La Mandragore

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La Mandragore (La Mandragola en italien) est une pièce de Nicolas Machiavel, écrite en 1520. Cette pièce est une courte farce burlesque en 5 actes, un genre qui préfigure le théâtre populaire italien de la « commedia dell'arte » (XVIe siècle).

Contexte historique[modifier | modifier le code]

La Mandragore est écrite comme vengeance contre les Médicis. À la chute de la république, Machiavel, après avoir été accusé de complot contre les Médicis et chassé de Florence, écrit Le Prince (Il Principe) où il se permet de donner des conseils au chef de l’état sur le meilleur mode de gouverner. Il espère de cette manière que Lorenzo de Médicis lui permettra de revenir à Florence. Cependant, Lorenzo ne cèdera jamais. La Mandragore lui est donc dédiée, mais elle est surtout une condamnation satirique de la société florentine de l’époque. C’est une caricature, une polémique sociale. La Mandragore est un coup de canon dans la société. À cette époque, la politique est difficile donc la vie culturelle l’est aussi. C’est pour cette raison que la comédie a une originalité toute particulière. Elle se démarque de tout ce qu’on a connu jusque-là. Même la langue semble avoir été créée pour cette comédie et, à travers elle, Machiavel illustre son goût pour la mauvaise plaisanterie (la beffa en italien). Cette comédie est qualifiée d’« unicum » : elle est unique, inimitable. Machiavel lui-même ne reproduira jamais une œuvre aussi bonne que celle-ci.

Il est clair que la pièce met en scène l'essentiel de la pensée machiavélienne présentée dans Le Prince. En effet, les personnages symbolisent des éléments politiques importants présentés dans le livre. Ainsi, Callimaco représente la figure du prince entreprenant qui souhaite un bien au détriment d'un autre. Lucrezia représente ce "bien" à atteindre, c'est-à-dire un peuple à conquérir (Notez que Machiavel s'adresse dès le début de la pièce au peuple en affirmant qu'il aimerait que celui-ci soit séduit comme elle dans la pièce). Nicia représente quant à lui le prince héréditaire (ou l'ancien prince) dont il faut conquérir le bien. Le frère Timoteo représente quant à lui l'Église. Enfin, on peut certainement voir dans la figure de Ligurio le rusé conseiller du prince, c'est-à-dire Machiavel lui-même.

L'action[modifier | modifier le code]

L’action se passe à Florence, en Toscane. Le héros est un jeune homme, Callimaco Gaudagni, qui vient de passer vingt ans en France, à Paris. Un ami marchand l’a informé de l’existence à Florence d’une femme d’une grande beauté, Lucrezia, jeune épouse du riche Nicia Calfucci. Revenu dans sa ville natale, il n’a plus qu’un objectif en tête : séduire la belle Lucrezia.

L'intrigue[modifier | modifier le code]

Callimaco compte abuser de la grande naïveté de Nicia, bourgeois crédule, dont le couple marié depuis 6 ans n’a toujours pas d’enfant et commence à désespérer d’en avoir. Pour mener à bien son entreprise de séduction, il fait appel à Ligurio, un pique-assiette rusé, déluré et malin. Premier constat : Lucrezia est une femme austère, qui se tient à l’abri des plaisirs de la société, et qui ne sort jamais de sa maison sauf pour aller à l’église et se confesser. Les deux compères tentent d’abord de convaincre Nicia d’emmener sa femme dans une ville thermale, aux eaux reconnues pour ses effets bénéfiques sur la fécondité. Ils supposent que Lucrezia deviendra une proie plus facile hors de sa maison et de sa ville mais l’idée ne séduit absolument pas Lucrezia.

Le stratagème[modifier | modifier le code]

L’entreprenant Ligurio imagine alors de faire passer Callimaco pour un grand médecin, spécialiste de la fertilité, fraîchement revenu de Paris. Ligurio laisse entendre à Nicia que le « médecin » Guadagni connaît une potion infaillible pour la grossesse, une potion de mandragore, une préparation que même la Reine de France aurait testée avec succès. Seul effet secondaire fâcheux, le premier homme qui approche la femme qui a bu la potion, meurt dans les 8 jours qui suivent. Le stratagème se met en place, mais Lucrezia n’est pas convaincue par le fait de se mettre au lit avec le premier vagabond venu, employé comme victime expiatoire de la potion. Il faudra toute la conviction d’une mère impatiente de devenir grand-mère, et surtout de l’Église, par l’intermédiaire de frère Timoteo facilement corrompu... Rassurée par le fait que la volonté de Dieu ne saurait être mise en doute, et que l’Église, comme sa mère, apporte sa bénédiction au cocuage comme au meurtre, Lucrezia se laisse peu à peu persuader...

Prologue[modifier | modifier le code]

Bonnes gens, public aimable,

Dieu vous sauve et vous garde, car votre amabilité pour nous est le gage que nous vous plaisons. Pourvu que vous gardiez le silence, nous voulons vous faire entendre une aventure toute récente survenue en ce pays. Regardez le décor : vous y voyez votre Florence, une autre fois ce sera Rome ou Pise. Il y a de quoi rire, non ?

Cette porte, à ma main droite, est la maison du docteur qui s’est gavé de Digestes indigestes. La rue que vous imaginez là, dans cet angle, c’est la rue de l’Amour, où celui qui trébuche jamais ne se redresse. Et bientôt vous reconnaîtrez à son habit le moine, prieur ou abbé, qui habite l’église d’en face, si du moins vous ne quittez pas la salle trop vite.

Un jeune homme, Callimaco Guadagni, tout frais émoulu de Paris, habite là, dans cette maison sur la gauche. Bon compagnon s’il en fut, il porte les signes et les marques d’une galanterie dont il mérite l’honneur et la palme. Il s’est passionnément épris d’une jeune femme fort sur ses gardes, qu’il sut attraper de la façon que vous verrez, et je voudrais, mesdames, qu’on vous attrapât de même.

L’histoire s’appelle La Mandragore et vous saurez pourquoi en nous voyant jouer, du moins je le suppose. L’auteur n’a pas grand renom et pourtant, s’il ne vous fait pas rire, il veut bien payer à boire. Un amant pitoyable, un juriste sans astuce, un moine dissolu, un parasite qui est l’enfant chéri de la Malice, voilà pour vous distraire en ce jour.

Et si ce sujet frivole vous semble indigne d’un homme qui se donne des dehors graves et sages, veuillez l’en excuser, car c’est par ces folles imaginations qu’il essaie d’adoucir l’amertume de sa vie. Où voulez-vous qu’il porte ses regards, puisqu’on a interdit toute issue à ses autres talents et qu’on lui refuse le salaire de ses peines ?

Le seul salaire qu’il attende, c’est que chacun à part soi grimace et médise de ce qu’il voit et entend. Ce vice, sans aucun doute, fait que le siècle présent forligne de l’antique vertu : quand le blâme est partout, personne ne s’échine et ahane pour bâtir, au prix de mille peines, une œuvre que le vent peut abattre ou le brouillard ensevelir.

Si l’on croyait pourtant, par quelque médisances, agripper l’auteur par les cheveux, l’effrayer, lui faire quitter la partie je vous en avertis : médire est un art qu’il connaît, il y a même fait ses premières armes et partout au monde où l’on entend dire « si » et « no », il ne respecte personne, bien qu’il fasse la révérence aux seigneurs mieux vêtus que lui.

Bah ! Médise qui voudra et revenons à notre affaire, car le temps m’est compté. N’attachons pas trop d’importance aux mots ni aux sots qui peut-être ne sont pas encore nés.

Voici Callimaco qui entre en scène avec son valet Siro et qui vous dira comment vont les choses. Soyez donc attentifs, car je n’ajouterai mot.

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]