La Descente de Croix (Rogier van der Weyden)

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La Descente de Croix
Image illustrative de l'article La Descente de Croix (Rogier van der Weyden)
Artiste Rogier van der Weyden
Date vers 1435
Type Huile sur bois
Technique Peinture
Dimensions (H × L) 220 × 262 cm
Localisation Musée du Prado, Madrid (Espagne)

La Descente de Croix est une peinture à l'huile sur panneau de bois du peintre flamand Rogier van der Weyden réalisée aux environs de l'année 1435. Cette peinture représente la descente du Christ de la croix par Joseph d’Arimathie et Nicodème. Elle est exposée au musée du Prado à Madrid.

Historique[modifier | modifier le code]

Le tableau a été commandé par la corporation des arbalétriers de Louvain en Belgique afin d’être installé pour servir de retable à la Chapelle Notre-Dame-hors-les-murs de la ville. D’ailleurs la présence d’arbalète dans les coins supérieurs rappelle les commanditaires de l’œuvre. Les historiens de l'art Dirk De Vos et Lorne Campbell donnent, pour date approximative de réalisation, l’année 1435, mais De Vos affirme qu’elle doit être de 1443 car une copie daterait de cette année-là.

Le tableau est échangé vers 1548 contre une copie de Michiel Coxcie et un orgue au bénéfice de Marie de Hongrie (sœur de Charles Quint). Marie installe le tableau dans son château de Binche ou il est vu par de nombreux courtisans, notamment Vicente Alvarez qui écrit en 1551 : « C'était le plus beau tableau de tout le château et même, je crois, du monde entier, car j'ai vu dans ces régions de nombreux bons tableaux, mais aucun qui a égalé cette vérité dans la nature ou de dévotion. Tous ceux qui l’ont vu étaient du même avis ».

À la mort de Marie, c’est son neveu Philippe II qui en hérite et le fait installer dans son pavillon de chasse du Prado.

Le 15 avril 1574, le tableau entre dans l’inventaire du Site royal de Saint-Laurent-de-l'Escurial avec d’autre tableaux rassemblés en un triptyque.

En 1936, lorsque la guerre civile espagnole éclate, le tableau est évacué vers Valence afin de le protéger. En 1939 il est transporté en train vers la Suisse pour être exposé au musée d’art et d’histoire de Genève. En septembre, la peinture retourne définitivement au musée du Prado.

Structure de la peinture[modifier | modifier le code]

Détail.

Lorne Campbell identifie les personnages sur le tableau comme étant (de gauche à droite) : Marie Cléophas (demi-sœur de la Vierge Marie), saint Jean, Marie Salomé (autre demi-sœur de la Vierge Marie), la Vierge Marie s’évanouissant, le corps du Christ, Nicodème et ou Joseph d'Arimathie (en rouge et en or), l’homme barbu derrière Joseph qui tient une jarre est certainement un serviteur et Marie-Madeleine.

Il y a un désaccord entre les historiens de l’art sur la position des personnages de Nicodéme et de Joseph d’Arimathie.

Qualité de l’œuvre et impact[modifier | modifier le code]

Ce qui rend l’œuvre unique pour cette période est l’évanouissement de la Vierge Marie, qui s’effondre dans une position qui reflète celle du Christ jusque dans le nombre de personnes qui la soutienne. Sa posture est une nouveauté dans l’art primitif flamand. Le tableau reflète directement la dévotion exprimé par Thomas a Kempis dans L'Imitation de Jésus-Christ publiée en 1418. Le texte, tout comme le tableau, invite le lecteur à s’identifier et ressentir les souffrances du Christ et de sa mère. Denys le Chartreux a souligné l’importance de Marie et de sa foi lors de la mort du Christ ; il est convaincu que Marie était proche de la mort lorsque son fils périt et que par là même elle participe à sa rédemption : ce tableau exprime cette idée.

La forme d’une arbalète peut être vue dans la posture du corps du christ, toujours en rappel des commanditaires. Powell soutient que dans la théologie médiévale, une métaphore se fait entre le corps de Jésus sur la croix et une arbalète tendue. Heinrich von Neustadt écrit : « Il était étendu sur la croix… et ses bras tirés comme la corde d’un arc ». Dans son tableau La Descente de croix, Rogier représente les bras du Christ détendu comme un arc qui a tiré sa flèche.

Les personnages sont de plus vus comme des sculptures peintes au naturel, dans la mesure où ils sont figurés dans une niche d’architecture dorée.

De Vos analyse la complexité spatiale de la peinture. L’action se déroule dans un espace de profondeur restreint, alors qu’il y a cinq niveaux de profondeur dans ce tableau : la Vierge à l’avant, le corps du Christ, les personnages qui portent le corps, la croix et l’assistant sur l’échelle.

Le tableau peut être lu comme une synthèse figée de toutes les étapes pendant et après la descente de la Croix : l’abaissement du cadavre, la déposition, la lamentation et la mise au tombeau. Les pieds du Christ semblent être encore cloués ensemble, tandis que son corps conserve la même position que sur la croix. Alors que le corps du Christ semble tendu comme pour être présenté au spectateur, Joseph d’Arimathie regarde vers le crâne d’Adam et crée un lien entre le crâne, les mains de Marie et de celles de son fils afin de visualiser l’essence même de la rédemption.

Campbell affirme que la clé de l'œuvre n'est pas le naturalisme dans le détail mais plutôt l'utilisation de la distorsion pour induire un sentiment de malaise chez le spectateur. Le corps du Christ ne porte pas d’autre marque que les stigmates. Son but n’est pas d’être fidèle à la réalité mais plutôt d’induire un sentiment de vénération ; Campbell suggère que Rogier est plus proche de Matisse ou de Picasso que de ses contemporains.

Un exemple de trompe-l'œil : le jeune homme au sommet de l’échelle semble avoir son bras pris entre la croix et le cadre de fiction et l’entrelacs, et l’un des clous qu’il tient est comme sortant de l'encadrement.

Influence[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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