La Ferme des animaux (film, 1954)

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La Ferme des animaux est un long métrage d’animation britannique de John Halas et Joy Batchelor, sorti en 1954. C’est une adaptation du roman satirique du même nom, La Ferme des animaux (1945) de George Orwell.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Les animaux d’une ferme sont opprimés par un fermier brutal et stupide, John, dont la ressemblance avec le tsar Nicolas II est volontaire. Lorsqu’un vieux cochon, Sage l'Ancien — métaphore pour Karl Marx ou Lénine —, leur fait prendre conscience de leur aliénation. Ils se rebellent alors, chassent le fermier et créent une société égalitaire, gouvernée par les plus malins d’entre eux, les cochons. À leur tête, Boule de Neige (Trotsky) et Napoléon (Staline) édictent de nouvelles lois peintes sur les murs de la grange, en particulier ce commandement révolutionnaire : « Tous les animaux sont égaux ». Les premiers résultats sont encourageants, avec de bonnes récoltes et un projet de construction de moulins à vent pour générer de l'électricité.

Mais Napoléon évince bientôt Boule de Neige et le fait exécuter sans procès par ses chiens (symbolisant le KGB) et s'empare du pouvoir. Les cochons — seuls animaux parlants — bénéficient d’un régime de faveur et portent des costumes, tandis que les tentatives de résistance sont aussitôt réprimées. Par exemple, dans une scène mémorable qui ne manque pas d’évoquer les purges staliniennes, les poules sont contraintes d’avouer leurs crimes, puis exécutées. La ferme est désormais entourée de fils de fer barbelés et une véritable dictature se met en place. Il est clair que les fomenteurs de la révolution ont trahi leurs idéaux : on ne les distingue plus des tyrans qu’ils ont renversés. Une nouvelle inscription apparaît sur le mur : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ». La révolte gronde et gagne les fermes voisines...

Cette version atténue la virulence du roman, mais lui reste assez fidèle à l’exception de l'épilogue. Chez Orwell les animaux épuisés et désespérés assistent impuissants au festin des cochons avec leurs associés humains, alors qu’ici, aidés par les animaux de fermes avoisinantes, ils se révoltent avec succès contre les cochons. Cette dernière est cependant pleinement justifiée étant donné que Staline est mort durant la production du film.

Commentaire[modifier | modifier le code]

La Grande-Bretagne produisait déjà des films d’animation, principalement des courts métrages à caractère éducatif, et le réalisateur d’origine hongroise John Halas avait lui-même réalisé un long métrage didactique pour la Marine, Handling Ships. Cependant La Ferme des animaux fera date dans l'Histoire comme le premier long métrage britannique d'animation distribué en salles. C’est aussi le premier dessin animé sérieux, non destiné aux enfants, alors que l’ensemble de la période est marqué par le succès des productions Disney, empreintes d’optimisme et de gaieté, telles Cendrillon (1950), Alice au pays des merveilles (1951) ou Peter Pan (1953).

Déçu par le communisme soviétique qu'il avait longtemps défendu, George Orwell dénonçait les méfaits du totalitarisme dans une fable amère. Moins de deux ans après sa mort, l'adaptation cinématographique de son roman fut envisagée à Hollywood, et l'accord de sa veuve obtenu. L'influent Howard Hunt désigne pour le produire Louis De Rochemont, qui avait déjà lancé la très populaire émission télévisée, The March of Time. L'Angleterre est choisie pour des raisons budgétaires, sans doute aussi en raison de la chasse aux sorcières menée alors dans les milieux du cinéma dans une Amérique gagnée par le maccarthysme, voire pour des motifs personnels. La réputation de John Halas fait le reste.

Des recherches récentes ont montré que la production du film avait bénéficié de financements de la CIA à des fins de propagande. Elle aurait notamment suggéré une fin différente de celle du roman, lequel assimilait communisme et capitalisme. Mais John Halas souhaitait lui aussi un dénouement plus optimiste, proche des enfants et du grand public. Vivien Halas, la fille du couple, pense que ses parents l'ignoraient au moment des faits. Lorsque par la suite ils eurent connaissance de ces rumeurs, son père n'en aurait pas fait grand cas, alors que sa mère en aurait été affectée.

Le contrat est signé en novembre 1951 et la production s’achève en avril 1954. La Ferme des animaux sort d'abord à New York le 29 décembre 1954, puis à Londres en janvier 1955. Il n'est pas projeté à Paris — plus exactement à Aubervilliers — avant le début des années 1990, car jugé trop anti-communiste, selon les dires de Vivien Halas.

Le film, qui implique près de quatre-vingts personnes, est constitué de sept cent cinquante scènes et trois cent mille dessins, élaborés à partir de mille huit cents dessins de base. L’atmosphère sombre du film est bien rendue par les nuances foncées du technicolor, particulièrement pour les décors.

Dans la version anglaise tous les animaux sont doublés par un même acteur, Maurice Denham. Le narrateur est Gordon Heath. Quant à la version française, elle bénéficie de la participation de Jean-Claude Michel, voix française attitrée de Clint Eastwood ou Sean Connery.

Les scènes de violence, explicites ou non, par exemple la mort tragique du cheval ou celle du chat, conduisent le BBFC (British Board of Film Censors, devenu dans l’intervalle le British Board of Film Classification), à interdire le film aux moins de 18 ans, interdiction qui ne sera levée qu’au bout de cinq ans.

Le film reçoit un accueil chaleureux de la part de la critique et du public. Le New York Times le considère comme un chef-d’œuvre.

Si le style de l’œuvre peut sembler un peu daté aujourd’hui, en revanche son contenu reste plus actuel que jamais.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution (voix)[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

En 1999, un téléfilm américain réalisé par John Stephenson, Animal Farm, s’appuie à son tour sur le roman orwellien.

En 2004, le titre français de Home on the Range, La ferme se rebelle, s'autorise un clin d’œil, même si son contenu est différent.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John Halas et Roger Manvell, The Technique of Film Animation, Focal, 4e éd. révisée, 1976, 351 p. (ISBN 0240509005)
  • (en) Roger Manvell, Art and Animation: the Story of Halas and Batchelor Animation Studio, 1940-1980, Londres, Tantivy, 1980, 127 p.
  • (en) Tony Shaw, British Cinema and the Cold War: The State, Propaganda and Consensus, I. B. Tauris & Company, 2001, 232 p. (ISBN 186064371X)
  • Frances Stonor Saunders, Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle, Denoël, 2003, 506 p.
  • (en) Monthly Film Bulletin, vol. 22, no 253, février 1955, p. 18
  • (en) « Animal Farm on the screen », The Manchester Guardian, 1955
  • (en) C.A. Lejeune, « At the films: Pig Business », The Observer, janvier 1955
  • (en) Catherine de la Roche, Sight and Sound, vol. 24, no 4, printemps 1955, p. 196
  • (fr) Stéphane Bouquet, Cahiers du cinéma, no 475, janvier 1994, p. 65
  • (fr) Jean-Louis Thirard, Positif, no 398, avril 1994, p. 98
  • (fr) Télérama, no 2293, 22 novembre 1995

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]