La Barque de Dante

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La Barque de Dante
Image illustrative de l'article La Barque de Dante
ou Dante et Virgile aux enfers
Artiste Eugène Delacroix
Date 1822
Type Huile sur toile
Dimensions (H × L) 189 cm × 241,5 cm
Localisation Musée du Louvre, Paris (France)
Numéro d'inventaire INV 3820

La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux enfers est un des premiers tableaux d'Eugène Delacroix. Daté et signé 1822, il l'expose au Salon de la même année qui marquera son entrée officielle parmi les peintres. Bien que cette toile soit sujette à critique, l'état l'acquiert aussitôt. C'est dès cette période qu'Adolphe Thiers, jeune avocat et critique d'art, va devenir un fervent défenseur de l'œuvre de Delacroix. Il dira de lui après avoir vu cette toile : « M. Delacroix a reçu le génie[1]. » Il contribuera à la révélation du peintre Delacroix.

Thème[modifier | modifier le code]

Extrait de la Divine Comédie, la scène représente la visite aux Enfers de Dante Alighieri accompagné de Virgile, leur passage sur l'Achéron dans la barque menée par Phlégias, roi des Lapithes.

Description[modifier | modifier le code]

Représentés sur la barque les menant aux enfers, les deux protagonistes (Dante est reconnaissable à sa coiffe médiévale rouge et Virgile à sa couronne de lauriers) occupent le milieu de la composition ; Charon est vu de dos, à droite, enveloppé d'une étoffe bleue, maniant le gouvernail.

Les eaux tumultueuses, les corps des damnés accrochés à la barque, le ciel sombre, la ville en feu sur la gauche, entourent les deux poètes bien éclairés au centre.

Analyse[modifier | modifier le code]

Cette toile annonce sans nul doute l'éclatante impétuosité de cet art tourmenté et lumineux que sera celui de Delacroix tout au long de sa vie. Si l'on perçoit dans le traitement des corps et le choix du sujet l'attachement à l'école classique, que Delacroix lui-même revendiquait, l'on y voit aussi toute la modernité que recèle cette œuvre (format, couleurs). Elle est un subtil mélange des deux servant de passerelle entre l'art classique et l'art nouveau qu'allait devenir le romantisme.

S'il est un thème prépondérant dans l'œuvre de Delacroix, c'est bien celui du combat. Pour Delacroix, peindre n'est que combat, un combat contre lui-même qu'il met en scène sans relâche. Cette première toile, du moins reconnue, en témoigne. Une barque prise d'assaut par les damnés, lesquels se rejetent les uns les autres pour y accéder. On remarquera le contraste entre, au fond, la lumière rouge de l'enfer et, au premier plan, la clarté blafarde des corps. Les personnages nus, alignés, ont les yeux écarquillés de peur et le visage déformé par la douleur. Dans cette tempête, debout sur la barque, Dante (avec son bonnet rouge) et Virgile observent la scène[2].

Autre thème qui va compter dans la vie du jeune peintre, le thème du frêle esquif pris dans la tempête. Il reprendra ce thème plus tard dans Le Naufrage de Don Juan et dans ses études de Le Christ sur le lac de Génésareth où le « lac », ressemblant plus à une mer déchaînée, prendra entièrement le pas sur un ciel réduit à une mince bande en haut du tableau.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article du Constitutionnel de 1822 sur Delacroix et La Barque de Dante par Adolphe Thiers : (cf. Qu'est-ce que le Romantisme ? de Charles Baudelaire)

    « Aucun tableau ne révèle mieux à mon avis l'avenir d'un grand peintre, que celui de M Delacroix, représentant le Dante et Virgile aux enfers. C'est là surtout qu'on peut remarquer ce jet de talent, cet élan de la supériorité naissante qui ranime les espérances un peu découragées par le mérite trop modéré de tout le reste.

    Le Dante et Virgile, conduits par Caron, traversent le fleuve infernal et fendent avec peine la foule qui se presse autour de leur barque pour y pénétrer. Le Dante, supposé vivant, a l'horrible teint des lieux ; Virgile, couronné d'un sombre laurier, a les couleurs de la mort. Les malheureux, condamnés à désirer éternellement la rive opposée, s'attachent à la barque : l'un l'a saisie en vain, et, renversé par un mouvement trop rapide, est replongé dans les eaux ; un autre l'embrasse et repousse avec les pieds ceux qui veulent aborder comme lui ; deux autres serrent avec les dents le bois qui leur échappe. Il y a là l'égoïsme de la détresse, le désespoir de l'enfer. Dans ce sujet, si voisin de l'exagération, on trouve cependant une sévérité de goût, une convenance locale, en quelque sorte, qui relève le dessin, auquel des juges sévères, mais peu avisés ici, pourraient reprocher de manquer de noblesse. Le pinceau est large et ferme, la couleur simple et vigoureuse, quoiqu'un peu crue.

    L'auteur a, outre cette imagination poétique qui est commune au peintre comme à l'écrivain, cette imagination de l'art, qu'on pourrait appeler en quelque sorte l'imagination du dessin, et qui est tout autre que la précédente. Il jette ses figures, les groupe et les plie à volonté avec la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens. Je ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau ; je retrouve cette puissance sauvage, ardente, mais naturelle, qui cède sans effort à son propre entraînement.

    Je ne crois pas m'y tromper, M. Delacroix a reçu le génie ; qu'il avance avec assurance, qu'il se livre aux immenses travaux, condition indispensable du talent ; et ce qui doit lui donner plus de confiance encore, c'est que l'opinion que j'exprime ici sur son compte est celle de l'un des grands maîtres de l'école. »

    — A. Thiers

  2. Dépliant Parcours au Musée - Eugène Delacroix, Service des activités éducatives et culturelles, Musée du Louvre, mai 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

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