L'Homme qui tua Liberty Valance

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L'Homme qui tua Liberty Valance

Réalisation John Ford
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Western
Sortie 1962
Durée 122 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

L'Homme qui tua Liberty Valance (The Man Who Shot Liberty Valance) est un film américain en noir et blanc de John Ford, sorti en 1962, adapté de la nouvelle de Dorothy M. Johnson (en).

Synopsis[modifier | modifier le code]

En 1910, le sénateur Stoddard et sa femme Alice, un couple âgé, reviennent à Shinbone, dans l'Ouest, pour l'enterrement de Tom Doniphon. Le journaliste local, intrigué par la présence d'un sénateur venu assister à l'enterrement d'un cow-boy inconnu, presse Stoddard de s'expliquer. Stoddard, d'abord réticent, finit par accepter. Il évoque l'époque où fraîchement diplômé en droit, il débarqua avec l'idéal d'apporter la légalité dans l'Ouest.

Peu avant son arrivée à Shinbone, la diligence est attaquée par une bande de hors-la-loi. Stoddard est dévalisé et frappé par leur chef qui le laisse pour mort. Tom Doniphon le trouve, lui apprend le nom de son agresseur : Liberty Valance, un bandit de notoriété publique, et le dépose dans le restaurant de la jeune Alice (son secret amour) et de ses parents. Stoddard, encore faible, parle de faire arrêter Valance, ce qui provoque les sarcasmes de Doniphon : à Shinbone, c'est la loi des armes qui prévaut. Stoddard n'obtient pas plus le soutien du shérif, couard notable.

En échange de son travail au restaurant, il est logé par Alice. Lorsque Valance le provoque, c'est Doniphon aidé de Pompey qui le défendent, lui prouvant par là que seul le revolver peut protéger un homme. Stoddard refuse pourtant de renoncer à la voie légale. Il enseigne la lecture et l'écriture, donne des rudiments d'éducation civique aux enfants et s'entraîne secrètement au revolver. Stoddard est devenu l'ami de Peabody, le journaliste de Shinbone, qui dénonce la volonté des grands propriétaires de bétail de maintenir le Colorado en parcours ouvert, ce qui empêche le développement de la ville. Les grands propriétaires ont de plus engagé Liberty Valance, qui n'hésite pas à s'attaquer aux fermiers isolés pour servir leurs intérêts. La solution serait de faire entrer le Colorado dans l'Union et, justement, l'élection des représentants pour la Convention va avoir lieu. Le jour de l'élection, Doniphon refuse d'être candidat et, malgré les tentatives d'intimidation de Valance, ce sont Peabody et Stoddard qui sont élus aux dépens de Valance. Ce dernier, furieux, somme Stoddard de quitter la ville ou de l'affronter en duel le soir même.

Peabody, qui vient de rédiger un article sur la défaite de Valance, est fouetté rudement par le bandit, non sans avoir défendu (vaillamment et verbalement) la liberté de la presse. Stoddard, pour qui c'en est trop, refuse de quitter la ville comme tous l'y engagent. Il prend son arme et sort dans la rue pour attendre Valance. Ce dernier sort et, après un tir d'intimidation, blesse Stoddard au bras. Stoddard ramasse l'arme de la main gauche pendant que Valance le met en joue. Les deux hommes tirent en même temps et Valance s'écroule, mort. Stoddard retourne vers Alice qui le soigne. Doniphon, voyant la scène, pense avoir perdu Alice et brûle la maison qu'il bâtissait pour le mariage.

Peabody et Stoddard se rendent à la convention où l'homme qui a tué Liberty Valance est perçu comme un héros. Peabody le propose comme candidat pour représenter le parti pro-Union à Washington, mais Stoddard, écœuré, s'apprête à retourner dans l'est. Doniphon l'arrête alors, lui révélant qu'en réalité, c'est lui-même qui a tiré sur Valance et l'a tué au moment de l'échange de coups de feu. Stoddard retourne pour se faire élire.

Arrivés au terme de ce récit, les journalistes qui l'écoutent décident finalement de ne pas faire paraître l’article. L'histoire véritable de Tom Doniphon restera donc cachée pour toujours afin de de préserver la légende : « On est dans l'Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende » (This is the West, sir. When the legend becomes fact, print the legend).

Alors que le couple quitte la petite cité pour retourner à Washington, un employé de train leur annonce qu'il vient d'arranger les correspondances spécialement pour eux : « Rien n'est trop beau pour l'homme qui a tué Liberty Valance ! ».

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Éléments d'analyse[modifier | modifier le code]

L'homme qui tua Liberty Valance est l'avant-dernier western de John Ford. Il a, selon Jacques Lourcelles, valeur de testament de l'auteur dans ce domaine. C'est pourquoi le film baigne dans une mélancolie, voire une amertume[2], renforcée par le caractère statique de l'action[3]. Le film, fortement symbolique, présente un scénario original et complexe, propice à l'analyse. On en donne ici quelques éléments saillants.

Un duel à trois[modifier | modifier le code]

Le duel au cours duquel un homme tue Liberty Valance comporte en fait trois protagonistes : Stoddard, Valance et Doniphon (aidé par Pompey). Le duel final entre Stoddard et Valance est atypique, car totalement déséquilibré[4] : son issue semble fixée d'avance. Pour le souligner, le tablier de « laveur de vaisselle » que porte Stoddard. Pourtant, de la main gauche, Stoddard parvient à tuer Valance, du moins le croit-on. Mais un flash-back (dans le flash-back qu'est l'histoire elle-même) vient corriger cette première version : c'est Doniphon, tapi dans l'ombre, qui a tué Valance.

Car, dans L'homme qui tua Liberty Valance, il n'y a pas un mais deux bons en face du méchant. L'opposition classique entre le voyou individualiste et sanguinaire et le héros individualiste et honnête est biaisée par l'apparition d'un troisième personnage, anti-individualiste et honnête. Et la vraie opposition du film se situe entre les deux bons, Stoddard et Doniphon[5].

Le processus de civilisation[modifier | modifier le code]

Le film propose, cela a été noté à de nombreuses reprises[6], une description métaphorique du processus de civilisation : Tom Doniphon représente la loi de l'Ouest, Ransom Stoddard représente la légalité, le premier s'efface au profit du second. Plus précisément[7], Valance représente le règne de la force, Stoddard l'établissement de la loi et Doniphon la nécessité de la force pour établir la loi. C'est dire que ni Stoddard ni Doniphon ne se suffisent à eux-mêmes dans l'accomplissement du processus historique. Stoddard succède à Doniphon grâce à son duel contre Valance, duel auquel Doniphon a participé de manière essentielle mais qui reste cachée.

Les personnages secondaires eux aussi ont un fort rôle symbolique. Alice, fiancée de Tom, évolue progressivement vers Ransom, qui lui apprend à lire, qu'elle admire et finira par épouser. Son chemin symbolise en fait celui d'une société qui passe de la force au droit, d'un territoire « ouvert » qui devient un État policé. Gamble met en lumière le rôle de la presse qui participe à la création de l'État en prenant le parti des faibles contre la puissance de la violence et de l'argent. Le journaliste Peabody, battu et laissé pour mort parce qu'il a osé se dresser face à Valance, fait ensuite la campagne et assure la victoire électorale de Stoddard. Dutton Peabody incarne l'arrivée du « quatrième pouvoir », celui de la presse, qui achève la transition vers la modernité américaine.

Mais le travail de Ford ne se résume pas à un jeu de symboles. Le film est un testament car, comme le note Lourcelles, le réalisateur y met en scène deux des principaux types d'hommes de son œuvre : l'homme d'action solitaire et le citoyen responsable au service de la communauté[8]. C'est la structure en flash-back qui permet de faire cohabiter ces deux types de personnages qui représentent deux étapes successives de l'histoire américaine.

La réalité et la légende[modifier | modifier le code]

La carrière de Stoddard, homme épris de justice, est fondée sur une imposture[9] : l'homme qui a tué Liberty Valance, ce n'est pas lui mais Doniphon. Le personnage du journaliste de 1910 prend clairement le parti de la légende : « When the legend becomes fact, print the legend! » (en version française : « quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende »). Le final du film refuse, au nom de la légende, de réhabiliter Doniphon : le mythe américain, pour se construire, a plus besoin de croire en la victoire du juriste qu'en celle du cow-boy.[réf. souhaitée]

Pourtant Ford, quant à lui, montre les faits bruts et la légende, sans privilégier l'un par rapport à l'autre au moyen d'un paradoxe (Lourcelles) qui est au cœur du film : la vraie légende, pour les spectateurs du film, est portée par Doniphon, l'homme qui a vraiment tué Valance, alors que pour les personnages du film, c'est Stoddard, l'homme qui a tué Liberty Valance, qui est une légende, alors qu'il n'a pas tué Valance. La vérité et la légende sont donc liées.

L'histoire de l'Ouest apparaît finalement comme le total de la vérité et de la légende. L'Ouest est totalement intégré à sa légende[10].

Distinction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "La Machine infernale", Thibaut Matrat, le 23/07/2012, Analyse du film "L'Homme qui tua Liberty Valance, à lire sur L'Intermède à l'occasion de la réédition en DVD et Blu-Ray du film.
  2. Jacques Lourcelles, Dictionnaire des films, Robert Laffont (Bouquins), Paris, 1992, article « L'homme qui tua Liberty Valance ».
  3. Nicole Gotteri, dans Le western et ses mythes, Bernard Giovanageli éditeur, le range dans la catégorie des westerns statiques et intimistes, ce qui le rend propice à l'évocation des souvenirs, aux sentiments opposés, aux explosions de violence.
  4. Le duel par Philippe Leclerc sur le site sceren.
  5. Analyse d'Ophélie Wiel sur le site critikat.
  6. Voir Olivier Gamble dans le Guide des films de Jean Tulard, article « L'homme qui tua Liberty Valance » : le film est décrit comme une passation de pouvoir entre la justice par les armes et la justice par les lois, ou la Géographie du western, J. Mauduy et G. Henriet, Nathan p. 69, ou encore l'analyse d'Estelle Lépine sur le site l'Art du cinéma par exemple.
  7. Voir le Dictionnaire mondial des films, Larousse, article « L'homme qui tua Liberty Valance ».
  8. Lourcelles précise que chez Ford, le plus haut exemple de ce second type est Abraham Lincoln. La silhouette dégingandée et tout en longueur de James Stewart évoque la célèbre statue du grand homme.
  9. Voir Leclerc. Nicole Gotteri, dans Le western et ses mythes, Bernard Giovanageli éditeur, va jusqu'à trouver Stoddard abject dans sa manière de supplanter le vieil Ouest (p. 229).
  10. Gotteri, p. 52.

Liens externes[modifier | modifier le code]