La Nuit de Valognes

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La Nuit de Valognes
Auteur Éric-Emmanuel Schmitt
Pays d'origine France
Chronologie
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La Nuit de Valognes est une pièce de théâtre de l'auteur français Éric-Emmanuel Schmitt. Cette pièce est la première qu'a écrite Schmitt, en 1989, à l'âge de 29 ans. Elle fut publiée en 1991. Elle a pour personnages Don Juan, Sganarelle, la Duchesse, la Comtesse, Madame Cassin, Mademoiselle de la Tringle, la Religieuse, le Chevalier de Chiffreville (interprété par Dominique Guillo), Angélique (la sœur du Chevalier et nièce de la Duchesse), Marion (la servante de la Duchesse).

Dans le château de Valognes, dans la campagne normande, cinq femmes anciennes amantes du séducteur Don Juan veulent instruire son procès pour le forcer à épouser la dernière demoiselle qu'il a séduite. À la surprise de ces dames, Don Juan accepte. Elles refusent cette étonnante réponse et vont chercher à en connaître les motifs.

Cette pièce est une réflexion sur le personnage de Don Juan qui, d'après Schmitt, ne vit que par la sexualité sans l'avoir comprise et qui souhaiterait que quelqu'un l'arrête dans cette quête sans fin du désir avec des partenaires différentes. Il s'agit d'une réécriture du mythe de Don Juan, qui donne notamment un nouveau souffle à Don Juan, personnage censé mourir au dénouement de Dom Juan.

Intrigue[modifier | modifier le code]

Un soir d'été, la comtesse de la Roche-Pique qui etait elle meme une prostituée demanda a son fils la main de son père pour convaincre don juan de l'epouser a la place du chevalier de saint brice sous foret , Mademoiselle de la Tringle, Hortense de Hauteclaire dite "La religieuse" et Madame Cassin se retrouvent au château de Valognes, dans la campagne normande, sur l'invitation de la Duchesse de Vaubricourt. Ces cinq femmes, aux caractères différents ont un point commun : toutes, elles ont été séduites puis abandonnées par Don Juan. Le but de la Duchesse est de faire le procès du séducteur, et de le condamner à ce qu'il redoute le plus : la fidélité. Don Juan devra à l'issue du procès épouser Angélique, sa dernière conquête, et lui rester fidèle, sous peine de passer le reste de sa vie en prison (lettre de cachet).
Lorsque Don Juan arrive, les résolutions des cinq femmes semblent s'évaporer. Alors qu'elles se promettaient de rester insensibles aux charmes du séducteur et de demeurer les juges impartiales de celui qui les a trompées, elles vont toutes chercher à se faire remarquer, usant de moqueries mesquines et de compliments qui cachent leur jalousie et leur rancœur. Surprise : Don Juan se plie sans protester aux conditions du procès. Plus encore, il accepte la sentence avant même que le procès ait lieu : c'est un Don Juan vieilli et amer qui promet à Angélique de Chiffreville de l'épouser et de la rendre heureuse. Resté un moment seul avec la jeune fille, Don Juan se confie : avant de la séduire, il a connu l'amour, et il l'a perdu. Il accepte de renoncer à l'inconstance et aux plaisirs charnels pour rendre hommage à ce sentiment profond qu'il n'a connu qu'une seule fois. Il faut noter que Don Juan a connu l'amour chez un jeune homme qui n'est autre que le chevalier de Chiffreville, frère d'Angélique. Cependant, bien que cet amour n'ait jamais été consommé, il a été avoué par le Chevalier et par les réactions de Don Juan.
Par cette attitude, Don Juan brise son propre mythe. En obtenant ce qu'elles affirmaient vouloir, les femmes perdent cette seule image qu'elles avaient du séducteur : un homme libre, volage, impitoyable, mais terriblement fascinant, qui ne recherche que les plaisirs et ne connait pas l'amour. Et aucune des femmes ne supporte l'idée de perdre ce souvenir qui les fait souffrir, mais qui les fait également vivre. Avoir été séduite par Don Juan est une gloire qui efface la honte d'avoir été son jouet. Si Don Juan n'est plus lui-même, cette honte est trop grande. Car ce n'est pas cet homme qu'elles aiment, c'est le personnage : celui qui a séduit tant de femmes que son valet doit tenir une liste de ses conquêtes, une sorte de livre de comptes.

Citations[modifier | modifier le code]

  • La Duchesse : « Car au fond qu'est-ce qu'un poète ? C'est un gâteux prématuré. Moi je n'ai jamais eu de vocation : j'ai toujours tout fait en même temps que tout le monde » (acte III, scène 3).
  • La Religieuse : « Comme séducteur, il nous restera toujours Dieu : celui-là, on ne sait jamais ce qu'il pense » (acte III, scène 3).
  • Don Juan : « Décidément j'appartiens à tout le monde, sauf à moi » (acte III, scène 3).
  • Don Juan : « J'ai remarqué, Sganarelle, que selon les époques, les mystiques aperçoivent le Christ nu sur la croix ou bien couvert jusqu'au nombril. Au fond c'est pour cela qu'on devrait vous croire, vous autres, les inspirés : vous êtes incapables d'inventer quoi que ce soit ! » (acte III, scène 4).
  • Don Juan : « On aime toujours trop quand on aime vraiment. L'excès est de rigueur » (acte III, scène 4).
  • La Petite : « Les êtres humains ne sont pas des pommes que l'on cueille sur la branche. Quand on les croque, ça leur fait mal. Si vous étiez fidèle... »
Don Juan : « Fidèle ! La liberté dans une petite cage : on appelle cela la fidélité. [...] Il n'y a pas de traîtrise, il y a marché : le traître, c'est celui qui fait semblant de l'ignorer » (acte II, scène 3).
  • Mademoiselle de la Tringle : « Mais ne voyez-vous donc pas qu'il vous manœuvre ? Plus vous vous torturez, plus il triomphe !  » (acte I, scène 5).