Lac Pavin

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Lac Pavin
Image illustrative de l'article Lac Pavin
Administration
Pays Drapeau de la France France (Massif central)
Région Auvergne
Commune Besse-et-Saint-Anastaise
Géographie
Coordonnées 45° 29′ 45″ N 2° 53′ 18″ E / 45.49594, 2.88820345° 29′ 45″ Nord 2° 53′ 18″ Est / 45.49594, 2.888203  
Type Volcanique
Superficie 44 ha
Altitude 1 197 m
Profondeur 92 m
Hydrographie
Émissaire(s) aucun

Géolocalisation sur la carte : Auvergne

(Voir situation sur carte : Auvergne)
Lac Pavin

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Lac Pavin

Le lac Pavin est un lac français d'origine volcanique situé dans les monts Dore dans le Massif central, près de la commune de Besse-et-Saint-Anastaise communément appelée Besse-en-Chandesse dans le département du Puy-de-Dôme, en région Auvergne.

Description[modifier | modifier le code]

Situé à une altitude de 1 197 mètres[notes 1], le lac s’est formé par phréato-magmatisme, autrement dit il s'agit d'un maar. De forme presque parfaitement circulaire avec un diamètre de 700 à 800 mètres et une superficie de 44 hectares, il a une profondeur de 92 mètres, ce qui en fait le plus profond d'Auvergne[1] (soit un volume d'environ 13 millions de m3 d'eau), visité par environ 200 000 personnes par an[2]. La rivière Couze Pavin qui passe a 300 mètres du lac n'est que partiellement alimentée par ce dernier.

Il est d'origine très récente contrairement au massif des Monts Dore. Il semble qu'il se soit formé après la période d'activité volcanique qui a créé la chaîne des Puys, soit il y a environ 6 900 ans, ce qui en fait le plus jeune édifice volcanique de France métropolitaine[3]. Il n'est pas lié à la Chaîne des Puys. L'explosion qui l'a formé fut très violente (phréato-magmatisme) : des traces de cet événement ont été retrouvées jusque dans les sédiments du lac Léman et dans d'autres lacs suisses, et le volume de l'éruption est estimé à 75 millions de m3[4].

Par temps clair, le ciel bleu se reflétant dans l'eau, sa couleur est presque bleu-nuit. Par contre, par temps d’orage, ses eaux profondes apparaissent très sombres, ce qui lui a sans doute valu son nom de Pavin (du latin pavens, épouvantable)[2].

Les eaux oxygénées du lac Pavin abritent du zooplancton et des poissons notamment l'omble chevalier évoluant en eau profonde (30 à 70 mètres)[5]. Les eaux profondes ont une densité de plus de 10 millions de bactéries par ml d’eau (densité dix fois supérieure à celle des lacs standards), notamment des archées méthanogènes (c'est-à-dire productrices de méthane), ainsi que d'autres espèces consommatrices de ce même gaz, certaines Archées parviendraient à oxyder une partie du méthane qu'elles produisent pour le consommer[6].

Toponymie[modifier | modifier le code]

« Pavin » vient du latin pavens (participe adjectivé de paveo qui signifie « être frappé d'épouvante »). « Lac Pavin » signifierait donc « lac épouvantable ».[réf. nécessaire]

Lac méromictique[modifier | modifier le code]

Le lac Pavin présente une caractéristique unique[7] en France : c'est un lac méromictique, classé officiellement comme tel en 1951 [3]. Le mélange des eaux, annuel ou bisannuel, ne s'effectue que sur les 60 premiers mètres : cette propriété s'explique par la forme presque conique du volume d'eau, sa situation encaissée et protégée des vents et l'existence de sources souterraines qui minéralisent les eaux profondes et les rendent plus denses[8].

Les eaux anoxiques du fond du lac, entre 60 et 92 mètres, sont ainsi confinées et sont chargées en gaz tels que le dioxyde de carbone, le méthane et l'hydrogène sulfuré, dues à la décomposition de la matière organique et qui leur confère une odeur nauséabonde ; la teneur en gaz fait l'objet d'une surveillance car une augmentation pourrait entraîner des risques de dégazage catastrophique, phénomène appelé « éruption limnique ». Selon les scientifiques, le lac n'est pas arrivé à saturation et présente un état d'équilibre peu dangereux actuellement[3]. Cependant, des mouvements de terrains (chutes importantes de rochers) ou sismiques pourraient rompre cet équilibre et entraîner un dégazage soudain en raison de la libération des gaz contenus dans les sédiments profonds.

Nouvelles hypothèses concernant l'activité du lac Pavin[modifier | modifier le code]

Vue sur le lac partiellement gelé.

Le lac a été étudié par des savants dès le XVIIIe siècle : le Comte de Montlosier dans son Étude sur les volcans d'Auvergne[9] de 1789 a l'intuition que le lac est issu d'une « explosion pulvérulente »[2]. Ses caractéristiques originales (lac méromictique et pristine[notes 2]) font qu'il est depuis très étudié, notamment pour ce qui concerne l'hydrobiologie.

L'activité volcanique du secteur du lac Pavin fait l'objet d'un débat au sein de la communauté scientifique. Deux scientifiques chercheurs à titre privé, l'ingénieur géologue Thierry del Rosso et le géologue-volcanologue Pierre Lavina ont émis de nouvelles hypothèses concernant l'activité du système volcanique du Pavin :

  • rajeunir l'histoire du site : alors qu'il est communément admis que le système Montchal-Pavin (Puy Montchal situé près du lac à 1 400 m d'altitude ayant formé un cône volcanique de trachy-basalte) est rentré en éruption il y a environ 6 900 ans, une deuxième phase péri-volcanique se serait produite il y a seulement 3 500 à 2 000 ans, puis il y 750 ans et des émanations gazeuses persistent encore de nos jours ;
  • le lac aurait débordé plusieurs fois au cours de son histoire, l'événement le plus récent aurait déposé des coulées de boue dans la vallée de la Couze il y a environ 750 ans ;
  • d'importants mouvements de terrains (glissements de terrains ou séisme) auraient eu lieu au sein du lac ou dans le secteur proche, ce qui a provoqué l'apparition de turbidites au sein du lac et ce qui a pu libérer des gaz toxiques à l'instar des éruptions du lac Nyos[notes 3].
  • les légendes Pavin seraient liées à ces risques naturels.

Ces travaux furent présentés à un colloque scientifique international organisé à Besse en 2009, où :

  • la mise en évidence de ces coulées de boue a été actée par l'ensemble de la communauté scientifique, donnant lieu à de nouvelles recherches toujours en cours par les 2 inventeurs Thierry del ROSSO et Pierre Lavina ;
  • les équipes du Laboratoire Magmas et Volcans rejettent l'hypothèse d'un épisode volcanique du cratère Pavin postérieur à 6900 BP (ce qui n'a jamais été affirmé par les 2 inventeurs), qui parlent de phénomènes péri-volcaniques et non purement volcaniques pour le cratère Pavin.

Légendes[modifier | modifier le code]

Ce lac sombre qui semble sans fond est à l'origine de plusieurs légendes : « lac du diable », lac dans lequel s'est jeté le seigneur Roupoutou (ou le diable qui selon une autre version sortait du lac en créant des tourbillons) : ses cadeaux envers une jeune femme de Besse dont il était amoureux étant refusés, il s'assit sur la « chaise du diable » (deux pierres planes qui semblent former un siège), ses pleurs inondèrent le village de Besse, aussi il pensa qu’il avait noyé la femme qu’il aimait et se suicida. Une version proche veut que ce soit Dieu qui noya la cité sous des eaux diluviennes afin de punir ses habitantes aux mœurs légères[2].

D'autres légendes racontent que, si on jette une pierre en plein milieu du lac, il se réveille et qu'un jet de pierres le 31 décembre à minuit permet d'entendre les cloches de l’ancienne église de Besse sonner[3].

Escalade[modifier | modifier le code]

Le site d'escalade, situé sur le bord ouest du lac Pavin, est une falaise issue d'une coulée basaltique échappée du puy de Montchal distant d'à peine plus d'1 km. Bien que située à 1 200 mètres d'altitude, cette falaise est orientée sud-ouest et l'escalade peut donc se pratiquer d'avril à décembre. Les voies parcourent des orgues basaltiques où alternent des dièdres (à larges fissures au fond) et des piliers rectilignes. Initialement équipé par le peloton de gendarmerie de montagne de Super-Besse, le site offre 24 voies de 20 à 25 mètres de haut, cotées de 4 à 6c, avec prédominance des niveaux 6a et 6b[10].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Lien Web url=http://www.quid.fr/departements.html?zoom=2&nbphot=7&dep=63&mode=detail&style=photo titre=Le Quid inaccessible depuis mars 2010
  2. Lac primitif peu anthropisé.
  3. Un manuscrit de 1650, intitulé Le Pavin et le creux de Soucy, décrit un lac aux eaux tourbillonnantes et recouvertes de brouillards, à l'origine possible des légendes qui entourent ce lac.
Références
  1. Colloque de 2009 sur le lac Pavin
  2. a, b, c et d Sylvain Kahn, « Les mystères du lac Pavin », émission Planète terre sur France Culture, 20 septembre 2010, [lire en ligne]
  3. a, b, c et d « Le lac Pavin : un lac méromictique » (invité Michel Meybeck) dans l'émission Planète terre de France Culture du 22 septembre 2010.
  4. Site du BRGM [lire en ligne]
  5. http://annuaire.toques-auvergne.com/detail.php?id=747
  6. A. C. Lehours, J. F. Carrias, C. Amblard, T. Sime-Ngando, G. Fonty, « Les bactéries du lac Pavin », Pour la Science, janvier 2010, p. 30-35.
  7. Le seul autre en France était le lac de la Girotte, lac naturel (dissolution dans le gypse) de 99 mètres de profondeur pour 57 hectares en Haute-Savoie. Devenu un lac de barrage, il a perdu cette caractéristique.
  8. Philipe Olive, Jacques Boulègue, « Étude biogéochimique d’un lac méromictique : le lac Pavin, France », Géomorphologie, vol. 10, no 4,‎ 2004, p. 305-316
  9. Travaux du Comité français d'histoire de la géologie
  10. Denis Collangettes, G. Monneron et M. Chalier, Escalade dans le Puy-de-Dôme : Le Massif du Sancy, t. III, Fédération française de la montagne et de l'escalade