La Maison du chat-qui-pelote

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La Maison du chat-qui-pelote
Image illustrative de l'article La Maison du chat-qui-pelote
Illustration de Édouard Toudouze
Publication
Auteur Honoré de Balzac
Langue Français
Parution Drapeau de la France France, 1830,
chez Mame-Delaunay
Recueil Scènes de la vie privée de La Comédie humaine
Intrigue
Genre Étude de mœurs
Lieux fictifs Paris
Personnages Monsieur Guillaume
Virginie, sa fille aînée
Augustine, sa cadette
Théodore de Sommervieux
La duchesse de Carigliano
Nouvelle précédente/suivante
Le Bal de Sceaux Suivant

La Maison du chat-qui-pelote est une nouvelle d’Honoré de Balzac parue en 1830. Elle fait partie des Scènes de la vie privée de la Comédie humaine.

Historique du texte[modifier | modifier le code]

D’abord intitulé Gloire et Malheur, cette longue nouvelle (ou court roman) rédigée en 1829 ne paraît qu'en 1830 chez Mame-Delaunay et connaît quatre autres éditions et autant de remaniements jusqu’à la dernière édition Furne 1842 qui est elle-même corrigée avant de paraître sous le titre de La Maison du chat-qui-pelote[1].

Ouvrant la série des études de mœurs, ce texte a une fonction inaugurale dans la mesure où il annonce tous les grands thèmes balzaciens[2]. « C’est en même temps un défi théorique, superbe dans sa discrétion, (…) aux contraintes génériques de la nouvelle et du roman. Car cette nouvelle est aussi un roman, avec sa durée, sa profondeur, son horizon de personnages secondaires et son rythme ascendant-descendant qui sera celui des grands ensembles comme César Birotteau par exemple[3]. »

Résumé[modifier | modifier le code]

Monsieur Guillaume, marchand drapier, successeur de Monsieur Chevrel et ami de Jean-Jérôme Cardot, quoique riche et puissant, vit dans l’austérité la plus complète, approuvé en cela par son épouse et ses deux filles Augustine et Virginie. Cependant ce paisible négoce va être troublé par l’arrivée de Théodore de Sommervieux, aristocrate, peintre, amoureux de la beauté en général, volage, mais voué corps et âme à son art. Lorsque l’histoire commence, Théodore est en admiration devant Augustine qui apparaît à la fenêtre d’une vieille maison dans un vieux quartier de Paris. Théodore semble ne plus pouvoir détacher son regard de ce portrait vivant. Éperdument amoureux d’Augustine ou de l’idée qu’il se fait d’elle, il demande sa main et l’épouse malgré les réticences de Monsieur Guillaume, et encore plus de Madame, qui voit d’un mauvais œil ce changement de classe pour sa fille. À juste titre car, les premiers feux de l’amour passés, Théodore ne trouve plus aucune consistance (aucun répondant ?) à sa femme, qui lui paraît fade. Théodore a besoin de sensation fortes. Il va les chercher chez une créature cruelle, la duchesse de Carigliano, qu’Augustine vient ensuite supplier de l’aider en lui donnant des recettes de séduction. Mais les conseils de la duchesse n’ont aucun effet sur le comportement d’Augustine, qui dépérit et meurt de chagrin.

L’archéologue de Paris[modifier | modifier le code]

Balzac présente avec une précision scrupuleuse un quartier de Paris qu’il connaît bien, parce qu’il y a vécu à l’époque de ses œuvres de jeunesse, et la vie de ses habitants, des commerçants pour la plupart. La rue du Petit Lion et le quartier de la rue Saint-Denis sont le centre des commerces de draperie et de passementerie[4], qui était l’activité des grands-parents de l’écrivain : les Sallambier. Outre la description minutieuse de la rue, d’une maison à colombages dont même les fenêtres ont un caractère archéologique et dont « (…) le bois travaillé grossièrement (…) des humbles croisées du troisième étage aurait mérité d'être placé au Conservatoire des arts et métiers[5] », Balzac nous renseigne sur la signification du titre : la maison du chat-qui-pelote. Il s’agit d’une enseigne d’un goût douteux qui présente un chat pelotant, c’est-à-dire selon la définition de l’époque : renvoyant une pelote (balle) avec une raquette. Les pratiques des commerçants pour attirer la clientèle sont ainsi étudiées en remontant l’historique du commerce parisien : « (…) il convient de faire observer ici que ces enseignes, dont l’étymologie semble bizarre à plus d’un négociant parisien, sont les tableaux morts de vivants tableaux à l’aide desquels nos espiègles ancêtres avaient réussi à amener les chalands dans leurs maisons. Ainsi la Truie-qui-file, le Singe-vert, etc. furent des animaux en cage dont l’adresse émerveillait les passants, et dont l’éducation prouvait la patience de l’industriel au XVe siècle[6]. » Dans la croisade des artistes du XIXe siècle contre le vandalisme de Paris, Balzac s’est investi de façon fort originale, dans la sauvegarde des témoignages archéologiques les plus humbles, mais, de son point de vue, aussi important que les grands monuments : étroites maisons, petites rues, modestes enseignes c’est-à-dire les arts et traditions populaires en grande partie présentés au musée Carnavalet[7].

Balzac sociologue et moraliste[modifier | modifier le code]

S’il y a une morale dans cette fable (à rapprocher du Bal de Sceaux)[8], c’est peut-être qu’il y a des milieux qui ne se marient pas, au propre comme au figuré. L’éducation d’Augustine, fille du marchand drapier Guillaume, aussi belle et aimable soit-elle, ne saurait s'accorder avec les habitudes de l’artiste-aristocrate Théodore de Sommervieux. Il s’agit moins ici d’une différence de naissance (comme celle séparant les filles du Père Goriot et le faubourg Saint-Germain) ou de fortune (comme celle entre Lucien de Rubempré et Clotilde de Grandlieu) que d’une façon d’être, d’une culture, d’une compréhension de la vie. La belle Augustine, totalement aveugle, totalement perdue dans un monde qui n’est pas le sien, et pourtant pleine de bonne volonté, ne comprendra jamais qu’il y a autre chose chez une femme pour attirer un homme que la beauté, la bonté, la sagesse. Elle ne comprend même pas le cours qu’elle vient demander à la cruelle duchesse de Carigliano. Elle n’est pourtant ni idiote, ni insensible. Elle est simplement hors de ce monde d’artistes que son père juge sévèrement : « Ils sont trop dépensiers pour ne pas être toujours de mauvais sujets. J'ai fourni feu M. Joseph Vernet[9], feu M. Lekain[10], et M. Noverre[11].(…) Ah! Si tu savais combien de tours ils ont joué à ce pauvre monsieur Chevrel ! Ce sont de drôles de corps. (…)[12],[13]. »

Ainsi sont mis en parallèles des mondes inconciliables que l’auteur de la Comédie humaine va explorer inlassablement. La Maison est une « excellente initiation à l’univers de la Comédie humaine (…) son choix dans les classes comme texte de lecture suivie est propre à faire découvrir et à faire aimer Balzac[14]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Introduction, notes, documents par Anne-Marie Baron à La Maison du chat-qui-pelote, Flammarion GF, 1985. Volume incluant également le Bal de Sceaux, la Vendetta, la Bourse.
  2. Anne-Marie Baron, Flammarion GF, 1985, p. 8-9.
  3. Anne-Marie Baron, 1985, p. 9.
  4. Docteur Vimont, histoire de la rue Saint-Denis, préface de M. Dupont-Ferrier. Les presses modernes, Paris, 1936, 3 vol. p. I. p. 322.
  5. Balzac, la Maison du chat-qui-pelote, Flammarion GF, 1985, p. 34.
  6. Balzac, la Maison du chat-qui-pelote, Flammarion GF, 1985, p. 35.
  7. Jeanine Guichardet, Université de Paris III, Balzac, archéologue de Paris, Paris SEDES 1986. p. 272-3.
  8. Anne Marie baron, 1985, p. 11.
  9. Claude-Joseph Vernet, Anne Marie Baron, 1985, p. 269.
  10. Lekain, A.M. Baron, ibid.
  11. Jean-Georges Noverre, A.M. Baron, ibid.
  12. A.M. Baron, 1985, p. 22.
  13. La Maison du chat-qui-pelote, Flammarion GF, 1985, p. 62-63.
  14. A. M. Baron, 1985, p. 22.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Muriel Amar, « Autour de La Maison du chat-qui-pelote : essai de déchiffrage d’une enseigne », L'Année balzacienne, 1993, no 14, p. 141-55.
  • Max Andreoli, « Une nouvelle de Balzac : la maison du Chat-qui-pelote. Ébauche d’une lecture totale », L’Année balzacienne, 1972, p. 43-80.
  • Olivier Bonard, La peinture dans la création balzacienne : invention et vision picturales de La maison du Chat-qui-pelote au Père Goriot, Genève, Droz, 1969.
  • (en) Diana Festa, « Linguistic Intricacies in Balzac’s La Maison du chat qui pelote », Nineteenth-Century French Studies, Fall-Winter 1988-1989, n° 17 (1-2), p. 30-43.
  • Alex Lascar, « La Première ébauche de La Maison du chat-qui-pelote », L’Année balzacienne, 1988, no 9, p. 89-105.
  • Alex Lascar, « Le Début de La Maison du chat-qui-pelote : de la seconde ébauche à l’édition Furne », L’Année balzacienne, 1989, no 10, p. 43-59.
  • Roland Le Huenen, « Le Dialogue balzacien : émergence d’une pratique », Balzac : une poétique du roman, Saint-Denis, PU de Vincennes, 1996, p. 213-22.
  • Paul Perron, « Système du portrait et topologie actantielle dans La Maison du chat-qui-pelote », Le Roman de Balzac : recherches critiques, Montréal, Didier, 1980, p. 29-40.
  • Franc Schuerewegen, « La Toile déchirée : texte, tableau et récit dans trois nouvelles de Balzac », Poétique, fév. 1986, no 17 (65), p. 19-27.
  • (de) Wolf-Dieter Stempel, « ’L’Homme est lié à tout’: Bemerkungen zur Beschreibung bei Balzac anhand von La Maison du chat-qui-pelote », Honoré de Balzac, Munich, Fink, 1980, p. 309-37.
  • (en) Alexandra K. Wettlaufer, Pen vs. Paintbrush: Girodet, Balzac and the Myth of Pygmalion in Postrevolutionary France, New York, Palgrave, 2001. (ISBN 9780312236410)

Adaptation[modifier | modifier le code]

Cette œuvre a été adaptée pour la télévision en 2009, sur France 2, dans la série Contes et nouvelles du XIXe siècle. La duchesse de Carigliano était interprétée par Arielle Dombasle.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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