La Rumeur (film)

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La Rumeur

Description de cette image, également commentée ci-après

Une vilaine rumeur peut-elle détruire ce qui est beau ?
Shirley MacLaine et Audrey Hepburn

Titre original The Children's Hour
Réalisation William Wyler
Scénario John Michael Hayes et adaptation de Lillian Hellman d'après sa pièce, The Children's Hour
Acteurs principaux
Sociétés de production Mirisch Corporation
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame
Sortie 1961
Durée 105 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Rumeur (The Children's Hour) est un film américain réalisé par William Wyler et sorti en 1961.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans une région huppée des États-Unis, Karen et Martha, deux amies de longue date (elles se sont connues lors de leurs études), réussissent, après des débuts difficiles, à rentabiliser leur pensionnat privé pour filles. Karen est fiancée au docteur Joe Cardin dont Martha est un peu jalouse. Les deux directrices surprennent fréquemment une de leurs petites pensionnaires, Mary Tilford, en train de mentir effrontément. Punie, et irritée contre ses professeurs, la fillette, soutenue par l'une de ses compagnes de chambrée, Rosalie, sur laquelle elle exerce un chantage après avoir découvert la kleptomanie de celle-ci, raconte à sa richissime grand-mère Amelia Tilford qu'elle a vu les deux directrices avoir des rapports inavouables. Comme une traînée de poudre, tous les parents retirent leurs enfants du pensionnat aussitôt déserté. Après un procès perdu, les deux jeunes femmes, dont la réputation est désormais détruite, sont encore confrontées à d'autres épreuves : le doute s'est installé dans l'esprit du fiancé de Karen et leurs fiançailles sont rompues tandis que Karen et Martha font l'objet d'un voyeurisme constant de la part de la gent masculine du coin. Dans leur isolement et sous cette pression, Martha commence à perdre pied et avoue à Karen qu'elle pense lui porter réellement depuis toujours cet amour interdit dont elles ont été accusées. Après que les mensonges de la fillette responsable de la rumeur aient été fortuitement découverts par sa mère et que sa grand-mère soit venue faire amende honorable, Martha se suicide sous le poids de sa culpabilité. Karen mesure alors l'indéfectible affection que lui vouait son amie et réalise qu'elle aussi l'aimait sans doute plus que de raison. Après les obsèques et sans un regard pour ceux qui ont brisé son existence et celle de son amie, Karen s'en va sur les chemins avec un autre regard sur le monde.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

  • Remake du film également réalisé par William Wyler : Ils étaient trois (1936). Dans cette première version, deux femmes sont amoureuses du même homme. Miriam Hopkins y tenait le rôle de « Martha Dobie » alors que dans ce remake, elle y interprète sa tante « Lily Mortar ».
Extérieurs au Shadow Ranch (en), le « pensionnat des filles » du film

Scénario et montage[modifier | modifier le code]

  • Shirley MacLaine, dans des mémoires[1], considère que l'œuvre de Lillian Hellman a été trahie par le réalisateur William Wyler qui « pris de panique à l'idée d’avoir traité une histoire de lesbiennes, coupa toutes les scènes où l'on sentait l'amour de Martha pour Karen, par exemple quand elle repassait amoureusement ses vêtements, lui brossait les cheveux ou lui confectionnait des petits plats ». La plupart de ces scènes ont été restituées dans la version DVD 2004.

Tournage[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

  • Variety[3] : « Audrey Hepburn et Shirley MacLaine, dans les principaux rôles, se complètent admirablement. La délicate sensibilité d'Hepburn, sa merveilleuse expression émotionnelle toute en retenue est mémorable comme l'est également MacLaine, substantiellement riche et profonde. James Garner est efficace en fiancé d'Hepburn et l'interprétation de Fay Bainter est remarquable en grand-mère funestement manipulée par une méchante enfant. »[4]
  • The Cinematic Threads[5] : « Je dois admettre avec Lillian Hellman ce qui me semble être une question opportune : que des enfants rusés sont capables de « sciemment » tromper et manipuler les autres. Maintenant, les droits des enfants surpassent ceux des adultes dans la cellule familiale et l'histoire de Lillian Hellman n’occulte pas le fait que les enfants sont très souvent conscients du pouvoir qu’ils exercent sur leurs aînés. »[4]

Thèmes et contexte[modifier | modifier le code]

Ce film a été occulté depuis ses premières exploitations avec des critiques le qualifiant d'empesé et de démonstratif… Deuxième adaptation de la pièce de Lillian Hellman (après Ils étaient trois en 1936, toujours de Wyler), cette version souffre, selon Variety, d'être datée[6].

Audrey Hepburn sortait toute auréolée du récent et immense succès de Diamants sur canapé de Blake Edwards tandis que Shirley MacLaine avait été saluée pour sa précédente prestation dans La Garçonnière de Billy Wilder (1960).

Ce film en noir et blanc se déroule quasiment en intérieurs, ce qui confère une certaine austérité à une histoire déjà difficile à traiter[7],[8],[1]. Mais l'action est constamment relancée par maints ressorts dramatiques en évitant manichéisme et grands numéros mélodramatiques d'acteurs qu'il aurait été tentant de déployer. Il y a beaucoup de gestes esquissés, de regards intenses et amoureux jamais explicités par des dialogues. Par moment, le film a des fulgurances de Nouvelle Vague comme la scène de la révélation dans la voiture d'Amelia Tilford ou les gros plans hachés de Karen. La séquence du choc de « l'explication », où Karen est abasourdie et Martha interrogative, la première à l'extérieur et la seconde à l'intérieur, est une scène entièrement muette où les plans fixes rappellent ceux d'Antonioni dans son film La Nuit sorti au début de la même année. La réalisation et l'atmosphère sont plus british qu'américaines. À part Miriam Hopkins, qui reste hollywoodienne dans la composition de son personnage décalé, les actrices ont été justement appréciées. Bien sûr, en première ligne, Hepburn et MacLaine sont constamment remarquables, mais il faut également mentionner la performance de Fay Bainter, sobrement Actors Studio. Quant aux gamines, on pourra préférer le jeu retenu de la britannique Veronica Cartwright alias « Rosalie » (et future « Lambert » d'Alien - Le huitième passager) à celui, très ostentatoire, de Karen Balkin, la « méchante Mary. »

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Shirley MacLaine, Les Stars de ma vie, mémoires d'Hollywood (My Lucky Stars), Presses de la Cité, Collection Focus Document, Paris, 1996 (ISBN 9782258041899).
  2. Ranch ayant notamment été occupé par différentes gens du cinéma : les scénaristes Colin Clements et Florence Ryerson (Le Magicien d'Oz), le réalisateur et scénariste Ranald MacDougall (Le Grand Alibi, Le Monde, la Chair et le Diable, Les Rats de caves). Source : Shadow Ranch on (en) Wikipedia.
  3. Extrait de la critique publiée le 31 décembre 1960.
  4. a et b Traduction libre de l'anglais par l'éditeur.
  5. Extrait de la critique de Matthew Lotti publiée en 2013 sur Cinematic-threads.com.
  6. (en) « The Children's Hour », Variety,‎ 13 décembre 1961 :

    « If there is a fault to be found with the new version, it is that the sophistication of the modern society makes the events... slightly less plausible in the 1961 setting into which it has been framed »

  7. William Wyler a décidé de réaliser le remake de sa version de 1936 (Ils étaient trois) en respectant, cette fois-ci, l'intrigue originale de la pièce de théâtre. Dans sa première version, il avait inversé les rôles : deux femmes étaient amoureuses du même homme, ce qui en fit un film conventionnel et facile à traiter.
  8. Ce que relate Shirley MacLaine dans ses mémoires (extrait p. 284) : « Ma plus grande déception, au début de ma carrière, fut le remake par William Wyler de son film Ils étaient trois. […] À la fin du tournage, Willy fut pris de panique à l'idée d'avoir traité une histoire de lesbiennes. Il coupa toutes les scènes où l'on sentait l'amour de Martha pour Karen. […] Le public était censé comprendre tout seul ce qui se passait. Or, il ne se passait rien, car, en éliminant ces scènes du film, Willy l'avait vidé de sa substantifique moelle. En fin de compte, il a trahi l'œuvre de Lillian Hellman, et le résultat fut un véritable désastre que soulignèrent les critiques. […] J'étais effondrée, Willy aussi, mais c'était sa faute puisqu'il avait refusé d'aller jusqu'au bout. »