La Nef des fous (ouvrage)

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Le « fou de livres » (Bëchernarr) dans une édition strasbourgeoise de 1510.

La Nef des fous (das Narrenschiff) est un ouvrage allemand écrit par le strasbourgeois Sébastien Brant à la fin du XVe siècle.

Publié par Johann Bergmann d'Olpe, pendant le carnaval à Bâle, ce récit versifié recense divers types de folie, brossant le tableau de la condition humaine, sur un ton satirique et moralisateur. Il mélange l'ironie et le sermon, le rigorisme et l'humour et est à la fois inspiré par l'esprit de la Réforme et par la littérature populaire, de colportage, avec ses proverbes dialectaux.

L'esprit de l'œuvre est pessimiste, l'auteur ne croit pas que les hommes puissent s'amender, mais il ne peut s'empêcher de s'indigner, de protester. Il ne cherche même pas à corriger les travers qu'il dénonce, sans vouloir faire de concession en nuançant entre les péchés véniels et ceux mortels. Tous mènent également à la perte.

Il sait que le bateau va, simplement, vers son naufrage. Cette métaphore, thème principal du livre, disparait d'ailleurs bien vite, au profit d'une énumération, elle-même non exempte de redites.

Les quelque 7000 vers sont courts. Les portraits (plus d’une centaine) ne ménagent personne, sans nommer non plus personne de trop puissant et de vivant à l’époque de l’auteur. Les références académiques sont nombreuses dans ce texte de lettré ; Brant était docteur « dans les deux droits » et a des notions poussées de rhétorique.

Un succès d’édition étourdissant et un best-seller européen[modifier | modifier le code]

La Stultifera Navis en route pour le Pays des Fous. Gravure sur bois de 1549.

L’édition originale réalisée à Bâle date de 1494, mais l’ouvrage, qui a connu un énorme succès, est fréquemment réédité, souvent illustré de gravures sur bois. La même année, il a été réédité à Nuremberg, Augsbourg et Reutlingen ; puis, dans une version « enrichie » par un anonyme, à Strasbourg (presses de Johann Grüninger), et de nouveau à Bâle en 1495 et 1499.

Une adaptation latine, Stultifera navis, traduite par son ami Jacques Locher de l'Université de Fribourg et publié par Josse Bade, dit Badius Ascensius, paraît en 1497, à Fribourg, puis à Paris en 1505 et est rééditée une dizaine de fois.

Des versions françaises sont éditées entre 1497 et 1499, par exemple La Nef des Folz du Monde, imprimé par Guillaume Balsarin à Lyon le 11 août 1498, traduit de la version latine de Locher par Jean Drouyn [1]. L'ouvrage est illustré par Albrecht Dürer de 117 remarquables figures gravées sur bois, certaines tirées deux fois. Chacune d'elles représente une sorte de fou différent : le bibliomane, l'avaricieux, l'usurier, le voyageur, le médecin assistant un mort, celui qui s'adonne trop à la danse, le fou de luxure, etc. Les compositions de cette édition furent réalisées d'après les bois des éditions bâloises précédentes. Une mise en rimes françaises fut écrite par Pierre Rivière en 1497. La dernière édition de la Nef des fous a paru chez José Corti en 1997 (traduction de Nicole Taubes).

Deux versions anglaises en vers et en prose paraissent à Londres, en 1509. Deux versions, tirées de l’original, sont éditées en 1519 à Rostock et Lübeck en bas-allemand. On trouve encore une édition à Bruxelles et deux traductions en flamand.

Les dernières éditions allemandes datent de 1625, puis en flamand en 1635, et l’œuvre rentre alors dans une phase d’oubli durable.

Une source d’inspiration pour les artistes[modifier | modifier le code]

Albrecht Dürer à Bâle à l’époque de la parution en aurait été un de ses plus fameux illustrateurs, avec une série de gravures, qu’il aurait réalisée avec trois autres artistes bâlois anonymes, pour illustrer chacune des folies différentes qui en composent les nombreux chapitres. Jérôme Bosch en a tiré aussi un tableau célèbre : la Nef des fous et Jürgen Weber une sculpture la Nef des fous que l'on peut admirer sur une place à Nuremberg[2] et devant la poste principale de Hamelin (Allemagne).

L’Éloge de la folie d’Érasme paru en 1509 en aurait été une réfutation, moins pessimiste

Une relecture de la totalité des gravures sur bois de Dürer a été réalisée par le peintre contemporain Philippe Guesdon. Cet ensemble de toiles a été présenté en 2011 et 2012 dans les musées de Soissons, d'Orléans et de Niort.

Le sculpteur allemand Michael Schwarze a réalisé en 2004 une fontaine de bronze[3] nommée Narrenbrunnen (la Fontaine des Fous)[4] et inspirée de la Nef des fous. Elle se trouve à Neuenburg am Rhein[5] dans le Bade-Wurtemberg.

Un écrit fondateur alémanique[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, à l’époque romantique, un nouvel intérêt pour le médiéval et les racines nationales a fait resurgir de l’oubli ce texte. Avec la première bible de Gutenberg, la Nef des fous est un symbole culturel important. La première traduction française a été faite par Madeleine Horst à Strasbourg, éditions de la Nuée Bleue 1977.genre satirique en vers.

Édition moderne[modifier | modifier le code]

  • La Nef des fous ; plus Les songes du seigneur Sebastian Brant, trad. et présentation par Nicole Taubes, Paris, J. Corti, 1997.

Source[modifier | modifier le code]

  • Sébastien Brant, La Nef des fous, Éditions La nuée bleue/DNA, la bibliothèque alsacienne, 1977 (ISBN 2-7165-0221-8)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://catalogue.bnf.fr/servlet/biblio?idNoeud=1&ID=30155491&SN1=0&SN2=0&host=catalogue | catalogue de la BnF
  2. Bild:Nuernberg Ehebrunnen2.jpg
  3. http://www.narrenbrunnen.com/frames/suedwestdeutschland/oberrhein/neuenburg/neuenburgbeschreibung.html
  4. http://www.badische-seiten.de/neuenburg/narrenbrunnen.php
  5. http://www.neuenburg.de/servlet/PB/menu/1286190_l1/index.html

Annexes[modifier | modifier le code]

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