La Bête humaine

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La Bête humaine
Image illustrative de l'article La Bête humaine
Lithographie parue dans le quotidien La Vie populaire en 1889

Auteur Émile Zola
Genre Roman
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Éditeur G. Charpentier
Date de parution 1890
Nombre de pages 412 pages
Chronologie
Précédent 'Le Rêve' 'L'Argent' Suivant

La Bête humaine est un roman d'Émile Zola publié en 1890, le dix-septième volume de la série Les Rougon-Macquart. Ce roman est le résultat de la fusion d'un roman sur la Justice, et d'un roman sur le monde ferroviaire, ce qui n'était pas dans le dessein initial de l'auteur.

Présentation[modifier | modifier le code]

L'histoire évoque le monde du chemin de fer et se déroule tout au long de la ligne Paris-Saint-Lazare - Le Havre. Entre les deux gares, décrites avec une grande précision, les héros ne cessent d'osciller, dans un trajet pendulaire, jouets des passions qui les dominent. De grands drames arriveront à mi-chemin du parcours, au croisement des destins, dans un tunnel, et au carrefour (lieu-dit imaginaire à consonance négative) de la Croix de Maufras.

On a coutume de dire que cette histoire comporte deux héros : d'une part le mécanicien Jacques Lantier et de l'autre sa locomotive, la Lison, que Lantier aime plus qu'une femme.

Outre son aspect documentaire, La Bête humaine est un roman noir, sorte de thriller du XIXe siècle qui a choqué les contemporains de Zola. On ne décompte pas moins de deux viols, plusieurs meurtres, au moins deux suicides, et deux catastrophes, dont beaucoup sont inspirés de faits divers réels. On a même soutenu que cette sombre et terrible avalanche, digne du grand Guignol, a nui à Zola, dans son éventuelle élection à l'Académie française.

C'est aussi un roman sur l'hérédité, comme tout le cycle des Rougon-Macquart, Jacques souffrant d'une folie homicide que Zola rattache à l'alcoolisme des Macquart. Il est en effet le fils de Gervaise Macquart et d'Auguste Lantier (voir L'Assommoir). Il éprouve depuis l'enfance des douleurs qui lui traversent le crâne. Ces douleurs continuent à la puberté, s'accompagnant de pulsions meurtrières auxquelles il n'arrivera jamais à échapper vraiment : le désir physique d'une femme s'accompagne chez lui d'un irrésistible besoin de la tuer. Sur le point de posséder sa cousine Flore, il préfère fuir, car il s'apprêtait à la tuer. Plus tard, il parvient néanmoins à devenir l'amant de Séverine Roubaud et se croit guéri. Mais un jour, la bête reprend le dessus sur lui et il finit par massacrer sa maîtresse.

Le roman fourmille d'intrigues et de personnages secondaires, entremêlés, se déchirant les uns, les autres. Zola se défend pourtant d'utiliser les recettes des feuilletonistes de son époque auxquels il s'opposait. Dans l'adaptation cinématographique qui en sera faite par Renoir, l'intrigue sera fortement épurée, voire partiellement réécrite.

Enfin, La Bête humaine est un roman à charge sur la période de décadence bien caractéristique de la fin du Second Empire, aboutissement voulu du cycle des Rougon-Macquart.

Résumé[modifier | modifier le code]

Roubaud, sous-chef de gare au Havre, employé modèle, mais ayant été injustement l'objet d'une plainte d'un usager, est monté à Paris, pour se justifier. Sa femme Séverine en a profité pour l'accompagner et faire quelques emplettes. Il apprend de la bouche de Séverine que Grandmorin, devenu son protecteur et président de la Compagnie des chemins de fer, a abusé d'elle dans son enfance. Fou de jalousie, il ne peut le supporter.

Mécanicien sur la ligne Paris-Le Havre, Jacques Lantier, 26 ans, diplômé des Arts et Métiers vient souvent, lorsqu'il est en congé, chez sa marraine Phasie Misard, qui vit dans le logement de fonction du garde-barrière du lieu-dit la Croix-de-Maufras, situé sur cette même ligne Paris le Havre. La tâche de garde-barrière est confiée à Misard, son mari et à sa fille Flore. En épousant Misard, Phasie a gardé pour elle un magot de 1 000 francs qu'elle refuse de partager avec lui. Pour pouvoir entrer en possession de l'argent, Misard l'empoisonne lentement en versant du salpêtre dans son sel, mais la tuera finalement avec de la mort aux rats. Après la mort de sa femme, Misard fouille toute la maison mais ne trouvera jamais l'argent. De son côté, Flore, 18 ans, est une jeune fille sauvage, dotée d'une force d'homme, qui repousse toutes les avances de ses soupirants, mais finit par tomber amoureuse de Lantier qui n'aime en fait que sa locomotive, objet de report passionnel. Au moment de posséder Flore, Jacques est en proie à une pulsion meurtrière, qui lui est coutumière, et il s'enfuit pour ne pas la tuer. Par ailleurs, il croit apercevoir un meurtre s'accomplir dans le train qui passe, et qu'il conduit habituellement.

Roubaud et sa femme ont attiré Grandmorin dans le train et l'ont tué. Ils sont d'abord soupçonnés, et Jacques Lantier les reconnaît comme coupables, mais il se laisse fléchir par les yeux implorants de Séverine.

Le juge Denizet chargé de l'affaire sait par ailleurs que le couple va hériter de la maison (celle où Grandmorin a abusé naguère de Séverine, non loin de la Croix de Maufras) mais il a aussi un coupable idéal en la personne de Cabuche, un forestier violent et fruste, qui a autrefois été proche d'une autre victime de Grandmorin, qu'il a consolée et recueillie. L'homme des bois est une victime idéale pour détourner l'attention et protéger l'image publique de Grandmorin, le grand bourgeois.

Séverine morte de peur d'être compromise par la trace d'un courrier qu'elle a été forcée d'envoyer à Grandmorin pour l'inviter à prendre le train qui lui a été fatal, essaie d'attendrir ses juges et les responsables de la compagnie.

Le ménage Roubaud, qui devait voir la complicité du crime les souder, se disloque au contraire. Roubaud travaille la nuit, se met à boire, et dépense petit à petit, en jouant, l'argent dérobé sur le cadavre de Grandmorin, initialement volé uniquement pour détourner l'attention sur un hypothétique voleur. Appelé à témoigner, Lantier reconnaît les coupables mais refuse d'accuser Séverine. Cette dernière reconnaissante, sachant qu'il a vu le crime, le séduit et devient sa maîtresse, tandis que le juge accuse un innocent. Les deux jeunes amants se voient le plus souvent à Paris, mais finissent par être surpris par Roubaud. Ce dernier, indifférent, ne dit rien.

Un jour, la locomotive de Lantier est bloquée par la neige, à la Croix de Maufras. Les passagers du train, dont Séverine, se réfugient chez le garde barrière le temps que la locomotive de Jacques, surnommée La Lison, soit débloquée. Flore découvre que Jacques Lantier a Séverine Roubaud pour maîtresse. Peu de temps après, Phasie meurt à l'étage, finalement empoisonnée par Misard.

Séverine, rancunière des maltraitances de Roubaud, veut le faire assassiner par Lantier, qui n'en a pas le courage.

Rongée par la jalousie, Flore provoquera sciemment une catastrophe ferroviaire, en pensant tuer Séverine et Jacques dans leur train. Ils survivent alors que les victimes sont nombreuses. Jacques sait qu'elle est coupable, et Flore se suicide se faisant happer par un train dans le tunnel de Malaunay, proche de chez elle.

Finalement, voulant s'enfuir pour vivre librement en Amérique, Jacques et Séverine tendent un guet-apens à Roubaud, à la Croix-de-Maufras, dans la maison que Séverine a hérité du président Grandmorin. Mais, alors que Séverine veut donner à Jacques le courage d'accomplir son forfait, il retombe dans sa folie meurtrière et égorge sa maîtresse, peu de temps avant l'arrivée de Roubaud. Cabuche, arrive sur les lieux avant le mari et essaie de secourir Séverine. Roubaud arrivera à ce moment accompagné de Misard. Finalement, Roubaud et Cabuche, jugés complices par le juge Denizet, seront condamnés tous les deux aux travaux forcés à perpétuité, non seulement pour le meurtre de Séverine (dont ils sont innocents tous les deux), mais encore pour celui de Granmorin (dont seul Roubaud est coupable). Jacques Lantier, appelé au procès comme témoin, les laisse accuser tous les deux.

Une nouvelle locomotive est donnée à Jacques et à son conducteur qui n'est pas aussi performante que la Lison. Cela accentue le malaise entre Jacques et son chauffeur qui finissent par se battre un jour sur leur locomotive. Ils chutent et se tuent tous les deux, broyés par le train.

Le train poursuit seul, sans conducteur, sa course folle, rempli de soldats partant se battre contre les Prussiens.

Zola en 1895

Principaux personnages[modifier | modifier le code]

  • Roubaud : Sous chef de gare au Havre et mari amoureux, impulsif, il devient meurtrier de Grandmorin par jalousie, même si celle-ci est à retardement. Puis après un crime rapidement conçu et exécuté, il tombe dans une déchéance profonde : sentiment de culpabilité, alcool, apathie, jeu, jusqu'au désintérêt de sa propre personne et paradoxalement de sa femme. Zola ne donne jamais son prénom.
  • Séverine Roubaud, née Aubry : jeune femme de Roubaud, victime de Grandmorin dans sa jeunesse, complice du meurtre de ce dernier perpétré par son mari, qui lui devient odieux, au point de vouloir le faire éliminer par son amant Jacques Lantier. Sans être belle, elle a pourtant du charme, et sait obtenir la protection des hommes, qui ne résistent pas à... ses faiblesses et sa fragilité.
  • Jacques Lantier : Le « Rougon-Macquart » du livre. Deuxième fils de Gervaise Macquart (L'Assommoir), ajouté à la généalogie de la famille par Zola pour les besoins du livre, l'auteur estimant que ni Claude Lantier (Le Ventre de Paris, L'Œuvre) ni son frère Étienne (Germinal) ne possédaient le caractère adéquat pour incarner le héros de La Bête humaine. Initialement employé méritant, presque trop sérieux, qui, connaissant sa faiblesse meurtrière, cherche à l'oublier par la passion excessive qu'il déploie pour sa locomotive, « la Lison ». Avec Pecqueux, son assistant chauffeur, il forme ainsi un inhabituel triangle amoureux. Il devient, presque malgré lui, le faux témoin, puis l'amant de Séverine, avant de devenir son complice, puis son meurtrier. Il est bon avec Phasie, sa parente, et évite de justesse le pire avec Flore sa cousine.
  • Le président Grandmorin : grand bourgeois, président de la compagnie de chemin de fer, bel homme, il est aussi le suborneur de Séverine et de Louisette, toutes deux très jeunes filles. Cette dernière en mourra de honte, recueillie par Cabuche. Grandmorin pense compenser cette affaire en offrant d'abord sa protection à Séverine et son mari, puis en lui réservant en héritage la maison où Séverine succombera, à la Croix Maufras. Il meurt assassiné... dans un train.
  • Le juge Denizet : Le juge chargé de l'affaire du meurtre de Grandmorin. Bien peu clairvoyant, il s'aveugle lui-même en suivant ses convictions personnelles et ne parvient pas techniquement à élucider cette affaire. Il pratique une justice de classe, et se « couche » en évitant de provoquer un scandale dans la bonne société, mais encore faut-il lui mettre les points sur les « i » pour lui faire comprendre son devoir. Il condamne un innocent, un peu simple, un peu fruste, ce qui est bien pratique. Le juge Denizet est à peu près l'inverse du juge dans Crime et Châtiment.
  • M. Camy-Lamotte, secrétaire général du ministère de la Justice. Camy-Lamotte était parvenu à faire enterrer l'enquête afin de ne pas agiter davantage une atmosphère politique déjà tendue.
  • Pecqueux : Le chauffeur, sorte d'écuyer Sancho Pança, contrepoint du plus aristocratique Jacques Lantier. Il est matérialiste, gourmand, coureur, ivrogne, fainéant, mais entièrement dévoué à La Lison et à Jacques Lantier, qui est son contraire « monstrueux ». C'est un personnage très humain, qui sera particulièrement développé par le film de Renoir.
  • Flore : La cousine de Jacques Lantier, qui l'aime en secret depuis longtemps. Elle est belle, elle est puissante et en même temps sensible comme un cheval, physiquement forte comme un homme, farouche et intransigeante comme une vierge. Lorsqu'elle s'abandonne au presque féminin Jacques Lantier, c'est alors lui qui est repris par une rechute de sa faiblesse meurtrière, dont il ne s'extrait qu'à grand peine, par un dernier effort de volonté. Flore est trahie par Jacques, qui a cédé à sa rivale, Séverine. Sa mère Phasie une fois décédée, rien ne la retient plus, elle veut supprimer Jacques et Séverine, dans une grande catastrophe ferroviaire dont elle sera la cause ; elle n'y parvient pas et avec une grande résolution décide de mener fermement à bien son suicide.
  • Phasie et Misard : Phasie, mère de Flore et Misard, beau-père de Flore. Phasie est la tante de Jacques Lantier. Tous sont employés par la compagnie et témoins des drames qui se joueront à la croix de Maufras. Il s'y joue par ailleurs aussi un drame intime, car Misard tue sa femme à petit feu, en l'empoisonnant pour lui faire avouer où elle cache son argent, ce qu'elle ne dévoilera jamais.
  • Cabuche : L'homme des bois, témoin des turpitudes de Grandmorin avec Louisette, témoin des catastrophes ferroviaires et des meurtres. Il incarne l'instinct, la franchise, le bon sens, qui sont bafoués par la société (et en particulier la compagnie). Le rôle sera naturellement joué par Jean Renoir dans le film.

Adaptations[modifier | modifier le code]

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