La Vie de Galilée

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La Vie de Galilée (Leben des Galilei) est une pièce de théâtre de Bertolt Brecht écrite de 1938 à 1939, pendant son exil au Danemark, révisée et traduite en anglais en 1945 lors de son séjour aux États-Unis, puis retravaillée jusqu'en 1954 dans sa version dite « berlinoise »[1]. Il s'agit d'une pièce centrale dans l’œuvre de Brecht, écrite en collaboration avec Margarete Steffin. Elle est publiée pour la première fois en France en 1955[2].

Historique[modifier | modifier le code]

Cette pièce est une biographie théâtrale de Galilée. Dans l’œuvre de Brecht elle constitue une œuvre centrale en même temps qu'une sorte de testament. On y trouve notamment cette phrase célèbre, souvent reprise avec des variantes : « Celui qui ne connaît pas la vérité, celui-là n'est qu'un imbécile. Mais celui qui la connaît et la qualifie de mensonge, celui-là est un criminel ». Cependant la pièce a été assez rarement jouée, dans la mesure où elle comprend une quarantaine de personnages et dure environ quatre heures si on la monte dans son intégralité.

C’est néanmoins une œuvre qui tenait une place privilégiée chez Brecht qui n'a cessé de la retravailler jusqu'en 1955.

À travers la vie de Galilée, Brecht raconte le combat entre la science et le pouvoir théocratique. En défendant la théorie héliocentrique de Copernic contre le géocentrisme prôné par l’Église, c'est-à-dire en affirmant que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil, et non l'inverse, Galilée s'attire les foudres des autorités religieuses et d'une partie de la communauté scientifique. Sous la menace de la torture et du bûcher, il finit par devoir se rétracter publiquement, pour rester en conformité avec la doctrine officielle de l'Église.

C'est le thème de la vérité contre l'obscurantisme. Brecht lui-même avait été placé dans une situation historiquement comparable à ce qu'avait vécu Galilée : l'Allemagne nazie — qu'il fuit dès 1933 — imposait sa vérité officielle et faisait plier tous ses contradicteurs : artistes, écrivains, scientifiques, intellectuels, journalistes, hommes politiques... Le parallèle entre la vie de Galilée et celle de l'auteur s'impose.

Sens de l’œuvre[modifier | modifier le code]

L’Église catholique pressent que si la Terre n'est plus le centre du monde, c'est tout son système de représentation qui va être mis à mal. En effet, l'étape suivante consistera à dire que l'Homme n'est pas le centre de la Création, que l'Homme est un animal comme un autre. « Nous verrons le jour où ils diront : il n'y a pas l'homme et la bête, l'homme lui-même est une bête, il n'y a plus que des bêtes ! »[3]. Il en découlera aussi, tout naturellement, que l’Eglise n'est pas le centre de la civilisation : « Pourquoi place-t-il la terre au centre de l'univers ? Pour que le trône Saint-Pierre puisse être au centre du monde ! C'est de cela qu'il s'agit. »[4] Brecht insiste également sur le fait qu'à terme, l'ordre social s'en trouvera bouleversé. Le remplacement d'une pensée dogmatique par une réflexion qui s'appuie sur le doute, l'esprit critique et la raison nous mènera d'une organisation théocratique et autoritaire de la société à une organisation démocratique. Dans cette perspective, Galilée considère comme essentiel de ne plus écrire en latin, mais dans une langue vivante compréhensible de tous, afin que chacun puisse s'approprier la vérité et que l'esprit de doute et de révolte remplace la croyance et la soumission.

Le texte de Brecht est une apologie du rationalisme et de l'esprit scientifique. Cependant, la recherche ne doit pas se développer pour elle-même et perdre de vue « que le but unique de la science consiste à diminuer les misères de la vie humaine »[5]. Dans ses dernières mises en forme, le texte exprime une inquiétude en faisant écho à la nouvelle donne que constitue la bombe atomique : « Vous, gardez à présent le flambeau de la science!/ Employez-le avec prudence/ Qu'il ne devienne l'incendie/ Par qui nous serions tous détruits »[6] et plus généralement il réaffirme la nécessité d'une utilisation éthique de la science : « Si j'avais résisté, les physiciens auraient pu développer quelque chose comme le serment d'Hippocrate des médecins, la promesse d'utiliser leur science uniquement pour le bien de l'humanité.»[7].

Mises en scène notables (en français)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Note de l'éditeur L'Arche
  2. Notice dans Sitartmag de Blandine Longre [1], en octobre 2000 pour la mise en scène du Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon [2]
  3. La Vie de Galilée, Bertolt Brecht, éditions L'Arche, Scène 6
  4. La Vie de Galilée, Bertolt Brecht, éditions L'Arche, Scène 8
  5. La Vie de Galilée, Bertolt Brecht, éditions L'Arche, scène 14
  6. La Vie de Galilée, Bertolt Brecht, éditions L'Arche, scène 15
  7. La Vie de Galilée, Bertolt Brecht, éditions L'Arche, scène 14, p.133

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]