La 11e heure, le dernier virage

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La 11e heure, le dernier virage (The 11th Hour) est un film documentaire américain sorti en 2007, réalisé par Nadia Conners et Leila Conners Petersen et produit par Leonardo DiCaprio.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Un regard sur l'état de l'environnement et des solutions pour tenter de restaurer l'écosystème planétaire, à travers des rencontres avec une cinquantaine de scientifiques, intellectuels et leaders politiques.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Présentation[modifier | modifier le code]

Ce documentaire montre l'état de l'environnement et de la biodiversité au début du XXIe siècle et les méfaits de l'homme sur ce dernier.

Des explications, arguments et solutions concrètes y sont donnés, pour tenter de sauver et restaurer l'écosystème planétaire (la biosphère), à travers des rencontres avec une cinquantaine de scientifiques, intellectuels et leaders politiques réputées dans leur domaine de compétence et impliquées dans l'action ou dans la compréhension de ces phénomènes. Quelques-uns sont médiatiques (Stephen Hawking ou Mikhaïl Gorbatchev), mais la plupart sont inconnus du grand public, mais experts dans leur domaine et impliqués dans des processus de changements économiques, sociaux, ou de gouvernance.

Depuis la sortie de ce film, la prise de conscience semble progresser mais les questions posées restent d'actualité.

Rythmique[modifier | modifier le code]

La première partie entamée avec le bruit d'un battement de cœur est caractérisée par un rythme visuel et sonore haché où de nombreuses images se succèdent à un rythme saccadé et très rapide, montées comme le sont souvent les bandes annonce de films d'action de la fin des années 1990 et du début des années 2000, ou évoquant les flashs d'information à la télévision.

Ici le rythme semble vouloir mettre le spectateur en empathie avec le constat de dégradation générale de l'environnement, presque toujours filmé en plans larges. S'il elle ne dresse un véritable bilan de la situation des écosystèmes, cette première partie du film, par l'image et par quelques séquences-choc, entrecoupées de vues de grands et beaux paysages naturels ou évoquant les forces de la nature met le spectateur en position d'évitement du déni pour l'ouvrir à la parole des personnalités qui vont suivre.

Dans la seconde partie, le rythme (sonore et de succession des images et des séquences) s'apaise, et plus on s'approche de la conclusion, plus ce rythme est apparemment lent et calme (en fait les séquences d'extraits d'interviews sont courtes et se succèdent assez rapidement, mais sans heurts et presque sans qu'on en ait conscience, grâce au montage et au fil conducteur qui donne l'impression d'entendre un même discours, cohérent, logique et continu ; bien qu'il soit tenu par des locuteurs successifs très différents (et plus souvent masculins)…

À la fin du film, le rythme plus lent, alors que la caméra se rapproche des interlocuteurs choisis par l'auteur. Avant la conclusion, des visages de personnes de différents âges et origines, souvent souriants sont filmés.

La rythmique du film sert le synopsis, et conduit le spectateur à finalement se questionner, de manière sereine mais concentrée, sur les solutions possibles.

Un film d'auteur et de citations[modifier | modifier le code]

L'auteur marque ponctuellement le film, mais il s'efface souvent devant les personnalités auxquelles il donne la parole, en leur laissant le temps de s'exprimer clairement et lentement, sans images de fond ou décor perturbant l'attention du spectateur.

Une cinquantaine d'experts du développement soutenable ou des hommes qui ont su changer le monde (Mikhail Gorbatchev), des scientifiques (Stephen Hawking), penseurs ou philosophes ou encore à James Woolsey (ancien directeur de la CIA) expliquent comment l'humanité a pu en arriver à menacer ses propres conditions de vie et de survie. Elles expliquent aussi quelles sont les solutions crédibles et qu'il est encore possibles de changer de cap (le mot de "rupture" est même plusieurs fois évoqué). Comme le dit ailleurs Nicolas Hulot avec sa métaphore du Titanic, on ne peut se contenter de légèrement ralentir alors que notre Titanic (garanti insubmersible par son fabricant) se précipite à toute vitesse sur l'Iceberg fatal, il faut "changer de cap".

Contenu et découpage[modifier | modifier le code]

On peut distinguer plusieurs grandes parties, chacune étant constituée de sous-parties, séquences thématiques presque autonomes. Les unes sont des séquences d'images d'éléments de paysage, d'événements, d'activités humaines. Les autres sont des extraits du discours des personnalités interviewées par l'auteur.

La première partie est une sorte de rappel introductif, qui alerte ou ré-alerte le spectateur sur la réalité, la gravité des dérèglements climatiques et de l'érosion accélérée de la biodiversité.

Elle annonce une question qui sera un des fils conducteurs de la seconde partie du film, et qui illustre par avance les propos des personnalités interrogées dans les 2 parties suivantes et dans la conclusion.

Les dérèglements climatiques, les pluies acides les disparitions accélérées d'espèces sont-ils des aléas isolés ou le début d'une crise écologique majeure et planétaire ? voire les signes alarmants et annonciateurs ou les prémisses d'une possible extinction massive d'espèces, voire d'une disparition de l'espèce humaine ?

La seconde partie, qui fait aussi intervenir des experts, rappelle que l'empreinte de l'homme sur la nature et la planète est devenue mondiale et plus importante que jamais et qu'elle dépasse maintenant les capacités bioproductrices de la planète ;

Les progrès industriels et agricoles, et la démographie humaine ont des impacts mettant maintenant en cause les grands équilibres écologiques et les grands cycles biogéochimiques, faisant progresser les déserts, vidant les océans de leur faune, faisant fondre les calottes glaciaires, reculer les glaciers et affectant jusqu'au climat global, en menaçant une partie des terres (habitées et cultivées) d'invasion marine. Le spectateur comprend le caractère plus ou moins irréversible des changements en cours (à échelle humaine de temps).

La troisième partie aborde les aspects économiques et les incohérences du mal développement.

La croissance économique et la consommation de biens ne devraient pas être des fins en soi mais des moyens parmi d'autres de répondre aux besoins essentiels de l'homme, pour atteindre le bonheur et la qualité de vie ;

On a voulu donner une valeur économique aux biens naturels, alors que le « Millenium ecosystems assessment » a montré que les services écologiques, gratuitement fournis par la nature, et qui sont en rapide voie de dégradation ont une valeur bien plus grande.

Une évaluation citée par un des experts interrogé a porté à 35 trillions de dollars la valeur de ces services (ce qu'il faudrait payer pour remplacer la pollinisation par les insectes ou l'épuration de l'eau par les plantes, etc.), à comparer aux 18 trillions de dollars correspondant à la valeur de toutes les économies des pays de la planète.

Ainsi la nature est elle un agent économique oublié, bien que produisant gratuitement toutes les matières, aliments et l'énergie dont nous avons besoin, et bien qu'ayant produit nos énergies fossiles. Il serait juste et nécessaire de l'intégrer à la théorie économique pour que le système économique soit véritablement global et non faussé- Ce que nous faisons ; c'est comme si l'humanité avait toujours été subventionnée par un agent invisible (grâce aux carburants fossiles tant qu'il en reste, et avec les effets que l'on sait). Une estimation montre que si l'homme devait faire tout le travail de la nature (par exemple la pollinisation dont s'occupent les abeilles ou la conversion de CO² en O² dont les arbres se chargent en ce moment), il nous en coûterait 35 trillions (1012) de dollars par an. L'économie annuelle mondiale produit 18 trillions de dollars.

Une quatrième partie évoque clairement la disparition possible (le mot « suicide » est même prononcé) de l'humanité, mais aussi de nombreuses autres espèces si l'Homme ne change pas radicalement son comportement vis-à-vis de la biosphère.

Certains des experts pensent que la nature aura la force de recoloniser les espaces laissés par l'homme s'il disparaît.

D'autres évoquent cependant la possibilité, si l'on dépassait un seuil (assez proche au rythme tendanciel actuel) de dérèglement climatique, que la planète voit son atmosphère, ses sols et ses eaux entamer un cycle de dégradation conduisant à une désertification totale des terres, puis à une acidification telle que toute vie évoluée disparaisse, avant que la terre ne ressemble à la planète Mars.

La finalité du film semble organisée autour d'une triple question éthique : Pouvons-nous, devons-nous et voulons-nous sauver la terre et les espèces qui y cohabitent encore avec nous ?

Les dernières interviews sont positives, optimistes et délivrent des messages d'espoirs (il est encore possible de sauver la planète), mais en rappelant fermement que sur une horloge de 24 h, nous sommes à 23h, 59 minutes et 59 secondes.. C'est maintenant et dans les années qui viennent que l'humanité doit se ressaisir, prendre conscience de l'imminence d'un possible « Global collapse » (crise écologique globale, avec effondrement en série des écosystèmes), et mettre très vite en œuvre un mode de développement de transition, plus intelligent, plus sobre en énergie et plus frugal en termes de consommation de ressources naturelles, en généralisant l'écoconception.

Il s'agit aussi non seulement de protéger l'environnement mais aussi de le réparer (l'exemple de la mycorestauration est donné), sans attendre que le politique fasse tout, ni prétexter que d'autres pays ont un impact plus important (il est rappelé que si la Chine a effectivement un impact important pour le climat, s'est essentiellement pour produire des biens dépensés dans les pays occidentaux).

Plusieurs intervenants insistent sur l'importance de la beauté du monde et les valeurs éthiques.

Le dernier intervenant, souriant, conclut en rappelant qu'une valeur bien plus fondamentale et universelle que l'argent pour l'Homme est l'amour.

Thèmes généraux abordés[modifier | modifier le code]

  • Les relations de l'Homme avec la Nature et la biosphère ont fortement changé avec l'invention du moteur à vapeur ou à explosion et d'une économie presque entièrement basée sur l'exploitation de ressources fossiles, émettrices de gaz à effet de serre ;
  • Dans un monde fini, la croissance économique éternelle basée sur l'exploitation matérielle de ressources naturelles, plus rapidement que ce qu'autorise le renouvellement naturel des ressources n'est pas durablement possible. Or c'est ce que nous faisons encore.
  • Le risque accru de catastrophes naturelles, de dégradation environnementale planétaire, de mise en péril des équilibres écologiques est une réalité, et peut menacer la survie de l'humanité, voire de toutes les espèces, sans un changement radical des modes de développement et de vie.
  • L'homme qui en devenant intelligent s'est extrait de la nature, a souvent perdu le contact avec elle. Mais c'est aussi une espèce qui a acquis le sens de l'avenir et une certaine capacité de vision prospective. Il semble devenu la seule espèce à pouvoir être conscient de ses impacts immédiats et différés sur la planète ; ce qui lui donne une responsabilité supplémentaire.
  • Il existe une responsabilité partagée d'une société mondialisée et consumériste face à la crise écologique. Des freins importants au changement persistent de la part de certains lobbies industriels (le Fossil fuels lobby (en) est notamment explicitement cité) et politiques, mais le citoyen a un pouvoir de changer individuellement et un pouvoir de vote par ses choix de consommation. Un des problèmes, selon M. Gorbatchev est que l'homme se considère encore comme "maître de la nature".
  • Un monde sans déchets est possible : aujourd'hui (2008), en moyenne, quand un conteneur de produits manufacturés est mis sur le marché, une quantité correspondante de 38 conteneurs de déchets a été produite. Une société sans déchets, ou plus précisément où tous les déchets seraient recyclés est possible, souhaitable et nécessaire expliquent plusieurs des personnalités filmées.
  • Les valeurs mises en avant par les sociétés dites développées sont-elles celles qui sont le plus souhaitables ? DiCaprio et les experts qui parlent, invitent à œuvrer pour un monde où "le sens de notre vie serait dérivé non pas du bien-avoir, mais du bien-être". Et où la conception et le recyclage des biens se rendraient compatibles avec les processus naturels. Un exemple est donné avec le fil de la toile d'araignée qui est plus solide (à poids et diamètre égal) que l'acier ou le kevlar mais qui est aussi produit sans haute température, sans haute pression, et avec de l'eau et des corps simples à la différence de l'acier et du Kevlar qui demandent une grande quantité de matière, de moyens techniques lourds et d'énergies fossiles. L'écoconception peut et doit s'inspirer de processus de ce type (sobres, efficients et non-polluants). Les solutions techniques (solaire, éolien, technologies propres, sobres et sûres) existent.
  • Le droit ne protège pas aujourd'hui les plantes et les animaux, même en tant que fournissant des aménités, services écologiques et biens consommables indispensables à l'homme.

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]