Latin contemporain

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L’expression latin contemporain, appelé naguère latin moderne ou latin vivant, se rapporte à l’utilisation contemporaine du latin. La période du latin contemporain succède à celle du néolatin. Remarquons ici que l'expression néolatin ne désigne pas une langue, mais une période dans l'histoire de la langue latine, le latin de l'époque néolatine étant la langue classique normative.

L'usage littéraire du latin[modifier | modifier le code]

Des milliers de livres[évasif] étaient encore imprimés en latin à la fin du XIXe siècle dans de nombreux domaines. Le latin s'est encore maintenu au XXe siècle comme langue littéraire chez de nombreux lettrés européens[évasif].[non neutre]

Encore à la la fin du XIXe siècle, divers périodiques scientifiques ou littéraires étaient encore publiés en latin, comme la revue Vox Urbis: de litteris et bonis artibus commentarius[1], publiée deux fois par mois par l'architecte et ingénieur Aristide Leonori entre 1898 et 1913.

L'opposition au latin[modifier | modifier le code]

À côté d'inconditionnels adeptes du maintien de l'usage du latin, il ne faut pas négliger l'existence d'un courant culturel opposé à son maintien.

Par exemple, en France en 1933, Régis Messac critiquait l'enseignement du latin dans son célèbre pamphlet À bas le latin !. Plus récemment, Françoise Waquet, dans son livre Le latin ou l'empire d'un signe (1998)[2] donnait une analyse critique de la place du latin dans l'enseignement.

Usage du latin dans la vie courante : quelques survivances anecdotiques[modifier | modifier le code]

À côté de cela, au début du XXe siècle, en dehors du monde littéraire latin, cette langue est restée utilisée dans des domaines techniques très spécifiques (comme la botanique), mais où il se limite à la nomenclature. Dans d'autres domaines (anatomie, droit), où le latin a été historiquement très largement utilisé, il a survécu dans des phrases techniques et dans la terminologie.

Au XIXe siècle, le latin était également parfois utilisé dans le but de dissimuler certains passages de livres lors de leur lecture par des enfants, des personnes de classes inférieures ou des femmes. De tels passages apparaissent dans des traductions anglaises de textes d'autres langues, ainsi que dans des travaux sur le folklore, l'anthropologie, la psychologie, par exemple dans la traduction anglaise de Psychopathia Sexualis de Richard von Krafft-Ebing (1886).

Émergence du latin contemporain[modifier | modifier le code]

La signalisation du métro de Wallsend est écrite en anglais et en latin.

Peu après la Seconde Guerre mondiale, le mouvement du latin contemporain reprend de la vigueur, dans le contexte de la construction européenne.

L'idée du « latin vivant » est à nouveau lancée en 1952 par le normalien et ingénieur français Jean Capelle, ancien recteur de l’Université de Nancy qui publie, dans le Bulletin de l’Éducation Nationale du 23 octobre 1952, un article intitulé Le latin ou Babel[3] où il propose le retour au latin. Devant le succès de son article, Jean Capelle réunit en septembre 1956 le premier Congrès International pour le latin vivant à Avignon, où se rencontrent près de deux cents participants issus de vingt-deux nations. À une époque où l'usage de l'anglais commence à s'imposer de plus en plus dans le monde, cette initiative, qui paraît anachronique et sembler aller à contre-courant, à défaut d'encouragement s'essouffle rapidement en France.

D'autres périodiques continuent d'être publiés en latin au cours du XXe siècle. En France, suite au congrès d'Avignon, l’éditeur avignonnais Théodore Aubanel publie la revue de Vita Latina. En Allemagne, le périodique Vox Latina est publié par Cælestis Eichenseer de l'université de Sarrebruck à partir de 1965. En Belgique, Melissa est publié, à Bruxelles depuis 1984 par Gaius (Guy) Licoppe, un médecin radiologue. En 2009 est publié par Generation Europe Foundation le Diarium Europa, journal de classe européenne totalement rédigé en latin et distribué dans l'Europe entière.

La promotion de l'usage contemporain du latin est assurée par des sociétés savantes et des écoles.

En 1995 est fondée en Brabant wallon (Belgique) l'école internationale « Schola Nova », qui utilise le latin comme langue européenne de communication. En Italie, l’Academia Latinitati Fovendae organise à Rome, en 1966, un congrès international auquel prennent part près de cinq cents participants. D'autres congrès ont suivi : en Finlande, en Espagne, etc. D'ailleurs, en Finlande la radio nationale donne une émission en latin Nuntii Latini.

En Italie également, l'Accademia Vivarium Novum fondée et dirigée d'abord à Naples puis à Rome par Luigi Miraglia reçoit des jeunes du monde entier pour des séjours d'un an et plus. Ces jeunes n'y parlent que le latin et le grec ancien. De plus cette Académie a déjà organisé non seulement en Italie, mais aussi en Hongrie, des congrès internationaux de plusieurs centaines de participants et dont les nombreux conférenciers ne s'expriment qu'en latin.

En France, le Cercle latin de Paris (la) (Circulus Lutetiensis) promeut l'usage du latin. Aux États-Unis, Terence Tunberg, professeur de lettres classiques à l’Université du Kentucky à Lexington, a un grand rôle dans la promotion du latin.

La prononciation du latin contemporain suit une reconstruction effectuée par des spécialistes comme Edgar H. Sturtevant (The Pronunciation of Greek and Latin, Chicago Ares Publishers Inc. 1940) et W. Sidney Allen (Vox Latina, A Guide to the Pronunciation of Classical Latin, Cambridge University Press 1965), dont les travaux sont inspirés de ceux qu'avait entrepris Érasme avec De recta Latini Græcique sermonis pronuntiatione dialogus et Alcuin avec De orthographia.

Poésie néo-latine[modifier | modifier le code]

Depuis la Renaissance, la tradition de la poésie latine ne s'est jamais éteinte chez les lettrés et les érudits européens[4] et jusqu'à nos jours[5] il y a une suite ininterrompue de poètes latins. Il existe ainsi toujours toute une littérature latine contemporaine comprenant des poètes tels que Arrius Nurus, Geneviève Immè, Alanus Divutius, Anna Elissa Radke, Ianus Novak, Thomas Pekkanen, Arituneus Mizuno ou Michael Pratensis Oirschotanus.

Comme l'écrit Joseph Ijsewijn, la France, d’Ausone à Santeul ou au cardinal de Polignac, a été l'une des terres les plus fécondes en écrivains et poètes latins, de telle sorte qu’il y régnait dans le monde cultivé une véritable diglossie latin-français jusqu’à une époque relativement récente[6].

Traductions en latin contemporain[modifier | modifier le code]

Plusieurs textes - notamment des livres pour enfants - ont été traduits en latin contemporain, parmi lesquels (titre original entre parenthèses) :

Une liste plus complète de traductions en latin contemporain est disponible dans Vicipaedia (la version latine de Wikipédia).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Volfgangus Jenniges, Vox Urbis (1898-1913) quid sibi proposuerit, Melissa, 139 (2007) p. 8-11.
  2. Françoise Waquet, Le latin ou l'empire d'un signe, XVIe-XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1998.
  3. Une version anglaise du texte fut publiée dans The Classical Journal et signée par lui et Thomas H. Quigley (The Classical Journal, Vol. 49, No. 1, October 1953, pp. 37-40)
  4. Dirk Sacré, "An Heir to Joseph Addison : Théodule Paillard-Fernel", dans : Camenae, n° 16, janvier 2014, p. 34-35 : "The periodical did not suffer from a shortage of new Latin poems (Apis Romana sive menstrua litterarum Latinarum collectanea e scriptis tum nostrae aetatis tum superioris aevi excerpta, Novae seriei, Parisiis, Ern. Thorin, 1868, t. III, 379-380 : « À nos abonnés » : « La poésie latine a continué à abonder, ce qui nous a dispensés de puiser aux sources antérieures autant que nous en avions le projet et que nous le permettait une collection assez bien fournie de poëtes latins modernes »)"
  5. LA POÉSIE NÉO-LATINE DU XIXe SIÈCLE À NOS JOURS, sous la direction de Romain Jalabert, Camenae, Paris-Sorbonne, n° 16.
  6. Lire: Jozef Ijsewijn, Companion to Neo-Latin Studies, Amsterdam-New York - Oxford, 1977, p. 89: "To the north of the Alps France is certainly one of the most important province of Neo-Latin....France had maintained the lofty traditions of the Middles Ages and was the homeland of a large number of the best Latin writers from the time of Gregory of Tours to the time of Bernard of Clairvaux, Hildebert de Lavardin and so many others. France continued maintaining these traditions during the modern era : throughout the sixteenth and seventeeth century literature in France was virtually bilingual. ...In fact it was not until after the French Revolution that Latin died out.
  7. Asterix en latin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Clément Desessard, Le latin sans peine, Assimil (ISBN 2-7005-0021-0)
  • Jacques Gaillard et Anne Debarède, Urbi, orbi, etc... Le latin est partout, Paris, Plon, 2000.
  • Joseph Ijsewijn, A companion to neo-latin studies, 1977
  • Guy Licoppe, Pourquoi le latin aujourd'hui ? : (Cur adhuc discenda sit lingua Latina), s.l., 1989
  • Guy Licoppe, Le latin et le politique : les avatars du latin à travers les âges, Bruxelles, 2003.
  • Cesare Paperini, Impara a parlare e a scrivere nella lingua latina, Torino, Società Editrice Internazionale, 1953.
  • Wilfried Stroh, Le latin est mort, vive le latin! Petite histoire d'une grande langue, Paris, Les Belles Lettres, 2008.
  • Françoise Waquet, Le latin ou l'empire d'un signe, XVIe-XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1998.
  • Cécilia Suzzoni et Hubert Aupetit (sous la direction de ): "Sans le latin...",Mille et une nuits, Paris, avril 2012

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Revues et organismes cités dans le texte :