | modifier le code]

Rien n'étaye, dans l'histoire du Pays basque connue aujourd'hui, l'hypothèse d'une introduction au cours du Moyen Âge par des voyageurs ou des populations migrantes d'origine indo-européenne (comme les Tsiganes)[1].

L'hypothèse locale[modifier | modifier le code]

Est-il possible que la croix basque soit apparue spontanément au Pays basque soit sur l'impulsion des bâtisseurs et compagnons de l'époque, soit avec le soutien du clergé ou du pouvoir central ? Là encore, la documentation historique fait défaut[1].

La recherche sur la symbolique originelle laisse entrevoir quelques hypothèses, qui amènent parfois à une période précédant la christianisation de la contrée, qui fut longue et chaotique, étant donnée la configuration encaissée du relief pyrénéen et conservatrice des populations rurales. Camille Jullian[7] désigne les XVe et XVIe siècles comme le début de la période à laquelle le catholicisme s'est imposé au Pays basque. La nouvelle religion aurait alors amplifié l'utilisation d'un symbole plus ancien.

Suivant les auteurs, le symbole fait initialement référence au cycle de la vie, à la rotation du soleil, du ciel et de la terre, qui sont des hypothèses d'une création préalable à la christianisation. La croix finale, à quatre virgules, reconnue aujourd'hui, milite pour une symbolique soutenue par l'Église[1].

Graphisme[modifier | modifier le code]

Svastika[modifier | modifier le code]

Le svastika est un symbole religieux que l'on retrouve de l'Europe à l'Océanie, apparaissant dès l'époque néolithique. On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant la forme d'un gamma grec en capitale (Γ), d'où son autre appellation de croix gammée. Ce symbole est notamment utilisé en Orient dans la symbolique jaïne, hindoue et bouddhique, en Chine pour symboliser l'éternité.

La forme rectiligne du svastika semble s'opposer aux formes rondes du lauburu, bien que certains auteurs (comme Camille Jullian[7]) voient en le svastika une parenté évidente.

Le svastika est un symbole utilisé, bien que rarement, au Pays basque durant les années 1930 par les nationalistes espagnols[1], et abandonné dès la montée du nazisme.

Ascain, stèle svastika datant de 1876
Sens de rotation opposés à Armendarits
Lauburu à huit virgules sur une stèle funéraire de l’église d’Iholdy

La croix basque depuis le XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Le lauburu est un arrangement de virgules, tournées vers la droite, ou vers la gauche, sans que l'on connaisse la symbolisation attachée à ces sens de rotation différents. Parfois d'ailleurs, les virgules d'un même lauburu peuvent avoir des orientations différentes.

On connaît des lauburus à deux virgules (Irissarry, 1734), à trois (Irissarry, 1883), quatre et jusqu'à neuf éléments (cinq virgules datées de 1804 à Juxue, six à Armendarits sur un cartouche de 1778, huit à Iholdy, neuf sur un linteau de Lantabat daté de 1742). Cette diversité milite pour une origine symbolique solaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Gérard Moutche, Que disent les maisons basques ?, Atlantica 2010 (ISBN 978 2 7588 0177 1), pages 154 à 161.
  2. Alfredo Baeschlin : architecte suisse à qui on doit la construction en 1920, d'Ajuria Enea, palais à Vitoria-Gasteiz (Espagne) qui constitue la résidence officielle du président du gouvernement basque
  3. Philippe Veyrin, Le svastika courbé et autres motifs virguloïdes dans l'art populaire basque, 7e congrès d'études basque, Biarritz, 1948
  4. Philippe Veyrin, Les Basques, Arthaud 1975 (ISBN 2 7003 0038 6).
  5. Philippe Veyrin, La croix à virgules dite croix basque, bulletin du musée basque de Bayonne, n°11, 1936
  6. Gérard Moutche indique que la part relative du nombre de crois basques gravées sur les linteaux de portes et fenêtres est de 69 % pour la Basse-Navarre, 23 % pour le Labourd et 8 % pour la Soule
  7. a et b Cité par Gérard Moutche, Que disent les maisons basques ?, Éditions Atlantica - avril 2010 (ISBN 978 2 7588 0177 1), pages 155 et 156

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Moutche, Que disent les maisons basques ?, Éditions Atlantica - avril 2010 (ISBN 978 2 7588 0177 1).