Lacs de Titan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Mosaïque d'images radar en fausse couleur de la région polaire nord de Titan, prises par la sonde Cassini et mettant en évidence des mers, des lacs et des réseaux de rivières d'hydrocarbures. La couleur bleue représente les zones faiblement réfléchissantes au radar, vraisemblablement des lacs d'éthane ou de méthane liquide et d'azote dissous. Des photographies en lumière visible suggèrent que Kraken Mare, la grande zone en bas à gauche, est environ deux fois plus étendue que sur cette image[1]. Ligeia Mare est située en bas à droite, Punga Mare juste au-dessus du centre, Bolsena Lacus en haut à gauche, Kivu Lacus au-dessus du pôle et Sparrow Lacus à gauche en diagonale de celle-ci.

Les lacs de Titan, satellite naturel de Saturne, sont des étendues d'hydrocarbures liquides.

Observation[modifier | modifier le code]

Hypothèse[modifier | modifier le code]

La possibilité de mers de méthane liquide sur Titan est suggérée pour la première fois sur la base des données transmises par les sondes Voyager en 1980 et 1981, qui montrent que le satellite possède une atmosphère épaisse comportant la température et la composition correctes pour permettre leur existence. La première preuve directe est obtenue en 1995, après que d'autres observations depuis la Terre ont également suggéré leur existence, soit sous forme de poches isolées, soit sous la forme d'un océan recouvrant toute la lune[2].

Découverte[modifier | modifier le code]

Lors de son exploration du système de Saturne, la sonde Cassini confirme la présence de lacs d'hydrocarbures disjoints, quoique pas immédiatement. À son arrivée en 2004, on espère détecter de tels lacs grâce à la réflexion de la lumière du Soleil à leur surface, mais aucune réflexion spéculaire n'est initialement observée[3] .

La recherche s'oriente vers les pôles de Titan, où il reste possible que des lacs d'éthane et de méthane liquides puissent exister en abondance de façon stable[4]. Au pôle sud, une zone sombre nommée Ontario Lacus devient le premier lac potentiel identifié, probablement créé par les nuages observés dans la région[5]. Une côte éventuelle est également identifiée au pôle par imagerie radar[6]. Le 22 juin 2006, à la suite d'un survol pendant lequel Cassini image au radar les latitudes nord de Titan, un certain nombre de grandes nappes lisses (et donc sombres au radar) constellent la surface du satellite près du pôle[7]. Sur la base de ces observations, l'existence presque certaine de lacs de méthane est officiellement annoncée en janvier 2007[4],[8]. L'équipe de la mission Cassini–Huygens conclut que ces caractéristiques correspondent très certainement à des lacs d'hydrocarbures, les premières étendues liquides stables trouvées sur un objet céleste en dehors de la Terre. Certaines semblent posséder des canaux associés et se situent dans des dépressions topographiques[4].

Observations ultérieures[modifier | modifier le code]

Suite à un survol de Cassini en février 2008, les observations (au radar et en lumière visible) révèlent plusieurs zones dans la région polaire nord qui peuvent être de grandes étendues de méthane ou d'éthane liquides, y compris un lac de plus de 100 000 km² (plus grand que le lac Supérieur) et une mer potentiellement aussi grande que la mer Caspienne[9]. Un survol de la région polaire sud en octobre 2007 révèle des zones similaires, ressemblant à des lacs, mais plus petites[10].

Lors d'un survol proche en décembre 2007, Ontario Lacus est observé dans la région polaire sud et différents constituants sont identifiés. Sur la base de ces observations, il est déduit qu'au moins un des grands lacs de Titan contient véritablement du liquide, qu'il s'agit d'hydrocarbures et que la présence d'éthane est confirmée[11],[12].

Les découvertes aux pôles contrastent avec celles de la sonde Huygens, qui atterrit près de l'équateur de Titan le 14 janvier 2005. Les images prises par la sonde pendant sa descente ne mettent en évidence aucune étendue liquide mais indiquent cependant que des liquides ont certainement été présents dans un passé récent, montrant des collines basses parcourues par des canaux de drainage sombre conduisant à une grande région sombre et plate. Initialement, cette région est interprétée comme un lac d'une substance fluide ou pâteuse, mais il est désormais certain que Huygens a atterri à l'intérieur de cette plaine et qu'elle est solide, composée d'un sable de grains de glace[13]. Les images transmises par la sonde depuis le sol montrent une plaine plate recouverte de cailloux arrondis, ce qui pourrait indiquer l'action de fluides[14].

La stabilité à long terme des lacs reste encore à observer. Des modèles des oscillations de la circulation atmosphérique de Titan suggèrent qu'au cours d'une année saturnienne, les liquides sont transportés depuis la région équatoriale jusqu'au pôle où ils tombent sous forme de pluie. Ceci pourrait expliquer la relative sécheresse de l'équateur[15]

Liste[modifier | modifier le code]

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Image radar de lacs d'hydrocarbures sur Titan, prise par la sonde Cassini en 2006. Bolsena Lacus est dans le coin bas droite, avec Sotonera Lacus juste au-dessus sur sa gauche. Koitere Lacus et Neagh Lacus sont visibles vers le milieu, respectivement vers la gauche et la droite. Mackay Lacus est située vers le haut, à gauche.

L'Union astronomique internationale donne le label de lacus (pluriel laci) aux zones de Titan dont on pense qu'ils sont des lacs d'hydrocarbures. Ils sont nommés d'après des lacs terrestres[16]. Les grands lacs portent le nom de mare (pluriel maria) et sont nommés d'après des monstres marins légendaires[16].

Mers[modifier | modifier le code]

Les zones suivantes sont identifiées comme maria[17] :

Nom Coordonnées Diamètre (km)
Kraken Mare 68° N 310° O / 68° N, 310° O () 1 170
Ligeia Mare 79° N 248° O / 79° N, 248° O () 500
Punga Mare 85° N 340° O / 85° N, 340° O () 380

Lacs[modifier | modifier le code]

Les zones suivantes sont identifiées comme lacus[18] :

Nom Coordonnées Diamètre (km)
Abaya Lacus 73° 10′ N 45° 33′ O / 73.17, -45.55 () 65
Albano Lacus 65° 54′ N 236° 24′ O / 65.9, -236.4 () 6
Atitlán Lacus 69° 18′ N 238° 48′ O / 69.3, -238.8 () 14
Bolsena Lacus 75° 45′ N 10° 17′ O / 75.75, -10.28 () 101
Cardiel Lacus 70° 12′ N 206° 30′ O / 70.2, -206.5 () 22
Cayuga Lacus 69° 48′ N 230° 00′ O / 69.8, -230 () 23
Feia Lacus 73° 42′ N 64° 25′ O / 73.7, -64.41 () 47
Freeman Lacus 73° 36′ N 211° 06′ O / 73.6, -211.1 () 26
Jingpo Lacus 73° N 336° O / 73, -336 () 240
Junín Lacus 66° 54′ N 236° 54′ O / 66.9, -236.9 () 6
Kivu Lacus 87° N 121° O / 87, -121 () 78
Koitere Lacus 79° 24′ N 36° 08′ O / 79.4, -36.14 () 68
Lanao Lacus 71° 00′ N 217° 42′ O / 71, -217.7 () 35
Logtak Lacus 70° 48′ N 226° 06′ O / 70.8, -226.1 () 14
Mackay Lacus 78° 19′ N 97° 32′ O / 78.32, -97.53 () 180
Mývatn Lacus 78° 11′ N 135° 17′ O / 78.19, -135.28 () 55
Neagh Lacus 81° 07′ N 32° 10′ O / 81.11, -32.16 () 98
Ohrid Lacus 71° 48′ N 221° 54′ O / 71.8, -221.9 () 17
Oneida Lacus 76° 08′ N 131° 50′ O / 76.14, -131.83 () 51
Ontario Lacus 72° S 183° O / -72, -183 () 235
Sevan Lacus 69° 42′ N 225° 36′ O / 69.7, -225.6 () 47
Sotonera Lacus 76° 45′ N 17° 29′ O / 76.75, -17.49 () 63
Sparrow Lacus 84° 18′ N 64° 42′ O / 84.3, -64.7 () 81
Towada Lacus 71° 24′ N 244° 12′ O / 71.4, -244.2 () 24
Uvs Lacus 69° 36′ N 245° 42′ O / 69.6, -245.7 () 27
Vänern Lacus 70° 24′ N 223° 06′ O / 70.4, -223.1 () 44
Waikare Lacus 81° 36′ N 126° 00′ O / 81.6, -126 () 53

Galerie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Exploring the Wetlands of Titan », JPL - Cassini,‎ 15/03/2007 (consulté le 18/02/2009)
  2. (en) Dermott, S. F.; Sagan, C., « Tidal effects of disconnected hydrocarbon seas on Titan », Nature, vol. 374,‎ {{{2}}}, p. 238-240 (lien DOI?, résumé)
  3. H. Bortman, « Titan: Where's the Wet Stuff? », Astrobiology Magazine,‎ 02/11/2004 (consulté le 18/02/2009)
  4. a, b et c (en) E.R Stofan, C. Elachi, et al., « The lakes of Titan », Nature, vol. 445, no 1,‎ {{{2}}}, p. 61–64 (lien DOI?, résumé)
  5. E. Lakdawalla, « Dark Spot Near the South Pole: A Candidate Lake on Titan? », The Planetary Society,‎ 28/06/2005 (consulté le 18/02/2009)
  6. « NASA Cassini Radar Images Show Dramatic Shoreline on Titan », Jet Propulsion Laboratory,‎ 16/09/2005 (consulté le 18/02/2009)
  7. « PIA08630: Lakes on Titan », NASA/JPL - NASA Planetary Photojournal (consulté le 18/02/2009)
  8. « Titan Has Liquid Lakes, Scientists Report in Nature », NASA/JPL,‎ 03/01/2007 (consulté le 18/02/2009)
  9. « Cassini Spacecraft Images Seas on Saturn's Moon Titan », NASA,‎ 13/03/2007 (consulté le 18/02/2009)
  10. E. Lakdawalla, « News flash: Lakes at Titan's south pole, too, on top of the land of lakes in the north », The Planetary Society,‎ 11/10/2007 (consulté le 18/02/2009)
  11. « NASA Confirms Liquid Lake on Saturn Moon », NASA,‎ 30/07/2008 (consulté le 18/02/2009)
  12. A. Hadhazy, « Scientists Confirm Liquid Lake, Beach on Saturn's Moon Titan », Scientific American,‎ 30/07/2008 (consulté le 18/02/2009)
  13. « Titan probe's pebble 'bash-down' », BBC News,‎ 10/04/2005 (consulté le 18/02/2009)
  14. E. Lakdawalla, « New Images from the Huygens Probe: Shorelines and Channels, But an Apparently Dry Surface », The Planetary Society,‎ 15/01/2005 (consulté le 28/03/2005)
  15. « Tropical Titan », astrobio.net,‎ 07/10/2007 (consulté le 28/03/2005)
  16. a et b « Categories for Naming Features on Planets and Satellites », Gazetteer of Planetary Nomenclature (consulté le 18/02/2009)
  17. « Titan Nomenclature: Mare, maria », Gazetteer of Planetary Nomenclature (consulté le 18/02/2009)
  18. « Titan Nomenclature: Lacus, lacus », Gazetteer of Planetary Nomenclature (consulté le 18/02/2009)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]