Langage parlé complété

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Le langage parlé complété (LPC), ou aussi langue française parlée complétée, est un outil de communication et une aide à la réception du message oral en langue française pour les personnes sourdes et malentendantes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le LPC est une version française du Cued Speech, inventé en 1967 par le Docteur R. Orin Cornett, un physicien américain. Importé en France vers 1977 et en Belgique en 1980[1], il s'est adapté aux phonèmes de la langue française. Initialement dénommé LCC (langage codé Cornett), l'ALPC a changé son appellation à deux reprises : langage parlé complété, puis langue française parlée complétée, en prenant dans ces deux cas l'abréviation LPC.

Le Cued Speech originel est maintenant adapté à 56 langues et dialectes[2], parmi lesquelles : l'anglais, le français, le russe, le chinois, l'espagnol, le portugais, le portugais brésilien.

Avant 2005, l'ALPC attribuait le certificat de codeur LPC. Depuis 2005, une licence professionnelle a été créée pour préparer au métier de codeur.

Description[modifier | modifier le code]

Pour construire la communication verbale chez un enfant, il faut tout d'abord qu'il la perçoive et la comprenne pour la réemployer. Dans ce but, le LPC aide l'enfant à percevoir la langue française.

Définition[modifier | modifier le code]

Le LPC est un code manuel autour du visage complété de la lecture labiale.

Le code se compose de huit configurations de main pour représenter les consonnes ainsi que de cinq emplacements sur le visage pour représenter les voyelles. La combinaison de la position et de la forme de la main constitue l'image visuelle de la syllabe prononcée et permet à l'interlocuteur de différencier, par exemple, le bain, le pain, la main qui sont trois mots parfaitement identiques sur les lèvres, on parle alors de sosies labiaux.

Le code LPC permet donc de différencier des phrases où la lecture labiale est la même comme, par exemple, les phrases Il mange des frites et Il marche très vite.

Utilité du LPC[modifier | modifier le code]

Le LPC permet de visualiser la totalité du message oral et de lever les ambiguïtés de la lecture labiale.

Même si « l'audition est par définition le principe moteur de l'acquisition du langage oral chez l'enfant entendant[réf. nécessaire] », le LPC permet de l'abstraire pour faciliter l'apprentissage de la langue française orale et écrite chez l'enfant sourd. En effet, la lecture labiale est très incomplète : on[Qui ?] estime que seulement 30 % du message oral est perçu par ce moyen. L'interlocuteur sourd ne peut reconnaître le mot qui est prononcé s'il ne le connaît pas, d'où l'importance d'un vocabulaire riche et bien maîtrisé, et il ne peut le reconnaître à plus forte raison s'il n'en a perçu qu'une partie. Avec le LPC, on passe à 95 % du message perçu[réf. nécessaire], ce qui permet à la personne sourde d'identifier la structure grammaticale et les mots prononcés de façon optimale pour enrichir son vocabulaire. Cela fait, elle pourra être mise en situation sans le LPC et faire appel à ses connaissances pour reconstituer mentalement la phrase prononcée.

L’enfant acquiert le sens des mots comme un enfant entendant grâce à l’utilisation du LPC. Cela lui permet d’apprendre à lire, à écrire comme les enfants entendants. Le LPC permet également l’intégration scolaire des enfants sourds en milieu entendant. «L’intégration en milieu entendant demeure le souhait de nombreux parents et les progrès réalisés en matière d’implantation cochléaire risquent d’accroître cette tendance.»[réf. nécessaire]

Ne pas oublier que le bain de langage en quantité, en qualité et en variété est très important pour l’enfant, pour qu’il acquière la langue française.

Public concerné[modifier | modifier le code]

Le LPC est destiné aux personnes sourdes de surdité moyenne, sévère et profonde. Elle peut être utilisée avec des personnes devenues sourdes. Le LPC peut être utilisé avec ou sans l’implant cochléaire.

Il n’y a pas d’âge pour coder à un enfant sourd ; le plus tôt est toujours le mieux. Il est possible de coder à un enfant de quelques mois en répétant ses lallations puis son babillage. Le LPC est un outil qui doit être utilisé aussi bien en situation de classe par le codeur, qu’à la maison par les parents, les frères et sœurs de l’enfant sourd. C’est un outil de communication au quotidien.

Souvent les personnes ayant bénéficié du LPC enfant pourraient s'en passer une fois que la lecture labiale est bien maîtrisée et qu'elles ont un vocabulaire solide, mais seulement lors de situation calmes et sans bruits gênants. Il ne faut pas oublier que 10-20 % des enfants sourds ont des troubles supplémentaires[réf. nécessaire] (hyperactivité, dyslexie, trouble du comportement). Le LPC peut être utilisée avec ces enfants si le trouble n’empêche pas les apprentissages.

95 % des parents d'enfants sourds sont entendants[réf. nécessaire] dont la langue est la langue française. Le LPC a été conçue pour ces parents afin qu’ils puissent transmettre leur langue maternelle à leur enfant sourd.

Grâce à la visualisation des phonèmes par le LPC, les enfants sourds acquièrent la langue française de manière naturelle au sein de la famille, à condition que les parents s’efforcent d’établir une communication en langue française. Les parents peuvent transmettre à leur enfant, dans la langue française, leur conception du monde, leurs valeurs, leurs croyances. Avec l’apprentissage de la lecture, l’enfant sourd a accès à la culture française, orale et écrite.

Le LPC peut être appris par les camarades de l’enfant sourd, cela favorise donc l’insertion sociale et scolaire du jeune sourd. Le LPC est un outil assez facile à apprendre. De cette manière les enfants entendants peuvent communiquer avec le LPC pour leur plus grand plaisir.

Le LPC permet la communication entre les sourds qui l’utilisent. La collaboration entre les parents et les professionnels est très importante pour offrir à l’enfant le maximum de français codé.

Conditions de bonne pratique du LPC[modifier | modifier le code]

  • L’enfant sourd doit bénéficier d’un bain de langage en quantité, en qualité et en variété pour acquérir la langue française. En effet, l’enfant doit « entendre » des expressions pour en apprendre le sens.
  • Le codeur ou la personne qui code doit utiliser son expressivité pour donner envie à l’enfant de le regarder mais aussi pour l’aider à comprendre certains mots.
  • Il faut veiller à avoir un rythme qui convient à l’enfant. Pour les parents débutants avec un petit enfant, la maîtrise du LPC va aller progressivement en suivant le rythme de l’enfant. Il ne faut pas oublier que l’enfant doit lui aussi apprendre à décoder (action de comprendre le code), il faut lui laisser le temps de bien voir chaque clé.
  • La personne qui code doit coder de façon synchronisée avec sa parole pour que l’enfant utilise au mieux le complément lecture labiale et code LPC.
  • Pour qu’une situation de communication en LPC soit bonne, il faut des conditions favorables telle qu’un bon éclairage, l’interlocuteur doit avoir une bonne articulation avec une mimogestualité adaptée au contexte.
  • La vitesse d’élocution et la qualité mélodique et rythmique du locuteur influencent la réception[Comment ?].
  • La Langue des signes française (LSF) ou la Langue des signes de Belgique francophone (LSFB) peuvent être utilisées en plus du LPC pour permettre à l’enfant de s’ouvrir au monde et à la communication. Cela peut aussi donner du sens à un mot, cela n’est possible que lorsque le signe est évocateur, qu’il mime l’attitude par exemple. Le LPC est donc également utilisé au sein d'écoles d'enseignement bilingue Français - Langue des signes en intégration[3].

Avantages[modifier | modifier le code]

  • L’enfant acquiert le langage car il y a accès « il entend par la vue ».
  • Le LPC s’inscrit dans une démarche d’intégration scolaire, cela permet à l'enfant d’être intégré dans une classe avec l’aide d’un codeur.
  • L'enfant est mis dans une situation d’apprentissage du langage comme un entendant pour l’acquisition des structures de langue. Il acquiert plus de vocabulaire et une meilleure syntaxe.
  • Le LPC développe la capacité à utiliser la lecture labiale, elle favorise l’autonomie de l’enfant.
  • Le LPC utilise deux formes de communication : la communication verbale (mots, forme syntaxique, …) et la communication non verbale (regard, expressivité, gestes, ...)

Limites[modifier | modifier le code]

Le LPC n'est pas la solution miracle, il y a des facteurs importants : qualité du bain de langage, expressivité, vivacité, débit de la parole et de code adapté du côté de l'émetteur ; capacité d'écoute, pas de handicaps associés trop importants pour l'enfant (déficience visuelle par exemple). Mais, dans tous les cas, le LPC est d'une grande aide, notamment dans l'apprentissage de la lecture. Il faut quelquefois avoir recours à la langue des signes au départ pour que l'enfant puisse s'ouvrir au monde et à la communication.

Le LPC ne garantit en rien un accès précoce au langage oral, ni l'inintelligibilité de la parole. Elle n'apporte pas forcément à l'enfant sourd un moyen d'expression adéquat[réf. souhaitée].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. LPC Belgique asbl
  2. « Adapting Cued Speech to Additional Languages », sur National Cued Speech Association (consulté le 25 avril 2012)
  3. Ecole et Surdité ASBL

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annie Boroy, Mes enfants sourds : langue française et intégration, le pari du langage parlé complété, l'Harmattan
  • Catherine Hage, Brigitte Charlier et Jacqueline Leybaert, Compétences cognitives, linguistiques et sociales de l'enfant sourd, Madaga
  • Chrisiane Lepot-Froment et Nadine Clerbaut, L'enfant sourd - Communication et langage, De Boeck, p. 275-312
  • Catherine Transler, Jacqueline Leybaert et Jean-Emile Gombert, L'acquisition du langage par l'enfant sourd - les signes, l'oral et l'écrit, sous la direction, Solal
  • Yves Masur, Entre le son et l'enfant sourd, ALPC Suisse,‎ 2007, 374 p. (résumé)
  • ... et pourtant ils parlent, Selina, Michaël, Amanda et les autres... Vidéo réalisée par la Fondation A Capella en Suisse : http://www.a-capella.ch/article.php3?id_article=49
  • "Camille : une sourde chez les entendants", reportage réalisée en Suisse francophone par Géraldine Henchoz, 52 minutes en DVD, produit par Luciole Productions : http://www.lucioleproductions.ch/films.html
  • La Langue française Parlée Complétée (LPC) : fondements et perspectives. Ouvrage collectif sous la Direction de Jacqueline Leybaert - 2011, Solal Éditeur Marseille

"L'enfant qui n'entend pas - La surdité, un handicap invisible" Dominique Seban-Lefebvre et Christine Foffin - Editions Belin - Paris 2009. "Surdité et Sciences humaines" - Benoit Virole - Editions L'harmattan - Paris 2009. "Psychologie de la surdité" - Benoit Virole - Editions de Boeck