La Feuille villageoise

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La Feuille villageoise
Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité hebdomadaire
Genre généraliste
Date de fondation
Ville d’édition Paris

Directeur de la rédaction Joseph-Antoine Cerutti

La Feuille villageoise, est un journal français créé en septembre 1790 à Paris par Joseph-Antoine Cerutti.

La Feuille villageoise, adressée chaque semaine, à tous les villages de la France, pour les instruire des lois, des événements, des découvertes qui intéressent tout citoyen, fut proposée, par souscription, aux propriétaires, fermiers, pasteurs, habitants et amis des campagnes, dans le mois de septembre 1790, et le 1er numéro parut le jeudi 30 du même mois. Le prix en était de 7 livres 4 sous par an. On s’abonnait chez Desenne, libraire, au Palais-Royal, 1 et 2. Le nom de l’imprimeur ne s’y trouve pas en commençant.

Au milieu de la Révolution qui avait tout bouleversé, et à laquelle les campagnes avaient pris une part des plus actives, il devenait nécessaire de faire comprendre aux hommes peu instruits, à qui la Feuille villageoise s’adressait, le bien qu’ils pouvaient faire et le mal qu’ils devaient éviter. Cerruti, l’un des écrivains et des philosophes qui ont honoré le dix-huitième siècle, en fut le fondateur, et en resta le principal rédacteur tant qu’il vécut. Une foule d’hommes de lettres coopérèrent à cette feuille modeste, mais fort utile. Grouvelle, le littérateur Ginguené ou le pasteur Rabaut-Saint-Étienne ne trouvèrent pas au-dessous d’eux de contribuer à l’instruction des citoyens qui habitent les campagnes, et à les éclairer sur leurs droits et leurs devoirs. Pendant que ce dernier, élu membre du comité de constitution, passait une partie de son temps à élaborer les grandes questions qui s’agitaient tant au milieu de ce comité qu’au sein de l’Assemblée constituante, il en consacrait l’autre partie à écrire des articles que Cerutti insérait dans la Feuille villageoise.

Ce fut là le but que se proposa Cerutti, et auquel il travailla avec ardeur et persévérance tant qu’il lui resta un souffle de vie. Pensant que les curés acquerraient un nouveau titre à la vénération des villageois s’ils se chargeaient de leur éducation civile, comme de leur instruction religieuse, il les engageait à réunir, dans quelque local convenable, les principaux parmi leurs paroissiens pour leur lire la Feuille villageoise, et leur expliquer les passages qui auraient besoin d’être éclaircis ou commentés.

« C’est pour vous que nous écrivons, paisibles habitants des campagnes, disait Cerutti en exposant aux villageois ses vues générales: il est temps que l’instruction parvienne jusqu’à vous. Ci-devant elle était renfermée dans les villes, où de bons livres ont insensiblement éclairé les esprits et préparé la Révolution, dont vous avez recueilli les premiers fruits... »

« Nous avons vu le temps où l’on n’avait pas honte d’assurer que l’ignorance devait être votre partage : c’est que l’ignorance de ceux qui sont gouvernés semble faire la sûreté de ceux qui gouvernent: c’est que des puissants qui abusent craignent toujours d’être observés. Ce temps d’obscurité n’est plus. Un nouveau gouvernement va succéder à celui qui, d’abus en abus, avait accumulé les maux sur tous les rangs et toutes les conditions. Il se soutenait par les préjugés qui entretiennent l’ignorance, ou par l’autorité qui impose silence aux réclamations et aux plaintes. Celui auquel vous allez être soumis ne peut se soutenir que par les lumières ; il se fortifie par l’instruction ; il se nourrit, dans chacune de ses parties, par l’émulation et par les connaissances que chacun y apporte ; il se remonte par la surveillance de tous ceux qui l’étudient et qui l’observent : il périrait, s’il n’était éclairé. »

Et après avoir fait comprendre à ses villageois combien il était indispensable que chacun d’eux connût les droits que la constitution nouvelle leur assurait, de même que les devoirs imposés par les lois, Cerutti leur promettait de leur expliquer le sens des décrets et la corrélation qui existait entre eux. « Persuadé enfin que les lumières naissent des lumières, et que l’esprit s’éclaire en proportion de ce qu’il est éclairé, nous vous présenterons, habitants des campagnes, leur disait-il en terminant son programme, toutes les découvertes utiles qui pourront rendre votre sort meilleur, enrichir vos retraites, faciliter vos travaux, et vous instruire des arts et métiers qui peuvent vous ouvrir de nouvelles sources d’abondance. Recevez donc les lumières; qu’elles se répandent dans votre esprit comme la joie se répand dans le cœur, et n’oubliez jamais que, si la liberté se conquiert par la force, elle ne se conserve que par l’instruction. »

Encyclopédie à l’usage des masses laborieuses, la Feuille villageoise était un vaste magasin renfermant toute sorte d’instructions, d’explications, d’exemples, de questions et de réponses sur un très grand nombre de sujets utiles à posséder. Chaque volume, composé de 26 numéros, ou semaines, chacun de 20 pages, contenait une table alphabétique très détaillée. qui ne comprend guère moins de cinq cents indications d’objets, dont il y est question : car Cerutti et ses collaborateurs ont parlé de tout ce qui pouvait intéresser les habitants des campagnes, et leur ont donné des notions sur tout. La Feuille villageoise se compose de plusieurs séries naturelles : la première, formant deux volumes, ou une année, est en quelque sorte close par la fin de la session constituante ; la seconde série se termine naturellement au mois de février 1792, époque de la mort de Cerutti ; et la troisième comprend les cinq volumes, ou deux années et demie de ce recueil, que l’on doit aux successeurs de Cerutti, Grouvelle et Ginguené.

Dans cette première série, composée de 52 numéros, ou semaines, les rédacteurs s’occupent d’abord de faire connaître à leurs souscripteurs la géographie universelle, puis celle de la France dans sa nouvelle division par départements. Chaque numéro commence par un fragment de ce traité. On y enseigne non-seulement la géographie proprement dite, mais encore l’histoire des peuples et celle des villes. Ces leçons réunies forment un cours aussi instructif qu’attachant ; aussi l’article géographie de la Feuille villageoise est-il le plus suivi, le plus complet et le plus volumineux de ce recueil. Les rédacteurs exposent ensuite la situation de la France, par rapport à l’ancien et au nouveau régime : c’est une sorte de résumé de l’histoire de la Révolution jusqu’à la fin de 1790, dont la suite se trouve racontée dans chaque numéro. Plus loin, ils donnent un aperçu de la situation de la France à l’égard des autres puissances.

Un catéchisme de la constitution française et une table synoptique des droits et des devoirs de l’homme et du citoyen se trouvent aussi dans les premiers numéros, avec des explications sur les difficultés que peut présenter l’exercice des droits du citoyen. D’excellents articles en forme d’instructions sur les tribunaux, sur les justices de paix, sur la juridiction de police exercée par les municipalités, sont disséminés dans ce recueil à côté d’explications sur les formes de la procédure nouvelle. On y trouve encore, à ce sujet, des articles destinés à faire comprendre l’institution des jurés, un aperçu du nouveau code pénal, sous le rapport des peines nouvelles substituées aux anciennes, et une appréciation des lois rurales.

Un article complet traitant des droits féodaux abolis, suspendus ou rachetés, initie le lecteur à ce dédale dans lequel s’engloutissait le fruit du travail des habitants de la campagne. Cerutti et ses collaborateurs se faisaient un plaisir et un devoir de donner aux villageois des notions suffisantes pour leur faire connaître la nature des assignats et la portée de cette création, ainsi que celle de la vente des biens nationaux, comme moyens d’empêcher la banqueroute léguée à la France par les prodigalités et les dilapidations de l’ancien régime. Ils leur expliquaient aussi, dans des conversations familières, la nature et l’équité des impositions nouvelles, les avantages que les campagnes, comme les villes retireraient du nouveau mode de répartition et de perception: ceux que produiraient pour la France entière la suppression des jurandes et maîtrises, la liberté du travail, celle de l’industrie et du commerce, la suppression des droits d’entrée dans les villes, et autres bienfaits que le peuple devait à la Révolution.

Comme les curés jouaient un grand rôle dans la Feuille villageoise, on y trouve une foule de lettres de ces pasteurs sur des sujets religieux ou moraux. Dans quelques-unes, on y examine la constitution civile du clergé ; les autres traitent des moyens d’instruire les paysans. Aux lettres des curés succèdent celles des maires, des fermiers, des maîtres d’école, etc. qui adressent aux rédacteurs de la feuille à laquelle ils se sont abonnés avec empressement beaucoup de questions, dont les réponses sont presque toujours imprimées dans le même numéro. On y relève une lettre de l’évêque d’Autun aux pasteurs de son diocèse, et l’exorde de l’abbé Grégoire sur son serment civique. On y trouve encore des aperçus sur la nouvelle division des diocèses; un excellent traité des sectes religieuses, par Clavière ; des articles fort curieux sur les prêtres et sur le fanatisme. La réfutation de la bulle du pape contre les décrets de l’Assemblée constituante, et un dialogue entre un curé et un fermier, s’y font également remarquer.

Ce recueil traitait de tout ce qu’il pouvait être utile de savoir. Parmi les sujets sur lesquels les rédacteurs s’efforçaient de donner des notions simples et claires aux souscripteurs, on trouve, au milieu de ces instructions et de ces réponses aux pasteurs, une adresse aux marins, dans laquelle Kersaint leur fait connaître leurs droits et leurs devoirs ; puis des lettres sur les armées de terre et de mer, et sur les colonies, lettres où étaient traitées toutes les questions constitutionnelles qui se rattachaient à ces fractions de la nation. Les finances y étaient aussi mises à la portée de tout le monde et les rédacteurs de la Feuille villageoise s’en occupaient souvent, et sous toutes les formes ; ils y traitaient du droit du timbre nouvellement modifié.

Rien de ce qui pouvait intéresser l’agriculture n’était négligé dans cette feuille destinée principalement aux agriculteurs : on y trouvait des expériences sur le blé, sur la culture du tabac, sur celle des terres en général, sur les maladies des arbres, etc. Plusieurs articles d’astronomie pratique, dans lesquels on combattait avec l’arme de la raison et de la science le préjugé qui attribuait à la lune une grande influence sur la culture et sur les plantes, méritent d’être cités parmi les bons écrits que renferme cette collection. Chaque semaine de la Feuille villageoise contenait, en outre, un résumé des travaux de l’Assemblée nationale, après lequel venait une revue hebdomadaire intitulée : Événements, où sont enregistrés tous les faits qui méritent d’être mis sous les yeux des lecteurs. Les livres destinés aux campagnes, ceux d’une utilité générale, les découvertes et les établissements nouveaux sont sommairement indiqués dans la Feuille villageoise, qui ne dédaignait pas d’instruire ses lecteurs à l’aide de contes, des fables et des apologues moraux.

Une publication qui offrait tant de variété et tant d’intérêt devait nécessairement obtenir un grand succès : celui de la Feuille villageoise fut prodigieux ; car tout le monde s’accorda pour la considérer comme un recueil précieux non seulement pour les campagnes, mais encore pour les villes, et tout le monde voulut concourir à sa rédaction. Félicité de Genlis y inséra une correspondance sous le litre de : Lettres de Félicie à Mariane, qui avait pour objet de relever la condition des paysannes. Des géographes, des historiens, des poètes, des fabulistes, des marins, des militaires, des administrateurs, des publicistes, se firent un plaisir de contribuer à rendre la feuille de Cerutti aussi instructive que curieuse. Avant la fin de sa première année, la Feuille villageoise se trouvait trop à l’étroit dans ses 20 pages hebdomadaires : il fallut y en ajouter régulièrement quelques-unes en sus, et le prix de l’abonnement fut porté à 9 livres par an.

Lors de la fuite du roi, la Feuille villageoise fit une incursion dans le domaine de la politique et de la polémique. Cette fuite, et l’écrit laissé par Louis XVI, avaient indigné Cerutti et, sans manifester des opinions républicaines, il ne se rangea pas moins du côté de ceux qui considéraient la royauté comme avilie et perdue. Après avoir applaudi à la suppression des ordres de chevalerie, on le vit adresser une lettre aux électeurs pour leur indiquer quel choix ils devaient faire pour la nouvelle Assemblée nationale. Cerutti reçut la récompense due à ses infatigables travaux : il fut un des premiers députés élus à Paris.

Vers cette époque, l’état de santé déplorable de Cerutti empira et quelques efforts qu’il fit pour reprendre ses nobles fonctions d’instituteur des villageois, le mal mortel qui le minait l’obligea de confier la rédaction de sa feuille à Grouvelle, son ami et son collaborateur, mais ce fut toujours, ainsi que nous l’apprend ce dernier, sous son inspiration et presque sous sa dictée : « Il me conjurait, conjurait, dit-il, de ne point abandonner cette publication ; il m’encourageait par des éloges, me fortifiait par ses conseils : il me confiait ses vues, ses plans, ses méthodes pour la rendre de plus en plus instructive et intéressante. Il me désignait ceux des écrivains patriotes qu’il jugeait les plus propres à le remplacer. »

Aussi riche et intéressante, sous tant de rapports, que la première, la seconde Feuille villageoise fut marquée par un évènement qui aurait pu priver les habitants des campagnes de leur journal, si Cerutti, gravement malade, n’avait trouvé en Grouvelle, son principal rédacteur, un disciple instruit formé à son école. Celui-ci apprend aux lecteurs, dans le n° 15 de la deuxième année, la maladie et les souffrances de Cerutti qui, un mois après, mourait. Grouvelle, qui a laissé des notices sur la maladie et la mort de Cerutti, nous apprend que ses derniers entretiens tournèrent autour de la Feuille villageoise ; ainsi l’ombre du fondateur de la Feuille villageoise planait encore sur ce recueil destiné à instruire les habitants des campagnes.

À dater de la perte de son fondateur, c’est-à-dire du mois de février 1792, Grouvelle dirigea la rédaction de la Feuille villageoise. Comprenant combien la tâche, qui lui incombait, était au-dessus des forces d’un seul homme, Grouvelle appela à son secours « le bon Ginguené », connu par de bons ouvrages, dans plusieurs desquels il s’était occupé de l’instruction des habitants des campagnes. Par une lettre adressée aux souscripteurs de la Feuille villageoise, Ginguené leur annonce qu’ayant été l’ami de Cerutti, et se trouvant aussi lié avec Grouvelle par la conformité de leurs goûts et de leurs opinions, il allait coopérer à la rédaction du journal que leur avait légué Cerutti : « C’est vers les champs que se tournent sans cesse et mes regrets et mes espérances... Lorsque je ne serai plus, mon nom recevra des villageois la plus honorable récompense. Ils le placeront entre les noms de leurs deux premiers amis, de celui à qui je succède, sans pouvoir le remplacer, et de celui qui m’appelle à lui, et que le cours de la nature a destiné à ne me pas donner le chagrin de lui survivre. »

Confiée aux soins, aux lumières et à l’esprit de Grouvelle et de Ginguené, d’autres hommes de lettres, tels que Lequinio, Neufchâteau, Lanthenas, Boileau, etc., contribuèrent à rendre la Feuille villageoise aussi variée, instructive et attrayante qu’elle l’avait été par le passé. Tout semblait contribuer pour en rendre le succès toujours plus éclatant, lorsque les circonstances que connaissait la France révolutionnaire allait bientôt exiger des rédacteurs de la Feuille villageoise qu’ils se lancent dans la politique, sujet qui absorbait toute l’attention de l’habitant des villes comme de celui des champs.

La France se disposant à la guerre avec les nombreux opposants étrangers à la Révolution, tout le monde voulait savoir ce qui se passait aux frontières, de même qu’au milieu de la capitale ; tout le monde avait les yeux fixés sur les armées révolutionnaires, sur l’Assemblée nationale et sur les sociétés populaires ; on voulait connaître, dans tous leurs détails, ce qui s’y disait, ce qui s’y faisait. Sans dévier formellement de la ligne tracée par son fondateur, la feuille de Grouvelle et de Ginguené, ne pouvait néanmoins plus s’occuper exclusivement des questions qu’elle traitait dans des temps moins critiques ; il fallut négliger les théories de la liberté pour s’occuper de la défendre.

Tous les intéressés dans la Feuille villageoise ne virent pas alors du même œil sa transformation forcée. Le libraire Desenne trouva fort mauvais un changement qui pouvait nuire à ses intérêts d’éditeur. Comme tous les libraires de ce temps-là, il crut que ce recueil lui appartenait, par cela seulement qu’il s’imprimait et se vendait chez lui. Il se permit donc de congédier publiquement Grouvelle, par un avis imprimé en tête de son numéro du . Cet avis, d’autant plus outrageant pour les rédacteurs de la Feuille villageoise, qu’il fut inséré subrepticement dans le journal qu’ils rédigeaient, força Grouvelle et Ginguené de s’adresser aux tribunaux. Il intervint, sans retard, un jugement de la juridiction commerciale, qui déclara que la société existant entre le libraire et les rédacteurs ne pouvant être dissoute qu’à la fin des abonnements, Desenne serait tenu de faire imprimer les onze numéros qui restaient à publier, si mieux il n’aimait payer aux demandeurs la dépense qu’ils seraient obligés de faire et que, dans le cas où Desenne jugerait à propos d’envoyer une autre Feuille villageoise que celle de Grouvelle, il devrait la distinguer par le titre ou le nom de l’auteur. Ce jugement, qui consacrait l’inviolabilité de la propriété littéraire, débouta le libraire de ses prétentions, qui n’en persista pas moins à annoncer la publication d’une autre Feuille villageoise, qui ne parut jamais.

Forts du jugement en leur faveur, Grouvelle et Ginguené forcèrent, à leur tour, le libraire à insérer un avis qu’ils adressaient à leurs abonnés. Ils les assuraient que Desenne avait été circonvenu par un parti puissant, ennemi de la Révolution et de la liberté, par le parti qui voulait que la constitution fût détruite ou modifiée. C’était indiquer la main du comité autrichien ; c’était annoncer que leur libraire s’était vendu. Les rédacteurs de la Feuille villageoise purent donc continuer à instruire leurs lecteurs de tout ce qui se passait dans les régions de la politique, et ils crurent ne pouvoir mieux servir les populations des campagnes qu’en leur dévoilant les manœuvres des ennemis de la Révolution et de la cause de la liberté. Mais au moment où la Feuille villageoise prenait une attitude imposante, Desenne se déclara en faillite, et frustra ainsi les souscripteurs des numéros qu’il avait été condamné à leur livrer.

Ne voulant reculer devant aucun sacrifice, Grouvelle et Ginguené, associés dès lors avec Bonneville, directeur du Cercle social, annoncèrent qu’ils rempliraient, à leurs frais, les engagements contractés par le déloyal libraire. Les rédacteurs tinrent en effet régulièrement leurs promesses à partir de ce même jour, et leur feuille, quoique beaucoup plus consacrée aux affaires politiques, aux événements, aux mouvements des armées révolutionnaires, aux séances de la Convention nationale, aux actes officiels que par le passé, n’en continua pas moins à répondre à son titre, par une foule d’articles très variés, et très propres à remplir le but primitif de la Feuille villageoise. Seul le prix en fut augmenté, la quatrième année, de 3 francs par an, prix payé en assignats.

Quoique Grouvelle eût été appelé aux fonctions de secrétaire général du conseil, il se montra toujours fidèle à ses villageois, et ne cessa de travailler à en faire de bons républicains, jusqu’au 9 thermidor, après laquelle la Feuille villageoise cessa de paraître, dans la cinquième année de sa publication, et à son 8e volume. Chaque semestre, composé de 26 livraisons, forme un volume de plus de 600 pages, et une table alphabétique des matières qui y sont traitées termine chacun de ces volumes.

Source[modifier | modifier le code]

  • Léonard Gallois, Histoire des journaux et des journalistes de la Révolution française (1789-1796), t. 3, Paris, Bureau de la Société de l’industrie fraternelle, 1846, p. 418.