La Muette de Portici

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La Muette de Portici
Musique Daniel-François-Esprit Auber
Livret Eugène Scribe
Création

La Muette de Portici est un opéra de Daniel-François-Esprit Auber, sur un livret de Scribe[1] et Delavigne[1], créé le [1], à l'Opéra de Paris (salle Le Peletier), où il connut un succès très important avec plus de cent représentations la première année.

La Muette de Portici exalte le sentiment de la patrie et celui de la liberté à travers une fresque du peuple napolitain qui s'était révolté au XVIIe siècle contre le joug espagnol. Portici est le nom d'un port de pêche dans les faubourgs de Naples. Le rôle-titre de la Muette est - paradoxalement pour un opéra - tenu par un mime ou une danseuse. Le nom de cette muette, Fenella, est celui d'une sourde et muette dans Peveril du Pic, roman de Walter Scott paru en 1823. Mais les deux histoires ne présentent aucune ressemblance[2].

La Muette de Portici eut un rôle majeur dans l'émergence du Grand opéra. L'œuvre fut jouée 505 fois à Paris jusqu'en 1882, et 285 fois à Berlin avant 1898. Elle est aujourd'hui tombée dans l'oubli, sauf de rares tentatives restées sans lendemain, comme à Marseille en 1991 et à Paris (Opéra Comique) en 2012. En revanche, l'ouverture reste encore extrêmement populaire en concert.

C'est à la suite d'une représentation en août 1830 à Bruxelles de La Muette de Portici qu'éclatèrent des troubles qui allaient quelques semaines plus tard conduire à la Révolution belge de 1830.

Personnages[modifier | modifier le code]

Rôle Voix Distribution lors de la création, le 29 février 1828
François-Antoine Habeneck, chef d'orchestre
Alphonse, fils du vice-roi de Naples ténor Alexis Dupont
Elvire, sa fiancée soprano Laure Cinti-Damoreau
Masaniello, un pêcheur ténor Adolphe Nourrit
Fenella, sa sœur danseuse Lise Noblet
Pietro, ami de Masaniello basse Henri-Bernard Dabadie
Borella, ami de Masaniello basse Ferdinand Prévôt
Moreno, ami de Masaniello basse Beltrame Pouilley
Lorenzo, confident d'Alphonse ténor Jean-Étienne-August Eugène Massol
Selva, officier basse Ferdinand Prévôt
dame de compagnie d'Elvire soprano Larotte

Argument[modifier | modifier le code]

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Le livret est largement fondé sur un événement historique, le soulèvement de Masaniello, pêcheur napolitain, contre le gouvernement espagnol de Naples en 1647. À l'ouverture de l'opéra, la princesse Elvire doit épouser Alphonse, fils du vice-roi espagnol. Mais Fenella (rôle muet) dénonce ce dernier comme étant celui qui l'a séduite et enlevée. Cela provoque la colère de son frère, le pêcheur Masaniello, qui suscite avec ses amis une révolte contre l'occupation espagnole. Elvire pardonne à Alphonse, mais essaie de retrouver Fenella.

Alors que Masaniello prend le contrôle de la révolte, Alphonse et Elvire se réfugient dans une maison de pêcheur. Ils prennent le risque de subir la fureur de Pietro, l'un des rebelles, en lui demandant de les protéger. Mais Pietro voit dans Masaniello un traître et un tyran potentiel. Il fait le serment de l'abattre. Il empoisonne Masaniello qui, mourant, s'arrange pour sauver Elvire. Alphonse marche contre les rebelles à la tête de l'armée espagnole et récupère Elvire. À la fin de l'opéra, Fenella se jette de désespoir dans le Vésuve en éruption.

Révolution belge de 1830[modifier | modifier le code]

À Bruxelles, au théâtre de la Monnaie, le , eut lieu une représentation à l'occasion des 59 ans du Roi Guillaume. L'assistance vit une similitude entre la situation du peuple belge et cette œuvre qui transporte à la scène la révolte du peuple de Naples contre la domination espagnole au XVIIe siècle.

Le duo de l'Amour sacré de la Patrie chanté au deuxième acte, dans la scène 2, par Masaniello et son ami Pietro, avait échauffé un public enthousiaste :

Mieux vaut mourir que rester misérable !
Pour un esclave est-il quelque danger ?
Tombe le joug qui nous accable
Et sous nos coups périsse l'étranger !
Amour sacré de la patrie,
Rends nous l'audace et la fierté ;
À mon pays je dois la vie ;
Il me devra sa liberté.

Au troisième acte, dans la scène 4, Masaniello, joué par le ténor Lafeuillade, au son du tocsin, brandit une hache et chante :

Va dire aux étrangers que tu nommes tes maîtres
Que nous foulons aux pieds leur pouvoir inhumain
N'insulte plus, toi qui nous braves,
À des maux trop longtemps soufferts.
Tu crois parler à des esclaves,
Et nous avons brisé nos fers.

Le chœur reprend:

Non, plus d'oppresseurs, plus d'esclaves,
Combattons pour briser nos fers.

Les personnages se lèvent en tirant leurs armes et désarment les soldats. Le chœur chante :

Courons à la vengeance !
Des armes, des flambeaux !
Et que notre vaillance
Mette un terme à nos maux !

Lors de la représentation, les spectateurs se levèrent, répétant : « Aux armes, aux armes ! ». Ce cri courut comme une traînée de poudre dans la foule qui sortit du théâtre en hurlant : « Au National ! Au National ! » Se répandant dans les rues, elle se dirigea vers les bureaux du journal pro-orangiste de Libri Bagnano, rédacteur principal du National, qui soutenait les prétentions du Roi Guillaume contre les libéraux et les catholiques belges coalisés.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c François-René Tranchefort, L'Opéra, Éditions du Seuil,‎ 1983, 634 p. (ISBN 2-02-006574-6), p. 150
  2. Henri Suhamy, Sir Walter Scott, Fallois, 1993, p. 340.

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]