Langues karens

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Les langues karens ou karènes[1] (également appelées langues karéniques pour y inclure les langues karènes proprement dires) sont parlées principalement en Birmanie (Myanmar), et, dans une moindre mesure, en Thaïlande par environ quatre millions de personnes. Elles constituent une sous-branche de la branche birmane dans la famille tibéto-birmane, qui fait partie elle-même du groupe des langues sino-tibétaines. Quatre langues prédominent par ordre d'importance : le karène sgaw, la plus répandue, le karène pwo, le kayah et le karène pa-o, à l'intérieur desquelles peuvent exister des dialectes plus ou moins différenciés (c'est le cas du karène pwo oriental et du karène pwo occidental, et du kayah oriental et du kayah occidental ou kayah li).

Les Karens en Birmanie.

Localisation[modifier | modifier le code]

Ces langues sont parlées principalement dans quatre régions :

  • Le delta de l'Irrawaddy en Birmanie (Myanmar) pour le karène sgaw et le karène pwo occidental, en particulier dans la région de Pa Thein (Bassein).
  • Dans les Monts Yama en Birmanie (Myanmar), Division de Pégou (Bago) entre les cours de l'Irrawaddy et du Sittang pour le karène sgaw.
  • Les États Kayah et Karen (Kayin) où prédominent le kayah (li) dans le premier, le karène sgaw et le karène pwo dans le second. Il faut ajouter, plus au Nord, le Sud-Ouest de l'État Shan où sont parlés le karène pa-o (ou taungthu) et le padaung.
  • Toute la zone frontalière Birmanie-Thaïlande du Nord au Sud : de l'État Kayah à la Division du Tenasserim (Tanintharyi), côté birman ; de la province de Chiang Rai à celle du Tak pour le karène sgaw, de la province du Tak à celle de Prachuap Khiri Khan pour le karène pwo, côté thaïlandais.

Classement et apparentements[modifier | modifier le code]

Leur rattachement à la branche tibéto-birmane a été contestée du fait de leur structure syntaxique SVC (sujet - verbe - complément), à l'exception du baï, notoirement influencé par le chinois. Mais ce débat est clos depuis les travaux de Luces et de Jones R.B., cette caractéristique n'étant plus tenue pour essentielle en linguistique et s'expliquant en l'occurrence par l'environnement linguistique môn ou Thaï des langues karéniques.

Cependant, l'expression « famille sino-tibétaine » est encore contestée non pas sur la structure syntaxique mais sur le modèle de formation lexical des langues karéniques et tibétaines, qui sont agglutinantes comme le mongol ou le japonais, alors que les langues sinétiques et thaïes utilisent un processus lexical isolant monosyllabique. Si cette hypothèse est retenue, les langues karéniques, birmanes occidentales et tibétaines formeraient une sous-famille « tibéto-birmanes », séparée de la sous-famille « sino-thaïe » où se classeraient les autres langues chinoises, thaïes et les langues birmanes orientales comme le baï, proches du thaï et du mandarin, à l'exceptions des langues minoritaires Langues môn-khmères du sud de la Birmanie, déjà classées à part de la famille sino-tibétaine.

On distingue généralement quatre sous-branches constituées par :

  • le karène « standard» (ou karène sgaw), parlé par les Karènes sgaw (ou Paganyaw)
  • le karène pwo (subdivisé en pwo occidental et pwo oriental), parlé par les Karènes « blancs » (ou Karènes pwo),
  • le pa-o (ou taung thu), parlé par les Karènes « noirs » (ou Karènes pa-o), et
  • le kayah (subdivisé en kayah occidental ou kayah li du côté birman, et en kayah oriental, variété peut-être disparue aujourd'hui) parlé par les Karènes « rouges » (ou Karennis),

le bwe étant parfois considéré comme la quatrième sous-branche dont le kayah ne serait qu'un rameau [2]. Il existe bien d'autres parlers[3] aux locuteurs peu nombreux dont on ignore s'il s'agit de variantes dialectales ou de langues différentes, le risque étant de confondre langue et ethnonyme. Les langues karéniques n'ont guère été étudiées avant les années soixante[4], et aujourd'hui encore certaines d'entre elles, comme le pa-o sont mal connues ; il est donc impossible d'en établir une classification et encore moins un arbre généalogique définitifs [5].

Leur diversité est assez marquée pour compliquer l'incompréhension entre plusieurs d'entre elles. C'est le cas, par exemple entre le pwo occidental et le pwo oriental : la dispersion géographique, l'absence d'organisation politique supra-villageoise, les obstacles historiques à la constitution d'une unité nationale karène, ont empêché l'émergence d'une langue pwo unifiée, phénomène caractéristique de bien des minorités ethniques. Néanmoins le karène sgaw, parce qu'il est la langue de la majorité des Karènes chrétiens et de ceux engagés dès le début du XXe siècle dans les organisations nationalistes est celle dans laquelle la « nation karène » s'exprime, combat, défend sa culture. Un hymne national, un texte sur le drapeau karène[6] ont été écrits en karène sgaw. Il existe plusieurs sites web[7].

Alors que les structures syntaxiques sont le plus souvent identiques, les différences sont surtout d'ordre phonétique ; le karène pwo présente ainsi des voyelles et diphtongues nasales qui n'existent pas ailleurs[8].

Caractéristiques communes[modifier | modifier le code]

Phonologie[modifier | modifier le code]

  • Comme la plupart des langues sino-tibétaines, elles sont tonales, isolantes et originellement monosyllabiques : une syllabe correspond le plus souvent à un morphème.
  • La structure de la syllabe est la suivante : C¹(C²)V T (consonne, voyelle, ton). S'il existe deux consonnes groupées à l'initiale, la seconde ne peut être que [w], [l], [ɣ], [r], [j]. La voyelle peut être une nasale en Pwo, mais pas en Sgaw.
  • Elles présentent une relative richesse vocalique : neuf voyelles en Sgaw, une quinzaine de voyelles et diphtongues en Pwo ( à cause des nasales).
  • Elles ont une série d'occlusives sourdes aspirées notées ici : « hp » - « ht » - « htch » - « hk »

ainsi qu'une interdentale sourde [θ] (le phonème écrit th en Anglais), un arrêt glottal « ? », un « r » non roulé /ɣ/ ou /ʁ/ et un « R » roulé [r].

Les tableaux suivants présentent en caractères gras les phonèmes communs à différentes langues karéniques : le Sgaw de Bassein, Moulmein (Birmanie) et Massariang (Thailande, Province de Tak), le Western Pwo de Bassein et Kyonbaw, l'Eastern Pwo de Moulmein, Tavoy et Hpa-An, le Taungthu ou Pa-O, le Kayah-li ou Karenni des environs de Mae Hong Son (Thailande, Province du Tak) ; les autres phonèmes sont propres à certains de ces parlers[9];


Consonnes[modifier | modifier le code]

  Labiales Dentales Alveolaires Post-alvéol. Palatales Vélaires Glottales
Nasales m n     ɲ ŋ  
Occlusives sourdes p   t     k  ?
sonores b et ɓ 1   d / ɗ 1        
aspirées        
Affriquées non aspirées         c2    
aspirées         2    
Fricatives sourdes   θ3 s ɕ ou ʃ χ4 h
sonores           ɣ4 ou ʁ  
aspirées            
Vibrante       r5      
Latérale       l      
Semi-consonne   w6       j  

1- Implosives. En Western Pwo (dialecte de Kyonbaw), il existe trois occlusives sonores : une injective /b/ et deux implosives /ɓ/ et /ɗ/.
2- Ces affriquées alvéo-palatales peuvent être prononcées respectivement /s/ et /sʰ/ en Eastern Pwo, /k/ et /kʰ/ en Western Sgaw.
3- Cette interdentale sourde /θ/ (identique au th sourd anglais) est présente dans tous les parlers, sauf en Kayah et en Taunthu/Pa-O. Elle est généralement prononcé « s » en Thaïlande.
4- Ces consonnes fricatives vélaires sont présentes dans tous les parlers, sauf en Kayah et en Taunthu/Pa-O.
5- /ɹ/ en Western Pwo ; peut être proche du /l/ en Eastern Pwo et parfois en Taunghtu/Pao.
6- /w/ peut être prononcé/v/ en Kayah, et en Taungthu s'il est en position initiale.
7- /j/ peut être prononcé /ʝ/, /z/, parfois /ʒ/ en Sgaw de Thailande.

Voyelles communes au Sgaw,au Taungthu-Pa-O et au Kayah (Li)[modifier | modifier le code]

Antérieures Centrales Postérieures
Fermées i ɯ1 u
Mi-fermées e o
Moyenne ǝ / ɤ
Mi-ouvertes ε ʌ2 ɔ
Ouverte a

1- Le [ɯ] se prononce comme un [u], mais sans arrondir les lèvres.

2- Seul, le Kayah possède un /ʌ / le u de but en Anglais

À l'exception de ces deux phonème et du ɤ souvent réalisé comme un ə, le « e » de « je », ces voyelles sont identiques à celles du français.

Le Taungthu-Pao possède en outre deux diphtongues /ai/ et /ei/

Voyelles et diphtongues du Pwo[modifier | modifier le code]

Orales Nasales
Antérieures Centrales Postérieures Antérieures Centrales Postérieures
Mono
-phtongues
Fermées i ɨ ɯ u
Mi-fermées e o
Moyenne ǝ / ɤ ɤN oN
Mi-ouvertes ε ɔ
Ouverte a aN
Di
-phtongues
Mi-fermées ei ɤɯ ou eiN ɤɯN ouN
Ouvertes ai au aiN auN


On trouvera une présentation distincte des consonnes et voyelles du Western-Pwo [10] et des consonnes de l'Eastern-Pwo sur ces pages [11].

Tons[modifier | modifier le code]

Les tons varient d'une langue à l'autre et même d'une région à l'autre. Ils se caractérisent le plus souvent par la présence de trois registres : haut, moyen et bas, combinés ou non d'un arrêt glottal  ; le Pa-o a un ton haut descendant ; le Kayah un ton bas descendant. Leur hauteur relative et leur modulation sont variables.

Grammaire[modifier | modifier le code]

 ?ewé / ?aN' / mi_ /bé' /cepaN. /θô_ (E-Pwo)
                ?a_ / ?é / di / hpu' / jépu_ / hu' (Kayah Li)
   lui/ manger /riz /comme /Japonais /comme/
       Il mange le riz comme un Japonais.

  • Le nom est invariable. On ajoute un nom ou un suffixe quand on a besoin de différencier le féminin du masculin : ainsi en Kayah (Li) , des Chinois ; hé mo_, une Chinoise ; hé phé, un Chinois  ; en Sgaw, θ'raˌ, un enseignant, θ'raˌ-myˌ, une enseignante.
  • Il existe une série de classificateurs qui s'emploient obligatoirement avec un nom compté : hto ni dy (cochon/deux/class.animaux), deux cochons (E-Pwo) ; hpô'-θaˌ lwi_ ra (enfant/quatre/class.êtres humains), quatre enfants (Sgaw).
  • Le verbe n'a pas de conjugaisons. Des particules placées devant ou après le verbe expriment diverses modalités:

ye/ ?oˌ mé /wi/li'/ (Sgaw)
    je /manger riz/finir/déjà/
           J'ai déjà mangé

  • Comme d'autres langues foncièrement monosyllabiques, les mots usuels sont formés d'une ou deux syllabes, parfois davantage, deux procédés de formation expliquant l'existence de formes plus longues : dérivation par l'adjonction de suffixes et composition par la réunion de deux nom et verbe ou verbe et nom. Ainsi en Sgaw, pra-chwô-hpô qui signifie élève(s) est composé de pra(classificateur êtres humains), de chwô (école) et de hpô (suffixe pour certaines catégories de personnes).
  • Les langues Karen recourent à la sérialisation verbale :

ye/xwé_/?aN'/kou'/ (Pwo)
je/acheter/manger/gâteau
J'ai acheté un gâteau et l'ai mangé.

Systèmes d'écriture[modifier | modifier le code]

Certains auteurs[12] font état d'une ancienne écriture pratiquée par les Pa-os, dont témoigneraient des manuscrits appartenant à deux ou trois monastères de la région de Hsa-Tung, mais cette écriture est aujourd'hui indéchiffrable, et on ne peut que se montrer réservé devant des affirmations aussi fragiles. Seule est répandue l'écriture du Sgaw et, dans une bien moins grande mesure, du Pwo. Deux systèmes ont été créés au XIXe siècle. L'un appelé monastic script, fondé sur l'écriture môn a été mis au point par les monastères bouddhistes qui continuent à l'enseigner, en particulier dans l'état Karen ; l'autre mission script, fondé sur l'alphabet birman est utilisé par les Pwo de l'ouest et par les Sgaw. Il a été élaboré en 1832 par un missionnaire baptiste américain, le Dr. Jonathan Wade et dès 1841, il est utilisé dans un mensuel lancé par le Dr.Masson, le Hsar Du Ghaw qui ne disparaîtra qu'avec l'invasion japonaise. Un dictionnaire de Sgaw paraît en 1896.

Dans cet Alphasyllabaire dérivé au delà du Birman des anciennes écritures indiennes, des signes diacritiques indiquant voyelle ou diphtongue s'adjoignent aux lettres représentant une consonne, sauf s'il s'agit du a qui est implicite. La syllabe se termine par un caractère analogue à une lettre notant le ton, sauf le ton haut.

Cette écriture prédominante est aujourd'hui largement répandue, pour l'alphabétisation en particulier, dans les camps de réfugiés Karen en Thaïlande ainsi que sur les sites web.

Le Kayah-Li n'a pas d'écriture fixée. Toutefois les missions catholiques ont élaboré une graphie romanisée pour le Western-Kaya et un alphabet original a été élaboré en 1962, qui ne semble utilisé que par le K.N.P.P, l'organisation autonomiste des Karenni.

Le Sgaw Karen[modifier | modifier le code]

Phrases usuelles[modifier | modifier le code]

On peut lire et entendre un certain nombre de mots, expressions et phrases courantes sur ces sites :[9] et [10]

Phonèmes, Tons et Transcription[modifier | modifier le code]

Les tableaux suivants indiquent les phonèmes du Sgaw ; les rares transcriptions proposées sont fondées sur l'Anglais (celle du Drum Publication Group [13] ) ; celle qui est appliquée ici repose dans toute la mesure du possible sur la graphie française, à l'exception du /u/ noté u (le ou du Français) et du /w/ noté w (le w de l'Anglais we).

Consonnes
Phonèmes Trancrip. Phonèmes Transcrip. Phonèmes Transcrip.
p p n n ɲ gn
hp l l k k
b b r R hk
w w1 s s2 χ x
m m hs3 ɣ r
t t c tch ŋ ng
ht htch ? ?
d d ʃ ch h h
θ θ4 j5 y    
Voyelles
Phonèmes Transcrip.
i i
e é
ɛ è
ɯ ü
ə e
a a
u u
o ô
ɔ o

Les phonèmes annotés peuvent être localement réalisés autrement :

1- /v/ = v
2- /c/ = tch
3- = Htch
4- /s/ = s
5- /ʝ/, /z/= z, parfois /ʒ/= j.


Le tableau suivant indique les six tons qui sont notés dans l'écriture et leur valeur dans une sorte de Sgaw standard. La prononciation réelle entraîne des réalisations qui peuvent différer de ces caractéristiques et/ou réduire à cinq le nombre de tons. Les entendre ici[11] Page 5

Tons
Dénomination Caractéristiques Exemples de
Transcriptions
Trad.
(non noté) Haut ?ô' boire
e θi' De bas à très bas mé_ être (copule)
a θi' Bas, écourté par un arrêt glottal so. porter
plé si Entre haut et moyen, interrompu par un arrêt glottal ?ô:(htoˌ) ouvrir
ha:θi'1 Descendant de haut à bas ?oˌ manger
ké pô Moyen, égal et long ?o (non noté) Pr.pers.3ème objet

1- Ce ton n'est pas toujours réalisé et peut se confondre avec un des autres tons, différent selon les régions.

Les constituants de la phrase simple[modifier | modifier le code]

Les pronoms personnels[modifier | modifier le code]

  Sujet Objet
Personnes Forme usuelle Forme tonique 1  
1ère pers. Singulier ye' yè'(-ye) ya
Pluriel pe' pewè'/ pewè'θéˌ
2ème pers. Singulier ne' 2 'nè(-ne) na
Pluriel θü θüwè'/ θüwè'θéˌ θü'
3ème pers. Singulier ?e(wè') 3   ?o
Pluriel ?ewè'θéˌ    ?o / ?ewè'θéˌ

Notes

1 - En début de phrase les pronoms d'insistance peuvent souligner un contraste:

- nè'(-ne) ka' lè a' ( - Et toi, tu viens? ) - yè(ye) ta' lè baˌ ( - Moi, je ne viens pas )

2 - La deuxième personne est parfois utilisée après le verbe dans l'expression de l'ordre :
?ôˌ nè' hpè' néˌ (toi, reste ici)

3- wè', seconde syllabe de ?ewè' est souvent employée après un verbe et devant un objet, s'il y en a un, comme pronom d'insistance renvoyant toujours au sujet :
?ewè' ka' lè wé' sé_ ( Il va venir, lui aussi ) ; li. le θeRaˌ kwè: wé' néˌ né' hpa' ?o a' (Le livre que le professeur a écrit, l'as-tu lu ? )


Remarque

Quand on s'adresse à quelqu'un, le pronom de la 2e personne peut être remplacé par le nom, le titre, la profession de l'interlocuteur, par respect ou familiarité, usage commun aux langues de la région :   θeRaˌ ?ôˌ a' ( Le professeur est-il là ?  pour  êtes-vous là? )


La phrase simple, la négation[modifier | modifier le code]

Le verbe est invariable. L'ajout éventuel de particules et d'autres verbes permet d'exprimer divers aspects ou modalités.

Types d'énoncés minimaux
Injonctive hè' Viens Défense hè' te ré Ne viens pas
Déclarative Présent/Passé ?ewè' hè' Il vient /Il est venu Négative Présent/ Passé/ Futur  ?ewè' te hè' baˌ Il ne vient pas/ Il n'est pas venu
Déclarative/Futur  ?ewè ke' hè' Il viendra Il ne viendra pas
Interrogative globale Présent/ Passé  ?ewè' lè a' Est ce qu'il va / est allé ? Interrogative partielle Présent/ passé  ?ewè' lè hpè'lè' Où va-t-il?
Interrogative globale /Futur  ?ewè' ke'a' Est ce qu'il ira? Interrogative partielle /Futur  ?ewè' ke'hpè'lè' Où ira-t-il?

Remarques : La présence devant le verbe de la particule ka' prononcée /ké/ ou /ke/ permet de distinguer une action ou une situation envisagée. Elle ne peut être employée avec la négation.

Les particules interrogatives[modifier | modifier le code]

Elles s'ajoutent en fin de phrase sans modifier l'ordre de la phrase déclarative correspondante : a' pour est-ce que ? ou un mot se terminant par le suffixe lè' ou lo' (variantes régionales) :

  • ne pa_ mé   metalè'/lo'    Ton père est qui?    Qui est ton père?   (employé aussi dans le sens de quoi? en Thaïlande)
  • ?ewè ma   menülè'/lo'     Il/elle fait quoi?   Que fait-il/elle?
  • tchô  ?ô   hpèlè'/lo'   L'école est-où ?   est l'école
  • θü lè   hsulè'/lo'     Vous allez où ?   allez-vous ?
  • ne hè' ké   lelè'/lo' Tu reviens d'où ?   D'où reviens-tu ?
  • θü hè'tü   hkèlè'/lo'  Vous êtes arrivés quand ?  Quand êtes- vous revenus  ?
  • na mé   dilè'/lo'   Ton nom est comment ?  Comment t'appelles-tu ?
  • θü te ?oˌ mé baˌ   baˌmetalè'/lo'     Vous n'avez pas mangé le riz pourquoi ?   Pourquoi n'avez-vous pas mangé ?
  • ne hpôˌ ?ôˌ   prè ra lè'/lo'   Tes enfants sont combien?  Tu as combien d'enfants ?
  • hsi:   ?a' /  dôˌ   /  yi.   Combien beaucoup/grand/long ? Combien + nom au singulier (d'argent... )

Quelques exemples sonores[12]: cliquer au bas de la page sur Questions I.


Les numéraux[modifier | modifier le code]

0 wa: 6 xü' 20 hki' hsi' 100 te' ke' ya
1 te' 7 nwi' 22 hki' hsi' hki' 133 te' ke' ya θe' hsi' θe'
2 hki' 8 xô: 30 θe' hsi' 1000 te' ke' htô'
3 θe' 9 hkwi' 40 lwi_ hsi' 10.000 te' ke' la'
4 lwi_ 10 te' hsi' 50 yè_ hsi' 100.000 te' ke' lô_
5 yè_ 11 te' hsi' te' 60 xü: hsi' 1.000.000 te' ke' kwè_

Exemple: 25.637     hki' kela' yè_ keya' θe' hsi' nwi_


  • Ordinaux:     te ta' ra (la 1re personne) ; hki' ra ta ra (la 2e personne), et à partir de 10 :  ?e ra te' hsi'

Le groupe nominal[modifier | modifier le code]

Le nom[modifier | modifier le code]

Invariable, il n'a ni genre ni nombre, mais quand la clarté du discours l'impose, il est possible d'ajouter des suffixes :

  • Genre :
  1. Êtres humains: θa ko: (compagnon, sans mention de genre ou masculin)   θa ko:müˌ (compagne)  θa ko:hkwa' (insistance sur le masculin)
  2. Animaux: klo_ (des vaches)  klo_ mô_ (femelle) par opposition à   klo_ hpa' (taureau)
  • Nombre: Il est indiqué exceptionnellement par divers suffixes variables selon les régions comme -te'hpaˌ, -θéˌte'hpaˌ :   li. (un ou des livres),   li.te'hpaˌ (insistance sur leur pluralité)


Un certain nombre de noms sont monosyllabiques ; la majorité sont des polymorphèmes constituant des composés par dérivation ou par simple juxtaposition d' unités lexicales

  • Dérivation

Un schéma très producteur est la préfixation du nom ta_ ( chose ) devant un verbe :

ma ( faire )   >  ta_ma ( travail )
ke tô ( parler )   >   ta_ke tô ( parole )
ma lô li. ( étudier )  > ta_ ma lô li. ( étude )
lôˌ kwè' ( jouer ) >  ta_lôˌ kwè' ( jeu )

Certains verbes de qualité forment des substantifs par la préfixation du personnel/possessif de la 3e personne :

wa' ( être blanc ) >   ?ewa' ( blancheur )
( être bon )  >  ?eré ( bonté )
 ?o ( vivre>  ?e?o ( lieu d'habitation )

Un verbe, parfois un nom précédés de pra et suivi de hpô' forme un nom de personne exerçant une activité correspondante :

tchô ( école )  >  pratchô'hpô' ( élève,étudiant )
hpoˌ gnaˌ ( pêcher ) >   prahpoˌgnaˌhpô' ( pêcheur )
pré ta_ ( acheter ) >  prapréta_hpô' ( acheteur )
ba'ywa ( rendre un culte ) >  praba'ywahpô' ( fidèle (d'une église )
hoˌ hkôˌ ( sol, terre ) >  prahoˌhkôˌhpô' ( habitants de la terre )


Le préfixe no_ forme des noms d'instruments :

wa_ ( pagayer ) >  no_wa_ ( pagaie )
te ( être concave )  >  no_te ( cuiller )
ri_ ( compter )  >  no_ri_ ( instrument pour compter > nombre )


Le nom lo_ ( endroit ) est aussi un préfixe formant des noms d'endroit correspondant à une action habituelle :

mô' ( dormir ) >  lo_mô_ ( lit )
hséˌno ( s'asseoir ) >  lo_hséˌno ( chaise ))


  • Juxtaposition

C'est le mode de formation le plus usuel :

mo_   la mère ; pa_   le père  >   mo_pa_   les parents


ta_   une chose;   do: jeunes feuillesta_laˌ   feuilles (en général)  >  ta_do:ta_laˌ des légumes


hsa';   malade;   hiˌ   maison > ta_hsa'hiˌ   hôpital
Les classificateurs[modifier | modifier le code]

La présence d'un numéral dans le groupe nominal entraîne nécessairement l'adjonction du classificateur (class.) approprié au nom selon l'ordre suivant :

De 1 à 9 :   Nom +  Numéral +  Classificateur
hpô θaˌ   +  te'  +  ra
 Enfant  +  un  +  Class.  Êtres humains
Un enfant

À partir de 10 :

  Nom  + ?a'   + Classificateur + Numéral


hpô θaˌ   +  ?a'   +  ra +   hki' hsi'


 Enfants  +  ?a'  +  Class.  Êtres humains + vingt


Vingt enfants

Seules exceptions : quelques noms font en même temps fonction de classificateurs, en particulier les unités de mesure comme te' naˌriˌ (une heure) ; te'la' ( un mois ), te' niˌ ( un an ), te' kilo ( un kilo ou un kilomètre ) mais aussi ra ( des personnes ) ou dü' ( des animaux ). À partir de dix, on utilise aussi la particule ?a :

?a' kilo yè_ hsi' hkwi' ( cinquante neuf kilos ou kilomètres )


Ils sont trop nombreux (plus de quatre-vingts) pour être tous cités ici. En voici quelques-uns parmi les plus fréquents :


CLASS. EMPLOI EXEMPLES
ra Êtres humains

hpô θaˌ te' ra
Un enfant

dü' Animaux

'ke'hso' hki' dü’
Deux éléphants

mi ou kelü
ou sa. ou mwô'1
Générique pour les choses
ou des sortes de choses

ta_do: ta_laˌ hki' mi θe' mi '
Deux ou trois sortes de légumes

hpleˌ Objets ronds, villes,
temples, bâtiments

hso'diˌ lwi_ hpleˌ yè_ hpleˌ
Quatre ou cinq œufs de poulet

béˌ Objets plats

li. xü béˌ
Six livres

bô' Objets longs,
cylindriques, serpents, poissons
gnaˌhpô nwi' bô'
Sept poissons
hsô
ou hkôˌ
Véhicules θô léˌ / ka' xô: hsô
Huit voitures
hka' Choses inclassables ta_ te' hka' ?i pra ko: wè' di lèˌ 2
Cette chose, comment l'appelle-t-on?

1- L'un ou l'autre selon les régions ; sa. et mwô' sont d'origine birmane.
2- ta_ = chose ; te'= une ; hka'= Class. ; ?i = cet(tte) ; pra= les gens ; ko: = nommer ; wè' = Pr. personnel 3e pers. ; di lèˌ = comment ?


Les possessifs[modifier | modifier le code]
  • Placés devant un nom, les pronoms personnels sujets atones expriment la possession.
Expression de la Possession
Singulier Pluriel
ye pa_ mon père pe' mo_ notre mère
ne' θeko: ton ami θû' hiˌ votre maison
?e mi son nom ?ewè'θéˌe θawo' leur village
Les démonstratifs[modifier | modifier le code]

Il existe deux démonstratifs, ?i, qui exprime la proximité et néˌ, l'éloignement. Ils se placent toujours après le nom, mais deux constructions sont possibles,

  • une complète :
Nom   +   Numéral   +   Class. +   Dém.
li. kegno'   te'   béˌ   ?i
Ce livre karen
li. peyo   te'   béˌ   néˌ
Ce livre birman
  • l'autre abrégée sans numéral ni classificateur :
    ta_lo_  ?i
Cet endroit-ci
ta_lo_ néˌ
Cet endroit-là

Les démonstratifs forment quelques expressions adverbiales comme : le ?i, ici ou d'ici  ;  le néˌ, ou de là  ;  hpè ?i, ici et   hpè néˌ, (sans mouvement) ;   te ni ?i, aujourd'hui;  te ha' ?i, ce soir ;  te na ?i, cette nuit.

Les expansions[modifier | modifier le code]

Au nom peuvent s'adjoindre d'autres expansions, constituant ainsi des groupes nominaux plus complexes, ainsi :

?e / θekô: / lwi_ / ra / hpa: / doˌ / hpa: / hto' / hkè le.
ses/ amis/ quatre / class. / très / forts / très / grands / tous > Ses quatre amis tous très grands et très forts


Voici les principales expansions :

  • Le nom complément du nom principal le précède ; la présence entre les deux du pronom personnel  ?e  renforce la notion d'appartenance :

la:hpa:hti' / te hkwa:

thé  / une tasse   >   une tasse de thé
yé pa_ / ?e / siˌ te lo_
mon père  /pr.pers./ rizière-une-class.   >   une rizière de mon père
 ?e hpô te ra ?i / ?e / na_ (hpa: lè_ )
son enfant/un-class./ce/ pr.pers./ oreille (être très large) >   Cet enfant qui est le sien a de grandes oreilles


  • La relative

Un nom peut être complété par le subordonnant générique [14]   le   :

tchô'/ le / dôˌ / te hpleˌ
école / qui / être grande / une-class.   >   Une école qui est grande


li. / le / θeRaˌ / kwèˌ / wé' / néˌ [15]
le livre / que / l'enseignant / écrire / pr.pers.sujet / (part.)  >   Le livre que l'enseignant a écrit

L'antécédent peut être repris par un pronom personnel qui clarifie les fonctions :

hpô'θaˌ / le / ye / kwa_ / ?o / néˌ
 l'enfant / que / je / s'occuper de / lui / part.   >   l'enfant dont je m'occupe


wé_ / le / ?e mi' / ko: / wé' / ki_mè'
  ville / que / son nom / appeler / pr.pers. / Chiang Mai   >   La ville dont le nom est Chiang Mai


  • Les qualificatifs

La plupart des mots correspondant sémantiquement aux adjectifs des langues indo-européennes sont des verbes de qualité : signifie être bon, mü. être agréable. Néanmoins ils peuvent qualifier directement un nom en lui étant postposés selon deux constructions possibles qui correspondent à une relative abrégée :

tchô / dôˌ / te hpleˌ
école /être grande / une-class.   >   Une grande école
pra tchô' hpô'/ ?e / θo'
étudiants / pr.pers. / nouveau   >   Les nouveaux étudiants



  • La particule néˌ

Le démonstratif néˌ peut être utilisé pour indiquer la fin d'un groupe nominal ou d'une relative :

pra / le / ?e / lè / ?oˌ / le wé_ hsu / néˌ
les gens / qui / pr.pers. / aller / vivre / en ville / part.   >   Les gens qui partent vivre en ville
lwi_ / θo' te θo' / néˌ
  quatre / jour-ordinal / part.   >   Le quatrième jour


Le groupe verbal[modifier | modifier le code]

Le verbe[modifier | modifier le code]

Sa forme est invariable en personne, genre, nombre, temps. Aucun affixe ne lui est adjoint.

Les verbes les plus usuels sont monosyllabiques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Leclerc, « Birmanie (Myanmar), données démolinguistiques », L’aménagement linguistique dans le monde, sur axl.cefan.ulaval.ca, Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d'expression française en Amérique du Nord, Trésor de la langue française au Québec (TFLQ), Université Laval, Canada,‎ 5 septembre 2011 (consulté le 25 avril 2013).
  2. Voir ici : [1] et ici : [2] (page 126 Anhang II - 2. Arbre généalogique )
  3. Pour une liste exhaustive on peut se reporter ici : [3]
  4. Consulter la rubrique Karenic sur le site de Berkeley University : [4]
  5. Il en est proposé une ébauche fondée sur les travaux de Jones 1961 et Bennett 1992 [5], page 2.
  6. Textes reproduits dans Parlons Karen.
  7. kwekalu.net
  8. Les transcriptions phonétiques suivent dans toute la mesure du possible la graphie française. Un [h] devant consonne note une aspirée ; un [θ] note l'équivalent du th anglais sourd ; un [R] note un r roulé ; un [r] note un r comparable à celui du français standard ; un [û] note un u prononcé avec les lèvres non arrondies, mais étirées.
  9. Ces données sont tirées des ouvrages ou articles de Robert B.Jones, David Solnit, Atsuhito Kato et du manuel de Sgaw d'Emilie Ballard
  10. Voir les tableaux de Atsuhiko Kato : [6] (page 2)
  11. [7](page 3)
  12. Dans The Pao Rebels and refugees Silkworm books 2006, Russ Christensen et Sann Kyan se réfèrent au témoignage de William Dann Hackett
  13. [8]
  14. Il indique une subordination aux fonctions diverses
  15. La fonction de cette particule est indiquée au paragraphe suivant

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Julien Spiewak, Parlons karen, Paris, Éditions L’Harmattan,‎ 2006 (ISBN 2-296-01819-X).
  • (en) Émilie Ballard, Dites-le en karène [« Say it in Karen »], Chiang Mai, Thaïlande, Thailand Baptist Missionary Fellowship,‎ 1993. Leçons progressives de karène sgaw en anglais.
    • (en) Émilie Ballard, « Dites-le en karène », sur KarenKonnection.org (consulté le 26 avril 2013). Cours et enregistrements audio.
    • (en) Émilie Ballard, « Dites-le en karène », sur KarenKonnection.org (consulté le 26 avril 2013). Lexique karène – anglais / anglais – karène, correspondant au cours précédent.
  • (en) Robert B. Jones, Jr., Études linguistiques du karène [« Karen Linguistic Studies »], University of California Press,‎ 1961.
  • (en) Atsuhiko Kato, Le dialecte kyonbyaw [« The Kyonbyaw Dialect »], vol. 18:1 : Le système pholologique de trois dialectes karènes pwo, Tokyo University, coll. « Linguistics of the Tibeto-Burman Area »,‎ printemps 1995 (lire en ligne). Présentation du dialecte karène pwo occidental de la région de Hpa-An.
  • (en) David Solnit, Le kayah li oriental : grammaire, textes, glossaire [« Eastern Kayah Li : Grammar, Texts, Glossary »], University of Hawai'i Press,‎ 1997 (ISBN 0-8248-1743-5). Une étude linguistique de la langue kayah.
  • (en) Rev. Jonathan Wade, D.D., Mrs. J. G. Binney (compléments de l'édition originale) et Rev. George E. Blackwell (révisions), Dictionnaire anglo-karène [« Anglo Karen Dictionary »], Rangoon, Birmanie, deuxième éd.,‎ 1954 (1re éd. 1883) (lire en ligne). Dictionnaire anglais – karène sgaw.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]