La Ronde et autres faits divers

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La Ronde et autres faits divers
Publication
Auteur Jean-Marie Gustave Le Clézio
Langue Français
Parution Drapeau de la France France, 1982
Intrigue
Genre nouvelle

La Ronde et autres faits divers est un recueil de onze nouvelles de Jean-Marie Gustave Le Clézio, d'une banalité apparente, publié en 1982. Les thèmes qui en ressortent sont la tristesse, le bouleversement, l'horreur, l'injustice, la mélancolie. Le Clézio, par une narration sobre en point de vue externe, permet au lecteur une grande proximité avec les personnages, dégageant une ambiance intimiste.

Résumé (citation de la quatrième de couverture)[modifier | modifier le code]

Qu'il s'agisse d'un groupe d'ouvriers misérables passant en fraude la frontière italienne, de deux jeunes filles fugueuses (« La grande vie »), d'un enfant voleur, d'une femme accouchant seule sur la moquette d'un mobile home, surveillée par un chien-loup au regard de braise ; ou qu'il s'agisse encore de la fillette broyée par un camion, ou de la jeune fille violée dans une cave d'H.L.M., l'auteur impose aux faits une étrangeté bouleversante.

L'incident s'annule au profit du dénominateur commun de toute souffrance humaine qu'articulent l'horreur de la solitude, de la répression, l'injustice, et quoi qu'il arrive, le fol et vain espoir de rencontrer, dans l'amour et dans la liberté, une merveilleuse douceur.

Liste des nouvelles[modifier | modifier le code]

  • La Ronde
  • Moloch
  • L'Échappé
  • Ariane
  • Villa Aurore
  • Le Jeu d'Anne
  • La Grande Vie
  • Le Passeur
  • Ô voleur, voleur, quelle vie est la tienne ?
  • Orlamonde
  • David

La Ronde[modifier | modifier le code]

C’est l’histoire de deux jeunes filles, Titi et Martine, qui étudient la sténographie. Elles sont amies depuis 1 an et Titi est clairement la meneuse. Pour l’impressionner, son amie décide de faire une ronde avec elle dans la ville en vélomoteur, sur la rue de la Liberté, pour faire quelque chose de spécial. On apprend à la fin que ce quelque chose sera de voler le sac à main d’une dame. Mais l’auteur ne laissera pas ce crime impuni. Il y a énormément de descriptions physiques, et des sensations des jeunes filles. L’angoisse, le stress, la paranoïa et la torpeur sont décrits de façon très précise. On note aussi la présence des couleurs -le rouge, le bleu, les éclats de lumière- qui sont omniprésentes tout au long du récit. Les rues sont désertes, mis à part les protagonistes, les gens sont chez eux, comme en prison, devant la télévision et Martine sent leur regard sur elle. Ce sentiment oppressant dure jusqu’à ce que Martine pense : « Ils peuvent espionner avec leurs yeux étrécis, qu’est-ce que ça peut faire ? » (p.23), alors elle est libre de commettre son acte.

Moloch[modifier | modifier le code]

L’histoire débute le 15 août 1963 pour se terminer quelques mois plus tard en hiver. Une jeune femme Liana est enceinte et va accoucher seule dans son mobile home, sous le regard jaune de son chien-loup, Nick. On sait qu’elle est enceinte d’un homme appelé Simon mais celui-ci n’est pas présent dans la nouvelle et la femme s’empêche continuellement de penser à lui car cela lui donne le vertige. Une assistante sociale vivant non loin tente de lui venir en aide mais Liana ne le souhaite pas. Elle devient paranoïaque et a peur que des médecins viennent la chercher, l’enfermer et lui prennent son bébé. « Peut-être qu’il est déjà trop tard, qu’ils sont en route, guidés par Simon, ou par la jeune femme aux lunettes dorées. » (p.53) Une description du paysage qui l’entoure revient sans arrêt : « Partout, là, et ailleurs aussi, c’est la même terre blanchâtre, le sable, les cailloux pointus, la terre âcre et éblouissante. Partout il y a ces arbres maigres, ces eucalyptus, ces lauriers, ces palmiers rongés de soleil. Le long des routes il y a les platanes, et les aloès au bord du fleuve. » (p.32) Cette description se retrouve avec quasiment les mêmes phrases presque toutes les deux ou trois pages, tel un mantra. La description de la faim du chien loup (p.53) est angoissante et on passe (p.54) de la pensée du chien à la pensée de la jeune femme, comme s’ils ne faisaient qu’un. On passe subtilement des suppositions de l’animal à la réalité, au présent de la femme, ce qui peut troubler le lecteur, le laisser perplexe et accentue l’ambiance décalée due à la folie supposée de Liana. Tout au long de la nouvelle le mot "vague" est répété de nombreuses fois et cette impression de mouvance se retrouve dans l’accouchement, avec la douleur qui vient par vague, l’auteur utilisant un champ lexical associé à la mer. (p.40-43).

L’échappé[modifier | modifier le code]

Tayar marche en haute montagne parmi les oliviers et parvient à un haut-plateau calcaire. Il repense à son passé sur les monts du Chélia, avec son oncle Raïs et son frère. Petit à petit on s’aperçoit qu’il fuit la ville et plus précisément la prison, repensant à celle qui l’a dénoncé apparemment pour son crime : Meriem. Il a peur de se faire arrêter par la police et ne veut pas retourner en prison, comme par le passé où il fuyait les soldats sur les monts du Chélia. Son enfance est enchevêtrée avec son présent et beaucoup d’images lui reviennent. Le manque d’eau le fait délirer et il se met à confondre le passé et le présent pour quasiment mourir à la fin. Il est au plus mal lorsqu’il est trouvé par un enfant, mais est-ce un mirage, son lui du passé, Aazi, ou bien un enfant réel ? L’auteur jour avec le délire de l’homme et la réalité pour nous faire douter. « L’enfant lui ressemble, il est tout à fait comme un reflet de lui-même. » (p.77) Sa sœur lui revient aussi en mémoire, elle se nomme Horriya, signifiant liberté. Cela rappelle d’autant plus son statut d’évadé, cherchant la liberté, refusant d’être emprisonné. L’auteur utilise un contraste constant entre le bruit et le silence. Bruit de la ville, bruit de la prison, de ses portes qui claquent, silence de la nature, de la montagne. La lumière éclatante, éblouissante est présente constamment sur le plateau. Elle est dure, mais aussi chaleureuse par moment. La description est dure, sèche et affûtée.

Ariane[modifier | modifier le code]

L’histoire se déroule dans une cité H.L.M. parmi tant d’autres « C’est une véritable cité en elle-même, avec des dizaines d’immeubles, grandes falaises de béton gris debout sur les esplanades de goudron, dans tout le paysage de collines de pierres, de routes, de ponts » (p.89). Cette cité est un véritable lieu désolé, abandonné, sans chaleur où vivent des gens anonymes. En ce lundi de Pâques, nous suivons Christine, une ado de 16 ans désœuvrée, qui n’aime ni sa vie, ni sa famille, ni sa situation. Cette dernière a décidé en fin d’après-midi de se rendre au Milk Bar, où elle retrouve une amie Cathie. La nuit tombe et Cathie rentre chez elle. Christine ne veut pas retourner chez elle et donc traîne dans les rues. Soudain, elle se retrouve encerclée par une bande de motards casqués qui l’oblige à s’arrêter mais elle arrive à fuir jusqu’à chez elle. Une fois dans l’immeuble, après avoir actionné l’interrupteur, elle se retrouve nez-à-nez avec ses tourmenteurs toujours casqués. Ils l’amènent dans une cave et la violent tour à tour avant de la laisser sur ces mots « si tu parles, on te tue » (p.105). Avant de rentrer chez elle, Christine efface les marques sur son visage et étale son rimmel et son fard. Par cet acte, elle montre qu’elle ne parlera à personne de ce qui lui est arrivée ce soir-là.

Villa Aurore[modifier | modifier le code]

Une villa blanche nommée Aurore est dans les pensées du héros, Gérard Estève. Cette villa fait partie de son enfance, lorsqu’il jouait à l’intérieur des murs du jardin de la villa, peuplé de chats errants. Il y revient plusieurs années après, lorsqu’il est étudiant, pour retrouver ses souvenirs, la villa, la dame qui y habite et le temple grec dans le jardin. Mais essayer de superposer le passé et le présent va le troubler, puisque tout a changé, rien ne sera plus jamais comme avant et le héros sera déçu par son pèlerinage. Une ambiance de magie, de charme règne sur ses souvenirs d’enfance et va être confrontée à la réalité crue, dure, des nouvelles constructions qui entourent la villa telle une prison, de la villa qui tombe en ruine, de la vieillesse de la dame y habitant. Cette nouvelle parle d’une rupture avec l’enfance, du passage à l’âge adulte et de la mort, de l’angoisse et de la peur de la transformation. Le héros est angoissé par ce deuil qu’il doit faire du passé, des impressions qu’il avait par le prisme de l’enfance et de l’innocence. «  Alors elle m’est apparue, triste, grise, abandonnée, avec ses hautes fenêtres aux volets fermés, et le plâtre taché de rouille et de suie, les stucs rongés par la vieillesse et le malheur. Elle n’avait plus cette couleur légère et nacrée, qui la faisait paraître irréelle autrefois, quand je la guettais entre les branches basses des lauriers. Elle n’avait plus sa couleur d’aurore. Maintenant, elle était d’un blanc-gris sinistre, couleur de maladie et de mort, couleur de bois de cave, et même la lueur douce du crépuscule ne parvenait pas à l’éclairer. » (p.121).

Le Jeu d'Anne[modifier | modifier le code]

Antoine monte dans sa voiture, une vielle Ford, pour un voyage vers le passé. Il part rejoindre Anne. La lumière est omniprésente dans la nouvelle et éblouie à chaque page : « lumière de midi, lumière (p.137), le soleil brille, une étincelle aveuglante (p.139), clarté douloureuse, clignoter le soleil (p.140), éclats de lumière (p.141), la lumière est belle, très dure (p.143), brûlure du soleil (p.144)… » Et répétition de : « Comme une boule de feu. » (p.149). Il se souvient d’Anne, son amour, et parcours une route empruntée un an plus tôt par elle. Il a peur et souffre de se souvenir. On ne sait pas où est Anne aujourd’hui mais on comprend qu’elle n’est plus avec Antoine. La lumière dans cette nouvelle est tueuse et les souvenirs douloureux. « Le jour a glissé comme vers le passé, entraînant ceux qui vivent vers ceux qui sont morts. » (p.148)

La Grande vie[modifier | modifier le code]

Christèle, dite Pouce, et Christelle, dite Poussy, 19 ans, sont recueillies par maman Janine car la mère de l’une est morte et que l’autre est à l’Assistance. Les deux jeunes filles se ressemblent tant physiquement qu’elles sont prises pour des jumelles. Elles travaillent dans un atelier de confection pour une marque de pantalon et rêvent d’aventure. Alors elles partent à la fin du mois de mars en TGV pour rejoindre Monte-Carlo et utilisent leur ressemblance physique pour ne payer qu’un seul billet de train aller, première classe, ou arnaquer les hôtels où elles séjournent. Pouce à besoin de Poussy pour se rassurer. Arrivées à Monte-Carlo, elles vont rencontrer différentes personnes jusqu’en Italie mais leur voyage s’arrêtera lorsque Pouce tombera malade et que la réalité les rattrapera. La rêverie est omniprésente mais l’auteur les ramène au présent.

Le Passeur[modifier | modifier le code]

Miloz cherche à rejoindre la France en passant par l’Italie. Il veut y aller pour trouver du travail et gagner de l’argent pour sa femme, Lena. Avec d’autres clandestins, ils suivent un guide à travers la montagne pour arriver en France et pendant le périple certains sont obligés d’abandonner. Pour ceux qui y arrivent, le passeur Tartamella les attend à l’arrivée et les fait travailler sur un chantier, leur confisquant leurs affaires et les empêchant de donner des nouvelles à leur famille. Miloz se sentant prisonnier et désirant retrouver sa femme, décide de s’enfuir. La nouvelle parle de l’angoisse de l’éloignement, de la solitude d’être étranger et de la peur de mourir.

Ô voleur, voleur, quelle vie est la tienne ?[modifier | modifier le code]

Cette nouvelle ressemble à l’interview d’un voleur ou une séance avec un psychologue. Il raconte quel est son quotidien et pourquoi il en est venu à voler. Il était maçon mais a fini par perdre son travail et ne plus pouvoir subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants. Il ne retrouve pas de travail malgré ses efforts et a peur de mourir de faim avec sa famille. Aucun nom n’est jamais cité et l’homme explique qu’il en est venu à voler les maisons des morts la nuit, sans que ses enfants soient au courant et avec sa femme qui se doute que l’argent n’est pas gagné honnêtement. Il parle de sa pauvreté et dit « Tu ne fais pas très attention, et un jour tu t’aperçois que tu ne vois plus personne, que tu ne connais plus personne… Vraiment comme si tu étais un étranger, et que tu venais de débarquer du train. » (p.233) L’auteur reprend ici la thématique de l’étranger abordée dans la nouvelle « Le passeur ».

Orlamonde[modifier | modifier le code]

La nouvelle commence par « Toute ressemblance avec des événements ayant existé est impossible ». Il annonce ainsi le contraire, mettant le lecteur en droit d’attendre une nouvelle se rapprochant de la réalité et donc de faits ayant déjà existé. Annah, une jeune fille, ne va plus à l’école depuis trois mois. Son père est mort et sa mère est à l’hôpital, mourante. Pour oublier, elle va tous les jours à Orlamonde, un vieux bâtiment situé en haut d’une falaise, face à la mer. Son ami Pierre connaît sa cachette et a promis de ne jamais la révéler. Là-haut, elle observe le ciel et la mer et rêve à une autre vie, où elle serait libre comme une mouette, et sa mère guérie. Elle cherche l’isolement, mais le théâtre en mauvais état va être détruit. L’expression « le ciel et la mer » est répétée constamment à toutes les pages, ramenant le lecteur à la rêverie de la jeune fille. Les étincelles du soleil sur la mer participent à la poésie de la nouvelle. Les hommes sont pour Annah synonyme de destruction, destruction d’Orlamonde, de son rêve, de son enfance. En effet, avec la perte du vieux théâtre en ruine, la petite fille perd la présence protectrice qui l’entoure en cet endroit et est obligée de faire face à la réalité, à la mort. La couleur jaune des machines et des casques des hommes du chantier est aussi synonyme de mort puisque ce sont eux qui détruisent la ruine. Lorsque Pierre lui annonce que le théâtre sera détruit (p.246), cela pourrait être transposé à l’annonce de la maladie de sa mère et à la perte que cela va engendrer dans un futur proche. Annah réagit comme si elle ne comprenait pas la nouvelle, puis elle ne l’accepte pas et court vérifier la véracité des dires de Pierre. (p.247) Ensuite elle s’accroche à la ruine et refuse de la quitter. On peut donc penser que la destruction d’Orlamonde est aussi la destruction de son monde d’enfant, où la mort est impossible et le rêve omniprésent. La nouvelle se clôt par la colère d’Annah, on peut faire le rapprochement avec les cinq étapes après l’annonce d’une mauvaise nouvelle : la dénégation, la colère, le marchandage, la dépression et enfin l’acceptation.

David[modifier | modifier le code]

David part de chez lui. C’est un petit garçon qui part à la recherche de son frère, Edouard. Son père est mort lorsqu’il était enfant et sa mère travaille pour nourrir ses enfants. Mais Edouard est parti pour toujours et David se sent seul, il veut le retrouver alors il retrace le chemin de son frère, parti suite à des disputes avec leur mère à propos d’argent. Au fil de son pèlerinage, il comprendra pourquoi son frère ne reviendra pas et David va le rejoindre. La nouvelle parle de la violence de la ville et des hommes et le petit garçon cherche à fuir ce monde et la solitude pour retrouver son frère. C’est assez paradoxal puisqu’en voulant échapper à la ville, au bruit, David va se retrouver en prison et donc perdre totalement sa liberté. Le héros est relié à l’histoire biblique de David contre Goliath (p.261) : « une belle pierre, bien polie et ronde, comme le berger de l’histoire » (p.264) « C’est comme cela qu’on fait la guerre aux géants, tout seul dans l’immense vallée déserte, à la lumière aveuglante » (p.277) « Il ne doit même plus penser à cela, puisque le géant l’a vaincu, et qu’il ne sera pas roi, et qu’il ne retrouvera pas ce qu’il cherche » (p.279) il dit avoir perdu son combat mais en même temps il va retrouver son frère donc on peut penser qu’il a gagné quelque part.

Éditions[modifier | modifier le code]

Éditions imprimées
Livres audio

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joël Glaziou, La Ronde et autres faits divers, de J. M. G. Le Clézio. Parcours de lecture. Paris : Bertrand-Lacoste, 2001.
  • Isa Van Acker; Paul Pelckmans, Bruno Tritsmans (éd.), "Poétique du fait divers: J.M.G. Le Clézio, La ronde et autres faits divers", in Écrire l’insignifiant. Dix études sur le fait divers dans le roman contemporain, Amsterdam – Atlanta, Rodopi, 2000, pp. 77-88.
  • Fredrick (A.) Westerlund, "Vie urbaine - mort urbaine. La Ronde et autres faits divers de Jean-Marie Gustave Le Clézio", Moderna Språk, Volume XCII, 1/1998, pp 71-80.
  • Bruno Thibault, "Du Stéréotype au mythe : l'écriture du fait divers dans les nouvelles de La Ronde de J.M.G. Le Clézio", The French Review 68,1995, pp. 964-975.