La Condition postmoderne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La Condition postmoderne. Rapport sur le savoir (1979) est un ouvrage de Jean-François Lyotard, qui a popularisé le paradigme esthétique de postmodernisme dans les milieux universitaires. Il s'agit à l'origine d'un « Rapport sur le savoir au XXe siècle », commandé par le gouvernement du Québec[1]. Il considère en particulier que la question du progrès scientifique est bouleversée par l'« incrédulité » envers les métarécits, c'est-à-dire des schémas narratifs totalisant et globaux qui visent à expliquer l'intégralité de l'histoire humaine, de l'expérience et de la connaissance. Confrontant le savoir scientifique au savoir narratif, il interroge ces catégories à l'aune des changements induits par l'informatisation de la société à l'ère post-industrielle. Les deux métarécits de la Modernité qui sont remis en cause sont d'un côté celui de l'émancipation du sujet rationnel, de l'autre celui, hégélien, de l'histoire de l'Esprit universel. Or, selon Lyotard, ces grands récits légitimaient le projet des sciences modernes ; après Auschwitz et l'information de la société, ils auraient perdu toute crédibilité, le savoir devenant dès lors une simple « marchandise informationnelle[2] ». Comment, alors, légitimer la science ?

La Condition postmoderne et le postmodernisme[modifier | modifier le code]

Sans doute l'essai le plus connu et le plus cité de Lyotard, La Condition postmoderne a cette rare qualité d'avoir ouvert l'investigation générale sur une « philosophie postmoderne ». Pourtant, cet essai n'est pas le premier texte à mettre de l'avant une théorie du postmodernisme. Il serait d'ailleurs problématique de voir en Lyotard le père de ce que les Américains appellent les postmodern studies, ce concept étant traité de manière extrêmement variée chez plusieurs critiques sous le nom de postmodernisme en littérature ou par ailleurs dans les arts et l'architecture. Ce texte ne propose donc ni une définition définitive, ni une genèse de la notion, mais bien plutôt une reprise qui fait travailler cette notion et la constitue en paradigme critique.

Les bouleversements du savoir[modifier | modifier le code]

Lyotard cherche d'abord à commenter l'état du savoir à la fin du XXe siècle. Il aborde le savoir d'un point de vue épistémologique, en tâchant de ne pas y porter de jugement de valeur subjective et en insistant sur les caractéristiques propres aux discours contemporains sur la connaissance. Comme dans tous ses livres, Lyotard élabore son propos à l'aide du vocabulaire de la phénoménologie. Le savoir a connu des bouleversements importants au XXe siècle. Pour Lyotard, ces bouleversements marquent la fin du pouvoir hégémonique de ce qu'il appelle les métarécits de la modernité.

La fin des métarécits[modifier | modifier le code]

Lyotard annonce la fin des deux grands métarécits modernes : le métarécit de l'émancipation du sujet rationnel et le métarécit de l'histoire de l'esprit universel. La pensée moderne a longtemps été l'histoire d'un Sujet de la connaissance qui progressait dans sa quête de justice et d'avancement social ; il y avait autrefois une autorité qui faisait de cette quête le récit d'une marche vers l'émancipation rationnelle. Cette autorité s'appuyait sur la pensée des Lumières, de Kant et de Rousseau, notamment.

La notion de sujet de la connaissance est difficile à circonscrire : nombreux sont les philosophes analytiques [Qui ?] qui dénonceront cette manière qu'a Lyotard d'en faire le personnage, le protagoniste, d'une histoire presque fictive, d'une théorie de l'histoire proprement narrative. La modernité est un concept extrêmement vaste, et l'essai s'inscrit dans un débat important touchant le statut de la connaissance conceptuelle, reposant sur l'établissement des lois de la pensée humaine.

Lyotard proclame la fin de ce qu'il appelle le métarécit de l'histoire universelle de l'Esprit attribuée au philosophe Hegel. L'idée selon laquelle la production intellectuelle d'une époque doit être vue comme la matérialisation locale et historique d'un esprit universel, ne tient plus dans la pensée contemporaine, qui semble ne plus répondre à l'appel des grandes histoires idéalisées de la modernité.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lyotard, Jean-Francois (1979). "Les problèmes du savoir dans les sociétés industrielles les plus développées". Québec: Conseil des Universités.
  2. La Condition postmoderne, p.12. Cité par Maxime Rovere, Jean-François Lyotard,philosophiste, Magazine littéraire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]