Laisse tomber les filles

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Laisse tomber les filles

EP par France Gall
Face A Laisse tomber les filles
Le Premier Chagrin d'amour
Face B Christiansen
On t'avait prévenue
Sortie Août 1964
Enregistré 1964
Studio Blanqui
Paris
Durée 2:10
Genre Pop
Format Super 45 tours
Auteur-compositeur Serge Gainsbourg
Producteur Denis Bourgeois
Label Philips
Éditions Sidonie (catalogue Bagatelle)

Laisse tomber les filles est une chanson française écrite et composée par Serge Gainsbourg et chantée par France Gall en 1964.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Commentaire[modifier | modifier le code]

Dans cette 2e œuvre écrite pour France Gall, Gainsbourg fait scander à sa jeune interprète un leitmotiv lancinant et équivoque, Jean-Emmanuel Deluxe la voit même comme « une chanson féministe bien des années avant l'existence du Mouvement de libération des femmes, un paradoxe si l'on considère la misogynie de Gainsbourg. C'est une preuve supplémentaire qu'il était assez talentueux pour projeter la personnalité de l'interprète — dans ce cas, une mélancolique jeune fille — dans sa propre chanson »[1],[2]. Et en effet, France ordonne au garçon volage de renoncer aux filles tout en proférant des menaces s’il persiste dans cette (mauvaise ?) voie :

Un jour c’est toi qu’on laissera […]
Un jour c’est toi qui pleureras […]
Tu le paieras un de ces jours […]

On peut aussi interpréter la chanson en supposant l'élision poétique du « si » conditionnel au début de la phrase : « Si » tu laisses tomber les filles ; ce n'est donc pas un ordre, mais l'énoncé d'une menace et la suite prend alors tout son sens.

La chance abandonne
Celui qui ne sait
Que laisser les cœurs blessés
Tu n’auras personne
Pour te consoler
Tu ne l’auras pas volé

Ce futur désenchanté prédit par « un cœur innocent » est bien étranger aux préoccupations des ados chantants de l’époque et la complexité de ces paroles sorties de la bouche d’une fillette n’est pas toujours bien perçue. Gilles Verlant écrit à ce propos[3] : « Les textes de Gainsbourg n’ont évidemment rien à voir avec l’univers nunuche-chouchou du reste des yéyés, qui a son charme, bien sûr, mais pas un atome de distance ni de profondeur. D’emblée, il impose une lecture au second degré ou encore se montre délibérément négatif. […] Dans les chansons qu’il lui écrit, il y a une lucidité, un refus de se laisser prendre à la « grande farce de l’amour », celle où l’on se dit des « jamais » et des « toujours ». Or, cette fois, ce n’est pas un homme de trente ou trente-cinq berges qui chante, mais une adolescente… »

Le chant vindicatif de France est toujours soutenu par l’équipe de jazzmen guidés par Alain Goraguer (« Gogo »), la même équipe avec laquelle Gainsbourg enregistre à l’époque. Le déploiement des cuivres et des percussions dans l’architecture de la chanson n'est pas étranger à son succès. Les Anglo-saxons apprécient ce « french pop sound » qui fait que cette chanson continue d’être reprise de nos jours (parfois sous le titre anglais Chick Habit).

Reprises[modifier | modifier le code]

En 1995, la chanteuse et parolière américaine April March enregistre la chanson dans sa version originale et en effectue l'adaptation anglaise, avec des paroles différentes, sous le titre Chick Habit (ces deux versions figurent dans la BO de plusieurs films).

Laisse tomber les filles (compilations)[modifier | modifier le code]

CD[modifier | modifier le code]

Vinyle[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Page 41 de l'édition anglaise de l'anthologie de Jean-Emmanuel Deluxe (préf. Lio), Yé-Yé Girls of 60s French Pop, Port Townsend (États-Unis), Feral House (anthologie),‎ 17 novembre 2013, broché, 20,3 cm x 20,3 cm, 256 p. (ISBN 9781936239719 et 9781936239726, résumé, écouter en ligne)
  2. Traduction libre de l'anglais par l'éditeur.
  3. Gilles Verlant, Gainsbourg, page 259, Éditions Albin Michel, Paris, 2000 (ISBN 2-226-12060-2)
  4. Présentation en ligne
  5. a et b Source : Yves-Ferdinand Bouvier et Serge Vincendet (photogr. Patrick Ullmann), Serge Gainsbourg : L'Intégrale et Cætera, Paris, Éditions Bartillat (intégrale des textes des chansons),‎ 2005, broché, 15,5 x 23 cm, 976 p. (ISBN 2-84100-341-8, résumé)