La Princesse de Montpensier (nouvelle)

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La Princesse de Montpensier
Image illustrative de l'article La Princesse de Montpensier (nouvelle)
Édition princeps

Auteur Marie-Madeleine de La Fayette
Genre Nouvelle
Pays d'origine France
Lieu de parution Paris
Éditeur Thomas Jolly
Date de parution 1662

La Princesse de Montpensier est une nouvelle publiée anonymement par Madame de Lafayette en 1662.

Genèse et publication[modifier | modifier le code]

Le volume, dont le privilège est pris le 27 juillet, est achevé d'imprimer le 20 août 1662. Sa rédaction remonte probablement à l'année précédente, chaque page ayant été relue par Gilles Ménage, et sa publication est précipitée par la circulation de copies manuscrites[1].

Le texte[modifier | modifier le code]

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Structure temporelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres de religion (France).

La Princesse de Montpensier compte dans l'édition originale 140 pages de texte, sans division. Aucune date n'est donnée dans la nouvelle, mais les indications temporelles (telles que : « Après deux années d'absence, la paix étant faite… ») permettent d'établir une chronologie.

Pour Janine Anseaume Kreiter, il est possible de diviser le texte en cinq mouvements, le début et la fin constituant une sorte de prologue et d'épilogue[7].

Résumé[modifier | modifier le code]

Mlle de Mézières et le duc de Guise deviennent amoureux (1563), un projet de mariage se forme mais une intrigue le fait échouer. Mlle de Mézières est alors mariée au prince de Montpensier (1566). Les personnages principaux (sauf le duc d'Anjou) sont désormais présentés. La seconde guerre de religion débute.

château de Champigny-sur-Veude
Du château de Champigny-sur-Veude, où séjourne la princesse de Montpensier, il ne reste à l'époque de madame de Lafayette que les communs (au premier plan) et la chapelle (à l'arrière-plan), ici sur un dessin de 1699.

La seconde guerre de religion ayant débuté et le prince de Montpensier y participant, la princesse de Montpensier séjourne au château de Champigny, en compagnie du comte de Chabanes ; le comte tombe amoureux de la princesse, en fait l'aveu et est rejeté. La guerre prend fin (1568), le prince de Montpensier est de retour à Champigny.

Après une reprise de la guerre, le duc de Guise et le duc d'Anjou s'égarent dans la forêt. Arrivés au bord d'une rivière, ils aperçoivent une femme dans un bateau, qui se trouve être la princesse de Montpensier. Tous se rendent au château de Champigny. À cette occasion le duc d'Anjou devient lui aussi amoureux de la princesse de Montpensier. Après le départ des deux ducs, le prince laisse éclater sa jalousie. À Paris, le duc de Guise et la princesse se déclarent ouvertement leur amour, tandis que le duc d'Anjou, dans l'ignorance des sentiments qui les rapprochent, courtise la princesse. Lors d'un bal masqué donné à l'occasion du mariage de Charles IX avec Élisabeth d'Autriche en 1570, la princesse de Montpensier, croyant parler au duc de Guise, révèle par accident sa relation au duc d'Anjou. Ce dernier en conçoit une haine violente pour son rival.

Après le mariage de Madame et du roi de Navarre (18 août 1572) à Blois, le prince de Montpensier, soupçonneux, ordonne à sa femme de rejoindre Champigny. La princesse de Montpensier choisit alors le comte de Chabanes pour qu'il porte les lettres que le duc de Guise et elle-même ont convenu d'échanger. Le roi éloigne les princes de la maison de Bourbon et de celle de Guise de Paris ; le prince de Montpensier est donc de nouveau auprès de sa femme.

Le duc de Guise se rend à Champigny et sollicite un rendez-vous de la part de la princesse de Montpensier. Le comte de Chabanes s'offre comme intermédiaire. La nuit venue, il fait entrer le duc dans la chambre de la princesse. Alors que le prince de Montpensier s'apprête à les surprendre, le comte de Chabanes se fait passer pour l'amant, permettant au duc de Guise de s'enfuir. La princesse s'évanouit.

La princesse de Montpensier est malade, le prince est rappelé à Paris (1572). La Saint-Barthélemy éclate, au cours de laquelle est tué le comte de Chabanes. Le duc de Guise devient amoureux de madame de Noirmoutier, nouvelle provoquant une rechute chez la princesse de Montpensier. Elle meurt quelques jours après.

Le roman et la nouvelle vers 1660[modifier | modifier le code]

Peu avant 1660 le goût du public penche en faveur de la nouvelle, au détriment des romans-fleuves, à l'image de ceux de Madeleine de Scudéry.

Jean Segrais lance le mouvement en 1656 avec son recueil de Nouvelles françaises, louant l'Heptaméron de Marguerite de Navarre et s'étonnant que « le but de cet art étant de divertir par des imaginations vraisemblables et naturelles, [...] tant de gens d'esprit qui nous ont imaginé de si honnêtes Scythes, et des Parthes si généreux, n'ont pas pris le même plaisir d'imaginer des chevaliers, ou des princes français aussi accomplis, dont les aventures n'eussent pas été moins plaisantes[8]. » Plutôt que d'écrire de longs romans situés dans l'Antiquité, mais dont les mœurs sont contemporaines, comme ceux de Madeleine de Scudéry, il suggère d'écrire de courtes nouvelles au sujet tiré de l'histoire de la France[1].

En 1658, signe des temps, paraît la première nouvelle publiée seule, l'Amant ressuscité, nouvelle, de Hubert Ancelin[9]. Madeleine de Scudéry elle-même s'adonne au genre, avec Célinte[10] en 1661 : si les noms des personnages sont encore antiques, l'auteur ne cache pas, à propos de son histoire, que « cette aventure est arrivée en notre siècle, et dans une des plus belles cours de l'Europe[11] ».

Une œuvre novatrice[modifier | modifier le code]

Frontiscipe de l'Histoire des guerres civiles de Davila
Frontiscipe de l'Histoire des guerres civiles de Davila, dans la traduction de Baudoin. Estampe de Grégoire Huret.

Madame de La Fayette suit l'exemple donné par les Nouvelles françaises[1]. Mais si Segrais utilise des noms français réels, les lieux et les événements de ses nouvelles restent imprécis. La Princesse de Montpensier est la première œuvre de la littérature française à utiliser l'Histoire comme trame romanesque[12] : elle s'étend sur les six années séparant le mariage de l'héroïne, en 1566, et la Saint-Barthélemy en 1572. Les événements marquants de cette période rythment le déroulement de l'intrigue. Les sources historiques de madame de Lafayette, qu'elle suit fidèlement, sont l' Histoire de France de Mézeray et l' Histoire des guerres civiles de Davila, traduite par Baudoin en 1657[13].

L'auteur n'hésite pas cependant à prendre des libertés avec l'Histoire, en attribuant par exemple à la passion le mariage final du duc de Guise, en réalité motivé par des raisons politiques. C'est que le noyau de l'œuvre, l'histoire d'amour, n'est pas historique, mais a sans doute été inspiré à madame de Lafayette par les amours de la duchesse de Roquelaure, décédée en 1657 ou 1658 : « l'analogie est parfois trop éclatante, presque gênante[14] ». Madame de Lafayette, en accord avec son époque, est en effet convaincue que la passion amoureuse est la véritable source des actions des princes. La vérité morale, et la vraisemblance, est privilégiée par rapport à l'exactitude historique, et au vrai[15]. Pour cette raison, du point de vue historique, la Princesse de Montpensier reste ambiguë[16]. Néanmoins les anachronismes ne sont pas aussi flagrants que dans les romans contemporains, comme Clélie, histoire romaine ou Artamène ou le Grand Cyrus[17]. Par ailleurs, ces romans présentaient, sous des noms fictifs, des personnages contemporains appartenant à la grande noblesse comme des modèles de vertu ou d'héroïsme. Au contraire, les personnages, réels, de La Princesse de Montpensier sont présentés comme des contre-exemples : par son « réalisme sans complaisance », madame de Lafayette fait preuve d'une « audace inouïe »[18].

Par conséquent, le véritable réalisme de la nouvelle, plutôt qu'historique, est celui des désordres de la passion et sert la vérité morale : l'amour conduit au malheur. Le style adopté par madame de Lafayette, celui de la chronique, par son dépouillement, sa sécheresse, est conforme à l'objectif de désespérer le lecteur[19]. Derrière l'enchaînement des événements historiques, se cachent des désordres que la nouvelle se charge de mettre au jour ; sous l'apparence rationnelle de la monarchie, se dissimulent des rivalités politiques, fruit du dilemme entre la satisfaction des passions et celle du devoir : satisfaire ce dernier, c'est condamner la passion[20].

La réception critique[modifier | modifier le code]

L'ouvrage est un succès dès sa parution, ainsi qu'en témoigne Charles Sorel[21], et il en circule des contrefaçons. Pour Sorel, ce succès est dû au style aristocratique de l'œuvre, mais aussi à la possibilité de reconnaître dans les personnages du passé des individus contemporains[17]. Sans citer nommément la Princesse de Montpensier, Sorel condamne cependant les « livres de notre siècle, qui pour avoir plus d'autorité et de crédit, prennent pour leur sujet l'Histoire prétendue d'un prince ou d'une princesse de notre nation, et qui même en portent les noms. [...] aujourd'hui on n'épargne point la mémoire des personnes anciennes ; on leur attribue des injustices, des impudicités et des lâchetés, qui apportent du scandale[22]». Ce qui est condamnable, dans la confusion de l'Histoire et de la fiction, c'est la possible confusion entre la vérité et le mensonge[23].

L'œuvre de madame de Lafayette est au contraire louée par l'abbé de Villars : « Il ne faut pas s'étonner si ce petit livre flattant tout à la fois tant de faiblesses s'est acquis tant de réputation. [...] ce n'est pas la raison qui fait le succès des livres, mais c'est l'adresse avec laquelle nous savons mettre le cœur de notre côté, et c'est un art et une affaire[24]. »

Adaptation au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Alain Niderst, pp. IX-X.
  2. Selon l'érudit Louis Moréri, il était petit-fils de Louis, fils naturel de Charles IV d'Anjou
  3. J. Durieux, « Sur la baronnie de Marueil », dans le Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie du Périgord, tome XXV, 1898, pp. 227-248
  4. Père Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, éd. Chatelain, 1713, p. 118
  5. cf. P. Anselme, op. cit.
  6. Mme de La Fayette, Histoire de la Princesse de Montpensier, édition critique établie par Micheline Cuénin, éd. Librairie Droz, 1979, pp. 15-16
  7. Janine Anseaume Kreiter, Le Problème du paraître dans l'œuvre de Mme de Lafayette, pp. 57-58.
  8. Jean Regnault de Segrais, Les Nouvelles françoises, ou Les Divertissemens de la princesse Aurélie, Paris, 1656, p. 29, [lire en ligne] sur Gallica.
  9. Hubert Ancelin, L'Amant ressuscité, 1658, [reproduction partielle de l'édition originale] sur books.google.fr
  10. Madeleine de Scudéry, Célinte, nouvelle première, 1661, [lire en ligne] sur Gallica.
  11. Célinte, p. 80.
  12. Micheline Cuénin, p. 11.
  13. Alain Niderst, p. X.
  14. Alain Niderst, pp. XIII-XV.
  15. Micheline Cuénin, pp. 14-23.
  16. Alain Niderst, p. XVI.
  17. a et b Alain Niderst, p. XI.
  18. Micheline Cuénin, introduction à Madame de Villedieu, Les Désordres de l'amour, Droz, Genève, 1970, pp. 11-12.
  19. Alain Niderst, p. XVII.
  20. Janine Anseaume Kreiter, Le Problème du paraître dans l'œuvre de Mme de Lafayette, pp. 52-53.
  21. La Bibliothèque françoise, 1664, [p. 180 de l'éd. de 1667], sur Gallica.
  22. Charles Sorel, De la connoissance des bons livres, ou Examen de plusieurs autheurs, Paris, 1671, pp. 321-322, [lire en ligne] sur Gallica.
  23. Jacques Chupeau, « La réception du roman historique sous Louis XIV », Œuvres et critiques, XII, 1, 1987, p. 64.
  24. De la délicatesse, 1671, cité par Maurice Laugaa, Lectures de Mme de La Fayette, Armand Colin, coll. « U2 », 1968, p. 12.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Histoire de la Princesse de Montpensier sous le règne de Charles IXe Roi de France, éd. Micheline Cuénin, Droz, coll. « Textes littéraires français », Genève, 1979. [extraits de l'introduction]
  • Romans et nouvelles, éd. Alain Niderst, Bordas, coll. « Classiques Garnier », Paris, 1990.

Études[modifier | modifier le code]

Janine Anseaume Kreiter, Le Problème du paraître dans l'œuvre de Mme de Lafayette, Nizet, 1977.

Lien externe[modifier | modifier le code]

La Princesse de Montpensier, édition originale sur Gallica.