La Mort de Sardanapale

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La Mort de Sardanapale
Image illustrative de l'article La Mort de Sardanapale
Artiste Eugène Delacroix
Date 1827
Technique huile sur toile
Dimensions (H × L × l) 392 cm × 496 cm × 0,55 cm
Localisation musée du Louvre, Paris()
Numéro d'inventaire RF 2346

La Mort de Sardanapale est un tableau de grande taille (392 cm × 496 cm) dû à Eugène Delacroix. Il fait partie des collections du Musée du Louvre, où il est entré en 1921, grâce aux arrérages du legs Audéoud. Le musée conserve également un petit tableau (100 cm × 81 cm) sur le même thème ; acquis en 1925 grâce à un legs de la comtesse Paul de Salvandy, née Eugénie-Marie-Gabrielle Rivet, c'est une esquisse du précédent.

Histoire[modifier | modifier le code]

Sardanapale est un roi légendaire de Ninive en Assyrie qui aurait vécu de 661 à 631 av. J.-C. Il serait une mythologisation d'Assurbanipal, un roi très cultivé, peu belliqueux. L'autre possibilité, sans doute plus vraisemblable, est que Sardanapale soit le frère d'Assurbanipal, Shamash-Shum-Oukin. Assurbanipal l'avait chargé de gouverner Babylone. Porté par un courant de révolte contre le pouvoir Assyrien, Sardanapale avait ensuite intrigué contre Assurbanipal, ce qui avait poussé celui-ci à faire le siège de Babylone pour le punir (650-648). Lorsque Sardanapale sentit la défaite approcher, il décida de mourir avec toutes ses femmes, ses chevaux et ses objets précieux et d'incendier son palais.

La scène représentée par Delacroix raconte l’épisode dramatique de la mort du souverain, dont la capitale est assiégée sans aucun espoir de délivrance, et qui décide de se suicider en compagnie de ses esclaves et de ses favorites, après avoir brûlé sa ville pour empêcher l'ennemi de profiter de ses richesses. Delacroix éprouva le besoin de fournir quelques explications lorsque la toile fut exposée la première fois ; il le fit en ces termes :

« Les révoltés l’assiégèrent dans son palais… Couché sur un lit superbe, au sommet d’un immense bûcher, Sardanapale donne l’ordre à ses esclaves et aux officiers du palais d’égorger ses femmes, ses pages, jusqu’à ses chevaux et ses chiens favoris ; aucun des objets qui avaient servi à ses plaisirs ne devait lui survivre. »

Le poète anglais Lord Byron, l'un des écrivains phare du romantisme, avait publié en 1821 un drame — Sardanapalus — traduit en français dès 1822. Certains historiens pensent que Delacroix y aurait puisé son inspiration. L'œuvre raconte la fin tragique de ce roi légendaire d’Assyrie, qui, voyant le pouvoir lui échapper à la suite d’une conspiration, choisit, lorsqu'il se rendit compte que sa défaite était inéluctable, de se jeter en compagnie de sa favorite, Myrrha, une esclave ionienne, dans les flammes d’un gigantesque bûcher. Si Delacroix a bien repris la trame générale du drame de Byron — on reconnaît Myrrha dans la femme à demi allongée sur le lit aux pieds du monarque —, l’idée de l'holocauste des femmes, des chevaux et du trésor semble avoir pour source un autre auteur, antique celui-là, Diodore de Sicile. Dans sa Bibliothèque historique (2, 27, 2), ce dernier rapporte en effet, d'après son prédécesseur Ctésias, que, « pour ne pas tomber aux mains de ses ennemis, (Sardanapale) fit élever dans son palais un gigantesque bûcher sur lequel il entassa la totalité de son or et de son argent, ainsi que tous ses vêtements royaux, puis, après avoir enfermé ses concubines et ses eunuques dans un espace aménagé au milieu du bûcher, il se fit brûler avec eux tous et son palais ».

On remarque que ce n'est pas un tableau « léché ». Le peintre juxtapose des taches de couleur qui présentent une forme uniquement lorsqu'on recule. La couleur domine (notamment le rouge et le jaune représentant le bûcher), la luminosité est éclatante.

Détail

Au-delà de l'histoire mise en scène, ce tableau apparaît comme un manifeste dans la querelle entre la peinture romantique de Delacroix et le classicisme (ou néoclassicisme) ingresque. Delacroix met en effet en avant dans son œuvre ce relâchement des conventions formelles, que rejettent les classiques : ce ne sont pas les formes et les sujets que l'artiste met en valeur, mais davantage l'intensité des couleurs, des contrastes et de la lumière (cf. La querelle du dessin et de la couleur entre Ingres et Delacroix).

L’œuvre fut exposée au Salon de 1827, en même temps que L'Apothéose d'Homère d'Ingres. Elle fut beaucoup plus mal accueillie que les Scènes des massacres de Scio (1824), toile qui avait déjà fait scandale et promu Delacroix au rang de chef de file de l'école romantique en peinture. Face à l’œuvre d’Ingres, La Mort de Sardanapale provoqua un nouveau scandale et fut rejetée par la majorité des critiques. Victor Hugo, une nouvelle fois clairvoyant, fut un des seuls à ne pas condamner la démesure exprimée par Delacroix, son rejet du Beau, et la cruauté de la scène contemplée par un tyran esthète à mille lieues des exemples néoclassiques de vertu. Tombée aussitôt dans un oubli presque total, la toile fut achetée par le Musée du Louvre en 1921[1].

La Mort de Sardanapale est certainement la toile la plus romantique de Delacroix. Or, sur le même thème, un autre représentant majeur du romantisme français, Hector Berlioz, composa en juillet 1830 sa cantate Sardanapale (H 50), qui lui permit d'obtenir, après plusieurs tentatives infructueuses, le premier Grand prix de Rome et de remporter ainsi son premier succès officiel (seul un fragment de la partition a été conservé). Le poème mis en musique avait été commandé par la section de musique de l'Académie des beaux-arts à l'helléniste Jean-François Gail (1795-1845). Sans doute Gail, qui a puisé son inspiration non seulement chez les auteurs antiques mais aussi dans le drame de Byron, connaissait-il le tableau de Delacroix, celui-ci ayant, comme on l'a vu plus haut, défrayé la chronique artistique trois ans auparavant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Brodier, L'odalisque ou la représentation de la femme imaginaire, Editions L'Harmattan,‎ 2006, p. 59

Annexes[modifier | modifier le code]

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