L'Imitation de Jésus-Christ

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L'Imitation de Jésus-Christ (en latin De imitatione Christi) est une œuvre anonyme de piété chrétienne de la fin du XIVe siècle ou du début du XVe siècle.
On estime actuellement que son auteur est Thomas a Kempis.
Il s'agit du livre le plus imprimé au monde après la Bible.

Manuscrit de l'Imitatione Christi. Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles

Origine[modifier | modifier le code]

L'Imitation de Jésus-Christ est représentative d'une nouvelle expérience spirituelle au 15e siècle appelée devotio moderna, illustrée par Jean de Ruysbroek.

L'identité de l'auteur est discutée. Selon l'opinion qui prévaut aujourd'hui dans les milieux spécialisés, l'auteur serait Thomas a Kempis, moine allemand du monastère augustin du Mont Sainte-Agnès situé à Zwolle, en Hollande. En effet, douze contemporains attribuent L'Imitation à Thomas a Kempis[1] : Jean Busch (1400-1479) ; Hermann Ryd (1408-1483) ; Jean Monbrun (1460-1502) ; Adrien de But (1480) ; Wessel Gansfort (1489) ; Farinator ; Peter Schott ; Trithème ; Willibald Pirckheimer ; Martin Simus ; le biographe anonyme de Thomas a Kempis ; l'éditeur de la première traduction française de L'Imitation en 1493. Tous affirment plus ou moins nettement que la paternité de l'ouvrage revient à Thomas a Kempis.
Mais on a aussi pensé que son auteur était :

Le livre le plus imprimé après la Bible[modifier | modifier le code]

En 1450, il en existait plus de deux cent cinquante manuscrits. La traduction faite par Pierre Corneille (1656) se révèla un extraordinaire succès de librairie avec 2 300 éditions et près de 2.4 millions d'exemplaires en circulation à la fin du XVIIIe siècle, ce qui en fait à cette époque le livre le plus souvent imprimé après la Bible[3]. Du point de vue de la librairie, l’Imitation est un succès qui ne se dément pas depuis des siècles et de nouvelles éditions sortent encore régulièrement. Les traductions de Pierre Corneille et Félicité Robert de Lamennais furent republiées récemment dans des collections de poche, en 1978 et 1998 respectivement.

Ses différentes traductions[modifier | modifier le code]

Parmi la centaine de traductions françaises de l'Imitation, les plus célèbres et les plus recommandées sont celles de :

Présentation[modifier | modifier le code]

Exemplaire de 1874 (Mame éditeurs - Tours

L'œuvre est faite surtout d'aphorismes et de maximes. Elle alimenta la dévotion et la prière de nombreuses générations de chrétiens qui cherchaient dans leur vie quotidienne à vivre en respectant les préceptes du Christ (d'où son titre). Elle donne beaucoup d'importance à l'humilité, la résignation et l'abnégation.

Composition[modifier | modifier le code]

Le texte est divisé en quatre parties :

  • Avertissements utiles à la vie spirituelle (admonitiones ad vitam spiritualem utiles)
  • Avertissements entraînant à la vie intérieure (admonitiones ad interna trahentes)
  • De la consolation intérieure (de interna consolatione)
  • Exhortation à la sainte communion (de sacramento).

Il commence par ces mots :

« Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres[4], dit le Seigneur. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du cœur ».

Certaines traductions de l'Imitation sont composées de façon à être lues en rythme, selon les mesures métriques grégoriennes, comme ce manuscrit de l'Imitation de 1441[5] qui comporte une ponctuation métrique telle qu'elle suggère de lire chaque phrase selon un rythme précis, tel la lecture des psaumes.

Éloges[modifier | modifier le code]

  • par Fontenelle : « L'Imitation de Jésus-Christ est le plus beau texte qui soit parti de la main d'un homme, puisque l'Évangile n'en vient pas »
  • par sainte Thérèse de Lisieux, Histoire d'une âme : « Depuis longtemps je soutenais ma vie spirituelle avec la pure farine contenue dans l'Imitation. Ce petit livre ne me quittait jamais, en été dans ma poche, en hiver dans mon manchon. J'en connaissais par cœur presque tous les chapitres. »
  • par Mgr Puyol, Lettres apostoliques« L'Imitation de Jésus Christ est à la mystique de l'Église ce que la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin est à la scolastique : le chef-d'œuvre contenant le plus pur esprit de la doctrine dans son expression achevée »

Comparaison d'un extrait (livre 1, chap. 1) de quelques traductions[modifier | modifier le code]

Traduction Corneille[modifier | modifier le code]

Vanité d’ entasser richesses sur richesses ;
Vanité de languir dans la soif des honneurs ;
Vanité de choisir pour souverains bonheurs
De la chair et des sens les damnables caresses ;
Vanité d’ aspirer à voir durer nos jours
Sans nous mettre en souci d’ en mieux régler le cours,
D’ aimer la longue vie et négliger la bonne,
D’ embrasser le présent sans soin de l’ avenir,
Et de plus estimer un moment qu’ il nous donne
Que l’ attente des biens qui ne sauraient finir.

Traduction Lamennais[modifier | modifier le code]

Vanité donc, d'amasser des richesses périssables et d'espérer en elles.
Vanité, d'aspirer aux honneurs et de s'élever à ce qu'il y a de plus haut.
Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il faudra bientôt être rigoureusement puni.
Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien vivre.
Vanité, de ne penser qu'à la vie présente et de ne pas prévoir ce qui la suivra.
Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit point.

Traduction Sapinaud[modifier | modifier le code]

Vanité donc d'accroître sa richesse,
Vanité d'aspirer au faite des honneurs,
Vanité de prêter l'oreille aux sons flatteurs,
D'abandonner ses sens à la mollesse
Dont ils devront bientôt expier les douceurs ;
Vanité d'aimer ce qui passe,
Qui brille et meurt en un moment,
Et de ne pas aspirer à la grâce
Qui fait vivre éternellement !

Traduction par Charles Dietrich en 1999[modifier | modifier le code]

Vanité donc de rechercher des richesses périssables *[6]
et de mettre son espoir en elles. Vanité encore de rechercher les honneurs *
et de s'élever aux plus hautes places. Vanité de suivre les désirs de la chair *
et de souhaiter ce qui sera, par la suite, gravement puni. Vanité de désirer une longue vie *
et de veiller si peu à mener une vie bonne. Vanité de penser uniquement à la vie présente *
et de ne pas prévoir l'avenir. Vanité d'aimer ce qui passe à grande vitesse *
et de ne point se hâter là où se trouve la joie éternelle.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Imitation de Jésus-Christ, édition Tours maison Alfred Mame et fils, 1930, introduction, par R.P A. Fleury
  2. Voir notamment Collectanea gersoniana ou recueil d’études de recherches et de correspondances littéraires ayant trait au problème bibliographique de l’origine de « L’Imitation de Jésus-Christ », publiées par Jehan Spencer Smith, Caen, Hardel-Mancel, 1842, 334 p.
  3. Martine Delaveau et Yann Sordet, Un succès de librairie européen, l’Imitatio Christi, 1470-1850, Ed. des Cendres, 2012, p.424
  4. Jn 8, 12.
  5. Manuscrit de l'Imitation de Jésus-Christ, Bibliothèque Royale de Bruxelles, n° 5855-5861
  6. Selon Charles Dietrich (laïc et psychologue du travail contemporain) l'astérisque a pour but "de respecter les diverses pauses propices à l'attention et à la réflexion." Il ajoute : "Si donc le lecteur veut s'imprégner de la pensée de l'auteur, en tirer quelque avantage spirituel, il marquera une pause après chaque astérisque et réfléchira sur ce qu'il vient de lire."

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]