Lac Tchad

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Lac Tchad
Image illustrative de l'article Lac Tchad
Administration
Pays Drapeau du Cameroun Cameroun, Drapeau du Niger Niger,
Drapeau du Nigeria Nigeria, Drapeau du Tchad Tchad
Géographie
Coordonnées 13° N 14° E / 13, 1413° Nord 14° Est / 13, 14  
Type endoréique
Superficie
 · Maximale
1 540 km2
26 000 km2
Altitude 280 m
Profondeur
 · Maximale
 · Moyenne
 
10,5 m
4,11 m
Volume 72 km3
Hydrographie
Bassin versant 2 381 635 km2
Alimentation Chari, Logone
Émissaire(s) aucun

Géolocalisation sur la carte : Nigeria

(Voir situation sur carte : Nigeria)
Lac Tchad

Géolocalisation sur la carte : Tchad

(Voir situation sur carte : Tchad)
Lac Tchad
Évolution du lac Tchad de 1973 à 2001 (NASA)

Le lac Tchad est un grand lac peu profond d'Afrique dont les eaux sont douces, ce qui est rare pour un lac endoréique, c'est-à-dire dont les eaux ne rejoignent pas l'océan. Son rôle économique est très important, car il doit fournir l'eau à plus de 20 millions de personnes des quatre pays limitrophes : le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le bassin hydrographique du lac est théoriquement de 2 380 000 km2, couvrant 7,8 % du continent, mais le bassin actif n'est en fait que de 967 000 km2. Le principal apport, pour 90 %, vient du fleuve Chari et de son affluent Logone, tous deux issus des montagnes de la République centrafricaine. Le Komadougou Yobé, issu du Nigeria, est affaibli par la présence de deux barrages qui ont fait chuter son débit de 7 km3 à 0,45 km3 par an. Bien qu'il ne participe que pour 10 % aux eaux du lac, c'est la séparation provoquée en deux bassins, nord et sud, qui rendit précaire l'alimentation du nord. La perte hydrique en aval des barrages a de plus été accentuée par un captage accru des puits[1].

Jadis l'un des plus grands lacs du monde, le lac s'est réduit considérablement pendant les quatre dernières décennies. Dans les années 1960, il couvrait un secteur de plus de 26 000 km2. En 2000, il était tombé à moins de 1 500 km2. Le déficit de pluviosité combiné à une plus grande utilisation des eaux du lac et des rivières pour l'irrigation – la population du bassin a doublé dans l'intervalle, et l'irrigation a quadruplé entre 1983 et 1994 – expliquent ce recul. Sa faible profondeur, au maximum de 7 mètres, le rend fragile et très dépendant des fluctuations saisonnières. La navigation y est désormais impossible.

À la suite du recul du lac dans les années 1970-80, les nouvelles terres émergées, encore humides, ont permis d'entreprendre des cultures très productives surtout au sud du lac, côté tchadien. Les terres irriguées se montent à 135 000 ha, dont 100 000 au Nigeria[1].

Même s'il demeure encore l'un des plus grands d'Afrique, le lac Tchad est dix fois plus petit qu'il y a cinquante ans : 25 000 km² en 1964 contre 2 500 km² en 2004. Le projet titanesque Transaqua, regroupant le Cameroun, le Nigeria, le Niger, le Tchad, la République centrafricaine et la Libye, doit opérer un transfert des eaux de l'Oubangui, qui prend sa source en République démocratique du Congo, vers le lac, via les fleuves Chari et son affluent Logone. L'opération nécessiterait le creusement d'un canal de 1 350 kilomètres en République centrafricaine. L'opération est loin de faire l'unanimité. Certains craignent ses impacts négatifs sur la biodiversité de l'Oubangui et du bassin du Congo. Par ailleurs, le mauvais état de l'Oubangui dont les eaux baissent dangereusement, plaide pour les détracteurs de Transaqua[2].

La NASA a financé une étude sur le lac Tchad dans le cadre de son système d'observation de la Terre. Les variations sont suivies par satellite artificiel, afin de prévenir les riverains des modifications attendues. La NASA, qui a mené une étude de simulation climatique sur la région, prédit la disparition du lac à plus ou moins brève échéance.

Évolution[modifier | modifier le code]

Durant les périodes postglaciaires, le Sahara bénéficia de conditions climatiques beaucoup plus clémentes que de nos jours et le désert réel était très restreint. Le Sahara était en majeure partie couvert d'une végétation boisée de type méditerranéen, particulièrement dans les massifs centraux avec autour d'eux de nombreux lacs et des prairies sèches, situation favorable à une faune giboyeuse.

Suivant les alternances des phases humides et des périodes sèches, le lac Tchad s'étend ou se rétracte, mais à partir de 4000 av. J.-C. jusqu'à nos jours, la baisse des eaux est rapide, correspondant à l'installation de l'aridité et à l'avancée du désert.

Les variations du lac Tchad témoignent de nombreux changements :

  • vers 50 000 av. J.-C., le lac couvrait 2 millions de kilomètres carrés ;
  • vers 20 000 av. J.-C., il disparut complètement à cause de l'aridité des tropiques consécutive à l'apogée de la glaciation ;
  • vers 9500 av. J.-C., grossi par les pluies qui tombaient en abondance sur le massif du Tibesti, il a une profondeur de 15 m, avant de revenir à peu près à la situation actuelle vers 9000 av. J.-C. ;
  • vers 7000 av. J.-C., il a une profondeur de 38 m, avant de revenir à peu près à la situation actuelle vers 5500 av. J.-C. ;
  • vers 4000 av. J.-C., il a une profondeur de 65 m, et finit par couvrir une superficie de plus d'un million de kilomètres carrés, soit plusieurs centaines de fois sa superficie actuelle, avant de revenir à peu près à la situation actuelle vers 2000 av. J.-C. ; le lac était alors une véritable mer intérieure de l'Afrique centrale, mer qui a été asséchée et dont le bassin s'est rempli de sable ;
  • vers 1000 av. J.-C., il a une profondeur de 17 m, avant de redescendre à la situation actuelle ;
  • en 1908, le lac n'était plus qu'un marécage avec deux petits bassins au nord et au sud, puis son niveau augmente ;
  • en 1963 le lac couvre, selon les sources, de 22 903 à 25 000 km2 ;
  • en 2001 sa superficie descend à 4 000 km2 ;
  • en 2008, ses dimensions sont de 30 km sur 40 km à l'embouchure du fleuve Chari - (Logone) pour une superficie de 2 500 km2. Le lac Tchad couvre moins de 10 % de la surface qu'il occupait dans les années 1960[3].

En cause : des pluies de plus en plus rares, des sécheresses dramatiques (1973, 1984, 2008) et le déboisement.

Paradoxe : alors que le lac est en voie de disparition, ses riverains s'opposent à sa remise en eau. L'assèchement a en effet mis à nu des terres fertiles dont ils tirent de bons revenus.

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat autour du lac est chaud et sec, avec des précipitations très variables – de 94 à 565 millimètres annuels dont 90 % tombent entre juin et septembre. La rive sud est plus humide que le nord. Bien que l'évaporation soit importante, surtout durant la saison sèche, la salinité du lac n'augmente guère, les eaux les plus chargées en sel quittant le lac par le sous-sol[1].

Perspectives[modifier | modifier le code]

La salinité du bassin nord pourrait augmenter si l'apport hydrique vers ce dernier reste faible, ce qui pourrait causer la disparition de nombreuses espèces végétales et animales, augmentant l'érosion par la suite. La pêche, qui est déjà passée de 243 000 tonnes de 1970-1977 à 56 000 tonnes en 1986-1989, pourrait encore diminuer, privant les riverains d'un revenu substantiel alors que les États du nord du Cameroun et du Nigeria comptent déjà parmi les plus pauvres de leurs pays respectifs. La raréfaction de l'eau potable pourrait enfin augmenter les cas de diarrhée, de choléra et de fièvre typhoïde[1]. Toutefois, la perspective d'un classement du lac Tchad au patrimoine de l'humanité[4] pourrait permettre la mise en œuvre d'une politique de préservation par l'ensemble des pays riverains.

Projet de transfert d'eau depuis le bassin du Congo[modifier | modifier le code]

Pour sauver le lac Tchad, un ancien projet a refait surface au début du XXIe siècle, celui du Transaqua. Il s'agit d'un projet de transfert d'eau interbassins, au départ de certains affluents du fleuve Congo vers le lac Tchad, et ce par un gigantesque canal qui utiliserait la vallée du fleuve Chari.

Article détaillé : Transaqua.

Le projet des années 1990[modifier | modifier le code]

Le projet d'origine formalisé au début des années 1990 prévoyait de barrer les cours de plusieurs rivières importantes du nord-est de la République démocratique du Congo au moyen de barrages de régulation, et de soustraire une partie de leurs débits pour les amener vers un lac artificiel construit sur l'Oubangui en amont de Bangui. De là un canal conduirait ces eaux vers la ligne de partage des eaux entre bassins du Congo et bassin du Chari, à environ 600 mètres d'altitude. Une fois franchi ce seuil, les débits seraient acheminés, toujours par canal, dans le lit du Chari, et finiraient par alimenter le lac Tchad et toute sa région.
L'ensemble constituerait en outre une voie navigable internationale importante.
Le volume de prélèvement prévu dans ce premier projet était de l'ordre de 100 milliards de mètres cubes d'eau annuellement, c'est-à-dire environ 3 150 mètres cubes par seconde.

Les travaux prévoyaient de barrer les tributaires de l'Oubangui, de l'Aruwimi, du Lindi et du Lowa, tous affluents de droite du Congo dans le quart nord-est du Congo-Kinshasa et le Sud de la Centrafrique.

La longueur totale du canal aurait été d'environ 2 400 kilomètres dont à peu près la moitié dans le bassin du Chari.

État actuel du projet[modifier | modifier le code]

Deux projets différents sont actuellement sur la table, tous deux prévoyant le transfert d'une partie des eaux de l'Oubangui par un canal de 1 350 kilomètres.
Il est à noter qu'avant tout il fallait convaincre la République démocratique du Congo et la République du Congo d'accepter le projet, le cours d'eau à détourner (l'Oubangui) prenant sa source en République démocratique du Congo puis formant frontière avec la Centrafrique puis avec la République du Congo. L'accord de la République du Congo est chose faite depuis 2005. Pour ce qui est de la République Démocratique du Congo, elle ne s'est pas encore prononcée officiellement en termes d'accord ou de désaccord vis-à-vis du projet puisque aucune demande officielle ne lui a été formulée en termes de transfert des eaux de l'Oubangi vers le lac Tchad; elle n'a adhéré au projet qu'en tant qu'observateur en 1994 et en 2007[5].

En mars 2008, le Nigeria, le Niger et le Tchad sont tombés d'accord pour aller de l'avant et financer des études pour transférer une partie des eaux de l'Oubangui [6],[7].
L'étude de faisabilité nécessite des moyens importants et le Nigeria, puissance pétrolière donc financière de la région, est prêt à y affecter cinq millions de dollars. Les quatre autres pays membre de la CBLT (Commission du bassin du lac Tchad), à savoir le Cameroun, la République centrafricaine, le Niger et le Tchad, apporteront ensemble un sixième million. Les études doivent débuter en 2009.

En 2014, Romano Prodi, envoyé spécial de l’Organisation des Nations unies pour le Sahel en 2012 et 2013, appelle les membres CBLT à ne plus attendre de nouvelles études. Les 4 et 5 avril 2014 à la conférence de Bologne pour le financement du sauvetage du lac Tchad, les acteurs se sont engagés à la création d'un comité de suivi et d'un comité de scientifique mondial[8].

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d PNUE, Afrika's Lakes, Atlas of Our Changing Environment, p. 22 ss.
  2. GEO N°403 de septembre 2012 p.73
  3. Le Plan B Pour un pacte écologique mondial, Lester R. Brown Calmann-Lévy/ Souffle Court Éditions - 2007
  4. Le Lac Tchad, source de conflits (décembre 2010)
  5. Groupe l'Avenir (17 Avril 2014), Irrigation et transfèrement des eaux de l’Oubangui vers le lac Tchad Bavon. Samputu apaise la colère des députés nationaux
  6. Voice of America : African leaders team up to rescue Lake Chad (mars 2008) (en)
  7. Tribune de Genève : Un projet pharaonique mais vital pour 22 millions de personnes (novembre 2008) (fr)
  8. Romano Prodi, « Sauvetage du lac Tchad, un espoir de paix : Une ressource dont dépendent trente millions de personnes », Le Monde diplomatique,‎ juillet 2014 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Moustapha Abakar Malloumi, La Coopération sous-régionale et la gestion durable des eaux du lac Tchad.
  • Michel Alain Roche, Traçage naturel salin et isotopique des eaux du système hydrologique du lac Tchad.
  • Jean-Paul Lebeuf, Carte archéologique des abords du lac Tchad : Cameroun, Nigeria, Tchad.
  • (en) Carmouze J.-P., Durand J.-R. & Lévêque C., Ed, 1983, Lake Chad, Ecology and productivity of a shallow tropical ecosystem. La Haye, Dr W. Junk, Monographiae Biologicae vol. 53, 575 p.
  • Marina Bertoncin et Andrea Pase, Autour du lac Tchad. Enjeux et conflits pour le contrôle de l'eau, L'Harmattan, Paris, 2012, 360 p. (ISBN 9782296990579)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]