La Vierge du chancelier Rolin (Jan van Eyck)

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La Vierge du chancelier Rolin
Image illustrative de l'article La Vierge du chancelier Rolin (Jan van Eyck)
Artiste Jan van Eyck
Date vers 1435
Technique huile sur panneau
Dimensions (H × L) 66 × 62 cm
Localisation Musée du Louvre, Paris (France)
Numéro d'inventaire INV 1271

Le Chancelier Rolin en prière devant la Vierge, dit La Vierge du chancelier Rolin ou Vierge d'Autun, est un tableau peint vers 1435 par le peintre primitif flamand Jan van Eyck pour Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne. Il est conservé depuis 1805 au musée du Louvre.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le tableau est un ex-voto, à tempera et huile sur bois, de 66 cm de haut et 62 cm de large, et est initialement présenté dans la chapelle Saint-Sébastien de l'église d'Autun, une église où sont enterrés les membres illustres de la famille du commanditaire Nicolas Rolin et où il fut baptisé. Le tableau rejoint les collections du musée du Louvre en 1793 au moment de la destruction des bâtiments et perd son encadrement d'origine qui devait porter date et signature du peintre.

Thème[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'un thème de l'iconographie de la peinture chrétienne, une Conversation sacrée rassemblant personnages divins (Vierge et l'Enfant) et terrestres (donateur ou commanditaire) dans une même scène, où ils semblent bavarder entre eux en partageant un espace commun bien qu'étant non contemporains, ce que révèlent leurs habits respectifs (habituellement la présence de saints sert d'intercession auprès des personnages divins).

Composition[modifier | modifier le code]

Fuyantes convergeant en un seul point.

Deux personnages se font face dans le tableau : la Vierge, à droite (décoiffée[1]), est assise de trois-quarts sur un coussin orné de motifs floraux posé sur un banc de marbre à motifs géométriques. Elle est enveloppée d'un manteau rouge galonné de perles et de joyaux. Un ange la surplombe et tient une couronne au-dessus de sa tête. En Vierge de sagesse, elle porte L'Enfant sur un genou, où il repose sur un linge blanc ; l'Enfant porte un globe surmonté d'une croix, symbole de l'Univers sur lequel la Vierge Marie porte le regard.

À gauche du tableau, le chancelier à la coiffure au bol, vêtu d'une robe de brocart d'or et de fourrure (tunique normalement réservée aux grands seigneurs de Bourgogne), est agenouillé sur un prie-dieu, les mains jointes, un livre ouvert entre les bras. Il regarde indistinctement le groupe divin dans son entier[2].

Une stricte perspective[3] (sol carrelé avec étoiles à huit branches, colonnes chapiteaux, arcades) entoure la scène principale. La perspective est cohérente[1], et obéit à la construction albertienne reposant sur des volumes construits par des fuyantes dirigées vers un point de fuite central posé sur une ligne d'horizon et Jan van Eyck associe divers lieux symboliques dans son espace : loggia, carrelage à damier, jardin, paysage :

Une scène lointaine dans un paysage, visible dans le fond dans l'axe de fuite, comporte tous les détails de la vie terrestre, activités, architecture, cité et pont sur un fleuve - probablement la cité de Liège où on reconnaît la situation du Pont des Arches et de la tour de la Cathédrale Saint-Lambert et des degrés de la Collégiale Saint-Pierre[4] - et de personnages, plusieurs animaux détaillés, comme une pie, un paon, des lapins sculptés sous les fûts des colonnes[1]

On peut distinguer des scènes de l'Ancien Testament sur les chapiteaux des pilastres du fond à gauche : L'Expulsion du paradis, Le Sacrifice de Caïn et Abel, Dieu recevant l'offrande de ce dernier, Le Meurtre de Caïn, Noé dans l'arche et Noé recouvert par un de ses fils.

Analyse[modifier | modifier le code]

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Une symétrie rigoureuse du cadre architectural et des personnages oppose le sacré et le profane : la Vierge à l'Enfant et le chancelier Nicolas Rolin. Cette opposition est répercutée dans le décor. Ainsi les bâtiments du paysage du fond sont, derrière le chancelier, les maisons et un monastère du pouvoir politique, et, derrière la Vierge, une cathédrale et les églises de la cité de Dieu. De même le jardin clos, s'il peut rappeler la pureté de la Vierge (hortus conclusus), peut aussi évoquer la richesse et la vanité avec la présence du paon.

La symbolique y prend sa place avec la pie (associée à la mort[1]), le paon (au Christ car la chair de cet oiseau met du temps à se putréfier après sa mort[1], ou encore à la vanité des choses terrestres), les lapins (la Luxure écrasée par la Religion[1]).

Les étoiles à huit branches du carrelage rappellent la Stella Matutina[1], l'étoile du matin qui donne naissance au jour (et la Vierge au Christ).

La Vierge Marie porte le regard sur la croix portée par son fils, préfiguration de son supplice. L'Enfant repose sur un linge blanc figurant également son futur suaire.

L'Enfant, qui adresse sa bénédiction au chancelier, ne porte pas son regard vers lui : il s'agit d'un repentir exigé par le commanditaire par humilité comme peut le montrer une analyse infrarouge du tableau. Jan van Eyck, peintre de cour au service de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, est en effet constamment soumis aux exigences de son client[2].

Cette bénédiction est mise en scène par une composition savante articulant les plans de l'espace réel et de l'espace suggéré : La main du Christ est placée sur la ligne de composition qui présente le pont, élément de communication à vocation symbolique. En effet l'œuvre votive est également la célébration de l'action politique de Rolin sur le royaume de Bourgogne. Le chancelier avait conduit le royaume de France à signer le traité d'Arras qui octroyait de nombreuses terres à la Bourgogne mais aussi réparation d'un outrage du royaume de France envers le royaume de Bourgogne par l'édification d'une croix.

Une croix miniature est visible sur le pont dans l'arrière plan. Ainsi en plaçant le geste du Christ devant le pont pour suivre son contour, Van Eyck crée une association d'idées hautement symbolique : la croix placée dans la zone de fuite sur l'axe central se trouve au cœur de la composition. Elle met en scène la communication entre le chancelier et le Christ et valorise l'action politique de Rolin placé sous le patronage du divin.

Le point de vue suggéré par l'artiste au spectateur impose une articulation symbolique du paysage entre premier et arrière-plan, confusion entre le geste du Christ et le pont sur lequel est dressée la croix. La complexité symbolique et plastique développe un sens profond qui dépasse la simple commande d'œuvre de dévotion. Les deux personnages de dos sont le peintre et son frère Hubert regardant le paysage, entre mondes divin et terrestre.

Cette œuvre respecte les innovations introduites par les primitifs italiens à la pré-Renaissance en mêlant humanisation des personnages (le chancelier et la Vierge ont la même taille), l'introduction du paysage et ses éléments terrestres dans une œuvre sacrée, et la révélation picturale de la complexité architecturale par une perspective cohérente (colonnes, sculptures, bâtiments au loin…).

Enfin, il n'est pas vain de revenir sur l'allégorie suggérée par le paysage, et la stricte séparation entre d'un côté la cité des hommes, figuré par le pouvoir politique du Chancelier, et de l'autre la pureté ainsi que la grandeur de la cité de Dieu, vers laquelle ceux-ci doivent tendre. L'on peut y voir en ce sens une volonté du peintre d'amoindrir en une certaine façon le prestige de son commanditaire, puisqu'il est manifeste que la cité des hommes qu'il représente jamais n'atteindra la cité de Dieu, et que dès lors il se doit de tendre toujours vers cet archétype. De surcroît, le fait que la toile soit profondément scindée par les colonnes, qui forment cette césure en triptyque, semble suggérer que c'est au travers de la seule Trinité (Père ; Fils ; Saint-Esprit) qu'il est envisageable de parvenir à une réelle amélioration de l'homme, et une sortie de celui-ci de son état, primaire, de nature. C'est à cette fin que le politique tend, à celle-là seule.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Daniel Soulié, conférencier du musée du Louvre
  2. a et b Documentaire de Perrine Kervran et Véronique Samouiloff, « De l'infiniment proche à infiniment lointain, "La Vierge au chancelier Rollin", Un tableau de Jan Van Eyck regardé à la loupe », sur France Culture, 29 octobre 2013
  3. René Huyghe (Les Puissances de l'image, p. 253) « et le carrelage, de même que tous les éléments de l'architecture, projette un réseau de lignes abstraites qui sont celles de la perspective. Une organisation totalement intellectuelle discipline cet espace… ».
  4. Liège, Jean Lejeune, Fond Mercator Anvers 1967, p. 162-165 et ill. 38 p. 132

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Catalogues d'exposition[modifier | modifier le code]

  • 1966 : Dans la lumière de Vermeer, Paris, Musée de l'Orangerie, 24 septembre - 28 novembre 1966.

Médiagraphie[modifier | modifier le code]

  • Palettes : Miracle dans la loggia. La Vierge au chancelier Rolin (vers 1435) de Jan van Eyck (Bruges, vers 1376 - 1441) d'Alain Jaubert (1989), vidéo de 25 min, 5 mars 1993 et 9 octobre 1998 (Arte) (Édité en 1992)