La Goulue

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« La Goulue »

La Goulue, de son vrai nom Louise Weber, née le 12 juillet 1866 dans une partie de Clichy-la-Garenne (qui formera quelques mois plus tard la commune de Levallois-Perret) et décédée le 29 janvier 1929 (à 62 ans) à Paris 10e, était une danseuse de cancan populaire.

Débuts[modifier | modifier le code]

La célèbre affiche de Toulouse-Lautrec pour le bal du moulin rouge

Le 13 juillet 1866, Dagobert Weber, charpentier né le 10 décembre 1828 à Geispolsheim dans le Bas-Rhin, demeurant au 130 rue de la Révolte à Clichy déclara la naissance d’une fille née la veille à 3 heures du matin, le 12 juillet 1866, à la mairie de Clichy. De lui, et de Madelaine Courtade, son épouse depuis le 2 février 1864, née le 4 octobre 1835 à Wissembourg (Bas-Rhin), ils lui donnèrent les prénoms de « Louise Joséphine ».

Elle a passé un grande partie de son enfance au no 1 de la rue Martre, à Clichy, avec son frère et sa sœur[1]. En 1869, sa mère quitte le foyer conjugal. La goulue aura une demi-sœur, mais ne reverra plus sa mère et ne verra jamais sa demi-sœur.

Elle débute au bal public à l'âge de 6 ans à l'Élysée Montmartre pour les enfants d'Alsace Lorraine, sous la présidence de Victor Hugo et la comtesse Céleste Mogador.

Son père, Dagobert Weber revient de la guerre Guerre franco-allemande de 1870, mutilé des deux jambes. Pour cette raison, la Goulue fut admise chez les religieuses. Son père décède des suites de ses blessures le 5 janvier 1873.

En avril 1874, elle est recueillie par oncle Georges à Saint-Ouen.

En 1882, à 16 ans, elle s'installe avec Edmond, son ami, à la rue Antoinette, à Montreuil. La même année, elle découvre le Moulin de la Galette.

En 1884, elle s'installe Boulevard Ornano avec son ami Charlot, et débute comme blanchisseuse Rue Neuve-Notre-Dame.

En 1885, elle rencontre Gaston Chilapane, qu'on appelait Goulu Chilapane, d'où son nom La Goulue.

Elle est tour à tour blanchisseuse, modèle pour les peintres et les photographes, en particulier pour le fils de Victor Noir, au no 11 de la Place Pigalle, et pour Auguste Renoir. Dansant dans de petits bals de banlieue, Louise Weber devient connue grâce à Charles Desteuque, un journaliste qui tenait, dans la revue Gil Blas, une rubrique réservée à la promotion des demi-mondaines. Elle est aussi remarquée par un certain Goulu Chilapane qui l'accueille quelque temps dans son hôtel particulier de l'avenue du Bois. Elle débute dans une revue, au cirque Fernando. Grille d'Égout, la danseuse-chorégraphe et Céleste Mogador lui prodiguent leçons et conseils et la font débuter au Moulin de la galette et à l'Élysée-Montmartre, en tant que danseuse, ainsi qu'à Montparnasse, au bal Bullier et à la Closerie des Lilas. Despres, les frères Oller et Charles Zidler la lancent dans le cancan[2]. Lorsqu'elle danse le quadrille naturaliste, elle taquine l'audience masculine par le tourbillon de ses jupes à volants relevés qui laissent entrevoir sa culotte, et de la pointe du pied, elle fait voler le chapeau d'un homme. Son habitude à vider les verres des clients, tandis qu’elle passait à leurs tables, lui valut le surnom de « La Goulue »[3].

Elle est représentée la première fois le 11 avril 1885, par le dessinateur Auguste Roedel.

Le Dictionnaire des pseudonymes[4] paru en 1887 donne la définition suivante :

« La Goulue : Excentrique danseuse de l'Alcazar et autres lieux où le cancan et le grand-écart sont toujours en vigueur. Née Louise Weber en 1867. »

À Montmartre, elle rencontre Auguste Renoir, pose pour lui, et dira : « Il peint, il restera ! » Il l'introduit dans un groupe de modèles qui gagnent un supplément d'argent en posant pour des artistes et des photographes. Achille Delmaet, compagnon de Marie-Juliette Louvet, qui devient célèbre plus tard, fait de nombreux nus-photos de la Goulue.

La Goulue en photographies

Le Moulin Rouge[modifier | modifier le code]

Louise est prise en main par Charles Zidler et Joseph Oller qui ouvrent leur bal du Moulin Rouge, place Blanche, dès 1889. Louise fait la connaissance de Jules Étienne Edme Renaudin (1843-1907). Ce fils d'avocat, fut marchand de vin avant de devenir une célébrité de la danse sous le nom de scène de Valentin le Désossé. Ensemble ils dansent le « chahut » et deviennent un « couple de danse » apprécié.

En permanence en haut de l'affiche, elle est synonyme de French-cancan et de Moulin Rouge. Elle est la première vedette à inaugurer la scène de l'Olympia, fondé par Joseph Oller en 1893.

Dans Chroniques du Diable, au chapitre qu'il a baptisé Le trottoir au théâtre, Octave Mirbeau fait ce portrait de La Goulue :

« La Goulue, il faut lui rendre cette justice, est une assez belle grosse fille, épaisse, colorée qui exerce son sacerdoce avec une tranquillité remarquable. Elle plane imperturbable au-dessus de la foule maladive de ses fanatiques. Elle sait ce qu'elle est, ce qu'elle vaut, ce qu'ils valent et, sereine répand autour d'elle l'ordure à pleine bouche quand elle ne mange pas. Quand elle mange, le mot ordurier qui sort alterne avec la bouchée qui entre. C'est cette brutalité radieuse qui est son seul esprit[5]. »

Au Jardin de Paris, elle apostrophe le prince de Galles, futur Édouard VII : « Hé, Galles ! Tu paies l'champagne ! C'est toi qui régales, ou c'est ta mère qui invite ? ». Elle devient un des sujets favoris de Toulouse-Lautrec, qui l'immortalise dans ses portraits et ses affiches pour le Moulin Rouge, au côté de Valentin le Désossé.

Les œuvres de Lautrec représentant La Goulue

Le peintre Louis Anquetin a aussi fait un portrait de La Goulue[6] qui se trouve au Musée des beaux-arts de Quimper.

Déclin[modifier | modifier le code]

La Goulue et son mari attaqués par un puma, 24 janvier 1904

Riche et célèbre, en 1895 elle décide de quitter le Moulin Rouge et de se mettre à son compte dans les fêtes foraines, puis comme dompteuse. Le 6 avril, elle passe commande à Lautrec de panneaux décoratifs[7] pour orner sa baraque de danseuse orientale. En décembre 1895, La Goulue accouche d'un fils, Simon Victor[8], de père inconnu (« un prince », disait-elle). Un forain l'adopte et lui donne son nom. En 1898, elle se produit chez Adrien Pezon devant l'ambassadeur de Chine. Elle avait, depuis deux ou trois ans, appris à dresser les lions.

le 10 mai 1900, à la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris, la Goulue, dompteuse, épouse[9] le prestidigitateur Joseph-Nicolas Droxler. Les témoins du couple sont tous issus du monde des forains. Droxler devient dompteur. Le couple habite 112, boulevard de Rochechouart (XVIIIe arrondissement).

Comme dompteuse, elle se produit dans les ménageries, fête à Neu-Neu et foire du Trône, et dans des cirques, où elle est une belluaire éminente jusqu'en 1904 et 1907. Son mari et elle sont agressés par leurs lions. Elle abandonne le domptage et réapparait en qualité d'actrice dans des petits théâtres et même aux Bouffes du Nord. Joseph-Nicolas Droxler, dont elle s'était par ailleurs séparée sans divorcer, meurt à la guerre de 1914, tandis que son fils Simon-Victor (qu’elle surnommait « Bouton d’or ») décède en 1923, à l'âge de 27 ans. Après cette épreuve, elle sombre dans l'alcoolisme[3].

Article de presse annonçant la mort de la Goulue

Amie de Rétoré, chiffonnier et brocanteur au marché aux puces de Saint-Ouen, elle vit, aux beaux jours, dans sa roulotte située à deux pas de là, au no 59 de la rue des Entrepôts (48° 54′ 10″ N 2° 20′ 46″ E / 48.902756, 2.34605 ()), revenant pour l'hiver vers Montmartre, où elle possède toujours son logement sur le boulevard Rochechouart, contre le cabaret La Cigale.

La Goulue, devenue Madame Louise, entourée d'une cour de rejetés de la société, recueille les animaux de cirque malades et âgés ainsi qu'une multitude de chiens et de chats. Elle flâne sur la Butte Montmartre et dans les bistrots où tout le monde la connaît. Pour le plaisir de rencontrer encore « le beau monde », elle va devant l'entrée du Moulin Rouge, où se produit Mistinguett, vendre des cacahuètes, des cigarettes et des allumettes. Au hasard de ses virées dans les bars et cafés, elle signe ses photos à ceux qui la reconnaissent. Cette grosse femme qu'elle est devenue reste néanmoins Madame Louise. « Miss », ainsi que Jean Gabin et Maurice Chevalier, la firent remonter plusieurs fois sur scène pour la présenter au nouveau public du Moulin Rouge. En 1925, Georges Lacombe la filme à l'improviste, habillée comme tous les jours, dans « La Zone »[10]. Sur ces images, peu de temps avant sa mort, elle est déjà malade.

Souffrant de rétention d'eau, La Goulue fit une attaque d'apoplexie et décéda après dix jours d'agonie à l'hôpital Lariboisière le 29 janvier 1929[11]. Elle est enterrée au cimetière de Pantin presque sans témoin, mais en présence de Pierre Lazareff, attaché à la direction artistique du Moulin-Rouge. Grâce à son arrière-petit-fils Michel Souvais, elle est exhumée en 1992 et le maire de Paris, Jacques Chirac, ordonne le transfert de ses cendres au cimetière de Montmartre[12] dans la 31e division (1re ligne, 13) où elle repose désormais[3]. Michel Souvais prononce l'oraison funèbre. Les médias, La Toya Jackson[13], des personnalités ainsi que deux mille personnes assistent à cette cérémonie[14].

« C'est la Goulue qui inspira Lautrec ! » disait l'actrice Arletty.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Tombe de La Goulue au cimetière de Montmartre, Paris
  • Félicien Champsaur, L'amant des danseuses, ed. J.Ferenczi et fils, 1926.en ligne sur Gallica
  • Robert Rey, Les Femmes Célèbres, éd. Lucien Mazenod, Paris, 1959.
  • Pierre Mariel, Jean Trocher, Charles Skilton, Paris Cancan, 1961.
  • Irwing Drutman, Paris was Yesterday 1925-1939, éd. Viking Press, 1972.
  • Evane Hanska, La Romance de la Goulue (roman), éd. Balland, 1989 ; Livre de Poche, 1990.
  • Lucinda Jarrett, Stripping in time : a history of erotic dancing, éd.Harper Collins, 1997.
  • Jacqueline Baldran, Paris, carrefour des arts et des lettres, 1880-1918, éd. L'Harmattan, 2002.
  • Jacques Plessis, Le Moulin Rouge, éd. La Martinière, 2002.
  • Jane Avril, Mes mémoires suivis de Cours de danse fin-de-siècle, éd. Phébus, 2005.
  • Renée Bonneau, Danse macabre au Moulin Rouge (roman policier), éd. Nouveau Monde , 2007.
  • Michel Souvais, Moi, La Goulue de Toulouse-Lautrec. Les mémoires de mon aïeule, Paris, éditions Publibook, 2008.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. Ancêtre du French cancan, il se dansait à une époque où les femmes portaient des culottes fendues.
  3. a, b et c Fiche de La Goulue sur le site de l'« Association des Amis et Passionnés du Père-Lachaise »
  4. Dictionnaire des pseudonymes; Georges d'Heylli; ed. Dentu, Paris, 1887
  5. Chroniques du diable, Octave Mirbeau, Besançon, ed. Presses universitaires de Franche-Comté, 1995.
  6. portrait par le peintre Louis Anquetin
  7. vidéo Lautrec La Goulue
  8. Simon-Victor Colle eut une liaison en 1913 avec une cuisinière d'origine italienne, Adeline Perruquet, née à Chambave, Val d'Aoste, en 1884, dont il eut une fille, Marthe, née à Paris XVIIIe le 24 octobre 1914.
  9. acte de mariage voir la page 8 du registre: 10445
  10. Vidéos sur Youtube
  11. Biographie officielle de la Goulue
  12. Photo de sa tombe
  13. INA: La Goulue retrouve Montmartre, FR3, 16 mars 1992
  14. Moi, La Goulue de Toulouse-Lautrec : les mémoires de mon aïeule, par Michel Souvais, éditions Publibook, 2008, 202 pages, page 167.

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