La Pensée straight

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La Pensée straight est un recueil d'articles féministes de Monique Wittig paru d'abord en anglais en 1992, puis en 2001 en français.

Table des matières[modifier | modifier le code]

  • « La Catégorie de sexe » : L'auteur réclame l'abolition de cette catégorie discriminatoire.
  • « On ne naît pas femme » : Wittig reprend la célèbre phrase de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe pour souligner que la condition féminine ne dépend pas de la biologie, mais des constructions sociales.
  • « La Pensée straight » : la pensée "straight" est la mentalité hétérosexiste contre laquelle Wittig s'inscrit en faux : les femmes ne sont pas nécessairement liées aux hommes, les lesbiennes échappent à ce système de pensée.
  • « À propos du contrat social » : en faisant allusion au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, l'auteur rejette un contrat qui serait fondé sur l'exploitation des femmes.
  • « Homo Sum »
  • « Paradigmes »
  • « Le Point de vue, universel ou particulier » : ce texte est à l'origine une préface à la traduction de nouvelles de Djuna Barnes.
  • « Le Cheval de Troie » : cet article pense la littérature comme une machine de guerre contre l'idéologie dominante.
  • « La Marque du genre »
  • « Quelques remarques sur Les Guérillères »

Résumé[modifier | modifier le code]

Le terme désigne, par extension, un système politique. L'hétérosexualité en tant que système politique (Wittig, 1978) désigne un fonctionnement social basé sur la répartition binaire des êtres humains en classes de sexes (femmes et hommes) selon des critères biologiques et l’utilisation des organes génitaux (mâles et femelles) comme marqueurs de l’identité sexuelle. À ces deux sexes sont attribués deux genres (féminin et masculin), auxquels correspondent des caractéristiques (la douceur vs la force, l'intuition vs la raison, la tempérance vs l'initiative par exemple), des rôles sociaux (division socio-sexuelle du travail, répartition des tâches domestiques, appropriation des fonctions directives par la classe des hommes), une orientation sexuelle (l'attirance pour le sexe opposé) et un destin (être une mère ou un père et fournir des citoyens à la nation).

Ces deux concepts (la différence entre les sexes et l'hétéro-sexualité) constitutifs de l'hétérosexualité comme système politique (la pensée straight pour reprendre les mots de Wittig) conditionnent les rapports entre les individus dans la sphère privée et la sphère publique (deux notions également constitutives de la pensée straight qui fonctionnent sur un mode binaire. Le privé est attribué au féminin, à la famille, à l'intimité, à la sexualité procréative. Le public est le domaine du masculin, du travail, de la sociabilité, de la sexualité non-procréative). La différence entre les sexes est définie, légitimée et rendue irrémédiable par le postulat suivant : les mâles et les femelles sont différents par nature, cette différence ontologique se manifeste physiquement et intellectuellement, les manques de l'un trouvent leurs compléments dans les attributs de l'autre. La suprématie du discours médical (depuis la fin du XVIIIe siècle et jusqu’à aujourd’hui) interdit toute remise en question de cet ordre naturel et permet la pérennité de la pensée straight. Une des caractéristiques de la différence des sexes est que le masculin est supérieur au féminin et que la classe des hommes domine celle des femmes. Monique Wittig écrit à ce sujet : «toute différence fondamentale (y compris la différence sexuelle) entre des catégories d'individus, toute différence qui se constitue en concepts d'opposition est une différence d'ordre politique, économique et idéologique. » . Les femelles sont déterminées à n'être que les compagnes de mâles car ce qui les caractérise (le féminin) est défini par la faiblesse, la dévotion, le manque (les mâles sont les hommes, les humains, les citoyens, les sujets, les femelles n'existent que par rapports aux mâles). Ce discours (la naturalité de la différence) légitime l'appropriation de la classe des femmes par celle des hommes (Colette Guillaumin, 1978) et organise le fonctionnement social selon l'ordre hétérosexuel. Ainsi, les femelles sont destinées (biologiquement) à fournir des services sexuels, domestiques, de reproduction, de soutien psychologique, d'éducation et de soins aux vieillards, aux enfants et aux malades.

L'hétérosexualité régit la vie des individuEs en leur imposant un destin : l'hétéro-sexualité (injonction à une sexualité génitale avec un partenaire du sexe opposé), la procréation (injonction à perpétuer l’espèce et à fournir à la société de nouvelles forces vives), la vie maritale (injonction à la monogamie, au contrôle de la sexualité par une institution juridique). La pensée straight a aussi pour effets l’invisibilisation d'autres formes de sexualité (non génitale, non procréative, non hétéro-sexuelle par exemple), la négation de ceux et de celles dont le sexe ne s'inscrit pas dans l'alternative femelle/mâle ou qui refusent celui qui leur a été assigné à la naissance, la marginalisation et la minorisation des personnes qui refusent de se soumettre à l'ordre hétérosexuel (non-monogames, non-hétero-sexuelLEs, toxicomanes, asociauxLES). L'hétérosexualité est un régime politique autoritaire aux effets violents qui hiérarchise les êtres humains selon leur adhésion au système, conditionne les termes mêmes de la pensée, impose ses modes de vie, punis en les décrédibilisant les dissidentEs qui s’écartent de la norme qu’elle impose et vivent selon leurs propres règles. La sortie de la pensée straight passe par le refus de ses catégories binaires (hommes/femmes, mâles/femelles, féminin/masculins, actifs/passifs, hétérosexuels/homosexuels etc.), la création de nouvelles identités non-straight et la fin de la croyance en la naturalité des sexes, des genres et des races.

Réception[modifier | modifier le code]

Le recueil rassemble des articles parus dans Questions féministes et Feminist Issues entre 1980 et 1990, ainsi que des textes parus dans d'autres revues.

Par ses thèses issues du féminisme radical lié à une réflexion sur le saphisme, Monique Wittig recherche la libération des femmes à travers une nouvelle vision des relations entre les femmes et les hommes. Les femmes sont vues non plus à travers un rapport de domination et de dépendance, mais en tant que sujet libre et indépendant de tout lien avec les hommes. Le nom "femme" connotant le rapport de dépendance avec les hommes, Monique Wittig le rejette en soulignant l'indépendance sexuelle et politique des lesbiennes : "les lesbiennes ne sont pas des femmes".

D'abord paru aux États-Unis d'Amérique sous le titre The Straight Mind, le recueil a influencé des philosophes féministes comme Judith Butler, et tout le courant queer. Marie-Hélène Bourcier a ainsi traduit en français les textes anglais pour l'édition française.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Straight Mind and Other Essays, Boston, Beacon Press et Hemel Hempstead, Harvester Wheatsheaf, 1992
  • La Pensée straight, Balland, coll. Modernes, 2001
  • La Pensée straight, Éditions Amsterdam, 2007 (ISBN 2-915547-52-8)