La Sortie de l'usine Lumière à Lyon
La Sortie de l'usine Lumière à Lyon est le premier film tourné avec le Cinématographe (marque déposée) des frères Lumière, et le premier film d'images photographiques animées de l'histoire du cinéma à être projeté sur grand écran (les films qui le précédèrent, ceux d'Edison et de Dickson, étant visionnés individuellement à l'aide du Kinétoscope, une machine qui montre les images en mouvement, éclairées par l'arrière, vues à travers un œilleton et un jeu de loupes)[1].
Cette "vue", ainsi que Louis Lumière appelait tous ses films, dure 45 secondes, et a été tournée le 19 mars 1895[2]. On y voit la sortie du personnel de l'usine, essentiellement des ouvrières, au 21-23 rue Saint-Victor (aujourd'hui rebaptisée rue du Premier-Film), au sein du quartier de Monplaisir, dans le 8e arrondissement de Lyon.
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Différentes versions [modifier]
Il existe en fait trois versions de ce film. En effet, les tirages de copies malmenaient les négatifs originaux, et on n'utilisait pas encore d'internégatifs établis par l'intermédiaire d'un contretype, dont la définition laissait à désirer à cette époque. Il fallait donc refaire un tournage pour enregistrer un nouveau négatif. Ce n'est que dans la dernière version (la plus connue) que tous les personnages parviennent à sortir et fermer l'usine avant la fin de la pellicule. Mais ce qui distingue plus particulièrement la première version des deux suivantes tient dans le fait que les frères Lumière ont demandé à leurs ouvriers de revenir le dimanche après la messe pour tourner la deuxième et la troisième version. Ainsi, contrairement à la première version où tout un chacun et chacune est en habit de travail, dans les deux autres, tout le monde est en habit du dimanche (voir le photogramme ci-dessus). C'est en comparant les trois films que cette conclusion a pu être déduite.
Le premier film du Cinématographe Lumière [modifier]
Louis Lumière et son mécanicien Charles Moisson ont travaillé presque une année pour mettre au point leur machine. C'est le père, Antoine Lumière, qui a convaincu ses fils qu'il leur fallait abandonner provisoirement leurs recherches sur les plaques couleur sèches, dès qu'il est rentré en septembre 1894 d'un séjour à Paris[3], où il a pu admirer les projections en public des dessins animés du Théâtre optique d'Émile Reynaud et où il a pu assister, émerveillé selon son propre aveu, à une démonstration du Kinétoscope de Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson, qui se déroulait à quelques centaines de mètres du Musée Grévin où officiait Reynaud[4]. Les envoyés d'Edison lui avaient donné une trentaine de centimètres de la pellicule souple inventée par John Carbutt en 1887, et commercialisée dès 1888 par l'industriel George Eastman. Forts de toutes ces inventions antérieures, les Lumière dépassèrent leurs modèles et la caméra-appareil de projection-tireuse de copies Lumière est plutôt astucieuse. Prévenus également que le film 35 mm conçu par Edison avec quatre jeux de perforations latérales rectangulaires par photogramme, avait fait l'objet de plusieurs dépôts de brevets internationaux, ils chargèrent leur machine avec un film Eastman qu'ils dotèrent d'un seul jeu de perforations rondes par photogramme, afin de ne pas entrer en contrefaçon avec l'invention de leurs prédécesseurs. La presse française baptisa d'ailleurs la machine des deux frères, « le Kinétoscope Lumière »[5].
Louis Lumière activa lui-même la manivelle de son appareil, lors de sa première prise de vues destinée à être montrée en public (elle avait été bien entendu précédée par de nombreux essais)[6]. C'est pourquoi son personnel se hâte de sortir et ne s'attarde pas, si l'on excepte un jeune garçon et... un chien. Le patron semble les surveiller avec cette nouvelle machine, et les Lumière ne sont pas réputés pour être des employeurs faciles. Les conditions de travail sont chez eux extrêmement dures et ils mettent volontiers les fortes têtes à la porte[7].
Hangar du premier film [modifier]
Le décor naturel de ce film, dont il ne reste que la partie appelée « Hangar du Premier-Film », est actuellement utilisé comme salle de cinéma par l'Institut Lumière[8]. Il a été inscrit aux monuments historiques par un arrêté du 18 mai 1992, puis classé à l'occasion du « centenaire du cinéma ». Notons que le cinéma ayant été inventé en 1891 par Edison et son assistant Dickson, la date de 1995 choisie pour célébrer le centenaire de l'invention du cinéma, alors qu'il s'agit simplement du centenaire de l'appareil appelé le Cinématographe, est abusive et correspond à un mensonge qui ne cache pas son chauvinisme et son antiaméricanisme[9]).
Références [modifier]
- Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, « Grammaire du cinéma », Nouveau Monde éditions, Paris, 2010 (ISBN 978-2-84736-458-3)
- Jean-Pierre Dufreigne, « C'était le 19 mars 1895, à midi… », L'Express, 16 mars 1995.
- www.institut-lumiere.org|Patrimoine Lumière|Le Cinématographe
- Maurice Trarieux-Lumière (entretien avec le petit-fils de Louis Lumière, président de l'association Frères Lumière), La Lettre du premier siècle du cinéma no 7, association Premier siècle du cinéma, supplément à la Lettre d'information du ministère de la Culture et de la Francophonie no 380, du 3 décembre 1994 (ISSN 1244-9539)
- Édouard Waintrop, « 22 mars 1895 : la première séance », à la Une de Libération, numéro spécial, supplément au no 4306 du 22 mars 1995, célébrant le 22 mars 1895, année française de l’invention du cinéma
- www.institut-lumiere.org|Patrimoine Lumière|Le Cinématographe
- Édouard Waintrop, « Les Images animées de Monsieur Louis Lumière », in Libération, numéro spécial, page 2, supplément au no 4306 du 22 mars 1995, célébrant le 22 mars 1895, année française de l’invention du cinéma
- Le Hangar du Premier-Film, sur le site de l'Institut Lumière.
- Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, « Grammaire du cinéma », Nouveau Monde éditions, Paris, 2010 (ISBN 978-2-84736-458-3)
Voir aussi [modifier]
Article connexe [modifier]
Liens externes [modifier]
- Le film sur le site de l'Institut Lumière (ou lien direct)
- (en) La Sortie de l'usine Lumière à Lyon sur l’Internet Movie Database