Langage sexiste

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Un langage sexiste se caractérise par l'emploi d'expressions à caractère sexiste. Une même expression peut être perçue comme sexiste ou non en fonction des époques, des cultures mais aussi des situations sociologiques, voire des caractères. Le sexisme apparaît dans le discours lorsqu'apparait une différenciation envers quelqu'un, sur le critère de son sexe, de façon notoirement déplacée pour une situation donnée.

Langue française[modifier | modifier le code]

Plusieurs branches du féminisme français prônent l'usage de variantes du français écrit ou de codes alternatifs à l'oral (voir Langage non sexiste ou épicène). Parmi ceux-ci, la féminisation des noms de métiers et de fonctions souvent masculinisés, afin de permettre une meilleure visibilité des femmes de plus en plus nombreuses à occuper ces professions ou fonctions. Exemple: madame le ministre/le professeur/l'auteur/le préfet/l'ambassadeur deviennent alors madame la ministre/la professeure/l'autrice/la préfète/l'ambassadrice. Ce procédé permettrait une perception plus sexuée de ces professions et fonctions.

Misogynie et langage[modifier | modifier le code]

La misogynie peut passer inaperçue à la conscience lorsqu'elle est portée par le langage. Dans la langue française, par exemple, on peut remarquer que le mot « homme » peut être porteur d'ambiguïté car il est plurivoque étant donné qu'il désigne à la fois l'individu de sexe masculin et le genre humain, où le mot homme est synonyme de « les hommes » dans leur ensemble et désigne l'humanité entière, hommes et femmes.

Dans la langue française les genres ne sont pas masculin ou féminin mais « genre non marqué » et « genre marqué féminin ». Ainsi, un groupe d'étudiants est composé d'hommes, de femmes ou d'un ensemble des deux tandis qu'un groupe d'étudiantes est exclusivement composé de femmes. L'accord des groupes de mots mixte (ex : un étudiant et une étudiante) se fait en utilisant le genre non marqué. [1].

Féminisation des titres professionnels[modifier | modifier le code]

Historique récent en France[modifier | modifier le code]

En 1984 est créée, à l'initiative d'Yvette Roudy (parti socialiste), la première commission de terminologie chargée d'étudier l'emploi du féminin pour les noms de métiers, les fonctions, les grades et les titres. Cette initiative fut reçue par des commentaires critiques, tels que celui du Figaro Magazine (« enjuponnement du vocabulaire ») ou celui de France-Soir (« clitocratie »)[réf. nécessaire].

En 1986, la circulaire de Laurent Fabius affirme qu'il est discriminatoire de n'employer que le masculin[réf. nécessaire].

En 1990, le Comité des ministres du Conseil de l'Europe recommande une élimination du sexisme dans le langage[réf. nécessaire]. (source?)

En Belgique[modifier | modifier le code]

Bien que fortement influencés par les usages formels de la langue française telle que parlée en France, les francophones de Belgique pratiquent ces usages avec généralement moins de rigidité. On le remarquera notamment dans l'utilisation moins stricte du vouvoiement, ou du patronyme de l'époux pour l'épouse.[réf. nécessaire] Ces faits de langue, du moins pour ceux présents dans le français de Belgique, ne sont pas sans lien avec le néerlandais (qui côtoie le français surtout à Bruxelles) dans lequel la féminisation, aussi bien que le tutoiement, sont socialement plus répandus ou linguistiquement plus aisés. D'ailleurs, c'est en général dans les milieux plus baignés dans ou proches de la culture livresque ou littéraire française, et socialement plus conservateurs, que la rigidité d'un langage réputé phallocrate aura tendance à être maintenue, alors que dans les milieux populaires les féminisations « instinctives » n'ont jamais été rares (pour preuve l'ancienneté des termes « policière », « avocate » ou « présidente »).

C'est ainsi que les francophones de Belgique se sont révélés sensibles aux débats sur la féminisation qui avaient lieu surtout dans les classes politiques et de l'administration françaises dans les années 1980. L'issue, pourtant, aura été différente de la France, où le débat s'est heurté à une plus vive résistance (voir ci-après). Le 21 juin 1993, le gouvernement de la Communauté française de Belgique adopte le Décret « relatif à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre », en optant pour une application très large des dispositions de ce décret dans les limites des attributions de la Communauté française. La féminisation sera de mise dans les administrations de la Communauté ou dans celles situées en région de langue française, ainsi que dans les ouvrages d'enseignement ou de recherche utilisés dans les établissements relevant de la Communauté française, et même de ceux n'étant que partiellement financés par elle. Cet acte est relayé dès décembre de la même année par un arrêté d'application du Gouvernement de la Communauté (entérinant un avis du Conseil supérieur de la langue française, Conseil alors présidé par le linguiste Jean-Marie Klinkenberg). Ce rapport établit les règles de féminisation, règles dont devront tenir compte les intéressés au sens du décret de juin 1993. Le Service de la langue française de la Communauté française de Belgique publia à cette occasion, sous le titre Mettre au féminin un manuel informatif de règles et de conseils d'usage à l'attention des administrations, éditeurs et établissements d'enseignement francophones de Belgique, comportant une riche liste de termes.

Aujourd'hui, même si la féminisation est assez largement répandue parmi les francophones de Belgique, fait qui démontre l'assise sociétale qu'avait cette pratique, le découpage administratif très complexe de la Belgique fait que la féminisation n'est pas uniformément pratiquée dans tous les domaines administratifs ou publics de langue française (puisque tous ne relèvent pas de l'autorité de la Communauté française, comme les autorités fédérales et régionales bruxelloises), y compris dans des lieux où l'on s'eût attendu à ce qu'elle le soit comme dans les universités (où certaines puristes ne semblent pas hésiter à se dénommer elles-mêmes par exemple directeur de recherche ou promoteur de mémoire), ce qui confirme l'esprit de liberté d'usage qu'a voulu conserver le décret en dehors du champ administratif.

La logique de ces nouvelles règles est en effet de nature pragmatique plutôt que revendicatrice. Il est plus question d'« assurer au mieux la visibilité des femmes » que de vouloir remédier à une phallocratie dénoncée. Bien que l'on parle toujours de formulations « sexistes », l'usage générique de termes masculins n'est officiellement pas perçu comme privilégiant les hommes (mais, sous-entend-on, comme occultant les femmes). Ainsi, les nouvelles règles d'usage privilégient l'intelligibilité du texte et sa lisibilité sur le souci de féminisation ; il est donc conseillé de ne pas abuser des « formulations écrites qui n'ont pas de correspondant oral », comme « employé-e-s », « restaurateur/trice » ou même « étudiant(e) ». Les nouvelles règles limitent aussi l'imposition de néologismes et innovations linguistiques en considérant par exemple qu'une féminisation du seul déterminant peut suffire à des mots tels ceux se déclinant en « une professeur » ou « une docteur », tout en laissant un nombre d'entre eux au libre choix des usagers quant au cas des formes en –eure qui sont par ailleurs imposées au Québec et en Suisse.

Au Québec[modifier | modifier le code]

L'utilisation de titres équivalents au féminin est vastement répandue, très acceptée et souvent obligatoire dans la vie professionnelle québécoise, y compris bien d'usages qui n'apparaissent que rarement en France, par exemple la docteure (bien que le féminin de docteur existe déjà: doctoresse), la médecin, la gouverneure, la ministre, la première ministre, la mairesse (ou la maire), etc.

Dans l'écriture formelle, on retient grosso modo l'inclusion du féminin dans le masculin, souvent avec une remarque que c'est « dans le seul but d'alléger le texte ». Or, dans les discours polémiques, il est très commun d'entendre des doublures qui incluent explicitement les femmes, comme Québécoises et Québécois, tous et toutes, Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, etc.

Un exemple notable du néologisme dans le but d'inclure les femmes s'est produit au Québec, où un syndicat a décidé de promulguer un néologisme épicène pour « professionnel ou professionnelle » sur le modèle de « fidèle » ; il est devenu la Fédération des professionnèles. Or, cette solution, qui a reçu des réactions mixtes, se classe parmi les options très radicales, voire insolites, pour contrer le sexisme.

Les pratiques du féminin marqué ont souvent pris dans le texte des conventions collectives de cette province, des voies surprenantes dont on donnera ici un exemple:

« Des sarraus sont fournis aux techniciennes, aux techniciens, et aides-techniciennes, aides techniciens de l'audiovisuel et des laboratoires, aux salariées, salariés de la cafétéria, de la polycopie et de la reliure, aux magasinières, magasiniers, aux préposées principales, préposés principaux, aux préposées, préposés et aides-préposées, aides préposées à l'audiovisuel et apparitrices, appariteurs et aux salariées, salariés dont le travail nécessite le port de ce vêtement et ce, même occasionnellement. » [2]

Insultes et discours sexistes[modifier | modifier le code]

Natacha Henry indique que le langage sexiste est une forme d'abus sexuel, et rapporte une remarque faite en 1991 par l'anthropologue Daniel Welzer-Lang « Prendre la femme comme objet de plaisir à la disposition des hommes « en leur mettant une main » (« mettre sa main aux fesses d'une femme sans son accord »), en les « blaguant », ou en les violant, correspond, à des degrés divers, à la même structure psychique et sociale : celle de l'homme dominateur que nous pouvons rencontrer chez les violeurs »[3].

Insultes[modifier | modifier le code]

Les appellations sexistes à l'encontre des femmes reprennent, dans leur formulation la plus crue, des mots inspirés du genre et des pratiques sexuelles (« sale pute », « vieille peau », « suceuse » etc). Elles peuvent réduire la femme à un animal (« grosse vache »,« thon », « morue », « oie blanche », « poulette », etc) ou à un objet (« cruche », « cageot », « planche à repasser »), quand elles ne la réduisent pas à sa seule fonction sexuelle (« c'est un bon coup/un mauvais coup ») avec quelquefois un regard autocritique quand sont évoquées les « mal baisées », expression qui serait le fait de « mauvaises langues »[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]Le genre sur le site de l'académie française
  2. Article 28,6 (g) de la "Convention collective intervenue en l'Université du Québec à Montréal et le Syndicat des employées et employés de l'Université du Québec à Montréal (Section locale 1294 SCFP-FTQ." Signée le 27 novembre 1990. Publiée par le Secrétariat général (de l'UQAM), 324 p.
  3. Henry 2002, p. 55
  4. Henry 2002, p. 46-47

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Natacha Henry, Les mecs lourds, ou le paternalisme lubrique, Éditions Robert Laffont,‎ 2002, 153 p. (ISBN 9782221096604)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]