La Storia

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La Storia est un roman italien écrit par Elsa Morante, considéré comme son œuvre la plus connue et controversée.

Publié en1974, le roman raconte l'histoire d'une femme, Ida Ramundo, et de ses deux fils Antonio et Giuseppe, à Rome pendant et immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale.

Un long métrage basé sur ce roman, réalisé par Luigi Comencini a été produit en 1986, avec Claudia Cardinale.

Résumé[modifier | modifier le code]

La Shoah n'est pas le thème principal de La Storia. Le tire complet est d'ailleurs : L’Histoire. Un scandale qui dure depuis dix mille ans. Dans l'introduction à l'édition américaine, Elsa Morante écrit: « De loin ou de proche, chaque société humaine se révèle être un champ meurtri, dans lequel un petit groupe exerce la violence et une foule la subit. Mais le fait que ce mal est là depuis toujours ne lui donne pas le droit d’exister. […] Par ce livre, moi, qui suis née en un point d’horreur définitive (c’est-à-dire notre vingtième siècle) j’ai voulu laisser un témoignage documenté de mon expérience directe, la Deuxième Guerre mondiale, en l’exposant comme un échantillon extrême et sanglant de tout le corps historique millénaire. Voici donc l’Histoire, telle qu’elle est faite et que nous-mêmes avons contribué à la faire. » Elsa Morante cherche donc par son récit, fait vivre aux lecteurs la quotidienneté de la guerre, ses difficultés, ses horreurs. Mais dans mesure où, Ida Ramundo, un des personnages principaux du roman est une demi-juive, comme Elsa Morante, et que l'action du roman se situe en grande partie dans l'Italie de la seconde guerre mondiale, le sujet est abordé à plusieurs reprises.

Le premier thème évoquée est celui des sentiments ambivalents qu'Ida Ramundo entretient avec ses origines juives. Sa mère Nora est une juive de Modène qui à honte de ses origines. En 1938, l'annonce d'un recensement des Juifs la plonge dans une folie qui la mène à la mort. Ida vit dans la terreur que les origines juives de sa mère n'entraînent des persécutions à son encontre même si la loi de 1938, ne reconnaît pas comme juif les Italiens dont seul un des deux parents est juif et qui sont baptisés, ce qui est son cas. Et c'est parce qu'elle a peur en raison de ses origines juives, qu'elle laisse un soldat allemand aviné monter chez elle, dans son appartement du quartier San Lorenzo à Rome, et la violer en janvier 1941. Nora vit dans la terreur d'être stigmatisée, arrêtée parce que demi-juive. Avec horreur, Ida apprend que le 16 octobre 1943 (en fait dans la nuit du 15 au 16 octobre) les nazis ont raflé tous les Juifs de Rome, dans le ghetto d'abord puis dans toutes les maisons de la ville: « Ils avaient tous été arrêtés: pas seulement les jeunes et ceux en bonne santé, mais aussi les vieux, les malades même gravement, les femmes même enceintes et même les enfants au maillot. On disait qu'ils les emmenaient tous pour les brûler vivants dans les fours; mais cela d'après Tore, était peut-être exagéré. »(p 224) Ida n'ose pas demander si les métis sont aussi « coupables ». Le 30 novembre 1943 de nouvelles lois raciales sont promulguées par les fascistes italiens: Outre l'arrestation de tous les Juifs et la confiscation de tous leurs bien pour indemniser les victimes des bombardements, les demi-juifs sont soumis à une surveillance spéciale des organismes de police. (p 269) La terreur d'Ida est décuplée. Elle a peur d'être dénoncée, de ne plus être payée.

D'un autre côté, Ida est irrésistiblement attirée par le quartier de l'ancien ghetto où vit la fraction la plus pauvre de la communauté juive romaine. Enceinte du soldat qui l'a violée, elle se tourne vers une sage-femme du ghetto chez qui elle accouche d'un garçon, Guiseppe, surnommé Useppe qui révèle vite être un enfant précoce. Même après la grande rafle d'octobre 1943, elle continue à se rendre dans le ghetto qui reste pour elle un refuge rêvé. Comme aimantée par son judéité, elle suit une juive qui ghetto, qui a échappée à la rafle et à qui elle souffle, moi aussi je suis juive. Après la guerre, elle ne retourne plus jamais dans le quartier du ghetto.

Pourtant la réalité de la Shoah effraie Ida. Au printemps 1945, les journaux montrent les premières photos de libération des camps de concentration. Ida jette le journal, qu'elle qualifie de « vilain » pour ne pas faire peur à son fils. Les sentiments d'Elsa Morante vis-à-vis à la Shoah sont eux aussi ambivalents. Elle se rappelle ses impressions, lorsqu'elle a découvert les premières photos de camps de concentration.: « On y voit un tas chaotique de matières blanchâtres et desséchées., dont on ne discerne pas les formes... de minuscules silhouettes recroquevillées, parmi des tâches brunâtres. ...des silhouettes de petits hommes squelettiques...avec sur le dos des casaques rayées ...qui les font ressembler à des pantins..et leur visage esquissent un sourire agonisant, aussi lamentable qu'une dépravation définitive. » (p 350) L'expression « aussi lamentable qu'une dépravation définitive » peu paraître choquante, car le mot dépravation a une double signification. Un premier sens vieilli renvoie à lune altération physique grave. Mais le sens usuel du mot renvoie à une attitude et comportement habituellement dénué de sens moral. Le trouble est d'autant plus grand que quelques pages avant, évoquant le convoi parti de Rome le 18 octobre 1943 pour Auschwitz, Elsa Morante précise que sur les 1056 déportés: « 200 furent jugés aptes à servir dans les camps.. tous les autres, au nombre d'environ 850 ... furent envoyés, inconscients, à la mort dans les chambres à gaz... 15 au total revinrent vivants. » Et de conclure: « Et de tous ces morts, les plus chanceux furent certainement les 850 premiers. La chambre à gaz est l'unique point de charité du camp de concentration »(p 294). Ces deux dernières phrases sont un tel non-sens qu'elle en vient à nier le propos initial de l'auteur à savoir dénoncer l'histoire, éternel recommencement de l'oppression des faibles. Il est peu probable que ceux dont la famille est « partie au ciel » aient vu dans les centres de mise à mort de masse des « points de charité » pour des condamnés « chanceux ».

Elle ne semble faire nulle différence entre les morts de Shoah et ceux des bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, qualifiées « d'abstraction répugnante ». Même si pour reprendre les mots de Claude Lanzmann, la Shoah n'est pas une aberration de l'histoire, et qu'elle s'inscrit dans un ensemble (en tout cas pas celui fort vague de l'histoire de l'oppression), elle n'est en aucun cas comparable à une décision militaire, même si on peut la trouver contestable, visant à gagner la guerre comme a pu l'être le lancement de la bombe atomique.