L'Heure zéro

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L'Heure zéro
Auteur Agatha Christie
Genre Roman policier
Version originale
Titre original Towards Zero
Éditeur original Dodd, Mead and Company
Langue originale Anglais
Pays d'origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Lieu de parution original New York
Date de parution originale Juin 1944
Version française
Traducteur Michel Le Houbie
Éditeur Librairie des Champs-Élysées
Collection Le Masque no 349
Date de parution 1947
Nombre de pages 255 p.
Série Superintendant Battle
Chronologie
Précédent Un meurtre est-il facile ?

L'Heure zéro (titre original : Towards Zero) est un roman policier d'Agatha Christie publié en revue en mai 1944 puis en volume en juin 1944 aux États-Unis. En France, il est publié en 1947.

C'est le cinquième et dernier roman mettant en scène le Superintendant Battle.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le champion de tennis Neville Strange rassemblent pour des vacances, sous le prétexte d'en faire des amies, son ex-femme Audrey Strange, et sa nouvelle compagne Kay Mortimer-Strange. L'idée n'est pas du goût de Lady Tressillian, tante de Neville et propriétaire de la villa où tout ce beau monde se retrouve. Neville a gardé un petit faible pour son ex-femme, laquelle inspire un amour sans espoir à son cousin Thomas.

Autour de ce quatuor, on retrouve Edward Latimer, un ami de Kay qui aimerait bien être plus qu'un ami, et Mr. Treeves, vieil avocat à la retraite en pleine possession de ses capacités en matière de criminologie...

Lorsque Lady Tressillian est retrouvée dans son propre lit, le crâne défoncé par un coup de club de golf bien appliqué, que faut-il penser ?

Personnages[modifier | modifier le code]

Les enquêteurs
Les victimes
  • Camilla Tressilian, septuagénaire et impotente
  • M. Treves, 80 ans, avocat retraité, ami de Lady Tressilian
Les suspects
  • Mary Aldin, 36 ans, brune, dame de compagnie de Lady Tressilian
  • Neville Strange, 33 ans, joueur émérite de tennis, pupille de Lady Tressilian
  • Kay Mortimer-Strange, 23 ans, rousse, seconde femme de Neville
  • Audrey Strange, 32 ans, blonde, orpheline, première femme de Neville
  • Edward (« Ted ») Latimer, 25 ans, ami d'enfance de Kay
  • Thomas Royde, frère d'Adrian Royde ex-compagnon (aujourd'hui décédé) d'Audrey ; Thomas vient de passer huit ans en Malaisie et parle très peu
Autres personnages
  • Angus MacWhirter, qui 8 mois auparavant avait tenté de se suicider près de la demeure de Lady Tressilian
  • Mme Barrett, femme de chambre de Camilla Tressilian
  • Mme Bentham, autre femme de chambre
  • M. Hurstall, maître d'hôtel de Camilla
  • Mme Spicer, cuisinière de Camilla

Résumé complet[modifier | modifier le code]

Prologue[modifier | modifier le code]

Le roman débute par un prologue de quelques pages (dont l'action se situe plusieurs mois avant l'intrigue principale) au cours desquelles l'auteur décrit quelques personnages qui interviendront ultérieurement. Sont ainsi mis en scène :

  • 19 novembre : M. Treves, en discussion avec des amis et collègues juristes ; il énonce la théorie de « l'Heure zéro » ;
  • 11 janvier : Angus MacWhirter, qui se trouve à l'hôpital après avoir été sauvé d'une tentative de suicide ;
  • 14 février : l'assassin du roman, qui met au point son plan ; on ignore s'il s'agit d'un homme ou d'une femme ;
  • 8 mars : le superintendant Battle, qui a un problème domestique avec sa fille Sylvia qui, accusée d'avoir volé ses camarades au collège, a avoué les vols ;
  • 19 avril : Neville Strange, qui discute avec son épouse Kay et qui évoque le fait que celle-ci pourrait faire connaissance de sa première épouse Audrey en septembre ;
  • 30 avril : Lady Tressilian, qui vient d'apprendre le projet de Neville et qui y est opposée ;
  • 5 mai : rencontre entre Lady Tressilian et Audrey ;
  • 29 mai : Thomas Royde quitte la Malaisie et retourne en Grande-Bretagne ;
  • même jour : M. Treves a l'intention de rendre visite, courant septembre, à Lady Tressilian, veuve d'un ami de Treves ;
  • 28 juillet : discussion entre Kay Strange et son ami d'enfance Ted Latimer, qui a le béguin pour elle ;
  • 10 août : Angus MacWhirter est embauché par un chef d'entreprise, qui envisage de l'envoyer au Chili à l'automne ;
  • 19 août : Battle est obligé, pour cause de contrainte de service, de repousser ses vacances de quelques jours.

Mise en place de l'intrigue[modifier | modifier le code]

Lady Tressilian, âgée d'environ 70 ans, veuve, totalement impotente, invite chaque année plusieurs invités chez elle, dans sa villa La Pointe-aux-mouettes située près de l'océan. La star de tennis Neville Strange, son neveu, lui annonce qu'il envisage de venir avec sa seconde épouse Kay au mois de septembre prochain, afin qu'elle rencontre sa première femme, Audrey, qu'il a quittée trois ans auparavant, après 8 ans de mariage. Lady Tressilian est étonnée de cette démarche, mais sait qu'Audrey ne s'y oppose pas.

Allant se loger dans l'hôtel Easterhead Bay Hotel non loin de là, Ted Latimer et Thomas Royde (revenu d'un long voyage à l'étranger), se joignent eux-aussi aux invités. Arrive aussi un avocat, M. Treves, vieil ami de Lady Tressilian.

Sous des apparences cordiales et amicales, le petit groupe commence à se déchirer autour de Neville, d'Audrey et de Kay. Pourquoi Neville a-t-il souhaité présenter sa nouvelle femme à celle qu'il a abandonnée ? Quels sont les sentiments réels de Ted et de Thomas à l'égard d'Audrey et de Kay ? Thomas est-il toujours amoureux d'Audrey ? Et Ted de Kay ? Que pense Mary Aldin de tout cela, et comment envisage-t-elle son avenir ?

La mort étrange de M. Treves[modifier | modifier le code]

Lors d'une soirée avec les autres personnes présentes, M. Treves évoque le souvenir une personne qu'il avait connue longtemps auparavant, qui étant enfant avait tué un autre personne enfant à l’aide d'un arc et d'une flèche et s'en était sortie sans être poursuivi, tout le monde pensant à un accident. Il refuse d'en dire plus, et la soirée se poursuit.

Raccompagné par Ted et Thomas à l'hôtel Balmoral Court, un écriteau indique que l'ascenseur de l'hôtel est en panne. Les deux hommes laissent l'homme âgé regagner sa chambre seul par l’escalier.

M. Treves est retrouvé mort le lendemain matin : on pense à une crise cardiaque due à l'effort pour monter les étages par l'escalier.

Néanmoins on apprend peu de temps après que l'ascenseur n'a jamais été en panne, et que le gérant de l'hôtel n'avait jamais fait installer de panneau d'avertissement.

Le meurtre de Lady Tressilian[modifier | modifier le code]

Le lendemain, Neville et Kay ont une sévère dispute, car Neville envisage de quitter Kay pour revenir en ménage avec Audrey. Kay est ulcérée et refuse nettement le divorce. Plus tard, dans la soirée, Neville a une discussion avec Camilla Tressilian, qui l'enjoint de ne pas quitter sa nouvelle épouse.

Le jour suivant, au petit matin, on découvre Lady Tressilian assassinée dans son lit, le crâne apparemment défoncé par des coups violents bien appliqués. Une personne gauchère pourrait être l'auteur des coups.

La police est appelée : le superintendant Battle et l'inspecteur James Leach commencent leur enquête. Mme Barrett, la femme de chambre, a été droguée aux barbituriques, ce qui l'a empêchée d'entendre tout bruit ou d'être appelée par le tintement de la sonnette par la vieille dame. Selon le médecin légiste, elle a été assassinée entre 22 h et minuit. Les enquêteurs cherchent donc à vérifier qui était dans la maison dans ce laps de temps, ainsi que les alibis respectifs. Une fouille est organisée.

Les héritiers de la défunte sont Neville et Audrey.

Les premiers éléments de l'enquête tendent à montrer que Neville est le coupable : le club de golf qui a pu servir au meurtre (comportant du sang et des cheveux de Lady Tressilian) lui appartient et comporte ses empreintes digitales.

Néanmoins, dès son réveil, la femme de chambre déclare qu'elle a vu Neville quitter la maison vers 22 h 30, et qu'elle a vu que Lady Tressilian était encore vivante à ce moment-là. Neville explique être allé rejoindre des amis (notamment Latimer) pour jouer au billard (ce qui est confirmé) et être revenu à la Pointe-aux-mouettes vers 2 h 30 du matin.

L'enquête se poursuit : la vraie arme du crime est découverte, il s'agit d'une boule de métal issue d'un tisonnier que l'on a fixée à une raquette de tennis. Cette arme se trouvait, parfaitement bien nettoyée, dans la chambre d'Audrey.

Mary Aldin relate alors aux enquêteurs ses soupçons concernant la mort de M. Treves.

Tentative de suicide et intervention inattendue[modifier | modifier le code]

Dans un geste dramatique, Audrey tente de se suicider en se jetant de la falaise qui se trouve non loin de la demeure.

Elle est néanmoins sauvée in extremis par Angus MacWhirter, qui était revenu sur les lieux de sa propre tentative de suicide un an auparavant.

Après qu'Audrey lui ait expliqué les raison de son geste, qu'elle explique par la peur et la dépression nerveuse, il la raisonne et la ramène à la Pointe-aux-mouettes.

Angus va ensuite chercher un manteau épais qu'il avait remis la veille au teinturier aux fins de nettoyage ; mais on ne lui restitue pas son manteau : c'est celui d'un autre ! Il constate d'ailleurs que ce manteau a une curieuse forme et une étrange odeur pestilentielle.

Un des gants en cuir d'Audrey est retrouvé le long de la façade de la demeure, pris dans du lierre ; il comporte du sang de la victime. De plus, Audrey est gauchère.

Angus MacWhirter se met à réfléchir sur ce qu'il a vu ces derniers jours, et notamment ce qu'il a pu voir le soir de la mort de Lady Tressilian. Il se rend à la demeure et, croisant Mary Aldin, lui demande d'urgence qu'elle lui remette une corde. Mary, étonnée, le conduit dans un local où l'on entrepose divers objets, dont du matériel de pêche et des cordes. L'une de ces cordes, enroulée, mouillée et sans poussière, retient son attention.

Puis il décide d'aller voir le superintendant Battle et de lui révéler une chose qu'il avait vue. Après l'avoir attentivement écouté, Battle, qui vient d'arrêter Audrey pour assassinat au vu des preuves recueillies à son encontre, décide de se livrer à une « petite expérience ».

On apprend enfin que ce n'est pas Neville qui avait quitté Audrey trois ans auparavant pour vivre avec Kay, mais que c'était une décision d'Audrey, motivée par le fait que depuis des années elle avait peur de Neville.

Dénouement et révélations finales[modifier | modifier le code]

Battle informe les membres de la maisonnée qu'Angus, le soir de l'assassinat de Lady Tressilian, avait aperçu un homme nager dans l'étroit chenal séparant le petit golfe séparant la maison de la route. Cet homme s'était ensuite rendu en bas de la falaise, qu'il avait escaladée à l'aide d'une corde qui était déjà déroulée le long de cette falaise.

Qui a pu agir ainsi ? Il s'agit de Neville, qui avait besoin du témoignage de la femme de chambre pour prouver son innocence. Voici comment les événements avaient eu lieu : Neville avait eu une conversation avec Lady Tressilian, puis l'avait quittée sous les yeux de la femme de chambre. Il était parti de la Pointe-aux-mouettes à 22 h 30 au vu de tous. Plus tard, entre 23 h et minuit, il était revenu à la maison en traversant à la nage le chenal puis en montant la falaise grâce à la corde qu'il avait préalablement disposée. Il avait tué la vieille dame, avait mis en place le club de golf ensanglanté, nettoyé la boule de métal, puis était reparti comme il était entré.

Le but de son plan machiavélique était d'orienter les soupçons à son encontre, mais de les détourner, une fois que les preuves auraient été considérées comme trop « évidentes » et au regard du témoignage de la femme de chambre, en direction d'Audrey, qui devait être arrêtée pour assassinat, condamnée et pendue. Le motif essentiel était de « punir » Audrey de l'avoir quitté trois ans auparavant et d'être partie vivre une liaison amoureuse avec Adrian Royde, frère de Thomas. Depuis tout ce temps, il avait ruminé sa vengeance et organisé toute cette mise en scène afin d'orienter les soupçons vers elle.

Neville, face aux accusations de Battle, avoue tout.

Deux autres morts sont dues à l’action de Neville : d'une part la mort d'Adrian Royde, décédé dans un mystérieux accident de voiture (vengeance de Neville ?), d'autre part celle de M. Treves, tué sans planification préalable. Néanmoins aucune preuve matérielle ne peut être retenue à l'encontre de Neville.

Le roman se termine par le départ prochain d'Angus MacWhirter vers le Chili : Audrey, qui voit en lui son sauveur et un homme courageux et honnête, lui propose de partir avec lui. Ils vont se marier très prochainement, avant le départ du navire. Audrey pense que Thomas, son amoureux depuis tant d'années, pourrait bien un jour épouser Mary Aldin.

Commentaires[modifier | modifier le code]

Dédicace[modifier | modifier le code]

Le roman comporte une dédicace au romancier britannique Robert Graves, ami et voisin d'Agatha Christie durant la Seconde Guerre mondiale[1] :

« Puisque vous êtes assez gentil pour prétendre aimer mes histoires, je me hasarde à vous dédier celle-ci. Tout ce que je vous demande, quand vous la lirez, c'est de réfréner vos instincts critiques - encore exacerbés, j'en suis sûre, par vos récents excès dans ce domaine ! Ce roman n'est destiné qu'à vous distraire. Il n'a pas vocation à être cloué au pilori littéraire de M. Graves !
Votre amie, Agatha Christie[2]. »

Analyse[modifier | modifier le code]

L'idée qu'un homme, véritable meurtrier, se fasse accuser d'un meurtre qu'il a réellement commis afin d'être innocenté par la suite, et ainsi échapper aux poursuites, était déjà évoquée dans le premier roman d'Agatha Christie paru un quart de siècle plus tôt, La Mystérieuse Affaire de Styles (1920).

S'agissant du titre du roman, l'auteur fait dire dès la deuxième page par M. Treves à ses confrères juristes :

« Le meurtre n'est jamais que la fin. L'histoire débute bien avant ça - des années plus tôt parfois - avec les mille et unes causes et la longue suite d'événements qui font que des individus donnés sont présents un jour donné, à une heure donnée, dans un endroit donné. (...) Tous ont convergé vers un point donné dans l'espace et le temps… Et le moment venu, hop ! le couvercle a sauté. L'heure zéro... Oui, tous autant qu'ils sont, ils ont convergé vers l'heure zéro... »

— M. Treves

Ces phrases seront répétées par l'un des membres de l'assistance, qui avait entendu Treves les prononcer, à M. Battle, qui les énoncera de nouveau au moment d'expliquer les tenants et aboutissants de l'affaire dans la scène finale.

Éditions[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Towards Zero », sur le site officiel d'Agatha Christie
  2. L'Intégrale - Agatha Christie (trad. Jean-Marc Mendel), t. 7 : Les années 1940-1944, Paris, Librairie des Champs-Elysées, coll. « Les Intégrales du Masque »,‎ 1994, 1170 p. (ISBN 2-7024-2240-3, notice BnF no FRBNF35627675)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]