La Grève (roman d'Ayn Rand)

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La Grève ou La Révolte d'Atlas (titre original en anglais : Atlas Shrugged, littéralement : « Atlas haussa les épaules ») est le plus important roman de la philosophe et romancière américaine Ayn Rand. Selon une étude de la bibliothèque du Congrès américain et du Book of the month club menée dans les années 1990, ce livre est aux États-Unis le livre le plus influent sur les sondés, après la Bible[1]. Il a été publié en 1957 aux États-Unis. Elle y développe sa pensée critique de la démocratie sociale interventionniste en envisageant ce que deviendrait le monde si ceux qui le font avancer, les « hommes de l'esprit », décidaient de se retirer : en l'absence de ceux qui soutiennent le monde (tel le légendaire titan grec Atlas), la société s'écroule.

Pendant 54 ans, il n'y en a eu aucune traduction en français, hormis celle, quasiment inutilisable et même rejetée de l'auteur, réalisée par les éditions suisses Jeheber en 1958 et dont ne se trouvaient que quelques exemplaires dans de rares bibliothèques. En novembre 2009, une traduction pirate (de Monique di Pieirro) est diffusée sur Internet mais les ayants droit se lancent alors dans un combat pour retirer le fichier de la toile. En 2011, une traduction française sort aux Editions Les Belles Lettres/Fondation Andrew Lessman, sous le titre de La Grève[2]traduite par Sophie Bastide-Foltz.

Présentation[modifier | modifier le code]

D'après l'auteur elle-même, Atlas Shrugged a pour thème « le rôle de l'esprit humain dans la société ». Il décrit ce qui se passe lorsque la violence de l'État empêche l'esprit de fonctionner, soit directement, soit en poussant les « hommes d'esprit », les créateurs de richesse, à refuser de servir une société qui trouve normal de les traiter comme des esclaves. L'intrigue met donc en scène des « hommes d'esprit » (scientifiques indépendants, entrepreneurs honnêtes, artistes individualistes, travailleurs consciencieux) dont la disparition mystérieuse provoque crises et catastrophes. Celui qui les entraîne dans cette « grève », dans ce retrait, est John Galt, héros randien type, à la fois entrepreneur, philosophe et grand savant inventeur.

Contexte et écriture du roman[modifier | modifier le code]

Ayn Rand eut l'idée du livre après une conversation téléphonique qu'elle eut en 1943 avec un ami lui demandant d'écrire une fiction sur sa philosophie. Ayn Rand répondit : "Et si je mettais ça sous la forme d'une grève ? Et si tous les esprits créateurs du monde se mettaient en grève ?"[3]. La philosophe planifia alors de créer un travail de fiction explorant le rôle de l'esprit dans la vie humaine et de la moralité de l'égoïsme rationnel[4] en cherchant les conséquences d'une grève des "gens de l'esprit", d'un refus de faire profiter le gouvernement ou le reste du monde de leurs inventions, de leur art, de leur esprit d'entreprise, de leurs recherches scientifiques[5]. Elle écrivit ce livre en pensant l'intituler The Strike ("La Grève" en anglais), mais elle se rendit compte que le mystère du roman aurait été révélé prématurément à travers ce titre[6]. Sur suggestion de son mari, elle choisit de le nommer Atlas Shrugged (Atlas haussa les épaules en anglais) qui n'était alors que le titre de l'un des chapitres du livre[7]. Ayn Rand conduisit des recherches sur l'industrie américaine, et plus particulièrement l'industrie ferroviaire qui occupe un rôle prédominant dans le roman.
Ayn Rand déclara être influencée par d'autres écrivains tels que Victor Hugo, Fiodor Dostoïevski, Edmond Rostand et O.Henry[8]. Justin Raimondo, écrivain libertarien engagé observa des similarités entre La Grève et le roman The Driver de Garet Garrett[9] qui traite d'un propriétaire d'entreprise ferroviaire transcontinentale idéaliste nommé Henry Galt tentant de combattre le gouvernement et le socialisme. Ayn Rand fut accusée de plagiat à plusieurs reprises vis-à-vis de The Driver. L'écrivain Bruce Ramsey (en) notifia que "The Driver et La Grève rendaient tous deux compte de l'industrie ferroviaire en période de crise et promouvaient des solutions pro-capitalistes afin de résoudre les problèmes économiques. Mais l'intrigue, les personnages, le style et les thématiques abordées sont très différents."[10]
La Grève fut tout d'abord imprimé à 100 000 exemplaires. L'œuvre fut un moment décisif dans sa vie. Elle achevait alors sa carrière d'écrivain et prenait une posture de philosophe de notoriété publique[11].

Thématiques abordées[modifier | modifier le code]

Le capitalisme de copinage[modifier | modifier le code]

À travers des personnages tels qu'Orren Boyle (principal concurrent de Hank Rearden) et James Taggart, Ayn Rand décrit les méfaits du capitalisme de copinage : connivence avec l'administration gouvernementale menant à des monopoles nocifs, absurdités dans les choix de la gestion de l'entreprise, formation de corporations menant à l'écrasement des entrepreneurs et des petits industriels. L'auteur tente de démontrer qu'une entreprise n'est performante qu'en œuvrant pour son unique intérêt et pour son profit en illustrant la décadence de compagnies massives voulant jouir à tout prix des faveurs des bureaucrates (Taggart Transcontinental).

L'entrepreneur[modifier | modifier le code]

À travers les portraits d'entrepreneurs, Ayn Rand met en exergue leur importance et le rôle destructeur que joue la jalousie à leur égard et dont l'Equalization of Opportunity Bill est un exemple.

La peur du progrès scientifique[modifier | modifier le code]

À travers l'exemple du Rearden Metal, produit capable de remplacer l'acier ordinaire par ses qualités physiques supérieures, c'est la thématique de la peur du progrès dans son ensemble qui est abordée. Poussées par les industriels qui risquent de pâtir de cette nouvelle concurrence, les autorités et la population œuvrent à l'application d'un « principe de précaution » avant l'heure, qui n'est en fait que la défense d'intérêts particuliers au prétexte du bien public : on n'a pu opposer à ce Rearden Metal aucun défaut prouvé, mais la peur de la nouveauté et la façon dont, entre autres, les autorités présumées scientifiques en jouent suffiront à le discréditer.

L'exploitation des êtres accomplis[modifier | modifier le code]

La Grève est un plaidoyer de l'accomplissement individuel et de l'égoïsme rationnel. Ayn Rand prend la défense des êtres accomplis ou tentant de s'accomplir, des grands penseurs (philosophes, scientifiques), des industriels face aux pillards, terme récurrent dans l'œuvre, qui, au nom d'un prétendu intérêt général, spolient, dépouillent et massacrent les grands esprits novateurs. La philosophe explique sa vision d'une nouvelle forme d'exploitation non-dénoncée, celle des incompétents, des non-méritants sur les individus œuvrant à leur propre accomplissement à travers des mécanismes gouvernementaux (impôts notamment). Ayn Rand explique que ce sont ces mêmes grands penseurs, créateurs, qui ont permis l'achèvement de réussites humaines (on pourrait ainsi prendre exemple de Thomas Edison pour l'électricité, Henry Ford pour la démocratisation de l'automobile, et, dans le livre, de Hank Rearden pour son métal révolutionnaire et de John Galt pour son générateur.)

Personnages[modifier | modifier le code]

Dagny Taggart[modifier | modifier le code]

Dagny Taggart est la sœur de Jim Taggart, le président de la Taggart Transcontinental. Si elle n'occupe que le poste de Vice-Président in Charge of Operations de la Taggart Transcontinental, c'est elle qui dirige la compagnie dans les faits, puisqu'elle est en réalité la seule qui sache prendre les bonnes décisions. Son parcours est celui du lecteur explorant la philosophie de John Galt. Au cours du roman, elle entretient des relations amoureuses avec trois hommes de compétence : Francisco d'Anconia, Hank Rearden et John Galt.

John Galt[modifier | modifier le code]

Scientifique employé dans une usine de fabrication de moteurs, il invente un nouveau type de moteur. Refusant le plan visant à faire primer le besoin sur la compétence dans la rémunération individuelle, il démissionne et laisse son moteur à l'abandon. Par la suite, il arrêtera aussi le moteur du monde en incitant les hommes de l'esprit à se retirer pour ne plus être exploités.

Hank Rearden[modifier | modifier le code]

Hank Rearden est l'inventeur du Rearden Metal et le président de Rearden Steel. Marié à Lilian Rearden, il devient finalement l'amant de Dagny Taggart. À travers ce personnage, Ayn Rand fait avancer progressivement le lecteur dans l'intrigue, tous deux découvrant au fur et à mesure la vérité sur la disparition mystérieuse des hommes d'esprit. Il est aussi le truchement qu'emploie l'auteur pour présenter sa doctrine de la sexualité et de l'amour.

Francisco d'Anconia[modifier | modifier le code]

C'est l'un des personnages les plus importants du roman. Il est l'héritier d'une des compagnies de cuivre les plus importantes de la planète, ainsi qu'un ami d'enfance et le premier amour de Dagny Taggart. Francisco commence à travailler très jeune afin d'obtenir de l'expérience et d'apprendre tout ce qu'il peut des affaires des mines. Il étudie à la Patrick Henry University en même temps que John Galt et Ragnar Danneskjöld, en tant qu'élève de Robert Stadler et Hugh Akston, et commence alors à travailler dans une fonderie de cuivre, tout en investissant à la Bourse de New-York. Il commence à travailler pour d'Anconia Copper comme assistant surintendant d'une mine dans le Montana, puis est rapidement promu à la tête du bureau de New York. Il prend le commandement de d'Anconia Copper à l'âge de 23 ans, après la mort de son père. À l'âge de 26 ans, d'Anconia rejoint secrètement, accompagné de Ragnar Danneskjold, le cercle des grévistes fondé par John Galt, et commence à démanteler d'Anconia Copper pour éviter que les pillards et le gouvernement ne le corrompent. Il adopte alors, comme couverture, l'image d'un playboy insignifiant. Il est l'ami d'enfance d'Eddie Willers et Dagny Taggart, avec qui il passait ses vacances d'été, et devient plus tard l'amant de Dagny. Son plus gros sacrifice est de renoncer à Dagny, car il la sait réticente à abandonner Taggart Transcontinental. Il reste profondément amoureux d'elle jusqu'à la fin du livre, tout en restant en bons termes avec les deux autres amants de Dagny, Hank Rearden et finalement John Galt. Son nom complet est Francisco Domingo Carlos Andres Sebastián d'Anconia.

Le discours de John Galt[modifier | modifier le code]

Ce discours de 62 pages (version française) à la fin du roman est considéré comme l'élément clef du livre. Pendant plus de deux heures, John Galt, protagoniste, inventeur et meneur de la grève, explique de A à Z la philosophie objectiviste développée par Ayn Rand, du concept métaphysique (existence, conscience, conscience de l'existence, raison, perception de la réalité…) aux concepts politiques (altruisme, individualisme) en passant par la critique des religions et des idéologies considérées comme sacrificielles (socialisme, répartition des richesses). Ce discours prend la forme d'un monologue alors que John Galt pirate une fréquence émettant dans toutes les radios du pays. Le discours se termine par le serment prêté par John Galt et tous ceux ayant rejoint le ravin de Galt (lieu de la grève) : "Je jure, sur ma vie et sur l'amour que j'ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres ni demander aux autres de vivre pour moi."

Influence[modifier | modifier le code]

On retrouve des références à Atlas Shrugged dans de nombreuses œuvres, allant de South Park à Beverly Hills 90210, en passant par le jeu vidéo BioShock, qui est une des plus importantes œuvres à se pencher sur la philosophie de Ayn Rand. Dans la série Mad Men (Saison 1, Episode 8), le livre est cité par le patron de Don Draper en sa présence comme étant un chef d’œuvre. « WhoIsJohnGalt » est un code dans le jeu vidéo Warcraft III qui accélère la recherche technologique.

Adaptation cinématographique[modifier | modifier le code]

Pour plus de détails voir l'article : Atlas Shrugged: Part I.
Pour plus de détails voir l'article : Atlas Shrugged: Part II.

Une adaptation cinématographique a été produite aux États-Unis: la première partie est sortie le 17 avril 2011[12], la seconde le 12 octobre 2012. Un troisième film est en cours de production et devrait sortir en 2014.

Extraits[modifier | modifier le code]

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  • « Quels que soient les points sur lesquels ils s’opposaient par ailleurs, tous vos moralistes se sont retrouvés sous l’étendard de la lutte contre l’intelligence et la raison humaines. Ce sont elles que leurs systèmes cherchaient à détruire. Désormais vous avez le choix de mourir ou d’apprendre que ce qui va contre la raison va contre la vie. »[réf. nécessaire]
  • « La source des droits de l’homme n’est pas la loi de Dieu ni la loi du congrès, mais la loi de l’identité. Toute chose est ce qu’elle est, et l’homme est un homme. Les droits sont les conditions d’existence nécessitées par la nature de l’homme afin que celui-ci vive décemment. Dès lors que l’homme doit vivre sur terre, il a le droit de se servir de sa conscience rationnelle, il a le droit d’agir librement d’après son propre jugement. Il a le droit de travailler conformément à ses propres valeurs et de disposer du produit de son travail. Si ce qu’il veut c’est vivre sur terre, il a le droit de vivre comme un être rationnel : la nature même lui interdit l’irrationalité. » IIIe partie, ch. 7
  • « Vous vous demandez ce qui ne va pas dans le monde ? C’est que vous assistez aujourd’hui à l’explosion de la croyance dans le non causé et l’immérité. Tous vos gangs de mystiques de l’esprit et de mystiques du muscle se disputent farouchement le pouvoir de vous gouverner, en grognant que l’amour est la solution à tous vos problèmes spirituels et que le fouet est la solution à tous vos problèmes matériels, vous qui avez renoncé à penser. »[réf. nécessaire]

Version française[modifier | modifier le code]

La Révolte d'Atlas est la première traduction en français du roman, par Henri Daussy pour les Éditions Jeheber, parue en 1958. Du fait d'une traduction imparfaite, elle ne recueillit pas l'accord de l'auteur. Trois tomes étaient prévus, deux seulement parurent :

  • T.1 : Les requins (Non Contradiction), 1958, 435p.
  • T.2 : Les exploités (Either-or), 1959, in-16 (20 cm), 479p.
  • T.3 : La revanche ne fut pas édité (probable faillite de l'éditeur).

Une autre traduction de La Révolte d'Atlas, réalisée par Monique di Pieirro, a été éditée sous forme numérique en 2009. Cependant, cette traduction pirate, réalisée sans l'accord des ayants droit, dut être retirée rapidement (fermeture du site web concerné). Dans une lettre du 11 septembre 2009 adressée à Leonard Peikoff (héritier et ayant droit d'Ayn Rand), et publiée dans la traduction pirate, Monique di Pieirro affirmait renoncer à ses droits sur sa traduction (qui de toute façon continuera désormais à circuler sans qu'on puisse l'empêcher) et souhaiter les transférer à Leonard Peikoff en dédommagement[13].

L'ouvrage a enfin bénéficié d'une version française officielle, sortie aux éditions des Belles Lettres/Fondation Andrew Lessman, en septembre 2011[14] dans une traduction de Sophie Bastide-Foltz

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ayn Rand Biography
  2. http://www.contrepoints.org/2011/08/03/37958-atlas-shrugged-en-librairie-le-22-septembre-2011
  3. Histoire de La Grève
  4. Capitalism: The Unknown Ideal, Ayn Rand
  5. [1]
  6. The Passion of Ayn Rand, Barbara Braden
  7. Goddess of the Market: Ayn Rand and the American Right, Jennifer Burns
  8. Rand, Ayn, "Favorite Writers", reprinted in Schwartz, Peter, edit., The Ayn Rand Column, Second Renaissance Books, 1991, p. 113-115.
  9. (en) Justin Raimondo, Reclaiming the American right : the lost legacy of the conservative movement, Burlingame, Calif, Center for Libertarian Studies,‎ 1993 (ISBN 1883959004).
  10. Ramsey, Bruce (December 27, 2008). "The Capitalist Fiction of Garet Garrett". Ludwig von Mises Institute. Archived from the original on April 16, 2009. Retrieved April 9, 2009.
  11. Younkins, Edward (2007). "Preface". Ayn Rand's Atlas Shrugged. Aldershot: Ashgate. p. 1. (ISBN 0-7546-5549-0). "Atlas Shrugged… is the demarcation work and turning point that culminated [Rand's] career as a novelist and propelled her into a career as a philosophizer"
  12. Fiche sur le film Atlas Shrugged sur le site IMDb
  13. « Please consider this French translation as your exclusive property coming to compensate for the possible loss its public release without your agreement might entail to your interests and reputation. »
  14. Atlas Shrugged en librairie le 22 septembre 2011