Ladislas III de Pologne

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Ladislas III de Pologne
Image illustrative de l'article Ladislas III de Pologne
Titre
Duc du sud de la Grande-Pologne
11941207
Prédécesseur Odon de Poznań
Successeur Ladislas Odonic
Duc du nord de la Grande-Pologne
12021207
Prédécesseur Mieszko III le Vieux
Successeur Ladislas Odonic
Duc de Petite-Pologne
Princeps de Pologne
12021202
Prédécesseur Mieszko III le Vieux
Successeur Lech le Blanc
Duc de Poznań et de Gnesne
12071229
Prédécesseur Ladislas II aux Jambes Grêles
Successeur Ladislas Odonic
Duc de Kalisz
12171227
Prédécesseur Ladislas Odonic
Successeur Ladislas Odonic
Duc de Petite-Pologne
Princeps de Pologne
12281229
Prédécesseur Lech le Blanc
Successeur Conrad Ier de Mazovie
Biographie
Dynastie Piast
Nom de naissance Władysław III Laskonogi
Date de naissance entre 1161 et 1167
Date de décès 3 novembre 1231
Lieu de décès Racibórz
Père Mieszko III le Vieux
Mère Eudoxia de Kiev (en)
Conjoint Lucie de Rügen (en)

Ladislas III aux Jambes Grêles (en polonais Władysław III Laskonogi) (entre 1161 et 11673 novembre 1231) est duc de Cracovie (princeps ou senior) en 1202 et de 1228 à 1229. Fils cadet de Mieszko III le Vieux et d'Eudoxia de Kiev (en), il est de la dynastie des Piasts.

Duc de Grande-Pologne, il règne sur le sud de la Grande-Pologne de 1194 à 1202, et sur toute la Grande-Pologne de 1202 à 1220.

Un fidèle collaborateur de son père Mieszko III le Vieux[modifier | modifier le code]

Son nom apparaît pour la première fois dans un document de 1167 rédigé par Casimir II le Juste et Mieszko III lors de la réunion des ducs polonais qui a eu lieu à Jędrzejów.

En 1177, une révolte de la noblesse de Petite-Pologne chasse Mieszko III de son trône. Casimir II lui succède à Cracovie. Odon se joint à la révolte contre son père qu’il accuse de vouloir favoriser les enfants de son second mariage avec Eudoxia de Kiev (en). En 1179, Odon qui convoite le duché de Grande-Pologne, chasse Mieszko III et ses jeunes fils Boleslas, Mieszko et Ladisalas. Ils trouveront refuge en Poméranie et rentrent en Grande-Pologne en 1181.

En 1186, Ladislas épouse Lucie de Rügen (en), fille de Jaromar, duc de Rügen. Ce mariage qui a pour but de renforcer les liens de son père avec la Poméranie occidentale, demeurera sans descendance.

En 1194, à la mort de son demi-frère Odon, Ladislas assure la régence du duché du sud de la Grande-Pologne, son neveu Ladislas Odonic étant trop jeune pour régner.

L’année suivante, à la suite du décès de son frère Boleslas de Cujavie, Ladislas reste le seul héritier de son père qu’il soutient totalement dans sa lutte pour reconquérir le trône de Cracovie.

Duc de Grande Pologne[modifier | modifier le code]

Le 13 mars 1202, à la mort de son père, Ladislas devient duc de Grande-Pologne. Soutenu par le voïvode de Cracovie, il s'empare du trône qui devait revenir à Lech le Blanc, le fils aîné de Casimir II le Juste. Très vite, il est chassé de Cracovie par Lech le Blanc et ses partisans.

Revenu en Grande-Pologne, il va mener une politique visant à prendre le contrôle de la Poméranie dont le suzerain est Lech le Blanc. À cette fin, il rencontre le roi du Danemark Valdemar II pour résoudre leurs contentieux et délimiter leurs zones d’influence respectives. Il procède ensuite à un échange de terres avec Henri Ier le Barbu qui lui cède la région de Lubusz, d'où il est plus facile de mener une politique active sur les rivages de la mer Baltique, contre la région de Kalisz, qui devait revenir à Ladislas Odonic.

Conflit avec l’Église[modifier | modifier le code]

Le jeune Ladislas Odonic n’accepte pas de voir une partie de ses terres quitter la Grande-Pologne. Il rallie à sa cause une partie de la noblesse ainsi que l'archevêque de Gniezno Henri Kietlicz, qui y voit une bonne occasion d’obliger le duc de Grande-Pologne à accorder des privilèges à l’Église.

Mal préparée et malgré l’anathème lancé par Henri Kietlicz, la tentative de renverser Ladislas III est un échec. Ladislas Odonic et Henri Kietlicz doivent s'enfuir et se réfugier à la cour d’Henri Ier le Barbu qui les accueille à bras ouverts. Henri Ier installe Ladislas Odonic sur le trône de Kalisz alors que l’archevêque Henri Kietlicz se rend à Rome pour demander l’aide du pape Innocent III. Celui-ci réagit en confirmant l’excommunication de Ladislas III aux Jambes Grêles et lance un appel à la noblesse polonaise pour permettre à l’archevêque de rentrer en Grande-Pologne.

La réconciliation avec l’archevêque[modifier | modifier le code]

Henri Ier le Barbu se donne pour mission de réconcilier les différentes parties. En 1208, à l’occasion de la fête de la nativité, il réunit tous les ducs Piasts à Głogów. Les ducs de Grande-Pologne sont invités ainsi que l’archevêque Henri Kietlicz et les évêques de Wrocław, Lubusz et Poznań. Ladislas III aux Jambes Grêles autorise le retour de l’archevêque à Gniezno en échange de la levée de l’anathème prononcé contre lui. Par contre, le différend avec son neveu ne trouve pas de solution.

Soutien à Mieszko IV Jambes Mêlées[modifier | modifier le code]

En 1210, Ladislas III soutient le duc de Racibórz Mieszko Ier qui demande l’application de la volonté de Boleslas III Bouche-Torse, selon laquelle l’aîné des représentants mâles de la dynastie Piast doit être le princeps (ou senior) et à ce titre occuper le trône de Cracovie. Mieszko Ier Jambes Mêlées étant assez âgé, Ladislas espère pouvoir lui succéder rapidement. Le 9 juin 1210, le pape Innocent III promulgue une bulle demandant à ce que l’on revienne à la règle de succession instaurée par Boleslas III Bouche-Torse.

En juillet, profitant d’un synode tenu à Borzykowa en même temps qu’une assemblée des ducs polonais, Mieszko Ier envahit Cracovie et s’empare du trône. À Borzykowa, l’archevêque de Gniezno, Henri Kietlicz arrive à faire confirmer les nombreux privilèges obtenus par l’Église à Łęczyca en 1180. Il obtient en plus l’immunité pour l’Église (elle pourra avoir ses propres tribunaux). Tous ces privilèges sont reconnus par Lech le Blanc, Conrad Ier de Mazovie et Ladislas Odonic. En échange, il obtient du pape que celui-ci annule sa bulle légitimant le pouvoir de Mieszko Ier.

En mai 1211, à la mort de Mieszko Ier, Lech le Blanc récupère le trône avec la bénédiction papale, le droit d’aînesse qui devait jouer en faveur de Ladislas III ayant été aboli.

La soumission à l’Église[modifier | modifier le code]

En 1215, la position de Ladislas III s’affaiblit encore, à la suite du renforcement de la puissance de l’archevêque Henri Kietlicz, soutenu par le quatrième concile du Latran. À Wolbórz, lors d’une rencontre avec Lech le Blanc, Conrad Ier de Mazovie, Ladislas Odonic et Casimir Ier d'Opole, l’archevêque Henri Kietlicz obtient de nouveaux privilèges pour l'Église qui devient un véritable État dans l’État. Kietlicz exige que Ladislas III rende le sud de la Grande-Pologne à Ladislas Odonic, qui en est l'héritier légitime. Ne voulant pas prendre le risque d’une nouvelle confrontation avec l'Église, Ladislas cède le duché du sud de la Grande Pologne à son neveu en 1216. Une bulle du pape Honoré III, datée du 9 février 1217, confirme cet accord.

Ce compromis de 1216 ne durera pas un an. L'ambitieux archevêque, intervenant de plus en plus dans les affaires de l'État, réunit contre lui tous les ducs polonais. Son pouvoir s'écroule parallèlement aux défaites politiques de son protecteur, le pape Honoré III.

Alliance des trois ducs[modifier | modifier le code]

En 1217, un accord de paix et une alliance sont conclus entre Lech le Blanc et Ladislas III aux Jambes Grêles.

La même année, le duc de Grande-Pologne s’assure de la neutralité d'Henri Ier le Barbu et lance une attaque contre son neveu Ladislas Odonic, obligeant celui-ci à fuir le sud de la Grande-Pologne.

Fin 1217 ou début 1218, un accord est conclu entre Ladislas III aux Jambes Grêles et Henri Ier le Barbu, grâce à la médiation des évêques de Poznań et de Lubusz. Les termes exacts de l'accord ne sont pas connus, cependant, on sait que Ladislas III aux Jambes Grêles obtient non seulement la garantie de pouvoir conserver le territoire de Ladislas Odonic, territoire qui aurait pu être revendiqué par Henri Ier le Barbu (qui avait obtenu Kalisz en 1206), mais il reprend également Lubusz à la Silésie. Peut-être que ce qui a poussé la Silésie à accepter cet accord, c'est la nécessité d'unir les ducs polonais au-delà de leurs intérêts particuliers. Cet accord est approuvé par une bulle pontificale datée du 9 mai 1218, ce qui est une défaite pour l'archevêque Henri Kietlicz.

À la mort de l'archevêque Kietlicz en 1219, Ladislas III aux Jambes Grêles, Henri Ier le Barbu et Lech le Blanc lui choisissent comme successeur un proche collaborateur du duc de Grande Pologne.

Conflit avec Ladislas Odonic[modifier | modifier le code]

Ladislas Odonic, qui s'était réfugié chez Świętopełk II de Poméranie, revient défier son oncle Ladislas III aux Jambes Grêles, ce qui contraint celui-ci à prendre ses distances par rapport aux croisades lancées par les autres ducs contre les Prussiens. En octobre 1223, Ladislas Odonic parvient à s'emparer de la ville frontalière d'Ujście. En 1225, il s'empare de Nakło.

Cette guerre entre les deux Ladislas est mise à profit par Louis, le landgrave de Thuringe, pour s'emparer de Lubusz (en 1225) et d’autre villes frontalières de Grande-Pologne.

La guerre entre l'oncle et son neveu a pris un tour final en 1227. Ladislas Odonic réussit à briser l’encerclement d'Ujście par l'armée de Ladislas III aux Jambes Grêles. Ensuite, il lance une attaque victorieuse contre les forces ennemies (le 15 juillet 1227). À partir de là, Ladislas Odonic devenait le vrai maître de la Grande-Pologne. Au même moment, Świętopełk II de Poméranie se proclame duc et dénonce la suzeraineté polonaise, ne voulant plus être le vassal de Lech le Blanc.

La situation en Grande-Pologne et en Poméranie oblige Lech le Blanc à convoquer à Gąsawa une assemblée des ducs et des puissants des terres polonaises. Ladislas III aux Jambes Grêles ne se rend pas personnellement à Gąsawa mais s'y fait représenter par l’archevêque de Gniezno et par l’évêque de Poznań. Le 23 novembre 1227, Lech le Blanc est tué dans un guet-apens monté par Świętopełk II de Poméranie et Ladislas Odonic. Henri Ier le Barbu est gravement blessé.

Duc de Cracovie[modifier | modifier le code]

Ladislas III aux Jambes Grêles repasse à l'offensive en Grande-Pologne. Au début de l'année suivante, il défait son neveu et l'emprisonne. Ensuite, il se rend en Petite-Pologne où il revendique le trône en vertu de l'accord de 1217 sur la succession de Lech le Blanc, son fils étant trop jeune pour régner. Conrad Ier de Mazovie, le frère de Lech le Blanc, s'oppose au plan de Ladislas III sur la réunification entre la Grande-Pologne et la Petite-Pologne. Le 5 mai 1228, à Wiślica, une assemblée des ducs et des puissants est convoquée pour choisir le duc de Cracovie. Ladislas III aux Jambes Grêles obtient le trône mais, en contrepartie de l'union entre la Grande et la Petite-Pologne, il doit accorder de nombreux privilèges à l'évêque de Cracovie et aux seigneurs de Petite-Pologne. Il leur donne le droit de constituer une assemblée (wiece) pour faire les lois et pour traiter les affaires judiciaires. Il doit également adopter Boleslas V le Pudique, le fils de Lech le Blanc, et en faire son successeur.

La chute[modifier | modifier le code]

Le pouvoir de Ladislas III aux Jambes Grêles va très vite se fragiliser. Tout d’abord, Ladislas Odonic réussit à s'échapper de sa prison et à reprendre la guerre contre son oncle, ce qui empêche Ladislas III aux Jambes Grêles de se préparer contre l’invasion de la Petite-Pologne envisagée par Conrad Ier de Mazovie. Cela pousse les nobles de Cracovie à remettre le pouvoir à Henri Ier le Barbu. Officiellement, il devient le gouverneur de Petite-Pologne. En échange, il obtient que Boleslas V le Pudique soit écarté et que les ducs de Silésie deviennent les héritiers de Ladislas III aux Jambes Grêles.

L'invasion de la Petite-Pologne par l’armée de Conrad de Mazovie est lancée au cours de l’été 1228. Elle est arrêtée par Henri II le Pieux, le fils d’Henri Ier le Barbu. Conrad de Mazovie ne s'avoue pas vaincu et, l’année suivante, il lance une nouvelle invasion qui lui permet de s'emparer d'une grande partie de la Petite-Pologne. Peu après, il commence le siège de Kalisz, Ladislas III aux Jambes Grêles étant occupé à combattre Ladislas Odonic dans le nord de la Grande-Pologne. Cependant, Kalisz résiste et les troupes de Conrad doivent renoncer à prendre la ville.

L’exil en Silésie[modifier | modifier le code]

La guerre en Grande-Pologne tourne au désavantage de Ladislas III aux Jambes Grêles qui doit se réfugier en Silésie, à la cour de Casimir Ier d’Opole à Racibórz. À la mort de celui-ci, il rejoint la cour d'Henri Ier le Barbu et de son fils, demandant leur aide en échange de la promesse de lui succéder.

Au printemps 1231, Henri Ier le Barbu lance une offensive contre la Grande-Pologne dans le but de renverser Ladislas Odonic et de remettre Ladislas III aux Jambes Grêles au pouvoir. Cette attaque se solde par un échec.

Ladislas III aux Jambes Grêles décède le 3 novembre 1231. On ignore où il a été inhumé, sans doute quelque part en Silésie. Conrad Ier de Mazovie hérite de toutes ses possessions.