La Méduse

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20° 02.85′ N 16° 48.54′ O / 20.0475, -16.809

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La Méduse
Image illustrative de l'article La Méduse
La Méduse courant diverses bordées au plus près du vent.

Histoire
Quille posée 24 juin 1806
Lancement 1er juillet 1810
Statut échouée sur le banc d'Arguin, le
Caractéristiques techniques
Type Frégate de classe Pallas
Longueur 46,93 m
Maître-bau 11,91 m
Tirant d'eau 5,9 m
Déplacement 1 080 tonnes
Propulsion 1 950 m2 de voiles
Caractéristiques militaires
Armement 44-46 canons
Autres caractéristiques
Équipage 356 hommes
Coordonnées 20° 02′ 51″ N 16° 48′ 32″ O / 20.0475, -16.80920° 02′ 51″ Nord 16° 48′ 32″ Ouest / 20.0475, -16.809  

La Méduse est une frégate française devenue célèbre par son naufrage survenu le au large des côtes de Mauritanie. Ce naufrage, à l'origine de la mort de 160 personnes, dont 147 abandonnées sur un radeau de fortune, est évoqué par un tableau de Théodore Géricault : Le Radeau de La Méduse.

Historique de La Méduse[modifier | modifier le code]

La frégate La Méduse est l'objet d'un contrat du entre l'État et la société Michel Louis Crucy, établie à Paimbœuf (Loire-Inférieure)[1].

Elle est construite au début des années 1800 ; la coque est lancée le . Le 26 septembre, le navire passe à Mindin[2], à l'extrémité de l'estuaire de la Loire surveillé par une flottille anglaise basée à Hoëdic. La Méduse, commandée par Joseph François Raoul, réussit à quitter l'estuaire le 28 décembre, en même temps que la frégate La Nymphe, construite à Basse-Indre sur un autre chantier Crucy.

Compte tenu du destin ultérieur de La Méduse, ont été rapportées quelques légendes prémonitoires. Dans son Histoire de la Commune de Nantes, Camille Mellinet évoque la « tristesse inexplicable » marquant la cérémonie du lancement de la coque. Par ailleurs, un matelot aurait dit, en voyant la figure de proue : « une mauvaise tête qui nous portera malheur »[réf. nécessaire].

La première mission des deux frégates est de transporter à Batavia le gouverneur des Indes néerlandaises ainsi que son état-major et des soldats. La mission réussit, mais n'empêche pas la prise de Batavia par les Britanniques. Les deux frégates regagnent Brest en décembre 1811. Le rapport de Raoul sur La Méduse est dans l'ensemble favorable. Le commandement du navire passe ensuite à Ponée qui en est aussi satisfait.

En novembre 1813, La Méduse et la Nymphe partent pour une campagne de course dans l'Atlantique. Elles sont de retour en janvier 1814.

Après l'abdication de Napoléon, La Méduse, commandée par le chevalier de Cheffontaines, effectue une rotation aux Antilles ; elle est de retour à l'île d'Aix le 20 février 1815, puis subit un carénage à Rochefort. Ponée en reprend le commandement pendant les Cent-Jours. Le navire est toujours à Rochefort lorsqu'après Waterloo, Napoléon y vient le 8 juillet, envisageant un départ en Amérique sur la frégate Saale, aussi présente à Rochefort. Finalement, le projet de fuite est abandonné et Napoléon se constitue prisonnier le 15 juillet sur le HMS Bellerophon.

Le naufrage[modifier | modifier le code]

Le naufrage de la Méduse.

En 1816, la France récupère ses comptoirs au Sénégal, occupés par les Britanniques au cours des guerres de l'Empire. Louis XVIII décide d'envoyer des colons prendre possession de ce territoire rétrocédé.

Le 17 juin 1816, une division de bateaux chargée d'acheminer les fonctionnaires et les militaires affectés au Sénégal, ainsi que des scientifiques et des colons (soit 392 personnes au total) quitte l’île d'Aix pour rallier Saint-Louis du Sénégal. La flottille est composée de la frégate La Méduse, navire amiral sous la direction du capitaine de frégate Hugues Duroy de Chaumareys, de la corvette l’Écho, du brick l’Argus et de la flûte la Loire. Parmi les passagers se trouvent notamment le colonel Schmaltz, nouveau gouverneur, sa femme, ainsi que le commis de première classe et futur explorateur Gaspard Théodore Mollien, à bord de La Méduse ; René Caillié à bord de la Loire[3]. De grandes quantités de matériel sont aussi embarquées.

Hugues Duroy de Chaumareys qui commande La Méduse est un noble royaliste qui n'a quasiment plus navigué depuis l'Ancien Régime. Il commence la traversée en distançant les autres navires[4], plus lents que le sien, et se retrouve ainsi isolé. N'écoutant pas les avis de ses officiers qui le détestent (comme les anciens soldats napoléoniens à son bord et dont la monarchie tente de se débarrasser), il accorde toute confiance à un dénommé Richefort, un passager prétendant avoir déjà parcouru les parages[5]. Il se trompe dans son estimation de la position du navire par rapport au banc d'Arguin, obstacle connu des navigateurs. Au lieu de le contourner en passant au large comme l'indiquent ses instructions, il rase les hauts-fonds, jusqu'à ce que l'inévitable se produise le 2 juillet vers 15 heures.

« Plan du radeau de La Méduse, au moment de son abandon. Cent cinquante Français avaient été placés sur cette machine : quinze seulement furent sauvés treize jours après ».

La frégate s'échoue sur un banc de sable à une cinquantaine de kilomètres des côtes[6]. Plusieurs tentatives de renflouement échouent. L'équipage construit un radeau de vingt mètres sur sept, composé de pièces de bois, destiné à recevoir du matériel afin d'alléger le bateau. Après quelques jours, souffle une violente tempête qui secoue la frégate échouée, provoque plusieurs voies d'eau dans la carène et brise la quille. L'état-major du navire craint que le navire ne finisse par se désagréger. L'abandon est décidé. Une liste répartissant les personnes dans les canots de sauvetage est constituée en secret.

Le désordre est indescriptible. Plusieurs marins sont ivres morts en permanence, à l'instar du commandant Hugues Duroy de Chaumareys souvent aviné. Les officiers tentent de garder le contrôle de la situation, mais le commandant et les passagers de marque n'auraient pas brillé par leur exemple ce jour-là. Le 4 juillet, les six canots et chaloupes sont mis à l'eau ; sur le radeau s'entassent 152 marins et soldats avec quelques officiers, ainsi qu'une femme cantinière. Il est prévu que le radeau soit remorqué à terre par les chaloupes et tout le monde doit atteindre le Sénégal en longeant le littoral saharien. Dix-sept hommes restent sur l'épave de La Méduse espérant, sans doute, être secourus plus tard ; trois d'entre eux seulement seront retrouvés en vie, le 4 septembre suivant.

Très vite, les amarres ne relient plus les chaloupes à la masse considérable du radeau qui part à la dérive (largage volontaire, le radeau faisant dériver dangereusement la grosse chaloupe en surcharge ? Accident ?). Certaines chaloupes gagnent la côte, les hommes tentant leur chance dans le désert, accablés par la soif, la marche et l’hostilité des Bédouins. Ils arrivent après quinze jours d'errance récupérés par une caravane sous la houlette d'un officier déguisé en maure, mais il y a eu plusieurs morts. D'autres chaloupes restent en mer et atteignent Saint-Louis en quatre jours, rejoignant l’Écho et l’Argus amarrés. Dans ces dernières, se trouvent le commandant Chaumareys et le colonel Schmaltz.

Les marins et soldats du radeau, appelé rapidement la Machine, essaient de gagner la côte mais dérivent. L'équipée qui dure treize jours fait de nombreuses victimes, et donne lieu à des noyades, bagarres et mutineries, tentatives de sabordage ainsi qu'à des faits de cannibalisme en raison du manque de vivres (la capture de poissons-volants étant insuffisante, certains rongent les cordes du radeau, mâchent leurs ceintures ou leurs chapeaux) comme d'eau potable. Les naufragés n'ont que des barriques de vin à leur disposition. Le 17 juillet, le commandant Chaumareys envoie l'Argus non pas chercher les naufragés dont il estime qu'il ne reste aucun rescapé mais trois barils de 92 000 francs en pièces d'or et d'argent. Le brick, après avoir atteint Saint-Louis, retourne sur le lieu du naufrage et récupère seulement quinze rescapés, dont cinq mourront avant l'arrivée à Saint-Louis.

Retentissement[modifier | modifier le code]

L'incompétence des officiers et les récits autour du radeau provoquèrent une certaine émotion dans l'opinion lorsque deux hommes survivants de l'équipage rapportèrent l'événement dans un livre : Jean Baptiste Henri Savigny, chirurgien, et Alexandre Corréard l’ingénieur-géographe des Arts et Métiers.

La cour martiale siégea à Rochefort, à l'Hôtel de la Marine à partir du 22 janvier 1817, présidée par le Contre-amiral La Tullaye, assisté par sept capitaines de vaisseau, dont Le Carlier d'Herlye en qualité de procureur du Roi. Du 3 au 12 février est procédé à l'interrogatoire du commandant de la Méduse. Le procès s'ouvre le 24 février 1817, et se déroule à bord du vaisseau amiral, mouillé dans la Charente. L'audition de Chaumareys n'intervient que le 24 février. Le 28 février, le rapporteur (procureur du Roi) présente son réquisitoire. Le 1er mars est consacré à la défense. La délibération se déroule le lundi 3 mars 1817, et se termine à 11 heures du soir. Le jugement[7] est prononcé à l'issue. Hugues Duroy de Chaumareys, natif de Vars (Correze), âgé de 51 ans, chevalier des ordres royaux de Saint Louis et de la Légion d'honneur est condamné :

  1. à la majorité de 5 voix sur 8 à « être rayé de la liste des officiers de marine et à ne plus servir » ;
  2. à la majorité de 5 voix sur 8 à « accomplir trois années de prison » ;
  3. « aux dépens occasionnés par le procès ».

À 11 heures et demie du soir le contre-amiral de la Tullaye s'adresse au condamné : « vous avez manqué à l'honneur. Je déclare au nom de la Légion, que vous avez cessé d'en être membre, ainsi que de l'ordre royal et militaire de Saint Louis. » La Tullaye s'avance et enlève lui-même les décorations[8]. Plus largement, le scandale et l'indignation qui suivirent le drame étaient aussi dirigés contre une marine archaïque aux mains des royalistes, qui avaient choisi d'ignorer les apports de l'Empire dans le domaine maritime. C’est la Restauration tout entière qui est mise en procès.

Postérité[modifier | modifier le code]

Radeau de la Méduse reconstitué à l'échelle 1 visible dans la cour du musée de la Marine à Rochefort.
  • L'histoire de La Méduse a inspiré à Théodore Géricault, le tableau le Radeau de La Méduse (1819). L'épisode retenu par le peintre se situe peu avant le sauvetage du radeau, au moment où l'Argus apparaît à l'horizon. La réalisation de ce tableau deux ans seulement après le procès, son réalisme reconstituant un fait très récent, furent perçus comme une provocation.
  • Le Chancellor, roman de Jules Verne paru en 1875 (série des Voyages extraordinaires), s'appuie en partie sur les événements survenus lors du naufrage de La Méduse.
  • Le Radeau de La Méduse, film français de 1998 avec Jean Yanne et Claude Jade, est inspiré de l'histoire des naufragés de La Méduse et de la création du tableau de Géricault.
  • Océan mer (1993), roman d'Alessandro Baricco librement inspiré[9] de l'histoire de La Méduse.
  • À l'initiative de Philippe Mathieu, ancien officier de marine et administrateur du musée de la Marine de Rochefort, le radeau a été reconstruit à l'identique à Rochefort, en Charente-Maritime (ville de départ de la frégate), par le sculpteur sur bois Philippe Bray en 2014. Il a servi au tournage de « La Machine, la véritable histoire du radeau de la Méduse », docu-fiction[10] sur le naufrage, produit par Arte.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Cossé, Les Frères Crucy, entrepreneurs de construction navale, Nantes, 1993, pages 194-198.
  2. Commune de Saint-Brevin-les-Pins.
  3. René Caillié, Voyage à Tombouctou, introduction.
  4. Le commandant du brick, Cornette de Vénancourt, qui revient au Sénégal en avril 1817 pour le compte de la Société coloniale philanthropique de Sénégambie, relate dans ses mémoires, éditées par la famille De Vénancourt (Bordeaux), les incompétences du commandant de La Méduse, celui-ci ne pouvant être en tête de la flottille. Le brick, plus rapide, file sur Saint-Louis d'où, ne voyant pas arriver la frégate, il repartira au bout de quelques jours pour lui porter secours.
  5. Philippe Masson, L'affaire de la Méduse. Le naufrage et le procès, Tallandier,‎ 1989, p. 133
  6. 19° 54′ N 19° 24′ O / 19.9, -19.4.
  7. Voir le texte du jugement et un commentaire
  8. L'affaire de la Méduse, de Philippe Masson.
  9. Ce lien est souligné dans de nombreuses études du roman ; par exemple dans Élisabeth Routhier 2012, « L'intermédialité du texte littéraire. Le cas d'Océan mer, d'Alessandro Baricco » (mémoire de maîtrise, Faculté des arts et des sciences, Université de Montréal, version en ligne), p. 80 : « Bien que L'Alliance soit un nom fictif, les autres informations contenues dans ce paragraphe correspondent exactement au naufrage de la frégate La Méduse, survenu au mois de juillet 1816. Le lieu et les raisons du naufrage sont exacts, l'histoire de la construction du radeau et le nombre d'hommes qui y ont été confinés aussi, et les deux rescapés qui ont plus tard rendu publique cette histoire (le cartographe et le médecin) sont mentionnés. »
  10. La véritable histoire du radeau de la Méduse, docu-fiction d'Herle Jouo, 2015, (90 min)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Documents publiés[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Corréard (ingénieur-géographe) et Jean Baptiste Henri Savigny (chirurgien en second), Naufrage de la frégate La Méduse, faisant partie de l'expédition du Sénégal en 1816, Paris, Jean de Bonnot,‎ (1re éd. 1817) (lire en ligne)
    5e édition (1821) incluant :
    • 1re Relation (1817) ;
    • Jugement de Monsieur Hugues Duroy de Chaumareys ;
    • L. Brault, Ode sur le naufrage de la frégate « La Méduse ».
  • Paulin d'Anglas de Praviel (lieutenant au bataillon du Sénégal, ex-Garde du corps du Roi), 2e Relation,‎ Lire en ligne
  • Paul Charles Léonard Alexandre Rang Des Adrets dit Sander Rang (enseigne de vaisseau à bord de la frégate La Méduse), Notes destinées à la rédaction de la 3e Relation (paru la première fois en 1946).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Érik Empatz, La Malédiction de La Méduse, Grasset,‎
    Prix Encre marine, 2005
  • Claude Cosneau, Mathurin Crucy, 1749-1826, architecte nantais néoclassique, Nantes,‎
    catalogue de l'exposition, Musée Dobrée
  • Michel Hanniet, Le Naufrage de La Méduse, paroles de rescapés, Éditions Ancre de marine,‎
    Cet ouvrage de 495 pages constitue le récit le plus complet jamais publié. Il contient de nombreux inédits et corrige les inexactitudes et les préjugés racistes contenus dans la relation de Corréard. La bibliographie de Michel Hanniet recense 182 titres d'écrits et d'œuvres diverses ayant le naufrage de La Méduse pour sujet ou source d'inspiration.
  • Dorothée Koechlin de Bizemont, Écris Charlotte ! Journal d'une rescapé de La Méduse, Marines Éditions,‎ (ISBN 978-2357430594, présentation en ligne)
  • Philippe Masson, L'affaire de la Méduse, Tallandier,‎

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]