Languedoc (vaisseau de ligne)

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Languedoc
Autres noms l’Antifédéraliste ; la Victoire
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Pavillon de la Marine de la République française Marine de la République
Quille posée 1764
Lancement 15 mai 1766
Armé 1773
Caractéristiques techniques
Type Vaisseau de ligne
Longueur 59,7 mètres
Maître-bau 15,8 mètres
Tirant d'eau 7,5 mètres
Port en lourd 2 500 tonneaux
Propulsion voile
Caractéristiques militaires
Armement 80 canons

Le Languedoc est un navire de guerre français en service de 1766 à 1799. C'est un vaisseau de ligne de deuxième rang, portant 80 canons sur deux ponts.

Il sert de vaisseau amiral au comte d'Estaing lors de sa campagne en Amérique en 1778-1779, puis participe à la bataille des Saintes en 1782. Rebaptisé l’Antifédéraliste en 1794 puis la Victoire en 1795, il est démoli en 1799.

Financement et construction[modifier | modifier le code]

Après les défaites navales françaises de la guerre de Sept Ans à la bataille de Lagos et à la bataille des Cardinaux), le secrétaire d'État à la Marine Choiseul propose de faire financer la construction de nouveaux vaisseaux de guerre grâce à des dons volontaires, dans le cadre de ce qui fut appelé le don des vaisseaux.

Le premier de ces vaisseaux est le Languedoc, offert par les États de Languedoc sur proposition de son président, l'archevêque de Narbonne (le comte de la Roche-Aymon, ami du duc de Choiseul) : « d'offrir à Sa Majesté un vaisseau de ligne de 74 pièces de canon et de donner par cette démarche au reste de la France (…) le signal de ce que peuvent et doivent faire les sujets véritablement dignes du meilleur des maîtres (…). Il n'est point de bon Français qui ne se sente animé du désir de tout sacrifier pour concourir aux efforts du roi et du ministre sage et éclairé pour restaurer la marine française[1]. »

Les députés des États acceptent la proposition pour se faire bien voir du roi Louis XV. Ils décident donc de lever un emprunt et portent la force du vaisseau de 74 canons à 80 canons. Le Secrétariat d'État à la Marine choisit de reprendre les plans de Joseph Coulomb pour le vaisseau le Saint-Esprit (lancé en 1765 à Brest, vaisseau offert par l'Ordre du Saint-Esprit), qui seront une troisième fois utilisés pour la Couronne (lancé en 1768 à Brest).

Mis en chantier en 1764 à l'arsenal de Toulon en s'inspirant des plans du Soleil-Royal, lancé le 15 mai 1766, le Languedoc fait[2] 184 pieds (soit 59,77 mètres) de long, 48 pieds & 6 pouces (15,75 mètres) de large, avec un tirant d'eau de 23[3] pieds (7,50 mètres). Lors de son premier armement en 1773 (au moment de la crise des îles Malouines), il porte :

Poids total d'une bordée : 1 032 livres, soit une demi-tonne de boulets de fonte.

Participation à la Guerre d'Amérique[modifier | modifier le code]

La Guerre d'Amérique (1778-1783) est préparée comme une vengeance française de la défaite contre la Royal Navy britannique lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763) : une escadre de douze vaisseaux est armée à Toulon sous les ordres du comte d'Estaing avant l'entrée en guerre du Royaume de France contre le Royaume-Uni, avec pour principale mission d'attaquer les Britanniques « là où il pourrait leur nuire davantage et où il le jugerait le plus utile aux intérêts de Sa Majesté et à la gloire de ses armes ».

Le vice-amiral des mers d'Asie et d'Amérique (grade créé exprès pour lui) comte d'Estaing s'installe à bord du Languedoc du capitaine de Boulainvilliers avec comme major d'escadre le chevalier de Borda. Une des missions de l'escadre étant de porter plusieurs bataillons d'infanterie (régiments d'Haynault et de Foix) en Amérique, un grand nombre de soldats s'installent entre autres sur le Languedoc, portant le nombre d'hommes à bord de 670 à 944 (dont 99 soldats du régiment d'Haynault-Infanterie, 192 hommes du Corps Royal de la marine et 4 clarinettistes)[4]. On remarque aussi la préparation d'une chambre munie d'un lit de damas cramoisie galonnée d'or, chambre dont seul le comte d'Estaing possède la clef. Deux personnes masquées embarquent la veille du départ de Toulon, avec les représentants du Congrès des États-Unis (dont Siléas Deane), après avoir pris la male d'Aix à la Seyne. Leurs identités restent encore un mystère, la presse de l'époque évoquant autant Charles-Edouard Stuart que des émissaires du roi d'Espagne. (Journal Encyclopédique de 1778)

L'escadre quitte Toulon le 13 avril 1778mais ne passe le détroit de Gibraltar que le 16 mai suite à de violents vents contraires et arrive en rade de New York le 5 juillet. Entre temps le roi Louis a déclaré la guerre au roi George.

Le Languedoc, démâté, est attaqué par le HMS Renown, le 13 août 1778.

Du 29 juillet au 10 août 1778, l'escadre fait le blocus de Newport. La station britannique d'Amérique du Nord, commandée par l'amiral Howe, jusque-là réfugiée à Sandy Hook (sud de la rade de New York), se présente le 10 août ; mais une tempête se lève le 11 août, dispersant les flottes adverses : le Languedoc perd ses mâts et son gouvernail, se retrouve isolé et à la dérive. L'après-midi du 13, le HMS Renown (un vaisseau britannique de 50 canons) le retrouve et se place sur sa poupe, tirant des bordées meurtrières qui prennent les ponts en enfilade. Le Languedoc et l'amiral ne sont sauvés le 14 au matin que par l'arrivée du Fantasque (de 64 canons) commandé par Suffren.

Après le regroupement de la flotte et quelques réparations près de la Delaware le 14 août, puis le retour devant Newport du 20 au 22, l'escadre rejoint Boston pour ravitailler. Le Languedoc mouille à proximité de Quincy Bay pour réparer (accompagné du Marseillais et du Protecteur), tandis que l'amiral, sur le César, s'abrite près de Nantucket. Le 4 novembre 1778, profitant d'une tempête qui disperse de nouveaux les Britanniques, l'escadre se réfugie aux Antilles, relâchant à la Martinique le 9. Le 15 décembre, l'escadre se présente devant l'île Sainte-Lucie, mais d'Estaing laisse s'échapper sept vaisseaux britanniques alors qu'il en dispose de douze, et rentre le 24 décembre à Fort-Royal.

Les opérations reprennent pour le Languedoc et l'escadre (désormais forte de 25 vaisseaux) le 17 juin 1779 avec la prise de l'île de Saint-Vincent, puis le 4 juillet celle de Grenade. Le 6 juillet, la flotte britannique de l'amiral Byron (21 vaisseaux) se présente et engage le combat. Le Languedoc, qui porte toujours la flamme de d'Estaing, participe activement à la bataille navale de la Grenade. L'escadre anglaise et repoussée et prend la fuite avec quatre vaisseaux démâtés pour se réfugier à Saint-Christophe.

Désormais dominant les Antilles, l'escadre relâche à Saint-Domingue, puis fait le blocus de Savannah du 9 septembre au 9 octobre 1779, date à laquelle l'escadre prend la route du retour vers la France, immédiatement dispersée par une tempête. Le Languedoc rejoint Brest le 7 décembre.

Article détaillé : Siège de Savannah.

L'année 1780 est occupée à remettre en état le vaisseau, qui a souffert des tempêtes et combats de ces deux années en Amérique (les bois travaillent beaucoup, il faut donc changer certaines pièces).

De janvier à mars 1781, une nouvelle escadre pour les Amériques (forte de 20 vaisseaux) est préparée à Brest ; le Languedoc est confié au commandement du capitaine de vaisseau d'Argelos, sous les ordres de l'amiral de Grasse qui a mis sa marque sur la Ville-de-Paris (vaisseau de 104 canons). Le 22 mars 1781, l'escadre sort de la rade de Brest, mais le Languedoc, vaisseau de tête, éperonne un navire marchand à la sortie du goulet de Brest.

Rapidement réparé, le vaisseau reprend sa place dans l'escadre, qui arrive le 28 avril à la Martinique. Après la prise de l'île de Tobago le 1er juin 1781, l'escadre fait le blocus de la baie de la Chesapeake à partir du 29 août (avec 24 vaisseaux), empêchant l'armée britannique de Cornwallis campant à Yorktown d'être évacuée.

Le 5 septembre 1781, la flotte britannique des amiraux Graves & Hood (19 vaisseaux) se présente et accepte le combat. Le Languedoc sous les ordres du capitaine Duplessis-Parscau, avec le chef d'escadre François Louis de Monteil à son bord, commande l'arrière-garde, qui ne fut pas engagée. Le lendemain, les Britanniques se dérobent, puis repartent pour Sandy Hook.

Article détaillé : bataille de la baie de Chesapeake.

Cornwallis se rend le 19 octobre 1781. Le 25 octobre, Graves est de retour avec son escadre devant la Chesapeake, mais refuse le combat et repart vers New York le 30. Le 4 novembre, de Grasse appareille pour les Antilles, mouillant à la Martinique le 25.

L'escadre (25 vaisseaux) prend la mer du 20 au 26 décembre 1781, puis la reprend le 28, perdant des mâts à cause du mauvais temps. Le 5 janvier 1782 elle repart pour Saint-Christophe, qui fut atteinte le 11. Le 23 la flotte britannique de Hood (22 vaisseaux) se présente, accepte le combat le 25, mais s'embosse en rade de l'île, repoussant les attaques françaises pendant deux jours, pour s'enfuir finalement le 13 février.

Article détaillé : Bataille de Saint-Kitts.

Dans le but d'aller prendre la Jamaïque, l'escadre française quitte la Martinique le 8 avril 1782, aussitôt suivie par la flotte britannique de l'amiral Rodney (37 vaisseaux). Le combat est engagé le 12 avril 1782, avec 29 vaisseaux côté français. Le Languedoc se trouve devant la Ville-de-Paris dans la ligne de bataille, qui est totalement en désordre, permettant aux Britanniques de la couper.

À midi six vaisseaux français, dont la Ville de Paris et le Languedoc, sont aux prises avec onze vaisseaux anglais ; à 15 heures ils sont encerclés, abandonnés par le reste de la flotte ; le Languedoc s'échappe, mais de Grasse est fait prisonnier avec la Ville-de-Paris, le César, le Glorieux, l’Hector et l’Ardent.

Article détaillé : bataille des Saintes.

Le Languedoc est de retour à Brest le 28 juin 1783, son capitaine d'Arros d'Argelos est reconnu innocent par le conseil de guerre jugeant des responsabilités de la défaite des Saintes.

Guerres de la Révolution[modifier | modifier le code]

Le Languedoc subit une refonte en suivant les plans de l'ingénieur Jacques-Noël Sané à Brest. Une des unités de la 2e escadre, il est réarmé seulement en 1792.

Il reprend la mer le 5 septembre 1792 sous le commandement de Latouche-Tréville, quittant Brest pour Toulon. Le 16 décembre, il est en baie de Naples, menaçant le palais du roi. Mais une tempête démâte le vaisseau et lui arrache son gouvernail près de Capri. Il participe malgré tout au débarquement en Sardaigne à la Maddalena et à Cagliari le 7 février 1793, puis rentre à Toulon pour d'importantes réparations.

Le Languedoc est en réparation quand la ville de Toulon se donne aux Britanniques en août 1793 ; en mauvais état, il est négligé pendant le siège, il n'est même pas brûlé par les Anglais lors de leur évacuation en décembre 1793.

Article détaillé : Siège de Toulon (1793).

Le vaisseau est rebaptisé l’Antifédéraliste (début 1794), puis la Victoire en 1795 en conséquence du 9 Thermidor an II. Sous ce dernier nom, il reprend la mer avec Savary comme capitaine, participant à la bataille du cap Noli (près de Gênes) les 13 et 14 mars 1795 contre l'escadre britannique de l'amiral Hotham, puis à la bataille des îles d'Hyères le 13 juillet 1795.

Après l'évacuation de la Corse par les Britanniques pendant l'automne 1796, la Victoire rejoint Cadix puis fait campagne en décembre 1796 jusqu'à Terre-Neuve avant de rentrer à Brest. Sa carrière se termine comme ponton dans la lagune de Venise à partir de 1798, avant d'être sabordée en 1799.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Discours de l'archevêque devant les États, 26 novembre 1761, Archives départementales de l'Hérault, C 7530, folii 160 & 161.
  2. Source : Archives nationales, fonds Marine, B4-152.
  3. Le tirant d'eau est de 22 pieds 7 pouces à l'arrière et de 21 pieds 4 pouces à l'avant.
  4. Rôle d'équipage, conservé aux Archives nationales, fonds de la marine, série B4, carton no 152.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Marsaudon, Le vaisseau le "Languedoc", Université Paul Valéry Montpellier III,‎ 1995 (Mémoire de maîtrise).
  • Olivier Marsaudon, « Le vaisseau de 80 canons le Languedoc », Cahiers de Montpellier, PUM,‎ 1998.

Lien externe[modifier | modifier le code]

« Le vaisseau le Languedoc », sur http://cabinet.marsaudon.pagesperso-orange.fr.

Articles connexes[modifier | modifier le code]