Lamoral (comte d'Egmont)

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Le comte d'Egmont

Lamoral, comte d'Egmont, prince de Gavre, né le 18 novembre 1522 à Lahamaide en Hainaut, décapité le 5 juin 1568 à Bruxelles, est un général et un homme d’État des anciens Pays-Bas.

Vainqueur des Français aux batailles de Saint-Quentin et de Gravelines, il est, sous le règne de Philippe II d'Espagne, gouverneur de la Flandre et de l'Artois et membre du conseil d'état des Pays-Bas. Son exécution publique sur la grande place de Bruxelles est l'une des dates clés du déclenchement de la Guerre de Quatre-vingts ans (guerre de soulèvement contre le roi d'Espagne).

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et jeunesse[modifier | modifier le code]

Lamoral est né dans une des familles les plus riches et nobles des Pays-Bas. La maison d'Egmont à laquelle il appartient, a régné sur le duché de Gueldre jusqu'en 1538. Son père Jean, issu d'une branche cadette de la maison d'Egmont, est un chevalier de l'ordre de la Toison d'or, conseiller et chambellan de l'empereur Charles Quint. Il est mort à l'âge de 29 ans, quand Lamoral avait 5 ans. Sa mère, Françoise, est issue d'une branche cadette de la maison de Luxembourg. Charles Quint l'avait créée princesse de Gavre en 1535.

Lamoral est né au château de La Hamayde, près d'Ellezelles dans le Hainaut. Il a un frère aîné, Charles et une sœur, Marguerite.

En 1538, il suit en Espagne son frère ainé Charles, devenu chambellan de l'empereur en succession de leur père. Ils participent tous les deux à la campagne désastreuse d'Alger. Lamoral a alors 19 ans. Un an après, en décembre 1542, son frère Charles meurt à Carthagène des suites d'une blessure reçue à Alger. Il laisse à son cadet le titre de comte d'Egmont, ainsi que de nombreux fiefs et domaines en Hollande et en Flandre. Le 22 mai 1544, Lamoral épousa une princesse richissime mais protestante, Sabine de Palatinat-Simmern (maison de Bavière).

Fidèle serviteur de la maison de Habsbourg, il est élu à l'âge de 24 ans, chevalier de l'Ordre de la Toison d'or (1546). En 1553, il est envoyé en Angleterre comme chef d'ambassade pour demander au nom du prince Philippe d'Espagne la main de Marie Tudor, reine d'Angleterre.

Les batailles de Saint-Quentin et Gravelines[modifier | modifier le code]

Durant toute sa carrière militaire, le comte d'Egmont sert les Habsbourg. Il connait la consécration à l'occasion de la dernière guerre d'Italie et contribue à la victoire espagnole en vainquant les Français à la bataille de Saint-Quentin en 1557, et à celle de Gravelines en 1558.

Dans son obsession de briser la suprématie des Habsbourg, Henri II de France avait cru utile de rompre la trêve de Vaucelles, qui lui était pourtant très favorable, et envahi l'Artois. À la tête de 60 000 hommes, Emmanuel-Philibert de Savoie, lieutenant-général des Pays-Bas espagnols, marche sur la forteresse de Mariembourg, occupée par les Français. Par pure tactique, il laisse entrer les renforts et, de nuit, décide de filer vers Saint-Quentin. L'armée du connétable Anne de Montmorency y est écrasée par la cavalerie de Lamoral d'Egmont le 31 janvier 1537. La voie de Paris est ouverte. La prise de Noyon est de bon augure mais la résolution politique de Philippe II manque. À court d'argent, l'armée espagnole est contrainte de s'arrêter à Chauny et est incapable de profiter de son avantage.

Six mois plus tard, le valeureux Lamoral arrête le maréchal de Thermes dans les dunes de Gravelines. Le soulagement est général tant l'armée française s'était rendue coupable d'exactions multiples dans le comté de Flandre après la prise de Calais et de Dunkerque. Calais avait été reprise aux Anglais en janvier 1558 grâce à l'armée du duc François de Guise, après 210 ans d'occupation.

Grâce à ces victoires, Lamoral monte dans l'estime du roi Philippe II qui le nomme stathouder (gouverneur) de Flandre et d'Artois.

Gouverneur de Flandre[modifier | modifier le code]

Dans l'opposition nobiliaire[modifier | modifier le code]

Lamoral fait alors partie du Conseil d'État, aux côtés de Guillaume, prince d'Orange et du comte de Hornes. Ils s'unirent tous les trois en protestation contre le cardinal Granvelle, perçu comme un étranger. Ils sont également sceptiques quant à l'efficacité de la politique religieuse du roi, qui leur semble difficile à appliquer et contraire aux traditions locales. En 1565, Egmont se rend à Madrid pour faire part au roi de ces difficultés et réclamer un moratoire ou du moins une modération dans la lutte contre l'hérésie, l'application du concile de Trente et la création des nouveaux diocèses. Le roi lui fait une réponse évasive qui lui semble satisfaisante mais il se sent trahi lorsqu'il apprend de la régente Marguerite de Parme la teneur des lettres du bois de Ségovie.

De retour aux Provinces, il est confronté à la crise iconoclaste de l'été 1566. Dans son gouvernement de Flandre, il tente de faire appliquer les lois et édits du roi, signe de sa fidélité, mais se rend vite compte qu'il est difficile de les faire respecter par les tribunaux locaux.

La crise iconoclaste de 1566[modifier | modifier le code]

C'est dans ce contexte de tension politique intense, qu'intervient une vague de destruction massive des églises catholiques. Parti de Flandre, le mouvement iconoclaste de 1566 se répand en quelques semaines dans un grand nombre de provinces des Pays-Bas. En tant que gouverneur du comté de Flandre, le comte d'Egmont s'efforça avec peine de rétablir l'ordre social et tenta de rétablir l'autorité royale à laquelle il restait fidèle. En tant que catholique, il déplorait la violence avec laquelle l'iconoclasme était appliqué. Par réalisme politique et par souci de préserver la paix publique, il préconisait cependant la modération dans la politique religieuse, ce qui augmenta la réprobation de Philippe II d'Espagne à son égard.

L’exécution[modifier | modifier le code]

Statue du Comte d'Egmont et du Comte de Hornes dans le Petit-Sablon à Bruxelles

En 1567, alors que le duc d'Albe faisait route vers les provinces des Pays-Bas, Guillaume d'Orange s'échappa de Bruxelles et conseilla au comte d'Egmont et au comte de Hornes de faire de même, mais ils ne le firent pas. Lorsque le duc d'Albe mit en place le Conseil des troubles, il fit arrêter les deux comtes. Ils furent jugés et condamnés à mort, bien qu'ils ne fussent pas protestants. Ils furent tous deux décapités le 5 juin 1568 à Bruxelles, sur la Grand-Place. Cet évènement marque le début de la guerre de Quatre-vingts ans, celle qui permit aux Provinces du Nord (les Pays-Bas actuels) d'accéder à l'indépendance.

Il fut inhumé le lendemain de son exécution à Zottegem, dans la propriété de sa femme, dans une crypte où tous deux reposent entourés de leurs onze enfants.

L'ensemble du patrimoine familial est saisi au profit du roi suite à cette condamnation. En 1570, une amnistie restitue le comté d'Egmont, la principauté de Gavre et les autres fiefs familiaux à Philippe d'Egmont, qui prend alors la succession de son père.

Le comte d'Egmont dans les arts[modifier | modifier le code]

Lamoral d'Egmont est aussi le sujet et le personnage principal d'une pièce de théâtre homonyme de Goethe, pour laquelle Beethoven composa en 1810 une musique de scène dont les morceaux les plus célèbres sont l'ouverture, le lied 'Die Trommel gerühret', le lied 'Freudvoll und Leidvoll' et la 'Mort de Klärchen' (Egmont). Le compositeur avait le sujet à cœur, eu égard à ses propres convictions politiques et à son idéal de liberté héroïque.

Le comte d'Egmont est aussi le sujet de plusieurs peintures de Louis Gallait.

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Orn ext prince SERG Toison d'or.svg
Blason Lamoral d'Egmont (1522-1568).svg

Écartelé : aux 1 et 4 parti d'Egmond et d'Arkel ; au 2 et 3, parti de Gueldre et de Juliers. Sur le tout, écartelé de Luxembourg et des Baux.[1]

Notes et références[modifier | modifier le code]