La Rempailleuse

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La Rempailleuse
Publication
Auteur Guy de Maupassant
Langue français
Parution Drapeau : France 17 septembre 1882
dans Le Gaulois
Recueil Contes de la bécasse
Nouvelle précédente/suivante
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La Rempailleuse est une nouvelle de Guy de Maupassant, parue en 1882.

Historique[modifier | modifier le code]

La Rempailleuse est initialement publiée dans la revue Le Gaulois du 17 septembre 1882, puis dans le recueil Contes de la bécasse en 1883[1].

La nouvelle est dédiée à Léon Hennique.

Résumé[modifier | modifier le code]

La Rempailleuse est composé d'un récit-cadre, dans lequel un vieux médecin raconte une histoire d'amour dont il a été témoin : celle d'une rempailleuse pour le pharmacien de son village.

La fille de rempailleurs ambulants aperçoit un jeune garçon en pleurs parce qu'on lui a dérobé son argent. Elle lui donne ce qu'elle a, et tombe amoureuse de lui.

Devenue adulte et rempailleuse à son tour, elle se contente de le voir chaque année quand elle passe dans son village. A sa mort, elle lui lègue toutes ses économies. Celui-ci refuse tout d'abord, humilié d'avoir été aimé par une pauvresse. Mais il finit par accepter quand il apprend qu'il s'agit de plus de deux mille francs.

Extrait[modifier | modifier le code]

C’était la fin du dîner d’ouverture de chasse chez le marquis de Bertrans. Onze chasseurs, huit jeunes femmes et le médecin du pays étaient assis autour de la grande table illuminée, couverte de fruits et de fleurs.

On vint à parler d’amour, et une grande discussion s’éleva, l’éternelle discussion, pour savoir si on pouvait aimer vraiment une fois ou plusieurs fois. On cita des exemples de gens n’ayant jamais eu qu’un amour sérieux ; on cita aussi d’autres exemples de gens ayant aimé souvent, avec violence. Les hommes, en général, prétendaient que la passion, comme les maladies, peut frapper plusieurs fois le même être, et le frapper à le tuer si quelque obstacle se dresse devant lui. Bien que cette manière de voir ne fût pas contestable, les femmes, dont l’opinion s’appuyait sur la poésie bien plus que sur l’observation, affirmaient que l’amour, l’amour vrai, le grand amour, ne pouvait tomber qu’une seule fois sur un mortel, qu’il était semblable à la foudre, cet amour, et qu’un cœur touché par lui demeurait ensuite tellement vidé, ravagé, incendié, qu’aucun autre sentiment puissant, même aucun rêve, n’y pouvait germer de nouveau.

Le marquis ayant aimé beaucoup, combattait vivement cette croyance :

— Je vous dis, moi, qu’on peut aimer plusieurs fois avec toutes ses forces et toute son âme. Vous me citez des gens qui se sont tués par amour, comme preuve de l’impossibilité d’une seconde passion. Je vous répondrai que, s’ils n’avaient pas commis cette bêtise de se suicider, ce qui leur enlevait toute chance de rechute, ils se seraient guéris ; et ils auraient recommencé, et toujours, jusqu’à leur mort naturelle. Il en est des amoureux comme des ivrognes. Qui a bu boira – qui a aimé aimera. C’est une affaire de tempérament, cela.

On prit pour arbitre le docteur, vieux médecin parisien retiré aux champs, et on le pria de donner son avis.

Justement il n’en avait pas :

— Comme l’a dit le marquis, c’est une affaire de tempérament ; quant à moi, j’ai eu connaissance d’une passion qui dura cinquante-cinq ans sans un jour de répit, et qui ne se termina que par la mort.

La marquise battit des mains.

— Est-ce beau cela ! Et quel rêve d’être aimé ainsi ! Quel bonheur de vivre cinquante-cinq ans tout enveloppé de cette affection acharnée et pénétrante ! Comme il a dû être heureux, et bénir la vie, celui qu’on adora de la sorte !

Les personnages[modifier | modifier le code]

Le marquis de Bertrans

Le pharmacien

Le médecin

La rempailleuse

Thématiques[modifier | modifier le code]

La thématique de l'argent[modifier | modifier le code]

"La rempailleuse" offre de nombreuses similitudes avec d'autres nouvelles de Maupassant, et l'argent n'est pas la moindre. En effet, toute la relation entre Chouquet et la petite rempailleuse est construite sur un échange, un véritable "troc": un peu d'affection contre des économies sonnantes et trébuchantes. La première partie du récit montre "Pendant quatre ans" ce malentendu.

La deuxième partie du récit, avec la mort de la rempailleuse, offre le reflet inversé de la première: il y a retour de gains pour Chouquet, l'héritage dont il bénéficie jouant le rôle d'une thésaurisation sur sentiments. La petite bourgeoisie outragée par cet amour révoltant accepte pourtant très rapidement de recevoir les "deux mille trois cent francs". Avec son ironie coutumière, Maupassant pointe la veulerie et la cupidité.

Les thématiques réalistes[modifier | modifier le code]

Le réalisme de Maupassant est assez bien représenté dans cette nouvelle. Outre l'argent mentionné précédemment, l'étude rapide des milieux (une pharmacie de province, les rempailleurs misérables) structure le récit; l'amour de la petite fille envers Chouquet résulte de plus d'une enfance sans affection (« Veux-tu bien revenir ici, crapule ! » C’étaient les seuls mots de tendresse qu’elle entendait."), ce qui n'est pas sans rappeler d'autres récits de Maupassant, tel "Le papa de Simon" (cf. rubrique "Intertextualités").

Registres[modifier | modifier le code]

Comme souvent chez Maupassant se mêlent les registres pathétique et satirique. La passion naïve et absolue du personnage de la Rempailleuse ne peut qu'éveiller la pitié. Le couple Chouquet quant à lui fait partie de ces portraits de bourgeois avides d'argent, méprisants et sans une once de sentiment envers ceux qui sont d'une classe sociale inférieure, que Maupassant se plait à tracer au vitriol.

Intertextualité[modifier | modifier le code]

Par son étroitesse d'esprit, son rapport à l'argent et son ridicule, le personnage du pharmacien Chouquet fait penser à un autre pharmacien, Homais, celui de Madame Bovary, de Flaubert. Maupassant n'a pas épargné cet odieux bourgeois de son ironie mordante par le portrait qu'il en fait enfant: "le petit pharmacien, bien propre, derrière les carreaux de la boutique paternelle, entre un bocal rouge et un ténia". Le personnage de la rempailleuse peut faire penser à Eponine dans Les Misérables de Victor Hugo. En effet, dans les deux cas, il s'agit d'amours enfantines se résolvant dans le sacrifice.

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Maupassant, Contes et Nouvelles, tome I, page 1459, Bibliothèque de la Pléiade

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

A ce jour, il n'existe aucune adaptation cinématographique ni télévisuelle.

Liens externes[modifier | modifier le code]

La Rempailleuse à écouter sur le site http://www.litteratureaudio.com .

Notes et références[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]