La Société ouverte et ses ennemis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La Société ouverte et ses ennemis
Auteur Karl Popper
Genre Philosophie
Version originale
Titre original The Open Society and Its Enemies
Éditeur original Routledge
Langue originale Anglais
Date de parution originale 1945
Version française
Éditeur Seuil
Date de parution 1979

La Société ouverte et ses ennemis (The Open Society and Its Enemies) est un ouvrage en deux volumes écrit par Karl Popper au début de la Seconde Guerre mondiale. Il y traite de la philosophie sociale, et développe notamment une critique de l'historicisme à travers trois auteurs : Platon, Hegel et Marx. N'ayant pas trouvé d'éditeur aux États-Unis, l'ouvrage a été publié pour la première fois en 1945 à Londres par Routledge.

Présentation[modifier | modifier le code]

Dans La Société ouverte et ses ennemis, Popper développe une critique de l'historicisme, dans le prolongement de Misère de l’historicisme, et défend la « société ouverte » et la démocratie. Il écrit ainsi dans la préface à l'édition française de 1980[1] :

« L'objet de ce livre est d'aider à la défense de la liberté et de la démocratie. Je n'ignore rien des difficultés et des dangers inhérents à la démocratie, mais je n'en pense pas moins qu'elle est notre seul espoir. Bien des exemples montrent que cet espoir n'est pas vain »

— Karl Popper, Préface à l'édition française (2 mai 1978)

Dans le premier tome, L'ascendant de Platon, il revient sur l'influence du philosophe grec Platon sur la pensée à travers les âges : la plupart de ses interprètes furent séduits par sa grandeur. Pour Popper, ils ont adopté sa philosophie alors qu'elle représente un danger réel, en proposant ce qui n'est autre qu'un cauchemar totalitaire où, dans une Cité dirigée par une élite, l'individu est sacrifié à la collectivité. Popper défend la différence entre les idées de Socrate et celle de Platon, écrivant que Platon s'éloigne irrémédiablement des idées humanistes et démocratiques de Socrate dans ses dernières années. Tout particulièrement, il s'attaque à La République de Platon, dans lequel il dépeint Socrate sympathisant avec le totalitarisme. Il suggère que Platon était la victime de sa propre vanité et se rêvait en « roi-philosophe » de sa cité idéale.

Dans le second tome, Hegel et Marx, il critique les deux auteurs plus contemporains que sont Hegel et Marx. Il fait remonter la genèse des idées de Hegel jusqu'à Aristote et montre en quoi elles auraient selon lui une influence sur les totalitarismes du XXe siècle. Il reproche à Hegel et à Marx, comme à Platon, de considérer que l'histoire obéit à des lois (le développement de l'Esprit pour Hegel, la lutte des classes pour Marx) et, partant, de paralyser le progrès en imposant le fatalisme.

Popper reconnaît cependant à Marx « son aspiration au règne de la liberté »[2], ainsi que son humanisme et « son sens profond de la justice. »[3] Pour Popper, Marx figure « à jamais au nombre des libérateurs de l'humanité »[4], et au nombre des défenseurs d'une société ouverte[5]. Il ajoute que « l'injustice et l'inhumanité du capitalisme sans entrave que décrit Marx me paraissent indiscutables. »[6] De plus, Marx condamne le capitalisme car c'est « un système qui, en obligeant l'exploiteur à asservir l'exploité, prive l'un comme l'autre de leur liberté. »[7] Mais Popper reproche à Marx un « historicisme moral ».

Popper traite également du rationalisme et de l'irrationalisme. Il se range dans les partisans du rationalisme, de même que Marx[8]. Il cite Alfred North Whitehead et Arnold Joseph Toynbee comme représentants de l'irrationalisme. Popper écrit que « rationalisme et humanisme sont très proches, en ce sens que l'attitude rationaliste se combine habituellement avec une vision égalitaire et humaniste. L'irrationalisme, au contraire, s'associe plus souvent avec l'antiégalitarisme »[9].

Popper propose une philosophie fondée comme son épistémologie sur la réfutabilité et donc sur l'indéterminisme. La science, qui repose sur l'expérience, doit pouvoir à chaque instant être remise en question. Il défend une société démocratique, dominée par le libre choix des individus et par le contrôle et la révocabilité des dirigeants par les gouvernés.

Critiques[modifier | modifier le code]

En 1959, le philosophe Walter Kaufmann a fortement critiqué les passages de cet ouvrage concernant Hegel. Il écrit notamment que le livre de Popper « contient plus d’idées fausses au sujet de Hegel que n’importe quel autre ouvrage » et que les méthodes de Popper « sont malheureusement semblables à celles des « universitaires » totalitaires ». Kaufmann accuse Popper d’ignorer « qui a influencé qui » en matière de philosophie, de trahir les principes scientifiques qu’il prétend pourtant défendre, et de ne pas bien connaître les textes de Hegel – s’étant basé sur « une petite anthologie pour étudiants ne contenant pas un seul texte complet »[10]. De même pour Eric Voegelin, le livre de Popper est un « scandale », une « camelote idéologique » qui utilise des concepts sans les maitriser, ignorant de la littérature et des problématiques des sujets traités[11].

La philosophe Anne Baudart reproche à Popper ses rapprochements hâtifs, ainsi que le fait de porter sur les philosophes grecs « un regard tout à fait anachronique, fort loin de l'impartialité »[12].

Éditions[modifier | modifier le code]

  • The Open Society and Its Enemies Volume 1: The Spell of Plato (La Société ouverte et ses ennemis, tome 1 : L'Ascendant de Platon)
  • The Open Society and Its Enemies Volume 2: The High Tide of Prophecy: Hegel, Marx and the Aftermath (La Société ouverte et ses ennemis, tome 2 : Hegel et Marx)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Karl Popper, Préface à l'édition française, tome 1, Seuil, 1980, p.8
  2. Tome 2, Seuil, 1979, page 72.
  3. Page 82.
  4. Page 83.
  5. Page 134.
  6. Page 84.
  7. Page 133.
  8. Page 169, il prend la « défense du rationalisme de Marx ».
  9. page 162.
  10. The Hegel Myth and Its Method, chapitre 7 de “From Shakespeare to Existentialism: Studies in Poetry, Religion, and Philosophy”, Walter Kaufmann, Beacon Press, Boston 1959.
  11. Foi et philosophie politique : La correspondance Strauss-Voegelin 1934-1964. Leo Strauss semble aller dans le même sens.
  12. Anne Baudart, Qu'est-ce que la démocratie ?, Paris, J. Vrin, 2005, p. 116.