L'Illustration

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L’Illustration
Image illustrative de l'article L'Illustration
L'Illustration du samedi 23 juin 1900.

Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité hebdomadaire
Genre Actualités
Date de fondation 1843
Date du dernier numéro 1944
Ville d’édition Paris/Saint-Mandé puis Bobigny

L’Illustration est un magazine hebdomadaire français publié de 1843 à 1944. Il connut 5 293 numéros, constituant 180 000 pages environ.

Histoire du support[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Couverture de l’édition du 8 mai 1858.

Inspiré de The Illustrated London News[1], l’hebdomadaire L’Illustration. Journal universel (selon son titre original) a été fondé par les journalistes Jean-Baptiste-Alexandre Paulin, Édouard Charton, le géographe Adolphe Joanne, l’éditeur Jean-Jacques Dubochet et le journaliste Jacques-Julien Dubochet, qui en devient rédacteur en chef et gérant. Son premier numéro paraît le 4 mars 1843. La rédaction est située à Paris, d'abord rue de Seine, puis rue de Richelieu et enfin rue Saint-Georges, tandis que l’imprimerie est à Saint-Mandé.

En 1859, Victor, le fils de Jean-Baptiste-Alexandre Paulin, vend ses parts majoritaires à Jean-Auguste Marc, un manufacturier originaire d'Amsterdam, dont la famille va diriger le journal jusqu'en 1903.

L'image prépondérante[modifier | modifier le code]

Dès ses débuts, dans la seconde moitié du XIXe siècle, L’Illustration va « s’attacher les meilleurs dessinateurs du moment, Paul Renouard, Henri Valentin, Édouard Renard, Gavarni, Janet-Lange, Cham, José Simont, et bien d’autres[2]. » mais aussi débaucher les meilleurs graveurs de la place parisienne, contribuant par sa diffusion toujours plus large à la vivacité de la gravure sur bois[3]. Par son action à la tête de L'Illustration, Paulin rénove le journalisme : rechercher l'information à sa source, envoyer des correspondants ou faire appel à la collaboration des lecteurs comme source d'information. Cette nouvelle politique éditoriale est une révolution à une époque où l'on se contente des dépêches d'agences. Mais surtout, avec L'Illustration, le lecteur a accès à l’événement vu. L'international devient également la marque de fabrique du journal. L'Illustration, qui a pour devise d'être un « journal universel », met en place une impressionnante logistique, pour être pratiquement toujours le premier à relater l'actualité du monde, sur les cinq continents. Ainsi par exemple, en juillet 1905, L'Illustration est le seul magazine à publier les vraies images du cuirassé Potemkine, alors que tous ses concurrents publieront des photos de bateaux ressemblants. La couverture de la guerre des Balkans va mobiliser des courriers spéciaux qui, deux fois par semaine, couvriront les 2 200 km à cheval, en chemin de fer, par le biais de 10 compagnies différentes, pour plus de 72 heures de voyage. Ouvert à tous les aspects du monde contemporain, L'Illustration se donne aussi pour mission de diffuser la connaissance et le savoir sans exclure aucun domaine. Tous les sujets peuvent ainsi trouver écho dans L'Illustration[3].

Les premières photographies de reportage[modifier | modifier le code]

L’Illustration est le premier journal en France à publier, en 1891, une photographie en noir et blanc[3], et en 1907, une photographie en couleurs. Il devient dès 1904 la propriété de la famille Baschet. Dès son arrivée à la tête de L'Illustration, René Baschet (fils d'Émile Baschet, éditeur à succès de La Revue illustrée) s'entoure de ses deux frères Jacques (critique d'art et ancien fonctionnaire des Beaux Arts), et Marcel (portraitiste réputé, Grand prix de Rome, académicien, devant lequel posent des célébrités), ainsi que d'autres membres de sa famille. La qualité, la recherche du beau, l'excellence, deviennent le fil conducteur de l'action des Baschet aux commandes du journal. Pour ce faire, le journal s'attache la collaboration des plus grands noms de l'époque sur le texte comme sur l'image : Gabriele D'Annunzio, Alphonse Daudet, Camille Flammarion, Henri Bataille, Paul Bourget, Georges Courteline, Georges Feydeau, Anatole France, Paul et Victor Margueritte, Edmond et Maurice Rostand, Tristan Bernard, Pierre Loti, Georges Clemenceau, Sacha Guitry, etc… Les dessinateurs les plus connus de l'époque deviennent collaborateurs de L'Illustration : Gustave Babin, Sabattier, Georges Scott, Jean Clair Guyot, Ludovic Marchetti, Émile Bayard, pour n'en citer que quelques-uns… Dans le domaine de la photographie, L'Illustration (qui soutiendra les frères Lumière dans leurs recherches et découvertes) joue un rôle majeur, en posant les bases du photojournalisme. Jimmy Hare, au service de L'Illustration, devient ainsi un des premiers photographes de guerre. Jules Verne, lecteur assidu de L'Illustration, confiera avoir créé le personnage de Michel Strogoff en s'inspirant de l'une des premières figures du reporter moderne : Durand Brager, collaborateur de L'Illustration. La qualité d'impression du journal est aussi une obsession qui mènera à la construction de l'imprimerie de Bobigny en 1933. En 1907, c’est dans son supplément littéraire que le célèbre roman de Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune paraît en feuilletons. Le héros s’y appelle alors Boitabille avant de devenir Rouletabille dans le volume qui paraîtra l’année suivante[3].

Premier magazine français puis mondial[modifier | modifier le code]

Dès 1905, L'Illustration devient le premier magazine français, mais aussi du monde. C'est le seul titre de presse français à avoir réussi à s'imposer devant ses concurrents anglo-saxons[3].

Cette même année, pour susciter l'enthousiasme en faveur de l'aviation militaire, L'Illustration offre à l'armée française un monoplan commandé à la maison Blériot. L'oiseau de guerre sera baptisé Henri Lavedan[4].

En 1912, l'Armée française et le Ministre de la Guerre Messimy confie à Georges Scott, dessinateur star de L'Illustration, une étude sur les modifications à apporter aux tenues militaires, du double point de vue de la commodité et de l'élégance militaire. Scott réalise des uniformes de bonne tenue, et campe des soldats de bonne prestance[4].

René Baschet (1860-1949)[5] invente la presse moderne spécialisée en se lançant dans une politique, alors ambitieuse, de numéros hors-série : La mode, Le Jardin, L'Enfant, L'automobile, L'automobile et le tourisme, L'aviation, Les chemins de fer, La guerre civile espagnole, Paris, ... La liste est longue, mais le plus célèbre, lancé avant son arrivé à la tête de L'Illustration est le numéro de Noël, cadeau fastueux aux abonnés, distribué dans plus de 150 pays, imprimé à plus de 360 000 exemplaires. Cela représente alors plus de 400 tonnes de papier à transporter en France et dans le monde mais surtout c'est ce qui se fait de mieux dans le domaine de l'édition. Préparé par une équipe de plus de 200 personnes durant un an, ce numéro symbolise le savoir-faire, l'excellence et le rayonnement de L'Illustration. Dans cette politique de hors-série, en 1922, la famille Baschet aide Lucien Vogel à fonder L'Illustration des modes, rapidement renommé Le Jardin des Modes l'année suivante, puis revendu plus tard à Condé Nast[6]. En mars 1929, le même Vogel lance le magazine illustré VU qui deviendra un concurrent sérieux.

En 1920, Louis, le fils aîné de René Baschet, prend la direction du groupe Baschet SA.

La tour de L’Illustration à Bobigny.

Au début des années 1930, le journal, en pleine prospérité, est à l’étroit dans ses locaux de la rue Saint-Georges. Il acquiert en 1931, 30 hectares de terrains maraîchers, à Bobigny, sur le site de « la Vache à l’aise ». Un bâtiment de briques rouges et de béton, de 141 mètres de long et 90 mètres de large, surmonté d’une tour de 64 mètres de hauteur, y est construit afin d’accueillir l’une des plus grandes et des plus modernes imprimeries d’Europe. Les travaux s’achèvent le 15 décembre 1932 et l’inauguration a lieu le 30 juin 1933.

La fabrication de l’hebdomadaire exploite à cette époque deux techniques d’impression très luxueuses : l’héliogravure et l’offset. Cette dernière fait de L’Illustration un périodique original dans la presse écrite puisque ce procédé ne se généralise qu’après la Seconde Guerre mondiale. En 1933, L’Illustration possède à Bobigny sept machines offset Roland dont trois modèles en deux couleurs. De nombreux tirages en couleurs agrémentent les articles chaque semaine, mais c’est surtout le numéro de Noël qui incarne le mieux le nom de l’hebdomadaire. Véritable feu d’artifice de couleurs, ce numéro demandait un surcroît de travail de plusieurs mois à l’ensemble du personnel. L’historien Jean-Noël Marchandiau[7] signale notamment le témoignage d’un célèbre éditeur américain avouant l’incapacité de ses imprimeurs à égaler les prouesses de l’équipe des imprimeurs de Bobigny. En 1930, ce numéro de 35 pages, entièrement en couleurs, est vendu 35 francs alors que son prix de revient est bien supérieur.

Le témoignage de L'Illustration dans bien des domaines est majeur, en assumant un patriotisme engagé. Premier média au monde durant la Première Guerre mondiale, le titre joue un rôle majeur durant le conflit ce qui lui vaudra de recevoir les louanges de l'ensemble des Maréchaux de France[8].

En 1936, René Baschet est élu à l'Académie des beaux-arts.

Dernières années[modifier | modifier le code]

L’Illustration, qui continue de paraître durant la Seconde Guerre mondiale, sous la direction politique du collaborateur Jacques Bouly de Lesdain, sera interdite à la Libération. L'avant-dernier numéro imprimé et diffusé fut le numéro 5290-5291 daté des 29 juillet - 5 août 1944 : il présente en couverture une photo intitulée « L’attentat contre le Führer : la salle après l’explosion de la bombe »[9]. Dès le 31 août, un administrateur provisoire, Alfred Corouge, est désigné à la tête de l’entreprise avec pour conséquence que le siège de la rue Saint-Georges, l’imprimerie de Bobigny, et le fonds de commerce soient placés sous séquestre. Une information contre René et Louis Baschet, est ouverte en décembre 1944, pour « atteinte à la sûreté de l’État » ; quant à Bouly de Lesdain, il est en fuite. En 1954, après dix ans de procédures judiciaires, la famille Baschet se voit restituer ses biens[10].

Le journal essaye entre temps de renaître : en octobre 1945, une nouvelle équipe lance le titre France-Illustration sous la direction de Georges Oudard et de Vincent Delpuech mais, face à la concurrence d'un Paris Match, disparaît en 1955, après avoir plafonné à seulement 75 000 exemplaires.

L’imprimerie de Bobigny continue de fonctionner jusqu’en 1971 pour des travaux de sous-traitance. Les locaux servent ensuite d’entrepôts puis, abandonnés, sont rachetés par la ville de Bobigny qui les cède pour un franc symbolique à l’université Paris XIII. Par la suite, l'Université confiera la tour et son terrain au CROUS de Créteil qui l'a depuis rénové et y a aménagé une résidence universitaire.

Le fonds et la marque L'Illustration sont aujourd'hui encore la propriété de la famille Baschet. L'intégralité des documents ayant servis à faire le magazine, dessins, plaques de verre, bois gravé, négatifs, ont été conservés, cas rarissime pour un magazine de cette époque. La famille Baschet, ayant droit de L'Illustration, gère ce fonds par le biais de la société L'Illustration et a rendu accessible, en 2013, l'intégralité du magazine, en ligne, par le biais du site lillustration.com.

Tirage[modifier | modifier le code]

À ses débuts L'Illustration enregistre un un tirage autour de 16 000 exemplaires ; entre 1871 et 1879 le tirage est d'environ 12 000 exemplaires, mais beaucoup plus lors des années de révolution ou de guerre comme en 1848, 1855 ou 1859. Le tirage passe de 20 000 à 47 000 exemplaires au cours des années 1880 et 1890. Avec l'arrivée de la photographie, mais surtout de René Baschet à sa tête, le tirage s'envole, faisant de L'Illustration le premier magazine français mais aussi au monde. Le tirage monte à 92 000 exemplaires en 1907 et culmine à 650 000 en 1929[11].

Ligne éditoriale[modifier | modifier le code]

L’Illustration traitait de tous les sujets d’actualité, que ce soit dans le domaine politique, économique, social, scientifique, artistique ou sportif. Sa marque de fabrique était, comme son nom l’indique, une riche iconographie à chaque numéro (gravures, puis photographies, dessins, etc.).

Citations[modifier | modifier le code]

  • «  L'Illustration is beyond question the leading illustrated paper in the world (L'Illustration est, sans conteste, le premier des journaux illustrés du monde », Lord Nordcliffe, Directeur du Times, fondateur du Daily Mail, Daily Miror, du London Magazine, 1913.
  • « Je me souviens des vieux numéros de L’Illustration », Georges Perec, Je me souviens, page 16.
  • « Lorsque la partie de cartes était finie, l'apothicaire et le médecin jouaient aux dominos, et Emma changeant de place, s'accoudait sur la table, à feuilleter L’Illustration », Gustave Flaubert, Madame Bovary.
  • « J'ai envie de me marier, de me suicider, ou de m'abonner à L’Illustration. Un geste désespéré, quoi… », Albert Camus, Albert Camus, une vie, Olivier Todd.
  • « J'exprime la pensée de tous en félicitant chaleureusement Monsieur René Baschet d'une réalisation qui, en faisant de L'Illustration, par son outillage et sa présentation, le premier grand hebdomadaire illustré de tous les pays, sert magnifiquement le renom de la France dans le monde », Camille Chautemps, quotidien Le Matin, du 8 juillet 1933.
  • « Les visiteurs ont constaté que l'équipement de l'imprimerie était le plus moderne qu'il était possible de constituer et que grâce à cette installation de notre grand confrère, la France n'avait plus rien à envier à l'étranger dans le domaine de l'édition journalistique » Petit Journal du 8/7/1933.
  • « Nul n'ignore la place unique qu'occupe dans la presse et dans l'édition L'Illustration. Il n'est pas un périodique au monde qui puisse lui être comparé tant par la variété et la richesse de sa documentation que par le goût et le fini de sa présentation », Ph. Rolland, Journal des Débats de juillet 1933.
  • « Pour moi, L'Illustration, c'est toute ma jeunesse. C'est d'abord le grenier de la maison de mes parents à Lons-le-Saunier, dans le Jura. Puis la mansarde où, à l'âge d'environ quinze ans, j'allais imaginer les rêves que j'étais décidé à réaliser plus tard, le moment venu. »,Paul-Émile Victor.
  • « Si L’ILLUSTRATION a trouvé sa place, pendant cent ans, au sein de tant de familles françaises, si pour beaucoup sa lecture est devenue quelque chose comme une nécessité, c'est parce qu'elle apaisait une soif dont ne venait alors à bout aucun autre moyen d'expression, celle de voir par l'image ce qu'un texte ne pouvait, lui, que suggérer. »,Alain Decaux.
  • « Vous verrez dans ces pages de L'Illustration, qui nous a tous fait rêver ... »,Nicolas Hulot.
  • « L'Illustration, magazine de très haute qualité sans véritable équivalent de nos jours, nous fait découvrir les États-Unis à travers les yeux de la France de 1843 à 1939 »,Pierre Salinger.

La Petite Illustration[modifier | modifier le code]

En 1913, L'Illustration créera un supplément hebdomadaire d'une trentaine de pages appelé « La Petite Illustration » qui remplacera un fascicule consacré au théâtre « L'Illustration théâtrale ». Cette revue littéraire hebdomadaire publia des centaines de pièces de théâtre et romans inédits, dont beaucoup ne furent jamais réédités. Quelques numéros furent consacrés à la poésie.

L'Illustration économique et financière[modifier | modifier le code]

Avant la première guerre mondiale, le journal possédait des pages consacrées à l'économie. Après la guerre, cette partie fut confiée à Gabriel Lagros de Langeron qui décida d'en faire un supplément comme la Petite Illustration.
En 1930, le nom devient « L'Orientation économique et financière ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Pierre Chuard, Des journaux et des hommes, collection Archives vivantes, Cabédita éditeur, Paris, 1993, p. 140
  2. Jean-Pierre Chuard, Des journaux et des hommes, Cabédita, Lausanne, 1993.
  3. a, b, c, d et e Jean Noel Marchandieau, L'Illustration, Privat
  4. a et b Jean Noel Marchandieau, L'Illustration, Privat. Page 200
  5. L'un de ses fils, Pierre Baschet (1897-1917, mort pour la France), fut brigadier d'artillerie de campagne et collaborateur à l'Illustration. Son portrait et sa citation figure dans le Tome 3 du Tableau d'honneur de la Grande Guerre, page 733 - ISBN 2-911665-57-0 Paris 2002
  6. Danielle Leenaerts, Petite Histoire Du Magazine Vu (1928-1940) : Entre Photographie D'information Et Photographie D'art, Peter Lang, mars 2010, 403 pages, p. 20 (ISBN 9789052015859)
  7. Jean-Noël Marchandiau, L’Illustration 1843-1944, vie et mort d’un journal, Toulouse, Privat, 1987.
  8. http://www.lillustration.com/Les-Marechaux-de-France-rendent-hommage-a-L-Illustration_a235.html
  9. Archives de L'Illustration, site officiel en ligne
  10. « De L'Illustration à France Illustration » par Jean Paul Perrin in Archives de L'Illustration, site officiel en ligne.
  11. Gilles Feyel, La presse en France des origines à 1944,  éd. Ellipses

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Noël Marchandiau, L’Illustration : vie et mort d’un journal, 1843-1944, Toulouse, Privat, Coll. « Bibliothèque historique Privat », 1987, 344 p.
  • Jean-Pierre Bacot, La Presse illustrée au XIXe siècle. Une histoire oubliée, Presses universitaires de Limoges, 2005.
  • (de) Cordula Marx, Die französische Wochenzeitschrift 'L'Illustration' während der Zeit der deutschen Besatzung 1940 - 1944. Thèse Université de Würzburg, 1993 (sur l'histoire de l'hebdomadaire pendant l'occupation allemande).

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]