Lathyrisme

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Le lathyrisme est une intoxication provoquée par la consommation de pois du genre Lathyrus (auquel appartient le pois de senteur), notamment l'espèce Lathyrus sativus (gesse commune ou pois carré, Grass pea en anglais, Khesari Dhal ou Almorta en espagnol) et dans un degré moindre les espèces Lathyrus cicera, Lathyrus ochrus et Lathyrus clymenum[1].

Il s'agit d'une maladie neurologique que l'on peut rencontrer chez l'homme comme chez les animaux.

Symptômes[modifier | modifier le code]

La maladie est due à la présence à l'intérieur des graines d'une substance neurotoxique : l'acide béta-oxalyl-L-alpha,béta-diaminopropionique (ou ODAP) qui agit comme un analogue structurel du neurotransmetteur glutamate.
Plus les personnes mangent de grandes quantités de graines de Lathyrus, plus elles sont atteintes par une paralysie caractérisée par un manque de force ou une incapacité à bouger les membres inférieurs.

Prévalence[modifier | modifier le code]

La maladie a une prévalence dans certaines régions du Bangladesh, d'Éthiopie, d'Inde et du Népal[2] où la culture de certaines espèces de Lathyrus est pratiquée.
Elle affecte plus d'hommes que de femmes. La raison de ce fait n'est pas claire, les hormones femelles ont été suggérées pour offrir une certaine mesure de protection, mais d'autres raisons telles que la moindre allocation de nourriture ou une activité moins génératrice de stress oxydatif sont également plausibles.

Prévention[modifier | modifier le code]

Des recherches récentes suggèrent que les acides aminés soufrés ont un effet protecteur contre la toxicité de l'ODAP[3].

La façon de préparer la nourriture est également un facteur important. Les acides aminés toxiques sont solubles dans l'eau et peuvent être éliminés par rinçage. Les fermentations bactériennes (fermentation lactique) et fongiques (tempeh) peuvent être utiles pour réduire la quantité d'ODAP. La chaleur humide (ébullition, cuisson à la vapeur) dénature les inhibiteurs de protéases qui sinon ajoutent un effet toxique au pois consommé cru par le biais d'une déplétion en acides aminés soufrés protecteurs.

La cause sous-jacente de la consommation excessive de pois de Lathyrus est le manque de sources de nourriture alternative. C'est une conséquence de la pauvreté et des conflits politiques. La prévention du lathyrisme est alors un défi socio-économique.

Occurrence historique[modifier | modifier le code]

Effet du lathyrisme peint par Goya

Pendant la période succédant à la guerre civile espagnole, sous Franco, durant l'isolement du pays, il y eut plusieurs épisodes de lathyrisme, causés par le manque de nourriture, qui conduisit le peuple à consommer des quantités excessives de farine d'Almorta[4].

Il y avait eu un précédent durant la Guerre d'indépendance espagnole, contre Napoléon, à Madrid. Cet évènement fut le sujet d'un des tableaux de Francisco de Goya ayant été intitulé Gracias a la Almorta (« Merci à la farine d'Almorta »), et dépeignant des victimes du lathyrisme.

Dans le film Cendres (polonais Popioly, 1965) de Andrzej Wajda, basé sur le roman Lost army (titre anglais) de Stephen Zeromsky qui recouvre la période 1798-1812, un cheval est empoisonné par du grain provenant d'un village espagnol. Il perd le contrôle de ses membres, ce qui suggère qu'il a été nourri avec de l'Almorta. La scène où il tombe d'une falaise est très esthétique.

Occurrence moderne[modifier | modifier le code]

En Espagne, un mélange de graines connu sous le nom de comuña[5] consistant de Lathyrus sativus, L. cicera, Vicia sativa et V. ervilia est une source potentielle d'acides aminés toxiques susceptibles d'empoisonner les animaux monogastriques. En particulier la toxine appelée béta-cyanoalanine tirée des graines de Vicia sativa augmente la toxicité d'un tel mélange par le biais de son inhibition du métabolisme des acides aminés soufrés (conversion de la méthionine en cystéine menant à l'excrétion de cystathionine dans les urines) et la déplétion en thiols réduits protecteurs. L'usage de la comuña pour nourrir les moutons ne pose pas de problème de lathyrisme si la dose n'excède pas 50 % de la ration[6].

Maladies liées[modifier | modifier le code]

Une maladie liée au lathyrisme a été identifiée et appelée ostéolathyrisme. Elle est causée par la toxine appelée béta-amino-propionitrile (BAPN) et affecte les os et les tissus conjonctifs, à la place du système nerveux. C'est un désordre du squelette caractérisé par des hernies, un anévrisme aortique, des exostoses, des cyphoses-scolioses du type du syndrome d'Ehlers-Danlos et d'autres déformations squelettiques, apparemment résultats d'un vieillissement défectueux du tissu conjonctif au collagène. La cause de cette maladie est attribuée au béta-aminopropionitrile (BAPN), qui inhibe l'enzyme lysyl oxydase, contenant du cuivre et responsable de l'intercroisement du procollagène et de la proélastine. Le BAPN est également un produit métabolique d'un composé présent dans les germinations de Lathyrus, pois et lentilles[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.itg.be/itg/DistanceLearning/LectureNotesVandenEndenE/47_Medical_problems_caused_by_plantsp11.htm "Medical problems caused by plants: Lathyrism" at Prince Leopold Institute of Tropical Medicine online database
  2. (en) P.S. Spencer, A.C. Ludolph et G.E. Kisby, « Neurologic diseases associated with use of plant components with toxic potential », Environmental Research, vol. 62, no 1,‎ juillet 1993, p. 106-13 (ISSN 0013-9351, lien PubMed?).
  3. (en) Sriram K. Shankar S.K. Boyd M.R. Ravindranath V. (1998) Thiol Oxidation and Loss of Mitochondrial Complex I Precede Excitatory Amino Acid-Mediated Neurodegeneration. The Journal of Neuroscience, 18(24):10287–96.
  4. http://www.historiacocina.com/gourmets/venenos/almortas.htm AZCOYTIA, Carlos (2006): "Historia de la Almorta or el veneno que llegó con el hambre tras la Guerra Civil Española". HistoriaCocina
  5. L'origine étymologique de ce nom vient de "común" (commun) dans son sens de mélange, en référence au mélange de graines que l'on obtient après avoir néttoyé le grain de la récolte principale, généralement du blé.
  6. Neglected crops 1492 from a different perspective, url=http://www.fao.org/docrep/t0646e/T0646E0q.htm, par J.E. Hernández Bermejo & J. León chez Food and Agriculture Organization of the United Nations, Rome, 1994, ISBN 92-5-103217-3
  7. COHN, D.F. (1995) "Are other systems apart from the nervous system involved in human lathyrism?" in Lathyrus sativus and Human Lathyrism: Progress and Prospects. Ed. Yusuf H, Lambein F. University of Dhaka. Dhaka pp. 101-2.

Liens externes[modifier | modifier le code]